T2
L'ANTI
PROPHETIE
Philippe Souaille
© Avril 2009 - Adavi
Productions
INTRODUCTION PARANORMALE
Les capacités
insoupçonnées du corps et de l’esprit humain m’ont sauvé jadis d’un grand
péril. Au fort de Basse Pointe, en Martinique, une sorte de donjon s’avance en
pleine mer au bout d’une jetée, qui ferme en partie la baie. Les récifs de
coraux, au large, engendrent un courant qui tire violemment en direction de
l’Atlantique tout ce qui flotte, ou tente de surnager.
L’endroit est
réputé fort dangereux, la baignade y est interdite, mais les enfants du village
se jettent du donjon dans la déferlante qui passe et se laissent ainsi porter
jusqu’au rivage. A l’approche de la saison des cyclones, à a fin de l’été 76,
par 33° à l’ombre, je mourrais d’envie de me baigner et lorsque je me mis en
maillot, les mômes m’avertirent gentiment : « Attention, il faut bien
sauter dans la vague et se laisser porter, surtout ne pas essayer de
nager ».
Pêché
d’orgueil d’un ancien nageur de compétition, même si c’était à 12 ans : je
plongeais entre deux vagues avant de m’éloigner d’un crawl puissant et frimeur.
Promis juré,
je ne ferai plus jamais ce genre de bêtise. J’ai vraiment cru mourir. Très
rapidement, je me suis rendu compte que si j’arrivais à m’éloigner, je ne
parvenais pas à revenir. J’ai alors commencé à sprinter en direction de la
plage. Elle ne devait pas être distante de plus de 100 mètres, mais j’ai mis
dix bonnes minutes, pour l’atteindre. A fond, à fond, à fond, comme si je
nageais un 50 mètres et que ma vie en dépendait.
De fait elle
en dépendait. Moi qui détestais et déteste toujours les sports d’endurance, je
n’aurais jamais cru mon organisme capable d’autant d’acharnement. Je
n’avançais, un tout petit peu, que lorsque la vague me passait dessus. Le reste
du temps, je reculais. Mais peu à peu, mètre par mètre, je progressais. A fond,
à fond, à fond…
Je me
souviens avoir pensé une chose stupide qui pourtant m’a motivé comme jamais.
Elle rendait mon renoncement impossible: « Je n’ai aucun papier dans mes
habits restés au donjon, tout est à l’Ajoupa, à des kilomètres de là. Mon corps
sera emporté au large, ils ne vont jamais me retrouver, et mes parents vont rester
sans savoir ce qui m’est arrivé… ».
Je me suis
accroché, tout entier concentré sur ma nage. Et finalement, j’ai atterri. Non
pas sur la plage, mais à l’autre bout de la baie, au pied de la falaise, où
j’ai pu m’accrocher à un rocher. Le corps encore aux trois quarts dans l’eau,
mais la tête au-dessus des vagues, j’étais sauvé. Immédiatement, j’ai vomi tout
ce que j’avais dans le corps. Une overdose d’hormones, sans doute, qui
s’évacuaient ainsi brutalement, mission accomplie.
Les mômes du
village ont été vraiment sympas. Alors qu’ils m’avaient dûment avertis, et
auraient pu me laisser mariner dans mon jus, ils sont venus me chercher, à
l’autre bout de la baie, en descendant la falaise par un sentier périlleux
amenant avec eux ma serviette éponge et une bouteille d’eau minérale. Un
présent qui valait une petite fortune, à l’époque, dans un village de pêcheurs
martiniquais. Avec ce que j’avais dans mes poches, j’ai à peine pu leur offrir
une glace au bistrot du village, mais on a discuté un bon moment.
Pour les
mômes, c’était clair, Gangâ, la Mère des Eaux, alias Mamy Wata, alias Niemanja,
n'avait pas voulu de moi. Manquant à tous mes devoirs d’ethnologue, j’avais
tenté d’expliquer à ces jeunes villageois qu’à mon avis, c’était ma propre
énergie vitale qui avait pris le dessus sur la fatalité.
Ils mêlaient
en eux tous les sangs et les religions de la Caraïbe : noir, blanc,
sémite, une trace d’amérindien et beaucoup de tamoul. Débarqués de l’Inde du
Sud au XIXème siècle, ils étaient majoritaires à Basse Pointe. Je n’étais pas
très sûr de les avoir convaincus. Nous avions conclu que c’était moi qui
n’avait pas voulu de celle que leur bon dieu coolie, objet de mes études
d’alors, nommait parfois Vierge Marie, en la disant descendue des cieux par la chevelure
de Vishnou.
Plus tard, en
remontant à pied à l’Ajoupa, sur le flanc de la Montagne Pelée, j’eus
l’impression de découvrir pour la première fois les plantes et les oiseaux et
tout ce qui faisait le charme de Madinina, Iloflée...
l’Ile aux Fleurs.
Flore et
faune avaient plus de relief, l’air était limpide, le poids des choses semblait
avoir disparu, j'étais léger, tout me paraissait merveilleux, agréable,
ensoleillé. J’étais en vie.
32 années
plus tard, en lisant l'ouvrage d'un mystique moderne, Eckart Tolle, j'ai appris que ce phénomène était récurrent, chez
les gens qui viennent d'affronter la mort: tout d'abord une déconnection des
parties raisonnantes du cerveau, qui laissent la place au cerveau moyen, qui agit
sans référence au temps. Ce qui fait que mes dix minutes de sprint n'ont
peut-être duré que deux, mais particulièrement intenses et concentrées.
Ensuite, un
état d'illumination analogue à ce que peuvent ressentir les mystiques. La joie
d'être en vie, mais aussi bien plus que cela. Une sensation totalement
différente des jambes flageolantes du jour de mon premier mariage par exemple,
qui pourtant nageait dans le bonheur. Du moins à l'époque. Les scanners de
résonance magnétique nucléaire confirment l'entrée en scène de ce cerveau moyen
antédiluvien, d'habitude dominé par les hémisphères de la pensée abstraite.
Certains
mystiques, comme Tolle, cherchent à reproduire cette
déconnection régulièrement en arrêtant de penser, ou plus exactement en
cherchant à contenir leur ego. Ils croient ainsi parvenir à communier plus
facilement avec les forces naturelles qui sous-tendent la vie. Je ne suis pas
certain qu'ils aient raison, d'autant que d'autres recherches au scanner,
menées avec des moines bouddhistes (tibétains et occidentaux) mènent plutôt à penser
que la pratique assidue de la méditation développe une zone particulière, mais
située au centre de la partie « moderne » du cerveau.
Il n'en reste
pas moins que la description de l'état d'illumination que fait Tolle correspond tout à fait à ce que j'ai ressenti ce jour
là. Il se trouve que j'ai manqué la noyade à cinq, voire six reprises au cours
de mon existence. J'ai à chaque fois connu des
phénomènes de dissociation de conscience qui m'ont permis de me tirer
d'affaire. Ces souvenirs, qui rythment ce livre restent profondément gravés en
moi. Le jour où je voudrai retrouver Mamy Wata, je saurai quoi faire pour
qu'elle veuille bien de moi: me laisser couler.
La solidarité
et la compassion de ces jeunes villageois martiniquais m’émeuvent encore
aujourd’hui. Nous, à leur âge, 15, 16 ans, à Cannes, nous vendions au prix fort
du henné et de la saccharine aux marins US des porte-avions qui rentraient ou
retournaient au Viêt-Nam. Comme plusieurs d'entre nous parlaient parfaitement
anglais, cosmopolitisme cannois oblige, les boys nous racontaient leur
ras-le-bol de la guerre et parfois leurs exploits douteux.
Tel ce pilote
de chasseur bombardier qui, volant sous LSD, avait largué ses bombes n’importe
où et failli s’encastrer dans la tourelle de son porte-avions. Le miracle était
qu’il l’avait évitée et pour ce natif de la Bible Belt,
c’était évidemment la main de dieu qui avait guidé son manche à balais. Wahouh: la main de dieu sous acide, quel trip d'enfer il
avait du vivre... Quant aux destinataires de ses bombes, il ignorait tout de
leur sort.
Tous les
pilotes de l'aéronavale étaient blancs. Pas forcément WASP et really straight dans leur tête, mais blancs. J'en ai d'ailleurs connu un, bien des
années plus tard, également avocat, donc JAG qui, après la Corée, avait émargé
à Paris au budget du KGB, avec l'accord de la CIA. Qui comme prime de risque,
l'autorisait à conserver les cadeaux reçus du KGB. Y compris la très grosse
somme, plus d'un million de dollars de l'époque, promise par les Soviétiques en
échange du plan de réaction de l'OTAN en cas d'attaque du Pacte de Varsovie.
Les
Soviétiques savaient parfaitement dans quel bureau de la base d'Aviano se trouvaient les documents et savaient qu'il devait
aller faire un cours dans des bureaux voisins. La CIA prévoyait évidemment de
lui fournir de vrais faux-plans. La règle d'or de
tout agent est de savoir tenir sa langue. Las, peu avant la mission héroïque,
il avait rencontré une jeune femme à Londres qu'il considère aujourd'hui encore
comme la femme de sa vie.
Une fille de
banquier, à qui il avait raconté qu'il allait devenir riche, et pourquoi. Il
ignorait malheureusement que la mère de
la belle, travaillant au MI6, allait chercher à vérifier les délires de son
futur gendre. Ce qui mit rapidement la planète entière du renseignement au
courant de ses exploits...
Fuyant le KGB
qui voulait sa peau et la CIA qui voulait le faire enfermer, il avait (par
hasard ?) à Athènes, sauté sur une grenade lancée par un Palestinien dans les locaux
d'El Al... Puis (pour plus de sûreté?) avait fini par changer de sexe pour
devenir une nonne bouddhiste à Genève. Lesbienne, car elle avait toujours aimé
les femmes. Finalement à plus de 70 ans, sa foi bouddhiste l'avait conduite à
renoncer à toute vie sexuelle pour se mettre enfin en accord avec sa mystique.
J'ai pu
vérifier, auprès d'un autre (ex?) agent de la CIA, en poste à Genève dans une
grande organisation internationale (et accessoirement homosexuel, comme quoi il
faut toujours se méfier des clichés), que le parcours de Lilly
Marie, s'il comportait quelques zones d'ombres, n'était pas fantasmé. Il est
comme ça des destins hors normes et des liens, visibles et invisibles, qui font
la vie et les individus. Des petites bêtises qui deviennent des grosses
catastrophes... et des désastres qui, s'ils ne vous tuent pas, vous sont des
leçons qui orientent votre vie.
C'est l'été
68, à 13 ans, que je tentai de franchir « les rapides de l’Areuse »
en canot pneumatique, accompagné de Vincent, 11 ans, l'aîné de mes cousins
sénégalais blancs. Il s’agissait d’une simple chute d’un mètre de haut, sur une
petite rivière qui se jetait dans la lac de Neuchâtel, à 500 mètres de notre
villa.. En nous y rendant, dinghy au-dessus de la
tête, nous chantions le générique des Coulisses de l’Exploit. Las, pas assez
gonflé, le dinghy s’était plié. Je m’étais retrouvé sous la cascade.
L’eau y était
tellement brassée d’air que je nageais à la verticale, la bouche ouverte dans
un champ de bulles, sans parvenir à remonter, mais sans appréhension. Je ne
buvais pas la tasse, car j’avalais autant d’air que d’eau. J’étais cependant
très inquiet pour mon jeune cousin.
Comme dans un
film, je voyais l'ombre du canot qui flottait à la surface, juste au dessus de
moi. Il était bloqué sous la chute par l'eau qui lui tombait dessus. J’étais
relié à lui par une corde que je m’étais attachée à la ceinture. Une
précaution, pour pouvoir récupérer le dinghy avant qu’il ne parte au lac si
nous étions éjectés. Sage précaution, puisque
finalement, c’est la corde qui m'a sauvé. Oubliant mes vains efforts
natatoires, je finis par me hisser jusqu’au dinghy en tirant sur la
corde ! C'est là que je vis émerger mon Vincent.
Il était
parvenu à gagner la berge en marchant au fond de l’eau, plombé qu’il était par
son blouson en peau de mouton. Gorgé d’eau, laine comprise, celui-ci lui
rajoutait bien quinze kilogs sur les épaules. Une petite dizaine de pêcheurs à la ligne
avaient assisté à la scène. Pas un n’avait bougé de derrière leurs cannes à
pêche, pendant que deux mômes manquaient se noyer.
Nous étions
en mars et l’eau était bien fraîche, mais tout de même ! J'étais choqué.
A 13 ans, je
n’avais évidemment pas entamé un recensement de leurs croyances. Mais en
Suisse, à la fin des années soixante, il était plus que probable qu’ils
payaient tous leur impôt ecclésiastique et se rendaient à l’église ou au temple
le dimanche. Ce qui n'avait pourtant guère d'influence sur leur morale et leur
comportement...
Ce n’est que
la troisième des nombreuses noyades auxquelles j’ai échappé. Mais j'en avais
tiré quelques conclusions:
1) Mon heure
n’avait pas encore sonné, parce que la chance se provoque et sourit d’abord à
ceux qui ne baissent pas les bras.
2) La
croyance aux forces de l’au-delà ne rend pas forcément les hommes meilleurs.
Plus tard, j'ai pu ajouter que leur moralité était clairement indépendante de
la nature mono ou polythéiste de leur croyance.
3) La morale
et la moralité sont des éléments constitutifs essentiels de l'être humain. Bien qu'elles existent indépendamment des
religions, celles-ci les ont malheureusement prises en otage depuis des
millénaires
Ma conclusion
est que les religions ayant passablement fauté dans leur tentative
d’enrégimenter l’activité humaine, il paraît plus que temps d’imaginer autre
chose. Quelque chose qui soit davantage en prise avec notre temps. Ce à quoi
tente de s’atteler ce bouquin. Vaste programme :
– Démonter
le mécanisme de l’idée divine
– Explorer
l’importance de la morale
– Proposer
quelques pistes de réflexion en vue d'une pensée respectueuse des choix
personnels, pour autant qu'ils soient des choix, qui laisse l’humanité libre
d’évoluer et qui favorise sa progression..
Mon ex-femme,
Chantal, togolaise d’origine aimait faire ses courses au marché d’Annemasse où
une épicière, mi-ivoirienne, mi-burkinabé vendait toutes sortes de produits
africains frais ou séchés, parfois de contrebande, mais toujours délicieux. Son
échoppe était le point de rendez-vous de toutes les africaines de la région et
un jour, mon ex-épouse y fait connaissance d’une togolaise de son âge, Adjovi.
Elles sympathisent, se revoient, et à la 3 ou 4ème entrevue Chantal invite sa
nouvelle copine à la maison, où elle lui montre son album de photos de famille.
- Mais
je connais cette femme, c’est ma tante, s’exclame Adjovi.
- Ah
non, ça m’étonnerait, c’est ma mère, rétorque Chantal.
Emois,
étonnement, mon ex-épouse s’exclame et n’y croit pas. Finalement, vérification
faite d’un coup de téléphone à Lomé, elles sont bel et bien cousines germaines:
le père d’Adjovi est le frère aîné de la mère de Chantal. Les deux jeunes
femmes s’étaient même croisées dans leur enfance au sein de leur très nombreuse
famille africaine. Toutes deux savaient qu’elles avaient une cousine en France,
mais ignoraient se trouver dans la même petite ville.
Plus étonnant
encore, ma deuxième ex-épouse, Teresa, est de mère colombienne. Digne
représentante de l’une des meilleures familles de Bogota, véritable dynastie
d’intellectuels qui fait l’honneur de son pays, réputé être à la fois le plus
violent et le plus riche culturellement de toute l’Amérique latine.
Il se trouve
que nous avions pour voisins de palier à Genève un couple dont lui aussi est
français, fonctionnaire à l’ONU et elle Colombienne. Quand à l’ambassadrice de
Colombie auprès des Nations Unies à Genève, c’est une cousine de mon ex-épouse.
Le père de cette diplomate de carrière et la mère de Teresa sont cousins
germains. Lorsqu’elle est arrivée en poste à Genève, elle a pris contact avec
nous. Elle cherchait à contacter également une autre cousine qu’elle avait à
Genève, mais par sa mère cette fois, sans aucun lien de parenté directe avec
nous. N’empêche, à la stupeur générale vu que l'agglomération genevoise compte
près d'un million d'habitants, cette
autre cousine était notre voisine de palier !
Le hasard fait bien les choses, dit-on... Un voeu
pieux totalement déconnecté de la réalité. En vérité le hasard fait son boulot,
qui consiste à produire des évènements fortuits, bons ou mauvais. Le fait que
deux autos se collisionnent à un instant t est purement le fruit du hasard.
Tout comme le fait que le jour où mon père s'est tué sous un tunnel, dans
Paris, il a embouti la voiture du meilleur copain de mon meilleur ami. Qui fut
grièvement blessé.
Le tabou sur l’inceste peut également être mis à mal
par le hasard. Vu le nombre d’enfants qui au cours de l’histoire, sont nés de
père inconnu, ou dont le père officiel n’était sans doute pas le vrai - à
commencer par J.-C. - la catastrophe a du survenir un certain nombre de fois.
Ainsi un ami, comédien antillais, sympathise avec un
autre jeune comédien antillais, sensiblement du même âge, lors d’un casting à
Paris. Ils vont boire un verre, discutent, évoquent l’île aux fleurs et la
famille puisqu’en Martinique, comme en Corse ou en Valais, tout le monde est un
peu cousin. Mais ce n’est pas cousins qu’ils sont, c’est frères. Ou plutôt
demi-frères, leur père ayant apparemment entretenu quelques temps deux ménages
en parallèle ! Leurs mères respectives n’en ignoraient rien et se
détestaient comme on l’imagine, mais eux n’avaient jamais été mis au
courant ! Vous imaginez leur surprise de se découvrir un père commun, à
6000 kilomètres de chez eux. Surtout qu’ils étaient une vingtaine à ce casting
et qu’ils auraient fort bien pu ne jamais se parler. Ils sont devenus depuis
les meilleurs amis du monde. Encore heureux qu’ils n’aient pas été de sexes
opposés, l’histoire aurait pu beaucoup plus mal finir.
Dans cette vallée haut savoyarde, lorsque le jeune
couple de fiancés apprit qu’ils avaient le même père, la veille de leur
mariage, alors qu’ils couchaient ensemble depuis quelques temps déjà, cela
c’est beaucoup plus mal passé. La jeune femme, semble-t-il enceinte, s’est
suicidée. Quelques semaines plus tard, le jeune homme, seul et désespéré
mettait à son tour fin à ses jours sur la tombe de son aimée.
INTELLIGENCE ET SENSIBILITE
En matière de coïncidences, les anecdotes abondent et
la planète se fait soudain toute petite : l’ex-petite amie vaudoise
rencontrée des années plus tard dans un bled paumé de Nouvelle
Calédonie où elle a suivi un amoureux rencontré en Californie! Le monsieur qui étend son linge à côté du
votre, sur une plage de Bali et qui, entendant parler français, entame la
conversation… Finalement, il s’avère être le père d’un de vos meilleurs
copains… La plupart du temps, cela ne prouve pas grand chose, hormis le fait
que les coïncidences existent et que si l’on est croyant ou superstitieux, on a
vite fait d’en attribuer l’origine à des causes surnaturelles. Alors que le
hasard, tout simplement, fait parfois les choses fort bien. Ou fort mal.
Il arrive aussi, pourtant, que l'on sorte parfois du
cadre d'un pur hasard ou de coïncidences fortuites. Un enchaînement
d'évènements d'où l'on peut exclure le hasard. Ces faits sont rares,mais ils existent. A qui ou plutôt à quoi peut-on les
imputer, c'est aussi le sujet de ce livre, qui part un peu dans tous les sens,
parce que la vie est ainsi: pleine d'imprévus et de zones d'ombres, que le sol
est parfois mouvant et que nos tentatives d'explications du monde se heurtent
toujours au même constant: la réalité est de toute manière plus complexe que ce
que nous parvenons à en appréhender, même avec nos appareils les plus sophistiqués.
Je n'ai nulle théorie clefs en main à proposer à
l'humanité. Juste quelques pistes et chemins de traverse pour aider la
réflexion à continuer d'évoluer, les sentiments à s'exprimer, les sensations à
se ressentir... Pour essayer d'être toujours davantage des humains intelligents
et sensibles, parce que lorsque l'on se laisse aller à devenir tout l'un ou
tout l'autre, on perd sa qualité d'être humain, animal et moral à la fois.
HYPOTHESES CELESTES
Qu’est-ce que cela prouve que ces histoires de
miracles survenus il y a des milliers d’années ? Moïse est censé avoir
entrouvert les eaux de la Mer Rouge, mais nous ne nous sommes pas tous
convertis pour autant au judaïsme. Par ailleurs les prêtres égyptiens accomplissaient
également des miracles. Un peu moins costauds, certes mais des miracles quand
même d’après les chroniques de l’époque. De son côté, Jésus a guérit des
aveugles et des paralytiques, mais l’immense majorité de ses concitoyens ne l’a
même pas cru. On peut légitimement en déduire qu’ils n’étaient pas si évidents
que cela, ces miracles !
Pourtant, Moïse, comme Jésus et plus tard Mohammed,
sont parvenus à faire basculer les mondes dans lesquels ils vivaient. Des
mondes infiniment plus fort qu’eux, chamboulés uniquement par la force d’une
idée. Les Hébreux n’étaient qu’une peuplade misérable, face à l’Egypte des
Pharaons. Comme le note Mme Noblecourt, éminente
égyptologue, la Bible cite plus de 800 fois l’Egypte, alors que les chroniques
égyptiennes ne mentionnent qu’une seule et unique fois les hébreux. De même en
50 après JC, qui eut cru que les apôtres et leurs descendants, pourchassés et
misérables, allaient parvenir à christianiser l’Empire romain ? Ou six siècles plus tard, que les cavaliers arabes, en
quelques décennies s’empareraient de territoires couvrant de l’Inde à
l’Atlantique ?
Les Droits de l’Homme, Bonaparte aidant, ont conquis
toute l’Europe continentale en quelques années. La Révolution bolchevique,
menée par une bande de va-nu-pieds défit l’ordre tsariste appuyé pourtant par
toutes les puissances occidentales Ce ne sont pas des miracles qui ont
convaincu les foules séduites par ce qui n’était jamais rien d’autre qu’une
promesse d’ordre nouveau, c’est juste l’idée tout simple qu’un monde plus juste
était possible.
Ceci dit, les miracles, en cherchant bien, ont souvent
un fonds de vérité.
16 siècles avant les Rois Mages, l’histoire, la vraie,
enregistre un cataclysme qui ravagea toute la Méditerranée orientale. Comme le
Krakatoa au XIXème siècle, il fut causé par l’explosion du cône d’un volcan. La
vaporisation instantanée d’une énorme masse d’eau de mer, brusquement mise en
contact de la lave, après l’effondrement d’une partie de l’écorce sous-marine
du volcan, fit voler le cône en éclats plus sûrement que ne l'auraient fait
quelques bombes atomiques... Le volcan n'était plus qu'un gigantesque couvercle
de cocotte minute, en terre cuite et sans soupape de sécurité:
BAOUM !
L’île volcan, Thera (alias
Santorin) fut quasiment rayée de la carte. Il n’en reste que quelques morceaux
(des bribes de paroi de la cocotte-minute, ça s’appelle une caldeira), qui
délimitent aujourd’hui encore les dimensions du volcan d’alors : une
vingtaine de kilomètres de long sur une dizaine de large. Un couvercle de 200
kilomètres carrés, grand comme le Canton de Genève, quand il part en morceaux,
ça dégage : on a retrouvé d’énormes blocs de lave projetés à plus de 900
kilomètres, jusqu'en Libye.
Le tsunami qui en résulta fut encore plus
impressionnant que celui d’Indonésie en 2004. Il dépassa la centaine de mètres
de haut et réduisit à néant toute la civilisation minoenne de la Crête voisine.
Il atteignit l’Egypte où les chroniques le dépeignent comme une catastrophe
majeure, encore que les témoins restés en vie aient été assez rares.
En tout cas, l’eau qui se retire, puis revient à toute
vitesse sous forme d’un véritable mur liquide, cela ressemble fort, embelli par
la légende, à l’épisode de la traversée de la Mer de Rouge. Quand aux dix
plaies d’Egypte, relatées par la Bible à la même époque, on sait aujourd’hui,
grâce aux carottages glaciaires, que l’explosion de Santorin a généré d’énormes
quantités de poussière, qui ont sérieusement assombri le climat durant les mois
suivants. Ruinant les cultures, déclenchant la transhumance de criquets
pèlerins affamés, elles ont suffisamment bouleversé l’économie et la vie
quotidienne de sociétés rurales pour que l’exode éventuel d’une poignée de
réfugiés passe inaperçu dans la gabegie ambiante.
En tout cas, les traces d’un exode tel que décrit dans
la Bible (et rédigé de toute manière dix siècles plus tard, soit environ cinq
cent ans avant JC) sont introuvables dans les chroniques égyptiennes, pourtant
fort précises. Elles sont tout aussi inexistantes dans les documents des
différentes civilisations alentours.
L’Histoire,la
grande, se base à priori sur des données incontestables, un simple récit n’en
étant pas une, même s’il est répété, ensuite, des millions de fois comme la
bible. C’est pourquoi la découverte d’une tombe contenant les restes d’un
certain Jésus et de sa compagne Marie-Madeleine ne peut pas être repoussée
simplement parce qu’elle contredit la bible. Les faits sont des preuves, les
témoignages ne sont que des présomptions.
Reste que les faits doivent être établis et vérifiés
avec certitude. Dans le cas de la tombe d’un prénommé Jésus, qui fait l’objet
d’un livre et d’un documentaire financés par James Cameron, quelques indices
laissent à penser que cela pourrait bien être la bonne et d’autres incitent à
croire le contraire. A commencer par le coup médiatique que représente une
telle révélation, juste après le succès du Da Vinci Code, alors que la dite
tombe à été découverte (puis recouverte d’un immeuble) il y a une vingtaine
d’années.
Cette affaire présente au moins le mérite de rappeler
qu’à la base de toutes les religions, il y a d’abord, encore et toujours, du
mythe.
Toutes les mythologies du monde fourmillent
d’histoires plus belles, plus miraculeuses et plus fantasmatiques les unes que
les autres. Quelques unes ont certainement des origines plausibles, mais ce
n’est pas la question. Les gens y croient parce qu’on les leur apprend tous
petits. Comme au Père Noël. Il faut ensuite des esprits supérieurs et obstinés
pour oser remettre en cause la croyance dominante.
Bien évidemment, lorsqu’on vous conditionne dès le
plus jeune âge à croire à la légende de votre peuple, ou de votre village, vous
n’êtes pas prêt à croire celle du voisin d’en face, si elle diffère. Ce qui est
généralement le cas. Il y a déjà pas mal de temps que nos ancêtres les
Abominables Onkr’ de Cro Magnon se flanquaient des peignées mémorables avec les
barbares de la caverne d’à côté, rien que pour leur apprendre à ne pas rigoler au sujet de leurs
mythes fondateurs.
Cela ne s’est pas arrangé depuis et au cours des 20
000 dernières années les différents d’ordre théologique ont été l’une des
toutes premières causes de mortalité humaine. La première
même si l’on ne tient compte que des morts violentes, en excluant la maladie,
un autre joyeux cadeau de celui qui nous veut tellement de bien.
Aujourd’hui, si quelqu’un prétend avoir passé le
week-end sur Bételgeuse avec des elohim
extra-terrestres, on va lui demander des preuves, des vraies. Du moins toute
personne censée. Mais sous prétexte que les histoires de buissons ardents se
sont déroulées il y a des milliers d’années, on les accepte comme argent
comptant, même si elles n’ont jamais été renouvelées depuis. Pourtant, la
possibilité de renouveler une expérience n’est elle pas la règle numéro un de
toute évaluation scientifique ?
Il est étonnant de constater combien l’homme est prêt
à croire n’importe quelle absurdité sans la moindre preuve, dès lors que sa
religion le lui demande ou plutôt le lui commande, alors qu’il n’y aucune
chance de lui faire admettre des idées pourtant tout aussi marrantes. Comme par
exemple:
a) Dieu
est un chien. Il est super malin, il remue la queue tout le temps, mais c’est
un chien, et même un dalmatien. Noir et blanc. En plus c’est une femelle
hermaphrodite, qui par un processus permanent d’autofécondation, recrée sans
cesse notre univers. En fait le Big Band était un
aboiement.
b) Nous
sommes prisonniers d’un aquarium gigantesque, dans lequel des pieuvres démentes
et super évoluées nous ont enfermés pour nous
examiner. Après notre mort (mais parfois avant, d’où pas mal de disparitions
inexpliquées), nous sommes livrés à leurs étudiants pour être disséqués au
microscope électro-acoustique et notre esprit est lu à livre ouvert. C’est
l’une des épreuves de ce que l’on appellerait chez nous le certificat d’études.
Je le sais, j’en reviens. Ah, j’oubliais, les petites pieuvres que l’on trouve
sur notre planète, sont en fait les écoliers qui ont raté leur examen. Ils font
ainsi pénitence avant de pouvoir retenter leur chance. Ils ont droit à 3
nouvelles tentatives, à condition bien entendu de ne pas finir en tapas imbibés
d’huile. Au 4ème échec, ils sont définitivement transformés en calamars.
c) La
vie se répand dans l’espace sous forme de poussière stellaire. De temps en
temps, véhiculée par des comètes ou des météorites, elle parvient jusqu’à une
nouvelle planète, qu’elle ensemence. La cellule originelle contient toutes les
informations nécessaires, elle est déjà l’évolution en devenir. La vie
s’immisce rapidement partout, sous forme microscopique, parvenant sans cesse à
se modifier pour inventer de nouveaux moyens de survie.
Des idées comme celles là ne sont ni plus ni moins
farfelues que celle imaginant un dieu à visage plus ou moins inhumain. Sauf que
l’histoire de la poussière stellaire, certains astrophysiciens commencent à y
penser pour de vrai. Sans pour autant parvenir à expliquer comment un morceau
d'ADN, par exemple, pourrait résister à l'échauffement de la rentrée dans l'athmosphère...
Le problème, c’est que les fondamentalistes, chrétiens
ou autres, croient fermement en quelque chose de surnaturel et hautement
improbable. Donc ils se mettent d’emblée hors du sens commun et ne peuvent plus
être atteints par la réalité que lorsqu’elle devient violente. Encore sont-ils
capables d’encaisser énormément de violence, et même avec joie, si leur dieu le
leur demande !
Nous sommes livrés à nous mêmes. Cela ne signifie pas
que nous soyons seuls dans l’Univers. Il est plus que vraisemblable qu’il y ait
du monde, dans notre galaxie ou dans celles d’à côté. C’est statistique, vu le
nombre d’étoiles et le nombre de planètes qui gravitent autour : poussière
stellaire ou pas, le miracle de la vie a bien du se reproduire en d’autres
lieux, très vraisemblablement sous des formes radicalement différentes de la
notre. Cependant, cela a pu se passer tellement loin que ces civilisations et
la notre risquent fort de disparaître corps et bien avant même d’avoir pu se
rencontrer. Ou que d’autres formes de vie venues de l’espace débarquent sur
Terre après l’extinction de la civilisation humaine.
D’ici là, en dehors de légendes et de récits humains
que toute la science contredit, nous n’avons aucune preuve formelle d’une
intervention extérieure sur notre planète. Rien de concret qui soit de nature
concertée, voulue, ordonnée. Les rares manifestations inexplicables que nous
constatons, incidents mineurs ou cataclysmes meurtriers, paraissent objectivement
les fruits du hasard et de la nécessité. Bien davantage que la résultante de
considérations morales, le produit d’une volonté consciente, sensible à la
notion de bien et de mal. Dans la nature, seuls des principes simples,
absolument amoraux, commandent : la loi du plus fort, l’offre et la
demande, l’occupation de niches, la survie de l’espèce, la transmission des
gènes, etc.…
Ces modes de fonctionnement du vivant, ces forces antagonistes et réactives qui définissent la matière et les lois de la physique, nous nous devons de les connaître et de les comprendre, pour le cas échéant, nous en inspirer. Parce que la vie comme la galaxie n’ont pas fini de bouger et que l’humanité doit se préparer au pire, en sachant qu’elle n’atteindra jamais ni le nirvana, ni la tranquillité.
La morale, c’est précisément ce qui caractérise l’être
humain. C’est comme une étincelle d’esprit qu’il a lui-même créé, et c’est ce
qui ressemble le plus à la notion du divin qu’il a également lui-même engendré.
C’est aussi ce qui peut permettre à la société de progresser dans une direction
plus juste, mais pour quoi faire ? Si rien n’existe après la mort, si la
perfection divine n’existe pas, peut-être revient-il à l’humanité le privilège
d’y remédier, de tendre vers la perfection, même si l’on sait qu’elle n’est pas
de ce monde.
Atteindre la perfection ne serait d’ailleurs pas
souhaitable. La perfection représente l’équilibre suprême, donc l’immobilisme
et la mort. Une société réellement paradisiaque serait réellement figée. Elle
serait aussi extrêmement vulnérable à toute agression de l’extérieur. Ce n’est
cependant pas une raison pour arrêter d’essayer d’améliorer les choses, tout au
contraire.
Affirmer la suprématie de la morale sur la nature est un privilège humain. Mais l'humain est imparfait et sa morale avec lui. Il ne faut donc jamais négliger les réalités de l’environnement. D'autant que ses lois contredisent dans les faits l’essentiel des sois disants enseignements divins sur la solidarité et l’amour de son prochain. Etendre le champ de la morale sans jamais oublier la nature, c’est l’impératif absolu auquel nous sommes soumis, sous peine de déclencher des catastrophes dont nous pourrions ne jamais nous relever.
Après la mort, la vie disparaît et la pensée ou l’âme
avec elle. Si ce n’est pas le cas, on pourrait admettre qu’elle se dissout dans
un grand tout informel, sorte de composante énergétique de l’Univers. Mais même
en admettant que l’énergie vitale se résolve en énergie tout court, elle ne
saurait se maintenir de manière autonome et indépendante, ne fut-ce que
quelques temps. Tout ce qui permettait son existence concrète, les relations
physico-chimiques qui animaient les cellules cérébrales sont interrompues et
les substances organiques qui les composaient rapidement dissoutes.
Pour que la vie puisse persister après la mort, il
faudrait qu’elle existe en dehors de ces substances organiques. Or ce n’est
apparemment pas le cas. Accessoirement, comment jouir du paradis, ou souffrir
de l’enfer si l’on n’a plus d’existence et d’enveloppe corporelle ? Plus
de plaisir ni de douleur, plus de chagrin, ni de joie ou de contentement.
Les religions sont d’abord une tentative désespérée d’explication du mystère de la vie et de la pensée. Des tentatives de plus en plus sophistiquées, au fur et à mesure des avancées de la sagacité humaine, ne serait ce que pour tenter de répondre aux progrès de la connaissance. Mais en fin de compte, les religions ne sont que des constructions sans fondation, plaquées sur le vide de l’univers. Elles sont comme un décor de cinéma en carton-pâte, bordant notre réflexion. En définissant leur champ clos, les religions masquent la réalité du néant. Elles prétendent nous protéger des vertiges du vide infini, mais elles enferment la pensée.
De lui-même, tout système tend naturellement à
s’équilibrer, à ralentir pour stopper son mouvement. Sauf, peut-être (ça reste
à prouver) l’expansion de l’Univers lui-même. Dans la nature, un système vivant
cherchera à occuper une niche qui lui soit spécifique et qui paradoxalement va
le piéger. En l’aidant à assurer sa reproduction, à accomplir son objectif de
vie, la niche rend le dit système dépendant et plus il s’adapte, plus il
devient dépendant et s’enferme.
C’est également vrai pour n’importe quel corps social.
En parvenant à un certain niveau d’aisance, il perd en motivation et en énergie
vitale ce qu’il gagne en confort. De temps à autre, des événements extérieurs
bouleversant surviennent, à moins que ce ne soit la libération explosive de
forces intérieures trop longtemps contenues. Le système est alors déstabilisé,
à nouveau déséquilibré, des failles apparaissent, par lesquelles la vie
s’engouffre.
A défaut de laisser tomber tout notre confort (les
hippies de ma génération ont essayé, sans grand résultat) on peut au moins
tenter de garder l’esprit alerte. J’aime bien jouer avec les certitudes de mes
contemporains, ou leurs habitudes, ce qui revient souvent au même. Rien de tel
que quelques questions fondamentales pour vous remettre les idées en place et
l’esprit d’attaque :
Si
c’était le spermatozoïde le plus intelligent qui gagnait, et non le plus
rapide, est-ce que l’humanité serait moins dans la merde ?
Pourquoi
tant de haine ?
Si
les chefs d’Etat réglaient leurs conflits comme les chimpanzés bonobos, en se tripatouillant mutuellement la zigounette,
pourrait-on se passer de l’ONU ?
Pourquoi
n’y a-t-on pas pensé plus tôt ?
Comment
ça marche un four à micro-ondes ?
Le
chiffre 13 porte-t-il bonheur ou malheur ?
Pourquoi
moi ?
Pourquoi
pas moi ?
Au XXIème siècle, il y a de moins en moins de
personnes censées et cultivées, scientifiques ou philosophes, qui croient
encore vraiment en un dieu révélé. Même parmi les théologiens, dès qu’on creuse
un peu, le questionnement est la règle, mais la foi demeure souvent présente.
Une foi épurée, dont la principale justification apportée par les érudits
croyants peut se résumer au fait qu’elle serait nécessaire à l’homme. Elle est
censée le rassurer, le civiliser.
Cependant, au vu des résultats pour le moins mitigés
produits par des millénaires de croyance, on serait tenté d’essayer un peu
l’incroyance, au moins pour un siècle ou deux ? Certes le marxisme a tenté le
coup et l’on a vu le résultat. La révolution française avait aussi cru
nécessaire de remplacer la foi religieuse par un culte de la nation, symbolisé
par l’arbre de la liberté. Elle avait jeté les bases du patriotisme, décapité
l’église et quelques milliers de curés. La sauvagerie de la Terreur n’avait
pourtant pas empêché la survie de l’église. Pas plus que les persécutions
catholiques n’étaient venues à bout du
protestantisme. Quant au patriotisme, c'est juste devenu la seule cause de
mortalité capable de régater avec les fondamentalismes religieux pour la
première place du classement des morts violentes.
Que ce soit en Russie, dans les pays de l’Est, en
Chine, au Vietnam ou à Cuba, les marxistes ne sont pas davantage parvenus à
extirper la foi de la conscience populaire. Tout au contraire, ils ont souvent
du leur chute, au-delà de leurs propres contradictions et incapacités, à un
lent travail de sape des églises.
Non seulement les massacres et les persécutions de
croyants sont moralement inadmissibles, mais elles sont contre-productives.
Elles acculent des personnalités de coeur et de qualité dans une opposition
jusqu’auboutiste, au lieu de s’en faire des alliés
précieux dans la perspective d’un combat progressiste.
L’athéisme et la libre pensée marquent des points
lorsqu’on laisse libre cours à la réflexion humaine. Lorsqu'’on
donne aux gens les moyens et la connaissance nécessaire pour commencer à
réfléchir par eux-mêmes. Combien d’élèves des jésuites – à commencer par mon
père - sont sortis agnostiques voire même athées d’écoles où l’on apprenait
simplement à réfléchir ?
L’atmosphère de liberté actuelle permet à la pensée de
progresser partout, mais favorise également le retour en force des intégrismes,
le repli sur elles-mêmes des communautés et la montée en puissance de sectes de
tous poils. Celles-ci excellent à exploiter le désarroi des personnalités
affaiblies dans une période de crise. Une part importante et sans doute
majoritaire de la population semble avoir besoin de croire en quelque chose, de
rêver en la possibilité d’un avenir meilleur, sans avoir le courage d’y œuvrer,
ou en craignant sans cesse de ne pas être capable d’y arriver seul.
La vogue des pèlerinages sur le Chemin de Santiago de
Compostelle ressort de ce registre. Cela ressemble fort à de la superstition,
base de tous les rituels religieux : agis comme dieu te l’ordonne et en
échange il t’accordera son soutien. Evidemment, il faut y croire pour que ça
marche, mais en médecine n’accorde-t-on pas automatiquement 30% d’efficacité à
n’importe quel effet placebo ?
Heureusement, la société humaine évolue et s’émancipe.
L’athéisme est la catégorie religieuse qui a le plus
progressé en Suisse au cours des vingt dernières années dans les statistiques
officielles, pour atteindre aujourd’hui 10% de la population. Elle a progressé
plus que l’Islam, en dépit d’une importante immigration turque, bosno albanaise
et nord-africaine.
Ceci dit, la condition sine qua non à l’existence
d’une pensée libre, c’est le respect de la stricte séparation de l’église et de
l’Etat. Un principe qui doit être réaffirmé, à Genève comme en France, ce qui
aurait été impensable il y a 15 ans. Une séparation qui n’existe pas encore
partout en Europe occidentale. Mais partout, la pensée libre fait son chemin,
par ses propres moyens, dans le coeur et l'esprit des individus, quasiment sans
propagande ni prosélytisme, contrairement à toutes les religions. C’est là
l’essentiel.
La comparaison avec les premiers chrétiens est très
certainement abusive. Les athées ne sont pas – pour l'instant – pourchassés.
Ils ne courent aucun risque de finir brûlés ou sur la croix, tout au moins dans
nos sociétés. Rappelons tout de même que des associations ayant pignon sur rue
en Europe, comme l’Organisation des musulmans de Suisse, réclame la peine de
mort pour les apostats en terre d’Islam. Dans nos sociétés, on peut s’exprimer
et l’on doit pouvoir continuer à s’exprimer, en différenciant cependant
l’énoncé des faits et l’humour ou la parodie, tolérés, de la provocation gratuite,
discutable. Evitons d'agresser les croyants (quels qu’ils soient), même si la
manière qu’ils ont d’endoctriner leurs enfants dès le plus jeune âge peut être
fort choquante. Pour le leur faire remarquer, il ne sert à rien de les
insulter. Ils se bercent d'illusions, et si l'on cherche à renverser le
berceau, ils vont juste se mettre à hurler. Exposer nos convictions d'une voix
calme et rassurante sera beaucoup plus
efficace.
L’essentiel est que la pensée libre progresse, à son
rythme, individuellement, souterrainement s’il le faut. Elle débouche
généralement sur un message de paix et d’ouverture. Nous n’avons qu’un seul
monde, une seule vie. Aucun plan B, pas de solution de rechange. Rien d'autre à
faire que de retrousser ses manches, ici et maintenant, pour faire de notre
bref passage sur Terre le moment le plus agréable possible. Pour nous, nos
enfants, notre famille, nos amis et tous les peuples de la Terre.
La pratique de la méditation modèle le cerveau.
Contrairement à ce que l’on pensait il y a une trentaine d’années, les cellules
cérébrales ne sont pas données une fois pour toutes. Neurones et dendrites mais
aussi cellules étoilées – plus récemment découvertes - se développent en
fonction des stimulations, pour répondre aux besoins : dès la petite
enfance, notre cerveau se construit et s’affine pour répondre aux problèmes qui
lui sont posés par l’environnement. Certaines zones vont ainsi se développer
plus que d’autres, parce qu’elles sont plus souvent ou mieux stimulées.
Exactement comme pour un entraînement physique.
Plusieurs zones peuvent travailler en parallèle, nous
sommes partiellement multitâches. Mais en même temps, le cerveau travaille
mieux lorsqu’il peut se concentrer sur une seule activité. Comme si les zones
inoccupées pouvaient ainsi participer, au moins un peu, à l'effort et à la
réflexion. Ne serait-ce qu'en n'ayant pas d'activités parasites susceptibles de
brouiller les cartes. Les chercheurs ont récemment isolé la région du cerveau
qui s’active au repos, lors d’une méditation. Cela se vérifie en enregistrant
les ondes alpha dégagées par notre pensée.
Lorsque le cerveau est relâché – sous la douche, après
une courte sieste ou un cycle de sommeil par exemple - il se concentre plus
aisément sur une idée avec tout son potentiel. Son efficacité est alors
décuplée. Plus important encore, lorsque le sujet médite souvent, l’importance
relative de la zone afférente croit dans son cerveau. Il semblerait que la
réflexion devienne alors de plus en plus performante. D’où l‘intérêt de la
méditation régulière.
Cette plénitude cérébrale on peut la retrouver
attachée à des sensations. Un solo de guitare, un moment d’émotion artistique,
en musique ou au cinéma, ou même la simple contemplation du beau, peut générer
un sentiment proche de l’extase. Comme la jouissance sexuelle, ou la danse,
quand on swingue, peuvent approcher la transe, procurer une sensation de
détachement du corps. Lorsque l’esprit plane ainsi, dans la méditation ou dans
l’action, il contemple avec délectation ces instants de bonheur et de sensation
intense. Les croyants attribuent cela à la foi, mais n’importe quel mécréant
peut y parvenir.
Certains croyants diront que leur foi, leur
illumination est d’essence supérieure, que l’on ne peut arriver au même résultat
par des procédés profanes. Mais qui saurait être juge de l’intensité de la
jouissance (ou de la douleur) de l’autre ? D’autres affirmeront que le mécréant
reçoit ainsi la bénédiction divine sans le savoir… Même en accomplissant une
œuvre qu’ils pourraient qualifier de diabolique ?
La sublimation, voire la mortification peuvent également permettre la béatitude. Occulter les
traumas, apporter une sensation de bonheur et de plénitude, c'est l’une des
fonctions des religions. Dopé à
l’extase, l’opium des peuples peut devenir une drogue dure. Le phénomène
n'en reste pas moins physiologique, lié à des sécrétions de dopamine,
commandées par des décharges électro-magnétiques.
Personnellement, je préfère connaître le mécanisme de fonctionnement que d’y
voir la manifestation d’une quelconque magie.
L’IDEE DIVINE
Vous l’aurez compris, à mon avis,
dieu n’existe pas ! Si dieu existait, quel besoin aurait-il de s’occuper
de nous ? Lui censé tout connaître, tout savoir, tout voir et tout entendre,
même ce qui se dissimule derrière les murailles les mieux protégées ?
Quand on sait tout d’avance, à quoi bon s’intéresser au comportement d’êtres
dont on peut tout deviner ?
Ah mais justement disent les
croyants, c’est pour cela qu’il nous a laissé le libre arbitre ! Pour
mettre un peu de suspens dans son existence et se distraire de la manière dont
nous utilisons notre liberté.
Admettons.
Il éprouverait donc le même
intérêt que celui d’un môme jetant un scarabée ou n’importe quel petit animal
au coeur d’une fourmilière? Juste pour voir comment il se débat, et surtout
comment les fourmis réagissent ? Et le
plus souvent l’attaquent ? Drama is conflict dit-on à Hollywood. Rien de tel que l’issue incertaine d’une bagarre ou d'une
engueulade pour relancer l’histoire.
Dieu assisterait donc à un super
match de boxe entre ses centaines de millions, puis aujourd’hui ses milliards
d’administrés. Je pars évidemment du principe qu’il administre tous les êtres
humains, et pas seulement ceux qui croient en lui. Drôlement balèze, dieu,
parce qu’en même temps, qu'il observe 6 milliards de matches de boxe, il juge
qui, parmi les fourmis et les lézards, aura droit au paradis. Et qui devra se
contenter de l’enfer ou du purgatoire... Sans compter que si ça se trouve, il
doit s’occuper aussi des vrais animaux.
Ce systématiquement, sans jamais
s’arrêter, ni se reposer, ni partir jouer à autre chose. Ce dieu là, si on le
découvrait dans un film, il aurait l’air d’un fou monomaniaque sérieusement
handicapé par un grave délire obsessionnel. Il n’est plus le dieu de sa
création, il en est l’esclave.
L’idée même de dieu, c’est
une très jolie histoire, mais cela m’a tout l’air d’être une pure invention de
l’homme du fond des âges, qui grelottait de froid dans sa grotte. Une histoire
passablement améliorée par son descendant, qui passait l’essentiel de ses
soirées à rêver sous sa tente bédouine. Tellement améliorée qu’aujourd’hui
encore, après quelques hésitations au XXème siècle, la foi semble être
redevenue un mot qui inspire forcément le respect.
Comme si l’acte de croire, en soi, était
admirable. Mais c’est juste le choix d’une certaine facilité, ce qui n’a rien
de particulièrement respectable. Ce n’est même pas un acte moral. On peut être
un être moral et croyant, immoral et croyant, incroyant et moral… On peut même
être incroyant et immoral… ça c’est moi, parfois… En tout cas, les deux termes
de l’équation ne sont pas liés.
C’est ainsi que tout a commencé… Par un
grand affrontement de particules et d’énergie, un chambardement de tous
les diables, une explosion dantesque, Crash, badadoum !
Big… Bang !
Du moins c’est ce que disent les scientifiques. Parce que je n’y étais
pas et qu’à vrai dire je m’en fiche un peu. En plus, il semble qu’ils ne soient
plus tous d’accord avec cette fameuse théorie du Big Bang. Sans doute
atteint-on là les limites à l’entendement humain d’un honnête homme de ce début
de XXIème siècle. En plus, si Big Bang, il y a, qu’y avait-il avant ?
Forcément quelque chose. Introduire la notion de dieu dans l’histoire ne change
rien à l’affaire : qu’y avait-il avant dieu ?
En bon auteur de science-fiction, j’ai une explication : tout s’est
passé en une fraction de seconde. Un minuscule trou noir, aux dimensions d’un
atome infiniment compressé, est brutalement passé à l’échelle universelle. Une
expansion folle, qui se poursuit sur sa lancée depuis un sacré paquet de
milliards d’années. L’amusant dans l’histoire, c’est que de nouveaux trous
noirs apparaissent sans cesse, ça et là dans l’univers. Ils ont pour vocation
de se concentrer à leur tour de manière tellement forte qu’ils finiront tôt ou
tard par exploser eux aussi, donnant naissance à chaque fois à de nouveaux
univers, dans de nouvelles dimensions. En fait, l’apparition de la vie n’est
qu’un incident de parcours dans cette histoire, dont le but ultime est
l’autoreproduction des trous noirs… A ce stade de connaissance, l’explication
en vaut une autre non ?
HUMANOCENTRISME
Je me souviens d’une dispute quasi théologique que j’eus avec Ernest
Mandel, penseur belge – ce qui est loin d’être contradictoire – et
internationaliste. C'était sur le gazon d’un campus de la faculté d’Aix en
Provence et j’avais à peine 17 ans. Lui 50 ou 60 de plus. Il était alors
« Le » philosophe de la IVème
internationale, venu nous enseigner la bonne parole dans le cadre d’une
« Ecole de Form » de la Ligue Communiste
Révolutionnaire.
Ordonques,
le jeune militant lycéen que j’étais n’était pas d’accord avec le vieux sage et
le faisait savoir bruyamment. Je n’ai jamais su ce qu’il pensait vraiment de
mon attitude, mais je subodore qu’elle lui plaisait. Il répondait du tac au
tac, argumentait pied à pied, alors qu’il aurait fort bien pu s’offusquer et
prendre de haut, ou laisser tomber, ce jeune blanc-bec impertinent.
Le thème de la dispute n’avait rien de politique, c’était bien plus
fondamental que cela. Celui que je n’aurais jamais osé appelé « camarade
Ernest » - bien trop familier, irrévérencieux et pour tout dire étranger à
ma culture – prétendait que l’être humain était capable de résoudre toutes les
questions qu’il était capable de se poser… ce qui me semblait, et me semble
toujours, une manière quasiment déiste de voir les choses.
Je décelais, chez ce vieux « compagnon de route » (= qui avait
connu et fréquenté Trotski), des relents de mysticisme que ma réflexion de
jeune athée d’au moins 2ème génération ne pouvait accepter. Il
remplaçait Dieu par l’humanité et c’était une vision du monde un peu courte,
pour ne pas dire carrément ethnocentrique. Finalement, je rompis le combat,
devinant que je touchais là une conviction profonde, comme lorsque l’on parle à
un chrétien, qu’il soit catho ou Témoin de Jéhovah, un juif religieux, un
musulman ou n’importe quel personne « croyante »…
C’est bien de cela qu’il s’agit. Comme me disait mon pote Aaron le
scénariste, également un ancien de la LCR, en faisant le geste de la kipa
emprisonnant le haut du crâne: « Il y a des gens qui ne peuvent vivre
( !) qu’avec une chape de plomb pesant sur le
ciboulot, pour les empêcher de penser librement ».
Pourquoi vivent-ils ainsi ? Par peur ? Par structuration
mentale, organique ? Ou par fêlure psychologique ? Sans doute un peu
de tout cela à la fois, selon les cultures et les individus. Toujours est-il
qu’ils forment une grande majorité de l’humanité, de cette humanité que Mandel
voyait comme une entité un peu magique tandis qu’il me paraissait évident, en
tant que jeune amateur de science fiction, que l’humanité n’était qu’une espèce
intelligente parmi d’autres. Et que très vraisemblablement, dans cet univers ou
dans d’autres, notre humanité sera supplantée tôt ou tard par une autre espèce,
plus intelligente, plus économe ou plus puissante… Ou même peut-être par les
machines autonomes, qu’un jour ou l’autre, nous allons construire.
Il importe de discerner, parmi les croyants, ceux qui se contentent
d’appliquer le dogme appris par cœur, et ceux qui le questionnent, mes frères
et sœurs, qui n’ont d’autre certitude qu’un doute et des envies de réponse. Je
suis toujours persuadé qu’Ernest Mandel avait tort, mais j’ai réalisé
aujourd’hui qu’il avait aussi raison. A condition de retourner son hypothèse.
Parce qu’effectivement, à l’inverse, ce qui paraît certain, c’est que l’être
humain n’aime à se poser que les questions qu’il peut ou croit pouvoir
résoudre. Et quand il devine qu’il n’y arrivera pas, il colle sur la question
une réponse toute faite, de l’ordre du mysticisme. C’est juste une question de
survie, pour ne pas se perdre dans d’insondables profondeurs que l’esprit ne
peut affronter impunément, sous peine de s’y retrouver piégé. Et personne – en
tout cas pas moi - ne souhaite arpenter indéfiniment ces étendues verglacées
dans lesquelles se perdent les esprits les plus acérés.
Selon les dernières théories de
la physique quantique, visant à expliquer ce qu’il y a avant le Big Bang, le
temps n’existe pas. A partir de là, les théories divergent, entre un univers
qui bat la mesure, croissant et décroissant au rythme d’un temps qui n’existe
pas, donc, ou alors des mondes parallèles, à dix dimensions, dont seulement
trois nous sont perceptibles. Quatre en réalité avec le temps, cette dimension
qui n’existe toujours pas mais qui, d’après
Einstein, est relative. Selon lui par ailleurs, l’univers est fermé,
mais en expansion. Tout le monde n’est pas d’accord avec cette vision des
choses. La notion de fermeture notamment est battue en brèche. Personnellement,
je n’y ai pas été voir et m’abstiendrai donc de porter un quelconque jugement
sur le sujet.
Les astronomes sont cependant
d’accord sur un point important. Notre galaxie, la Voie Lactée, fonce droit en
direction de la Nébuleuse d’Andromède, à la vitesse considérable de 500 000 km/h. Voilà qui décoiffe, mais heureusement comme notre
petite planète bouge avec son environnement immédiat, on ne s’en rend pas
compte. N’empêche, lorsque les deux galaxies vont se rentrer dedans et
s’interpénétrer, il va y avoir du dégât. Même s'il y a un max d'espace entre
les étoiles: les interactions, gravitation et autres vont sérieusement intargir...
Notre système solaire, la Terre
en particulier, pourrait fort bien y rester. Heureusement, la distance qui nous
sépare du point d’impact est encore gigantesque : 2,2 millions d’années
lumières, soit 20 milliards de milliards de kilomètres. A la vitesse actuelle,
139 kilomètres par seconde tout de même – soit Genève Paris en 4 secondes,
quasiment de la téléportation - il nous reste encore 2,5 milliards d’années
avant le grand Boum.
De quoi respirer et même
recommencer un bon paquet de fois toute l’histoire de l’humanité. Pour autant
que le temps, qui n’existe pas, existe tout de même, parce que s’il n’existe
vraiment pas, 2,5 milliards d’années pourraient fort bien être égales à 2,5
secondes. Auquel cas nous serions sérieusement dans la panade. Je trouve tout
de même que certains physiciens devraient sérieusement réfléchir avant
d’asséner des vérités définitives comme « le temps n’existe pas ».
C’est précisément parce que cela bouge un max dans l’Univers que la
présence d’une volonté déterminée est hautement improbable. Toute volonté finie
engendrera forcément un désir de perfection, donc de finitude. Seule une
volonté infinie pourrait engendrer un mouvement perpétuel, tel qu’il semble
bien animer l’univers. Mais une volonté infinie, c’est contradictoire. Une
volonté ne peut être que finie. L’infini est dépourvu de volonté, qui est
l’expression d’une concentration en direction d’un but, l’infini n’est que
hasard.
Comment contrôler toutes choses dans cet univers immense, et dans les
autres, parallèles si ça se trouve, autrement qu’en étant l’univers
lui-même ? Mais l’univers ne s’autocontrôle pas, en tout cas pas
consciemment. Il est tout simplement. Ce qui ne signifie pas qu’il pense.
On a tendance à sous-estimer l’éducation scolaire, que l’on accuse
pêle-mêle de tous les maux. Le fait est que l’école doit transmettre un message
sans cesse plus complexe. Qu’il s’agisse de physique ou de philosophie, les
schémas à comprendre et appréhender sont de plus en plus sophistiqués. Mais il
est important que la libre pensée soit enseignée, au même titre que les
religions. Plus important encore, le darwinisme et tout ce qui s’y rapporte
doivent être présentés objectivement.
Il n’y a pas qu’aux Etats-Unis que la question se pose. Il faut être
vigilant, notamment dans nos écoles religieuses, quelle que soit leur
confession. Les sectes chrétiennes et les intégrismes islamistes ou hassidim
zapperaient volontiers la question. Même le nouveau pape et l’Opus Dei sont
prêts à s’engouffrer dans la moindre brèche. Les enfants comme les adultes
doivent avoir la liberté de croire en ce qu’ils veulent et l’enseignement se
doit de rester objectif. Les éducateurs ont pour mission d’expliquer ce que
pense la science et ce qu’affirment les différentes révélations. Libres à
chacun de choisir ensuite.
LA FOI EN QUESTION
Il n'est pas obligatoire d'être croyant pour avoir des règles morales et s'y tenir. Même le plus fondamentaliste des croyants est obligé d'en convenir. Comme par ailleurs il existe plusieurs liturgies bien différentes prétendant toutes à la vérité, l'agnostique honnête désireux de rencontrer dieu ne peut décemment en choisir une sans risquer de froisser les autres. Par ailleurs un dieu qui refuserait de sauver les âmes élevées dans d'autres religions, ou nées et mortes avant même l'invention du monothéisme, ne serait qu'un dieu capricieux et sans envergure. Un dieu sans intérêt dont nous serions les jouets.
« Pour que les dieux s'amusent, il faut que les humains tombent de haut » a dit Cocteau...
La logique voudrait au contraire que l'on puisse être sauvé sans avoir besoin du secours de la religion. Ainsi je considère être un homme de bien, qui fait ce qu'il peut pour rester droit, avec sans doute beaucoup moins d'hypocrisie qu'un bon paquet de croyants que je connais. C'est évidemment mon opinion, qui vaut ce qu'elle vaut, mais je la partage et mon coeur est le seul juge qui soit au courant de tout... Dès lors je veux bien être sauvé si dieu existe. Dans l'instant présent, je n'y crois pas, mais je veux bien qu'il me prouve son existence. C'est ma position depuis toujours, mais à ce jour je n'ai reçu aucun message compréhensible.
Partir du principe que je dois croire d'abord ne me paraît pas pertinent. Cela sous-entendrait que le doute est mauvais. Qu'il est le mal à priori. Or je ne vois pas pourquoi. Le doute est une vertu essentielle à la survie, dans la jungle comme dans la ville. De même, d'après chacune des religions, je devrais pratiquer « leurs » préceptes qui sont « LE » bon moyen d'entrer en communion avec dieu. Sans preuve aucune de ce que l'une ne soit meilleure que l'autre. A la limite, pour plus de sûreté, je devrais tenter de les pratiquer toutes en même temps... Cela présenterait l'avantage d'offrir de longs week-ends: du jeudi soir au lundi matin...
Ce serait évidemment contradictoire avec le concept même de religion. L'Islam explique d'ailleurs carrément que l'important est moins l'acte que la foi. Quelque soit le nombre de bonnes actions accomplies et la conformité du mode de vie avec les préceptes divins, un ermite de grande foi aura priorité d'accès au paradis sur un homme de bien dont la foi serait vacillante.
Il serait donc fondamental de croire. Dans quel but ? Si je crois et que je commence à faire le mal, n'est-ce pas une circonstance aggravante? Et si je me considère comme perdu, ne serais-je pas tenté d'aller au plus profond du mal ? Les animistes sont plus directs. Si le fétiche qu'on vous a attribué ne marche pas, c'est que vous avez commis de mauvaises actions. L'hypothèse que le sorcier soit mauvais n'est pas retenue comme pertinente. Selon cette logique, si je ne suis pas contacté, c'est tout simplement que je ne le mérite pas.
Si l’on en croit Stendhal,
« la seule excuse de dieu, c’est qu’il n’existe pas ». Cri du cœur
d’un romantique accablé par la misère du monde. Or toutes les religions
adoptent le postulat selon lequel dieu serait un océan de bonté. C’est que
l’une des fonctions essentielles de la religion consiste à servir à la fois
d’opium au peuple et de puissant ciment social. Dieu est le principal argument
pour inciter le commun des mortels à se conduire de manière morale. La fonction
créant l’organe, toutes les religions partent du même postulat. Dieu est amour. Même si le
dieu des israélites peut être parfois puissamment colère, il a toujours une
bonne raison. Soit ce sont les ennemis d’Israël qui
l’ont mis en boule, soit ce sont les juifs eux-mêmes qui ont déconné.
Lorsqu’il existe un diable,
ou un deuxième dieu méchant, comme chez les bochimans, il est toujours de rang
inférieur. Le patron, le vrai dieu, lui est bon. Pourtant, rien ne le prouve.
Rien ne prouve non plus que
dieu, qu’il soit bon ou méchant, récompense la bonté,
du moins en ce monde. Pour ce qui arrive après la mort, il ne s’agit même pas
de ouï-dire, mais de pures supputations, donc mieux vaut écarter la question
pour nous concentrer sur notre monde réel. Et là, statistiquement rien,
absolument rien, n’a jamais prouvé qu’on s’en sortait mieux en faisant le bien
que le mal. Au contraire. Les riches et
les puissants sont rarement des gens vraiment gentils. Sinon, ils ne seraient
ni riches ni puissants. Pour s’enrichir, ou acquérir du pouvoir, il faut
posséder une forme d’esprit qui soit plus axé sur l’accumulation et
l’égocentrisme que sur le partage. Ce n’est pas un jugement de valeur, c’est un
constat.
Cela ne signifie pas pour
autant que les pauvres soient forcément des gens biens,
mais c’est un tout autre sujet.
Hormis quelques cultes
assyriens mal connus et diverses déviations du côté de la sorcellerie,
l’humanité n’a que rarement, très rarement, imaginé que dieu était mauvais.
Qu’il mettait les gentils en enfer après la mort et les méchants au paradis par
exemple. Or pourquoi pas ? Si l’on admet le principe de l’existence d’un dieu
ayant inventé tout ce foutu système, on est bien obligé de reconnaître que la
bonté ne semble pas être son principal critère.
Créé ou non, le monde est
imparfait et force est de reconnaître que la société humaine l’est tout autant.
La vraie question qui se pose aujourd’hui à l’humanité, c’est de savoir si elle
parviendra à faire mieux, par la concertation et la réflexion, que la nature
laissée en liberté.
La croyance en Dieu repose
sur un acte de foi. C’est même
revendiqué par les croyants dont un certain nombre sont ainsi atteints, un beau
matin, par la grâce divine qui les illumine tout entier. J’en ai rencontrés quelques
uns, dans ma carrière journalistique, qui prétendaient avoir rencontré dieu. La
plupart paraissaient effectivement nimbés d’un aura de béatitude, genre sourire
permanent, qui aurait pu les faire passer pour des benêts.
C’est complètement
indépendant du choix de la religion. Tout ceux qui pensent avoir rencontré leur
dieu sont dans le même état. Même Ben Laden, sur ses
vidéos, a l’air d’un bienheureux et Bush aussi d’ailleurs. Cependant, cela ne
prouve rien. Moi aussi, lorsque je me lance dans un nouveau projet, que l’on
trouve mon idée géniale et que j’y crois, même si quelque part je doute, moi
aussi, j’irradie la joie de vivre et j’ai une pêche d’enfer. Même mon ex-femme
le disait, qui désapprouvait par ailleurs l’aspect fortement aléatoire de mes
revenus.
Cela ne prouve pas que mes
projets soient d’essence divine. C’est juste que j’y crois et que le fait d’y
croire m’enthousiasme. En général, sur le plan professionnel, mes projets sont
des films. Des fictions ou plus souvent des documentaires, pour lesquels il me
faut aller chercher des investisseurs du côté des télévisions. Evidemment, si
le responsable des achats et coproductions de la chaîne ZZZZ préfère donner les
sous au 23ème projet nul de sa copine plutôt qu’au mien, là je déprime. C’est
normal.
Cela ne prouve pas pour
autant que mes projets soient mauvais, mais juste qu’ils ne correspondent pas
parfaitement à la ligne éditoriale et aux besoins de la chaîne, ou alors que le
responsable des achats et coproductions de la chaîne ZZZZ est soit un
incapable, soit un salopard et peut-être même les deux. Accessoirement, s’il y
avait une justice dans l’au-delà, il serait puni et n’irait pas au Paradis, ce
qui personnellement me ferait une belle jambe, d’autant que la notion de
vengeance n’est pas très chrétienne.
Comme je ne crois pas au
Paradis, je suis évidemment handicapé par rapport à celui qui y croit. Il m’est
nettement plus difficile de me maîtriser, d’admettre l’oppression ou
l’injustice. J’ai tendance à rejeter la fatalité. Le croyant, lui, se contente
de tendre l’autre joue, de dire merci et de renvoyer un autre projet, toujours
avec le même sourire béat, puisqu’il est inondé de lumière et qu’il croit en
Dieu, plus qu’en son projet à lui.
Moi je tends la main, je
dis merci, et je renvoie aussi un autre projet, mais mon sourire s’est figé en
un rictus prêt à mordre à la première occasion. Sauf que le responsable des
achats et coproductions de la chaîne ZZZZ , s’il ne
sait pas juger de la qualité d’un projet, sait en revanche parfaitement tenir à
l’écart toutes les dentitions carnassières prêtes à s’en prendre aux parties
charnues, ou moins charnues, de son anatomie. Je n’ai donc quasiment aucune
chance de parvenir à y planter mes crocs.
C’est précisément à cela
que ça sert, le Paradis, dieu et toute la mythologie: à dévier les aigreurs, à
assouplir les ressentiments. Avec des avantages et des inconvénients. Cela met
de l’huile dans les rouages, facilite la
vie de ceux d’en bas en leur évitant de se révolter à tout bout de champ,. Cela facilite aussi la vie de ceux d’en haut, en leur
évitant d’avoir à se coltiner des révoltes toutes les demie heures.
A l’inverse, ne pas croire
en dieu réduit notablement la part de fatalisme qui est en chacun de nous, nous
pousse à trouver des solutions par nous-mêmes, bref à nous remuer les fesses
pour y arriver seuls, ici et maintenant. Avec le risque d’une remise en cause
fondamentale, voire d’un découragement absolu en cas d’échecs répétés. Pas
moyen de se consoler en pensant : je suis dernier et je m’en fous de
rester dernier toute ma vie en encaissant les coups, parce qu’après ma mort, je
vais passer premier…
André Malraux, qui se gourrait souvent, avait
parfois raison. En ce XXIème siècle, l’irrationnel effectue un retour inattendu
au premier plan. Même l’église catholique ose aujourd’hui à nouveau crier au
miracle. Un médecin est ainsi chargé de tenir le compte exact des guérisons
miraculeuses dûment enregistrées à Lourdes.
Il y en a eu quelques dizaines en un peu plus d’un siècle. Des guérisons
ou plutôt des rémissions aussi soudaines qu’étonnantes. Mais curieusement, seul
un certain type de maladies est concernée. Toutes celles qui d’une manière ou
d’une autre peuvent faire intervenir le patient lui-même, par des phénomènes
psychosomatiques ou immunitaires, donc explicables. Pour des conséquences
d’accidents, ou des dégénérescences dues à des maladies génétiques, par
exemple, il n’existe aucun miracle recensé.
La capacité de créer une œuvre et de la transmettre, c’est l’unique
miracle de l’âme humaine. A part cela, nous sommes juste un peu plus
intelligents que des cochons ou des pieuvres. Nous possédons aussi des mains
dotées de pouces opposables, ce qui est une trouvaille technologique majeure.
Les seules à nous suivre, rayon habileté, ce sont les pieuvres grâce à leurs
huit bras préhensiles, ce qui leur permet d’être l’unique animal à réussir le
test du bocal de cornichons.
Le bocal contient un appât appétissant (sinon ce ne serait pas un appât)
que l’on ne peut atteindre qu’en dévissant le couvercle. Evidemment, des
dauphins armés de leurs seules nageoires et de leur nez proéminent ont le plus
grand mal à y parvenir. Du coup, certains zoologues affirment que les pieuvres
sont plus intelligentes que les dauphins, ce à quoi les delphinologues
répliquent que leurs flippers favoris disposent d’un langage articulé, ce qui
ne semble pas être le cas des octopodes gélatineux à ventouses. Qui font par
ailleurs d’excellents tapas, alors que le dauphin dans les boîtes de Thon,
j'aime moins.
Les pieuvrologues rétorquent que peut-être,
mais qu'octopussy dispose de capacités d’adaptation à
son environnement tout à fait hors du commun. De même que son cousin le calmar,
fervent adepte du mimétisme. Et que cela définit généralement l'intelligence.
Cette polémique prouve plusieurs choses :
a) On peut être zoologue
et con.
b) En matière de
sciences, il ne faut jamais faire confiance aux chercheurs avant d’avoir
examiné leur méthodologie sous toutes les coutures, surtout lorsqu’il s’agit de
sciences inexactes. Davantage encore lorsque les médias s’en mêlent ; je
le sais, j’ai été journaliste scientifique.
c) La plus grande
intelligence du monde est handicapée si elle loge dans un corps manchot
d) L’intelligence seule
ne suffit pas et pour se développer, une espèce doit réunir plusieurs facteurs.
e) Une espèce de
champignons arboricole aurait très bien pu développer une forme
particulièrement sophistiquée d’intelligence basée sur la communion
télépathique, mais s’ils demeurent immobiles et muets nous risquons de ne
JAMAIS nous en apercevoir.
Dieu n’existe pas. Ou, s’il existe (ce que je
ne crois pas), il intervient si peu en ce bas monde que c’est comme s’il
n’existait pas.
Donc il faut agir en conséquence et se comporter comme de grands garçons
et de grandes filles, majeurs et pas forcément vaccinés, mais debout, autonomes
et orphelins. La résilience ne sera pas forcément facile, mais il faut en
passer par là. L’essentiel étant de parvenir à oublier tout ce fatras qui nous
pèse, pour vivre enfin en adultes responsables.
Qu’a-t-on à y gagner ? La liberté, ce qui n’est déjà pas si mal et
peut-être la paix, ce qui serait encore mieux. La religion dépasse la bêtise,
l’argent et le sexe au hit parade des causes de violence les plus fréquentes.
Ce n’est pas en soi une raison suffisant à la supprimer. La bêtise, l’argent et
le sexe aussi, on aurait bien du mal à les supprimer.
La bêtise, ce serait génial, mais apparemment impossible : c’est
sans doute la chose au monde la plus équitablement répandue. Tout le monde en a
sa part. Même moi qui vous écris, d’après ma douce ex-moitié, par moments, j’en
tiens une sacrée couche…
L’argent ce serait difficile. Et puis ce n’est qu’un outil
transactionnel. Même si l’on en revenait au troc, l’appétit de puissance, le
goût pour le luxe et l’accumulation ne disparaîtraient pas. Il y avait des
puissants et des riches et des plus pauvres jusque dans les sociétés
amérindiennes archaïques. Donc autant garder l’argent, le pognon, le flouze, le
blé, la monnaie, la thune, le fric…
Le sexe, qui pourrait chercher à le supprimer ? Ah bien si,
justement, décadence ultime, il y en a qui prétendent s’en passer. Les cons. Il
se trouve qu’au niveau des plaisirs, c’est quand même ce que l’on fait de mieux
et de plus économique. A moins de le payer bien sûr. Sa gratuité théorique,
donc son acessibilité, en fait paradoxalement le
moteur essentiel de notre société de consommation. Accessoirement, c’est aussi notre moyen de reproduction
principal, pour quelques temps encore.
Reste la religion, qui depuis qu’elle existe, a joué un rôle dans plus
de 90% des conflits de la planète. Sacré bilan pour des idées censées amener la
paix, le bonheur et l’amour, ce que toutes les grandes religions ont à priori en commun!
Si la réponse à la question « devrait-on s’en passer ? »
semble bien être oui, la réponse à la seconde question « peut-on s’en
passer ? », paraît moins évidente. La religion a en effet une
fonction et même plusieurs, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle a été inventée.
Répondre à l’angoisse de la mort dans un premier temps, mais là n’est plus
l’essentiel. On vit beaucoup mieux, en tout cas très confortablement, lorsque
l’on a admis qu’après la mort, il n’y avait rien, mais alors là, rien de chez
rien. Que ce rien, forcément, est aussi inodore qu’incolore et sans saveur.
Qu'il ne peut donc pas faire de mal.
Il ne peut pas faire de bien non plus, mais on s’en fiche puisqu’on est
mort. Ma foi, il m'apparait assez réconfortant de
savoir qu’en cas de pépin insurmontable, ou par trop douloureux, il est
toujours possible de débrancher la machine. Clac. On éteint.
Encore faut-il qu'il soit temps. Je me souviens de ma deuxième noyade
manquée. Je devais avoir une dizaine d'années et n'avais jamais encore traversé
un bassin entier, mais je m'étais mis dans le groupe des « nageurs »
à la piscine, avec l'école. Le premier aller se déroula sans problème, mais au
retour, au milieu de la piscine, je fus pris d'un mouvement de panique. Je
commençais à me débattre, bu la tasse, une fois, deux fois. Je n'allais pas
bien du tout et apparemment personne ne s'en était aperçu.
C'est alors que je ressentis très clairement ce que je devais faire: me
calmer, arrêter de gigoter, reprendre tranquillement, lentement, les mouvements
de brasse qui m'avaient permis de traverser, déjà une fois et demi cette
longueur interminable. Je sortis de l'eau tout seul, comme un grand, crachotant
encore, mais sans que personne ne se soit rendu compte de rien. Et depuis, je
suis comme chez moi dans l'eau. Enfin presque.
La seule fois où je me suis vraiment senti comme chez moi dans l'eau,
persuadé d'y être comme un poisson, c'était en Corse, à Porto, j'avais 16 ans
et j'étais sous acide. Un petit LSD rose me faisait découvrir les fonds marins,
en apnée, sous un jour vraiment nouveau. De temps à autre, je me disais:
« tiens je devrais peut-être monter respirer ». Moment de grand calme
et d'une totale plénitude, qui contraste résolument avec d'autres expériences
ultérieures avec le même produit. Des instants de flip extrêmement désagréables
qui m'ont heureusement convaincu d'arrêter ces conneries.
L'instinct de survie, le fait de savoir jusqu'où ne pas aller trop loin
et comment donner le coup de pied au fond de la piscine, qui vous éjectera à
l'air libre, sont parfaitement compatibles avec la non-angoisse
de la mort. Tant qu'il me reste des choses à réaliser ou à tester, et des
pistes pour m'en sortir, j'ai l'envie d'y goûter.
En attendant que toutes les pistes soient fermées, ou simplement que la
douleur soit trop forte, autant vivre bien, et même du mieux qu’on peut. Pour
moi, mais c’est un choix personnel, cela implique – entre autres - de laisser
une trace, d’apporter ma pierre à l’édifice du savoir et de l’humanité. Fût-ce
un grain de sable minuscule, une particule de poussière élémentaire. Le présent
ouvrage est précisément censé y contribuer.
Quand je disais cela à mon ex-épouse, qui contrairement à moi, a reçu
une éducation religieuse, plus précisément catholique, elle me disait que c’est
très catho, le coup de la petite pierre, minuscule grain de sable… Ce qui nous
ramène au propos principal de ce chapitre : la religion a aussi du bon, de
l’utilitaire, et c’est du côté de la morale qu’il faut aller le chercher.
Morale individuelle et morale sociale. Car si l’on ne croit pas en
l'être suprême prêt à vous châtier dans l’au-delà, qu’est-ce qui peut vous
retenir de céder à la tentation ? Ou vous inciter à faire le bien plutôt que le
mal ? La religion pose des jalons, place des bornes à ce que l’on peut
faire ou ne pas faire et nous incite à respecter les principes de base.
Parce que même si l’on ne croit plus vraiment à l’enfer, dans nos
sociétés européennes agnostiques, on a tous encore quelque part, chevillée au
corps, l’idée force que si l’on fait le bien on sera récompensé, tandis que
l’on sera puni si l’on fait le mal… Même Labiche l’affirme, et 99% des auteurs
de western avec lui… Sauf que dans la vraie vie ça ne fonctionne pas comme ça.
D’où l’invention géniale du concept de punition et de récompense dans
l’au-delà, par des types qui souhaitaient mettre un peu d’ordre dans les
débordements inégalitaires de leur époque respective. Par exemple en condamant l'esclavage, dans le cas de Jésus, ce qui fit son
succès dans l'Empire Romain...
Apparemment, tous ses successeurs n’étaient pas du même avis, et pour
justifier l'esclavage, ils inventèrent ce concept étonnant : dénier une âme aux
esclaves !
APRES LA MORT
Qui dit récompense et punition dans l’autre monde, dit
tri à la porte du Paradis. Pour l’imagerie catholique traditionnelle et
quelques vieux bigots, ce n’est pas à Dieu de se préoccuper de qui entre et
sort. Il laisse cela à Saint-Pierre, à qui il a remis
les clefs.
J’aimerais tout de même savoir, dans ce cas, qui a jugé
les myriades d’êtres humains ayant précédé la naissance dudit Pierre? Et
comment fait-il aujourd’hui, ce brave homme, si bon apôtre qu’il soit, pour
juger équitablement les deux ou trois personnes qui meurent à chaque seconde
sur notre planète? Chaque seconde, 24 heures par jour, 365 jours par an, sans
interruption depuis 2000 ans ? Sans aucune perspective d’avancement ni congé
payé, pour les milliers d’années encore à venir… Jusqu’à ce qu’un cataclysme
genre extinction du soleil, attaque extra-terrestre ou victoire finale sur la
Terre entière d’une religion rivale avançant voilée ne vienne mettre fin à sa
tâche harassante... A sa place, j’enverrai en douce des anges faire avancer la
cause de l’Islam, histoire de respirer un peu. Parce qu’à ce rythme-là, s’il
n’était pas fou au départ, Saint-Pierre, il a du le
devenir depuis...
L’Islam des premiers âges,
très moderne à l’époque, a inventé le concept du passage automatique. Si l’on
meurt en combattant pour la gloire d’Allah, allez hop, pas de jugement, on
passe direct. Comme lorsqu’on est avec un moniteur de la station, à la file du
téléski.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi je
trouve ça particulièrement injuste les couloirs réservés aux moniteurs des
écoles de ski. Il suffit de payer un bellâtre à l’accent local en combinaison
voyante pour ne plus avoir à faire la queue. Je connais des gens au
portefeuille bien garni, qui skient comme des dieux (parce qu’un Dieu,
forcément ça skie divinement) qui se paient un bellâtre à la journée, rien que
pour ne pas avoir à faire la queue. Evidemment, il y a une raison. Au prix où
il paie le bellâtre, si le client doit attendre dans la file durant la moitié
de son cours, il va drôlement râler, et il aura raison.
Pour l’Islam, c’est pareil, il y a une raison aussi.
Mourir pour une cause, ce n’est pas rien comme décision, et le moins que l’on
puisse faire, lorsque l’on demande pareille abnégation, c’est de donner quelque
chose en échange. Cette trouvaille explique, presque à elle seule, l'expansion
spectaculaire de l'Islam, aux dépens de l’Empire Romain d’Orient et des
royaumes d’Asie Mineure. Presque, car il y a aussi d'autres explications sur
lesquelles nous reviendrons.
Aujourd'hui encore, le Djihad et sa récompense
automatique exercent un attrait certain sur l’imaginaire de bien des musulmans.
Et une crainte compréhensible, atavique, chez les non-musulmans.
Les autres grandes religions, bouddhisme, hindouisme ou christianisme
préféraient généralement la voie des missionnaires et des prédicateurs. Une
route plus longue et sinueuse, mais plus pacifique, même s’il y eut des
exceptions sanglantes.
La religion hébraïque, qui tend à se refermer sur
elle-même lorsqu'elle se considère comme réservée au peuple élu, ne pratique
plus guère le prosélytisme. Cela n'a pas toujours été le cas. Il y a 2000 ans,
les conversions à l'unique religion monothéiste de l'époque étaient nombreuses,
dans tout l'Empire romain. L'Empereur Théodose y a
mis fin, interdisant le prosélytisme, ce qui fut intégré très profondément par
la religion juive, principale concernée.
Certaines recherches historiques menées aujourd'hui en
Israël expliquent par la conversion de populations autochtones, plutôt que par
l'exode, la forte présence juive en Europe de l'Est, dans la péninsule arabique
et en Afrique du Nord. Corolaire, les Palestiniens
seraient souvent d'anciens juifs convertis au christianisme arianiste
ou nestorien, puis/ou à l'Islam. Là encore nous y reviendrons.
Concept militaire révolutionnaire, l’accès direct au
paradis pour les combattants valeureux assurait un avantage certain à l’Islam,
jusqu’à ce que le christianisme s’y mette à son tour pour lui barrer la route.
Auparavant, pour accéder au paradis chrétien, mieux valait mourir en martyr. Du
coup les deux religions se complétaient admirablement : les musulmans occissaient les martyrs à tour de bras, qui se laissaient
décimer sans broncher, et tout le monde, heureux, accédait au paradis. Depuis
Saint Maurice, le centurion du Valais, c’était devenu une vraie tradition
chrétienne de se laisser décimer. Seulement après la perte de l’Afrique du Nord
et de l’Espagne, les chefs chrétiens finirent par s’apercevoir qu’avec ce
système, si tous les chrétiens morts se gobergeaient en masse au paradis, il n’y
aurait bientôt plus un seul chrétien vivant sur Terre.
D’où l’invention du chevalier combattant, susceptible
d’accéder lui aussi au Paradis, avec rémission automatique de ses pêchés s’il
mourrait pour le tombeau du Christ. Même s’il avait violé femmes et enfants
auparavant. Le concept était assez peu chrétien, mais c’était devenu une
question de vie ou de mort pour l’église. Nous devons à cette entorse
gravissime au dogme du « tends l’autre joue » de n'être pas tous
devenus musulmans ou martyrs. Les croisades et la Reconquista pouvaient
commencer.
Si l’on en croit la tradition musulmane, au paradis,
le service est supérieur à celui des plus fastueux 5 étoiles : du miel à
s’en pécho le diabète, des fruits délicieux à
profusion, et surtout, des tas de houris plus sexy les unes que les autres,
spécialistes de gâteries en tous genres. On les imagine drôlement inventives,
les houris, parce que leurs héros, elles sont censées leur réveiller les sens
durant toute l’éternité. J’espère au moins qu’elles sont syndiquées, là-haut,
parce que franchement, esclave sexuelle jusqu’à la fin des temps, ce ne doit
pas être rose tous les jours.
Ce n’est pas le seul truc qui me chiffonne. Les
combattantes qui meurent pour l’Islam sont-elles moins méritantes que les
mecs ? J’aurais personnellement tendance à penser qu’elles le sont
davantage, parce que entre nous, mourir pour l’Islam, quand on est une femme,
quelle abnégation! Or les pauvres n’ont pas droit du tout aux mêmes avantages.
Une jeune sénégalaise que j’entendais interviewée à la radio expliquait qu’à
son avis, au paradis des musulmans, il doit y avoir aussi des jeunes hommes
vigoureux pour assurer le plaisir de ces dames, parce qu’il n’y a aucune raison
que la jouissance soit réservée aux mâles. Elle avait parfaitement raison, mais
quelqu’un a-t-il déjà vu dans le coran la moindre allusion aux gigolos prévus à
cet effet ?
Tous les exégètes du coran ne sont cependant pas
d’accord avec l’histoire des houris. Pour certains, il s’agit d’une erreur de
traduction, le terme précisant plutôt le type de pâtisseries au miel réservées
aux croyants dans l’au-delà. Sauf que pour motiver des mecs à se battre, à la
veille d’une bataille rangée au cimeterre et à la lance, leur promettre des
croissants au miel, cela faisait un peu quiqui et
j’aurais personnellement tendance à penser que l’erreur de traduction devait
être souvent volontaire, dans la bouche des officiers occupés à motiver les
troupes du Jihad…
Ce qu’il y a de pratique avec le Coran c’est que selon
la matière dont on souhaite l’interpréter, ou selon la personne qui
l’interprète, on peut quasiment y trouver tout et son contraire. D'autant qu'en
traduction littérale, la langue du livre est franchement assez hermétique. A
côté, Deleuze et Guattari, c'est du B A BA pour demeurés.
Le paradoxe est que cette dispersion des
interprétations serait logique dans une tradition de tolérance et d’ouverture
au monde, mais dans une théocratie qui entend dicter sa conduite à l’être
humain dans les moindres détails de sa vie quotidienne, cela surprend…
La diversité des interprétations ne semble pas s’être
réduite ces derniers temps. D’un côté, des érudits renommés s’acharnent à faire
une lecture humaniste et pacifique du coran. De l’autre, une poignée de
fanatiques, souvent peu instruits, râbachent à
l’envie les couplets les plus extrémistes. Pour ces derniers, donc, la
récompense ultime du combattant musulman mâle moyen n’est pas d’avoir des
relations sexuelles librement consenties avec une femme amoureuse de lui. Une
femme qui en aurait vraiment envie, de ce genre d’envie qui vous illumine une
nuit d’amour pour toute votre vie. Non, le truc de la houri, cela signifie se
faire servir sexuellement par une sorte d’esclave dédiée à son entière
dévotion. Ce qui peut n’être pas mal non
plus, mais qui n’est pas du tout la même chose.
Remarquez, la vision catholique (ou protestante) de la
chose n’est pas forcément plus réjouissante, puisqu’au lieu de chair fraîche et
renouvelable, les chrétiens et les chrétiennes, si tout va bien, retrouvent au
Paradis leur douce moitié. Ce qui peut-être souvent super cool, mais qui dans
certains cas ne doit pas constituer une perspective particulièrement
enthousiasmante. Cela prend combien de temps, une procédure de divorce au
paradis ? Ou bien est on condamné à se farcir ad vitam eternam
celui ou celle que l’on a peut-être choisi(e) dans un moment d’égarement ?
Ceci dit, rien n’est jamais simple en ce bas monde et
l‘Islam, dans son acception la plus répandue, a beau traiter la moitié féminine
de l’humanité comme une engeance inférieure, il a aussi engendré, en d’autres
temps, de merveilleux poètes qui ont su rendre grâce aux femmes, des esprits
féconds et civilisés qui ont fait progresser les sciences et la médecine et
nous ont transmis les savoirs de l’antiquité.
Concrètement, tout ce gigantesque fatras des religions
ne repose que sur les déclarations d’hommes (jamais de femme !) qui, voilà bien
des siècles ont annoncé qu’ils étaient, chacun à son tour, l’envoyé spécial de
dieu... Tous à ce moment là ont prétendu être le dernier, le vrai, les
précédents n’étant que des imposteurs, ou des envoyés de rang intermédiaire.
Jésus avait fait très fort avec son personnage de Fils
de Dieu, qui au passage rendait quand même plus ou moins cocu le brave Joseph,
ce qui n’est pas franchement catholique. Malgré cela, Mohammed avait tout de
même trouvé le moyen de lui succéder. Avec l'appui des Arianistes
qui croyaient en Jésus, mais en tant que prophète uniquement. Et puis soudain,
depuis 14 siècles, durant lesquels il s’est pourtant passé un maximum de trucs,
plus rien. Pas le moindre petit signe.
Entre nous, des gens qui se pointent, un beau matin,
en prétendant: « Je suis Dieu », ou son fils, son neveu, son
prophète, ou son messie, il y en a presque tous les jours. On n’entend guère
parler d’eux, parce qu’ils se retrouvent illico presto enfermés dans une
camisole de force, ou alors complètement lobotomisés par une absorption massive
et répétée de sédatifs. Or que se passerait-il si le fils de Dieu (ou son
prophète, ou son messie… ou sa fille ?) était vraiment parmi eux ?
Logiquement, il devrait faire un petit miracle, dénouer les bras de sa camisole
rien qu’en bougeant les oreilles et s’emparer des studios de CNN sans tirer un
seul coup de feu... Mais cela ne se produit jamais.
Il y a bien eu quelques apprentis prophètes qui sont
parvenus à faire parler d’eux, comme
celui des mormons et son collègue des Bahaïs, mais rien qui soit
réellement susceptible de changer la face du monde.
Le paradis demeure « le » truc imparable
assurant à tout coup le succès des divers types de croyance en Dieu. Si l’on
vous assure que moyennant quelques principes à respecter ici bas, votre vie
après la mort sera comme d’avoir gagné au loto, mais en mieux et pour toute
l’éternité, c’est sûr que ça fait sacrément envie. Evidemment, c’est la base de
toute escroquerie : faites croire à un gogo qu’il va accéder – à prix
cassés - aux biens de ce monde qui le font rêver et vous lui vendrez n’importe quoi.
Ceci dit, je trouve assez insipide et surtout
passablement vieillotte la notion de Paradis véhiculée par les livres saints.
Non seulement, on nous impose des règles de vie ici bas, mais on nous en impose
encore là-haut : du miel (bonjour les dents) et des houris pour certains,
ou du miel et pas de houris, mais des animaux sympas, des petits nuages roses
et bleus et de la bouffe à profusion pour d’autres. Rien que des produits
naturels évidemment... Mais peut-être bien que l’on n’a pas le droit de les
manger : ce serait gourmandise…
Le paradis, c’est comme une île déserte, mais remplie
de gens sympas. Enfin j’espère, parce que si ça se trouve, il y a plein de cons
aussi. Après tout, les gens les plus gentils ne sont pas forcément les plus
malins. Mais au paradis, on doit être
obligé de les trouver sympas. Comment se débarrasser d’un pot de colle dans cet
endroit de rêve ? Un pot de colle dont les désirs se résument à vous tenir
la jambe toute la semaine... Ou tout le mois, ou toute l'année. Et qui pourrait
lui interdire de faire ce qu'il veut au paradis ?
Comme sur une île déserte, il ne doit y avoir ni
cinéma, ni spéciale de rallye où foncer comme un malade – d’autant plus qu’on
ne risque plus rien – ni piste de ski à dévaler à fond les manettes sur une
neige toujours optimale, encore moins de navette spatiale, à diriger vers les
étoiles puisqu’on a l’éternité. Il y aurait pourtant des tas de trucs vraiment
sympas et originaux à essayer, mais le paradis, d’abord on ne doit pas avoir le
droit de le quitter et ensuite, les distractions doivent se limiter à celles
qui existaient dans l’antiquité. Autant dire pas grand-chose, hormis le sexe.
En fait, le Paradis comme on nous le représente, on
peut le reproduire sur terre assez facilement, pour peu qu’on ait de solides
revenus. Pourtant franchement, le soleil, le farniente, la plage et la nature,
les odeurs de thym ou d’hibiscus, j’adore, mais assez rapidement, je m’ennuie.
Ce doit être pareil au paradis. Vous vous rendez
compte l’enfer ?
Aucun risque de crise de foie à manger des douceurs
toute la journée ? L’écoeurement à perte de vue ! Ce doit être
extrêmement chiant. Ils doivent être obligés de distribuer des prozac magiques
pour que l’on n’ait plus besoin de se distraire. Gavés, arrivés, finis. Ce qui revient
à peu de chose près à la mort, telle que je l’imagine : la non sensation,
donc la non existence.
Mon ex-épouse No2 s’inscrit en faux. Dans son enfance
catholique elle a toujours pensé que chacun avait droit au paradis de son
choix. Pour elle, qui adore le 7ème art, le paradis, c’était un
cinéma en plein air, avec des petites chaises de jardin et de la verdure
autour, qui passait les meilleurs films 24 heures sur 24. Elle n’en bougeait
jamais, et bien entendu ne s’ennuyait pas une seconde. Tiens au fait faudra que
je lui demande, lorsqu'elle consentira à me parler à nouveau, si les
projections étaient nocturnes, ou diurnes. Rapport à la luminosité de
l'écran...
Le concept en tout cas est intéressant: Un espace
entièrement virtuel, où tout le monde pourrait s’imaginer faire ce qu’il lui
plaît. C'est déjà possible en ce bas monde, ou ce le sera dans fort peu de
temps. Avec un casque et une combinaison d’animation virtuelle, on peut jouer à
s’imaginer ce que l’on veut. Mais franchement, c’est tout de même très passif
comme mode de vie. Un rêve de petite fille.
Accessoirement, cela m'a permis de comprendre pourquoi
ma chère ex-épouse No 2 s’était mariée successivement avec deux réalisateurs de
films, alors qu’elle prétend détester l’incertitude matérielle des métiers
artistiques !
La seule occupation naturelle qui doit vraiment aider
à passer le temps au Paradis, c’est le sexe. La différence essentielle entre
Mohammed et Jésus sur ce point, chaud, c’est que le premier adorait ça, quel
que soit l’âge de ses partenaires d’ailleurs, tandis que le second, on n’en
sait trop rien… Résultat, dans leurs paradis respectifs, apparemment c’est avec
ou sans. Personnellement, si je devais choisir, ce serait plutôt avec.
Reste que cela pose un problème. D’abord, le sexe est
beaucoup plus rigolo lorsqu’on a le sentiment de braver un interdit. Même dans
le cadre d’un couple légitime, il est bon qu’une petite part de mystère
demeure, que la femme laisse l’homme la reconquérir sans cesse, que le petit cinéma
des fantasmes fasse son effet. Si tout est sain, normal, gentil, autorisé et
surtout habituel, même le sexe peut devenir banal. Je le sais, j'ai divorcé
deux fois à cause de ça.
Existe-t-il des interdits au Paradis ? Si oui de
quel ordre ? A-t-on le droit de toucher tout le monde, partout, quand on
veut, jusqu’à quel âge, à partir de quel âge ? Que se passe-t-il en cas de
transgression, est-on chassé sans pitié vers l’enfer, ou bien perd-on la
possibilité de transgresser ? Si on la conserve, quelle est la différence
d’avec la vie sur terre, du point de vue divin ?
Qui fixe l’âge minimum requis pour le ou la
partenaire, truc éminemment culturel et sujet à fluctuations historiques.
Personnellement, je considère la pédophilie comme une abjection mais la société
n’a pas toujours été de cet avis. La majorité sexuelle est ainsi passée de
10-12 ans à l’époque du prophète Mohammed (tant en occident qu’en orient
d’ailleurs) à 15 ou 18 ans aujourd’hui, en même temps que l’espérance de vie
doublait. Chez nos contemporains les huaorani, qui à 35 ans, ont l’air d’en
avoir 60, une gamine de 15 ans est une femme qui a pu déjà donné le jour à 3
enfants. Dont si ça se trouve, un ou deux sont morts…
Ce qui nous ramène au
paradis. Là haut, quel aspect a-t-on ? Celui de l’âge de sa mort (beurk
dans la plupart des cas) ? Un âge optimal (lequel ? 19-23 ans,
physiquement ce serait pas mal, avec les connaissances de 60 et la mémoire de
30…) ? Le même pour tous ou
différent ? Ou pas d’âge du tout et dès lors ni corps ni sensation ?
Est-ce que cela ressemble à un grand camp de nudistes, puisque tout est pur,
vrai et naturel ? Ou bien est-on en Tanga, en string brésilien, en
burnous, en burkha ou en robe à panier ?
Dans la plupart des religions, seuls les êtres baptisés
et/ou croyants peuvent accéder au paradis. Aux yeux des religieux, l’usage de
la morale parait donc justifier l’exorbitant privilège accordé aux
intelligences supérieures, à savoir les humains, et refusés à tous les autres,
les animaux. Où dieu place-t-il la barre ? A partir de quel moment les
hominidés se sont-ils considérés (et ont été considérés par leurs dieux) comme
humains doués de raison et non plus comme des animaux ? La question est
loin d’être anodine, puisque bien des religions aujourd’hui très politiquement
correctes ont jadis refusé le droit d’avoir une âme à des pans entiers de
l’humanité.
La question des êtres humains handicapés moteurs à un
point tel que la conscience d’un être supérieur ne peut que leur être étrangère
reste réservée. Mais qu’en est-il de tous les autres êtres vivants. Pourquoi
sont-ils punis? En quoi leur état d’innocence absolue les rend-il coupables ?
Et de quoi ? D’avoir obéi aux lois de leur espèce et de la nature ? De n’avoir
pas été dotés par l’évolution des capacités de sagacité suffisantes pour
élaborer un concept moral?
Tout cela parait fort peu logique et encore moins
« chrétien ». Du coup, la plupart des religions protègent les êtres
humains handicapés, leur assurant même souvent une voie d’accès directe au
ciel, même si cela contredit toute la logique du raisonnement qui veut que
l’être supérieur nous ait laissé le libre arbitre pour que nous puissions
choisir entre le bien et le mal, le rouge et le vert, la glace au chocolat et
les spaghetti al pesto.
Pourquoi un être supérieur créerait-t-il une personne
handicapée au point de n’avoir aucune possibilité de conscience de son
existence, aucun libre arbitre ? Il est vrai qu’à l’état naturel, ces
personnes seraient destinées à disparaître dès après la naissance. Mais
pourquoi les faire naître? A moins bien
sûr, qu’il ne soit pas si supérieur que cela, qu’il n’ait pas les moyens
d’empêcher ces ratages de son dessein originel…
Les nombreuses contradictions décelables dans les
écrits fondateurs des religions ne sont guère étonnantes, si l’on considère
qu’elles sont l’œuvre d’hommes visionnaires. Il est logique que leur pensée ait
varié. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis et ils
n’étaient certainement pas des imbéciles. Ayant du répondre à toutes sortes de
questionnements, affronter nombre de retournements de situation, les prophètes
ont adapté leur pensée. Pour l’affiner ou parfois contredire des propos
précédents. Y compris « Le » prophète Mohammed, qui n’était selon lui
que le porte-voix de dieu.
Qui n’en aurait fait autant ? Personne… sauf
dieu justement ! Serait-il donc si peu omniscient qu’il change d’avis si
aisément ? Le coran admet cette possibilité d’évolution de la pensée
divine, alors même qu’il revendique par ailleurs la parfaite vérité du verbe
divin. Cette contradiction n’a jamais été tirée au clair. L’erreur est donc
divine, mais dans le même temps, dieu ne se trompe jamais, ou plus exactement,
l’homme n’a pas le droit de le lui faire remarquer.
En disant cela, il semble que je blasphème. D’aucuns
ont subis une fatwa pour cela. Mais autant l’interdiction de discriminer ou
d’opprimer quelqu’un en raison de sa religion, comme des ses origines ou de son
sexe, me paraît justifiée, autant le questionnement d’une pensée doit pouvoir
rester libre.
On doit pouvoir critiquer la religion, n’importe
quelle religion, comme n’importe quelle idéologie.
Toute une partie du monde islamique attend d’ailleurs
l’émergence d’un courant novateur, à la
manière d’un protestantisme, qui secoue les traditions et réduise les
pesanteurs. Nous sommes entrés dans cette phase, mais comme aux premiers temps,
très violents, du protestantisme chrétien, des sectes extrémistes accaparent le
débat, en établissant leurs propres règles intangibles.
Une chose est sûre: pointer du doigt les
invraisemblances des croyances religieuses, quelles qu’elles soient, doit
rester légal, au même titre que l’expression et l’affirmation des dites
croyances. En aucun cas, la nature prétendument divine d’un message ne saurait
servir de prétexte au baillonement de la libre
parole. Remettre en cause l’idéologie
islamiste, au même titre que l’idéologie sioniste, est un droit et même une
obligation dès lors que ces idéologies tendent à s’imposer par la force, contre
la volonté de ceux qui pourraient en être victimes…
Si vous parlez arabe, même un tout petit peu, vous
savez que le vrai nom du prophète de la Mecque, c’était Mohammed. Simplement,
au Moyen-Age, les prononciations francophones ont
transformé son nom en Mahomet. Aujourd’hui les puristes veulent lui redonner,
en français, son nom d’origine. A priori, je ne suis pas d’accord. Dans sa
langue de l’époque, Jésus ne se prononçait ni ne s’écrivait Jésus. Je n’écris
pas London ni Mokba en français, mais Londres et
Moscou. Je continue souvent d’écrire Pékin plutôt que Bei-Jin,
n’en déplaise aux enfants de Mao.
Cela ne me gêne en rien d’utiliser en français toutes
sortes de termes venus de l’étranger, noms propres ou noms communs, qu’ils
soient d’origine arabe, espagnole, italienne, grecque ou allemande. Même les
termes venus de l’anglais, je les accepte avec reconnaissance et j’accepte tout
autant leur francisation, qui fait partie de l’histoire. Mahomet présente en
plus l’avantage d’être exclusif et donc immédiatement identifiable. Vous voyez
un peu la complication, si Jésus s’appelait Pierre, Kevin ou
Jessica ? Or des Mohammed, y en a plein.
Ceci dit, si la majorité des francophones musulmans,
les premiers concernés, estiment préférable d’appeler leur prophète Mohammed,
je ne vois pas au nom de quoi je m’opposerais à leur volonté. C’est une simple
question de respect mutuel. Il existe suffisamment de sujets potentiels de
grave tension pour ne pas faire des efforts de compréhension sur des thèmes
mineurs. Une langue doit savoir évoluer, ne pas rester figée.
C’est exactement pour les mêmes raisons que je
n’emploie plus le terme d’américains pour désigner les étasuniens. Par respect
pour tous les autres, américains du nord, du sud, du centre ou des Caraïbes,
qui en ont souvent ras le bol de se voir assimilés à une nation qu’ils tiennent
de plus en plus souvent en désamour. Pour ne pas dire en exécration.
PAROLE DIVINE…
Les monothéistes ont tendance à qualifier de
superstition toute autre croyance que la leur. Pourquoi la leur serait-elle un
cas à part, hormis le fait que ce soit la leur ? Le monothéisme ne repose
sur aucune preuve concrète. Répétons-le, on n’a jamais retrouvé la moindre
trace de la gigantesque armée de Pharaon qui serait disparue ce fameux jour
dans les flots de la Mer Rouge, tandis que les pyramides sont toujours là. Râ,
Osiris et même Aton sont pourtant rangés au rayon des
has been, tandis que Jéhovah et Moïse sont toujours au hit parade.
Au-delà de la force révolutionnaire des idées,
l’explication est technologique : en matière de communication, les
caractères araméens de l’écriture juive présentait un avantage certain sur les
hiéroglyphes peints égyptiens. Pour la première fois, le peuple pouvait
entretenir une tradition écrite et l’enrichir, ce qui lui permettait de
s’approprier véritablement son histoire et sa liturgie. Alors que dans l’espace
égyptien, elles restaient l’apanage des prêtres.
En se transmettant plus aisément, ces liturgies plus
proches du peuple évoluaient avec le temps et avec l’éloignement des centres
d’origine. Chaque branche est évidemment persuadée que son évolution est la
bonne, l’expression de la vraie volonté de dieu, à l’exclusion des autres.
C'est le cas des sépharades, des
ashkénazes et des falashas dans le judaïsme… comme des orthodoxes, des
catholiques de différentes obédiences et de la multitude de variations autour
du protestantisme dans le christianisme.
Même l’Islam a bougé, et bouge encore régulièrement,
travaillé de mutations et de retours à la ligne vraie, en dépit des efforts de
l’Empire ottoman pour en figer les bases. Qu’ils soient shiites, sunnites,
derviches, catholiques romains, samaritains, adventistes ou presbytériens, les
croyants n’ont qu’une seule chose en commun : la certitude que leur rite
est le bon. Ce, bien qu’il n’ait été généralement figé qu’après une autre
trouvaille technologique, l’imprimerie, qui permis cette fois, à chacun, de
disposer de la même version de l’histoire.
Si malgré tout une forme de vie, ou de non vie, ou
disons de conscience supérieure ou différente existait, comment peut-on penser
qu’elle serait préoccupée de savoir que l’on se coupe ou non le bout du zizi,
que l’on récite ou non des Ave Maria ou des Pater Noster, que l’on s’incline ou
non, cinq fois par jour, en direction d’un gros caillou du désert ?
Ces simagrées n’ont aucun sens. C’est pourquoi
d’ailleurs elles divergent tellement d’une religion à l’autre, et même d’une
coutume à l’autre au sein d’une même religion. Nous sommes en présence de pure
superstition, le but ultime de ces manifestations de foi, outre la soumission à
la règle sociale commune, étant de prouver à dieu qu’on l’aime, qu’on ne pense
qu’à lui et qu’on est quelqu’un de bien à cause de cela.
Là, franchement, excusez-moi, je m’arrête quelques
instants en caressant les touches de mon clavier Logitech
sans fil (en échange de cette pub gratuite, je veux bien recevoir leur dernier
modèle, avec la souris et le crayon)...
Je viens d’avoir, comme qui dirait, le flash de la
révélation. Une petite ampoule s’est allumée dans mon esprit, qu’elle a nimbé
de lumière. Un peu comme pour Géo Trouvetout,
génial génie méconnu et néanmoins cousin de l’idiot Donald Duck.
N’ayez crainte, vous ne vous êtes pas fait arnaquer,
ce n’est pas Dieu qui me parle, c’est juste une nouvelle preuve de sa
non-existence qui s’impose avec une étonnante clairvoyance... Ou plutôt une
nouvelle évidence de la création du concept divin par un esprit humain, qui
plus est vraisemblablement détraqué.
En effet, si ce gars, là-haut, quel qu’il soit,
existe, il est forcément dangereusement paranoïaque et égocentrique, puisqu’il
prétend juger les êtres humains essentiellement à l’aune de leur dévotion à sa
propre personne, alors qu’il y aurait tellement d’autres critères infiniment
plus intelligents.
Comme de faire le bien ou le mal, par exemple. Si j’ai
bien compris, un être humain qui ferait le bien toute sa vie, mais sans croire
en dieu, ou même sans croire à un dieu particulier, ou en croyant à un dieu,
mais pas au bon, ce saint potentiel, ou cette sainte potentielle, donc et il en existe (les pauvres, comme leur
vie doit être triste), aurait plus de chances d’aller en enfer qu’un odieux quelconque.
Il suffirait pour cela que le dit odieux gougnafier
répète le nom de Dieu toutes les trois phrases et se lave les pieds plusieurs
fois par jour, sans manger de porc. Qu’il sodomise un(e) prostitué(e) mineur(e)
de temps à autre ne changerait rien à l’affaire, surtout si l’anus investi est
Infidèle.
Faut-il ajouter que le christianisme, sur ce point
comme sur les autres, n’a rien à envier à l’Islam? De l’invention fabuleuse des
Indulgences par le catholicisme médiéval à la mise à ban de races prétendument
inférieures par les protestants d’Amérique du Nord et d’Afrique du Sud,
génocide et apartheid à la clef, chacun a largement de quoi balayer devant sa
propre église...
Comment les prêtres catholiques ont-ils pu prétendre
vivre durant des siècles en observant strictement leurs vœux de chasteté ?
Pas si longtemps que cela en fait, puisque l’interdiction du mariage pour les
prêtres ne date que du XIIème siècle. Elle mit
paraît-il plusieurs siècles à s’imposer durablement. Vaudois et cathares la
refusaient ouvertement, mais bien des prêtres catholiques convolaient, eux
aussi, discrètement.
La Réforme protestante serait l’une des conséquences
de l’obligation de chasteté. L’un des premiers actes de rébellion de Martin
Luther n’a-t-il pas été d’épouser une nonne pendant qu’il traduisait sa
bible ? C’est d’ailleurs au XVIème siècle que la
chasteté prend réellement le dessus, lorsque l’irruption du protestantisme -
mariant ses pasteurs – fait craindre aux récalcitrants de se voir assimilés aux
huguenots, et comme tels voués au bûcher. La hiérarchie aura tout de même fermé
les yeux durant trois siècles sur les coups de canifs dans le contrat de ses
ministres. Ce en prétendant tout ignorer, y compris le fait homosexuel, alors
qu’en théorie c’était un pêché particulièrement infernal ?
Je me souviens avoir quitté la Ligue Communiste
Révolutionnaire, alors étudiant, pour une contradiction du même ordre, qui
symbolisait tout le reste : Il était interdit aux militants de
l’organisation de fumer des joints, mais une grande partie le faisait malgré
tout, moi y compris, de temps en temps... J’estimais qu’il fallait soit changer
le règlement, soit sévir et exclure les récalcitrants.
Comme mon chef de cellule, qui se trouvait être Michel
Field, devenu plus tard une star de la télévision, refusait de m’exclure pour
une telle broutille, j’ai préféré démissionner. Quelques années plus tard, j’ai
arrêté de fumer des pétards, ou plus exactement je suis passé du rythme de 3 ou
4 par semaine, le samedi soir, à un tous les deux ans. Et même aujourd’hui tous
les 4 ou 5 ans… Je n’ai pas réintégré l’organisation pour autant, les mannes de
Lénine et de Trotski m’en gardent.
En interdisant à ses prêtres de se reproduire, le
catholicisme contredit l’essence même de la vie au stade animal. En allant à
l’encontre de ce principe, les curés privent l’humanité future de leurs
précieux gênes, qui sont à priori ceux de personnes intelligentes et
pacifiques. Dommage : un peu plus de curés et un peu moins de guerriers
violeurs, dans notre patrimoine génétique commun, cela ne ferait pas de mal.
En interrompant le fil de l’évolution, les prêtres
catholiques s’arrogent donc un droit qui transcende notre animalité commune.
Ils soulignent leur humanité en refusant de se reproduire. Nous sommes la
première espèce, sur Terre, à envisager qu’il puisse exister d’autres formes de
transmission, tout aussi importantes, voire plus importantes qu’une vie
nouvelle : le savoir, la connaissance, l’oeuvre au service de la
collectivité.
Considérer que les productions de l’esprit humain
priment sur la transmission de la vie, peut paraître contraire aux valeurs du
christianisme. Cela désacralise la vie, mais les curés s’en tirent en
sacralisant leur vocation, au nom de dieu, qui serait au-dessus de tout, même de
la vie. Le concept est assez tordu, mais des tas de gens intelligents s’en accommodent.
La peur de la mort accomplit des miracles. Devant elle, les esprits les plus
brillants redeviennent simplets.
En l’absence d’aide extérieure, le vaste monde peut
paraître bien vaste et très hostile. Surtout si l'on a passé toute la première
partie de son existence à croire en dieu, en lui attribuant la paternité de nos
succès. Accomplir des performances physiques ou intellectuelles seul, sans l’injonction d’un gourou ou
l'intervention divine, vous rend incontestablement plus fort.
Evidemment, cela ne signifie jamais que l’on
parviendra à réduire tous les obstacles. Tout finit toujours par s’équilibrer
dans la nature. Plus on franchit d’obstacles et plus l’on se renforce, mais
plus l’on se fatigue aussi.
En certains cas, croire que l'on dispose de l'appui
divin peut décupler les énergies défaillantes. Mais cela ne vaut ni plus ni
moins que n'importe quel effet placebo.
A l'inverse, si l'on croit dur comme fer dans le
soutien divin et que celui-ci défaille, c'est tout votre monde qui s'écroule
autour de vous. Des êtres emplis de potentiels divers calent ainsi en chemin.
Trop souvent, par paresse ou manque de confiance en soi, alors qu’une éducation
à l’effort permettrait de surmonter la plupart des aléas de la vie. Les gênes
ne font pas tout, l’existence détermine la conscience aussi sûrement que la
génétique.
Dans la doctrine catholique officielle, la chasteté
est un sacrifice qui doit permettre aux prêtres, privés de vie de famille et
donc délivrés des obligations qui en découlent, de se consacrer entièrement à
leurs ouailles. C’est donc un sacrifice
de l’individu au service du bien collectif. Une idée parfois présente dans la
nature pour contribuer à la survie immédiate de l’espèce ou de la communauté.
Tout sacrifice de l’individu au profit de la
collectivité n’est cependant pas forcément une bonne chose. Il existe de
nombreuses situations dans lesquelles les intérêts peuvent être contradictoires.
Par exemple, si des personnes chargées de famille se mettent en tête de se
sacrifier pour l’humanité, qui restera pour s’occuper de leur famille ? La
première tâche d’un individu est d’abord de s’occuper de soi, ensuite des siens
proches. C’est ainsi qu’il est le plus efficace. Certes, il y a un moment où la
proposition s’inverse. S’il faut sacrifier sa famille pour sauver 100 000
personnes ou même 100 millions par exemple. La question délicate, c’est à
partir de quand la proposition s’inverse-t-elle ? Question purement
théorique à priori : il n’y a que dans les mauvais films de
science-fiction qu’elle se pose. Espérons-le. Je détesterai avoir à y répondre
en vrai...
Celle-ci, tout aussi théorique paraît plus
pertinente : si l’humanité dans son ensemble s’avère néfaste pour le
vivant, c’est à dire pour le reste de la planète Terre, faut-il la
supprimer ? Ou bien faudrait-il entraîner la planète dans notre chute,
comme ces adultes égarés qui, tentés par le suicide, choisissent d’y emmener leurs
enfants avec eux. Personnellement, j’ai
tendance à penser que la meilleure réponse serait d’éviter d’avoir à se poser
la question. Donc de faire en sorte de sauver la Terre, dont l’humanité a le
plus grand besoin pour survivre, pour un bon moment encore.
Démontrer les absurdités, voire les aberrations des
religions ne prouve cependant en rien que dieu n’existe pas. Il pourrait ne
rien avoir à voir avec aucune des religions révélées, mais exister néanmoins.
Etre juste là, comme ça, pour ne pas que nous soyons tous seuls. Ce dieu là, il
serait aussi impossible à prouver qu’il n’existe pas, que d’apporter une preuve
tangible de son existence. Ce serait juste une question de foi, dans un sens ou
dans l’autre. Mais du même coup, il aurait une telle absence de personnalité
qu’il en deviendrait purement virtuel. Même s’il existait, ce serait,
concrètement, exactement comme s’il n’existait pas.
Donc il faut agir comme s’il n’existait pas.
Ah au fait, vous n’avez pas compris le titre du
paragraphe ? Lisez-le de droite à gauche
Sauf aux yeux de quelques créationnistes attardés, il
paraît évident que les récits soi-disant révélés de la naissance du monde sont
aussi peu vraisemblables que n’importe quelle légende primitive. Certains contes
amérindiens – dus semble-t-il à l’usage répété de substances hallucinogènes -
ont même plus de ressemblance avec la réalité scientifique, telle qu’on la
connaît aujourd’hui.
C’est clair, le monde ne s’est pas fait en 7 jours, ne
serait ce que parce qu’au début du monde, il n’y avait pas de soleil. Dès lors,
pourquoi le reste des révélations seraient-elles vraies, alors qu’un détail
aussi fondamental est un grossier mensonge ? Que l’on ne vienne pas me
dire que c’était un raccourci adapté à la compréhension des humains de
l’époque, puisque plusieurs mythes de peuples dits primitifs sont plus proches
de la réalité.
Dans religions révélées, il y a révélation, mais en
vérité dans tous les livres saints, il n'y a pas un seul scoop, pas une seule
prédiction ou connaissance nouvelle qui ait pu être vérifiée par la suite...l
Accessoirement, si l’histoire des 7 jours était une
adaptation aux connaissances de l’époque, qu’est-ce que ce supposé être
supérieur attend pour nous envoyer un représentant plus convainquant
aujourd’hui ?
J’ai le sommeil léger. Mon ex-épouse No 2 appelait
cela des insomnies, mais à la différence de l’insomniaque moyen, je m’endors
comme un bébé, avec les poules. Enfin aujourd’hui, parce qu’à vingt ans, j’étais
une movida à moi tout seul. Le problème, c’est que bien souvent, après trois
heures de sommeil réparateur, la durée d’un cycle de sommeil classique, je me
réveille avec l’esprit aux aguets, battant la campagne.
Souvent, c’est à ce moment que j’ai mes meilleures
idées, mes intuitions les plus acérées, que j’entrevois les liens improbables
ou les connexions les plus troublantes. Plus rarement dans mon bain, mais
toujours lorsque j’ai l’esprit libre et reposé. Parfois je me réveille avec
l’une de ces idées obsédantes déjà en tête, ce qui coïncide parfaitement avec
ce que l’on sait aujourd’hui du fonctionnement des cellules cérébrales et des
cycles du sommeil et du rêve.
Généralement, je m’empresse de me lever, discrètement,
pour la noter sur un bout de papier ou même sur l’ordinateur. Je suis devenu un
expert en déplacements nocturnes à catimini, mon ex-épouse détestant être
réveillée. Et le détestant de plus en plus, jusqu'au jour où elle a demandé le
divorce. Pas pour cette raison bien sûr, mais enfin, cela a du aider...
Erudit du XXIème siècle, je sais bien que ces
intuitions nocturnes, fruit du remue-méninges
onirique, sont d’essence subconsciente. Si le subconscient existe, le rêve est
là précisément pour permettre à l’esprit de digérer ce qu’il a vécu éveillé, de
le malaxer pour en extraire tout ce qu’il peut y avoir à en tirer. Si le
subconscient n'existe pas, c'est juste une recomposition aléatoire de faits
épars, d'où peut parfois surgir une étincelle géniale...
Certains ont cependant le sommeil plus lourd que
d’autres. Ou l’esprit plus ou moins agile à recomposer les tenants et les
aboutissants. Ces différences sont normales. Par ailleurs, après un bon repos
et dans le calme de la nuit, sans sollicitations d’aucune sorte, le ciboulot
travaille et médite mieux. C’est limpide et logique.
Si je me mets à la place d’un type dans mon genre, ou
d’une femme, façon Jeanne d’Arc, qui dans l’Antiquité ou au Moyen âge vivaient
dans un univers peuplé d’esprits et de démons, il ne pouvait y avoir qu’une
explication magique à ces intuitions nocturnes. Les esprits parlaient à leur
esprit. De là à se croire investi d’une mission particulière, spirituelle voire
divine, il n’y a qu’un pas, que quelques uns ont allègrement franchi. Tandis
que d’autres, à l’époque, les ont cru, pour le meilleur et pour le pire.
J'ai la preuve que ces fulgurances nocturnes ne sont
que le fruit de mes cogitations persos. Certes la lumière peut jaillir du
sommeil et du rêve, l’idée salvatrice ou la compréhension neuve et clairvoyante
des données d’un problème peuvent me faire franchir un
grand pas en direction de la solution... Mais jamais aucune donnée n'a été
prise en compte sans avoir été intégrée au préalable, consciemment ou
inconsciemment.
Cela peut d’ailleurs occasionner des erreurs graves de
diagnostic ou rendre impossible l’exécution de ces idées soi-disant géniales,
précisément par manque de données...
L’auteur de ces intuitions nocturnes ne peut donc être
que le propre inconscient de l’individu concerné et en aucun cas un esprit
extérieur quelconque, comme il pourrait être parfois tentant et même
réconfortant de le penser. Les prophètes et Jeanne d’Arc ont sans doute
sincèrement pu croire être en communication avec l’au-delà, du fait des idées
plus ou moins originales que leur suggéraient leur propre cerveau, mais ils se
sont trompés eux-mêmes. Encore une fois, on prête à Jeanne d'Arc des propos
étonnants dans la bouche d'une jeune paysanne, mais rien, strictement rien qui
ne soit de son époque...
Il est aussi rassurant de rêver que quelqu’un, quelque
chose, quelque part, nous aime et nous soutient, un père défunt, ou un dieu le
père, mais ce n’est une douce illusion. Le seul soutien dont nous disposons,
c’est celui de notre propre esprit, quelques que soient ses niveaux conscients
ou inconscients, capable de fulgurances incroyables.
Durant mes études ethnographiques en Martinique, en
1975, j’étais devenu très copain avec M. Tangamen, le patriarche des prêtres
tamouls de l’ìle, capable de s’exprimer dans la langue
de ses ancêtres, lorsqu’il était en transes dans les cérémonies.
Les autres prêtres de l’île, plus jeunes ne
parvenaient à baragouiner que quelques mots et leur prestige s’en ressentait.
Ils recherchaient désespérément l’enseignement du vieux Tangamen qui refusait
de leur en délivrer davantage que quelques bribes. Pour deux raisons : il
tenait à conserver la haute main sur le marché très lucratif des cérémonies,
qui lui permettait de quadrupler chaque mois son salaire de coupeur de cannes,
et de toute manière, dans le civil, il était incapable de parler vraiment
tamoul.
Je finis par comprendre, et par obtenir la preuve,
qu’il l’avait appris dans sa prime jeunesse, auprès de précepteurs venus tout
exprès d’Inde et disparus, comme l’immense majorité de la communauté, dans
l’irruption de la Montagne Pelée. Il en avait oublié l’essentiel, mais pas son
subconscient. Ou tout au moins sa mémoire enfouie. Quand aux autres prêtres,
même en transe, soi-disant en ligne directe avec le divin, ils ne pouvaient reproduire
ce qu’ils n’avaient jamais appris.
… OU DIVINES PAROLES
C’est sûr que si je me pointais en disant:
« J’entends des voix qui m’ordonnent d’aller révéler au monde ceci ou
cela », ma parole aurait plus de poids auprès de ceux qui ne me
prendraient pas pour un fou, que si je me contente d’expliquer qu’il s’agit de
mes déductions personnelles.
Acquérir le statut de gourou, de prophète, de messie
ou de fils de dieu n’est certes pas chose aisée, mais cela reste le meilleur
moyen de se faire entendre aux fins d’acquérir rapidement statut social,
prestige, renommée, mais aussi bien souvent richesses et conquêtes féminines.
Evidemment, si l’on rate son coup, le risque est toujours présent de finir en
prison, voire même sur la croix, brûlé vif, écartelé ou enfermé dans un asile
psychiatrique. La notion de ratage est cependant relative en regard de
l’Histoire : un peu comme pour les artistes, la réussite du gourou se
mesure réellement après sa mort, lorsque les disciples ont eu le temps de
répandre la bonne nouvelle. Une religion, dit-on n’est qu’une secte ayant
réussi.
Cependant, certains émissaires autoproclamés semblent
avoir été moins âpres au gain, moins assoiffés de pouvoir que d’autres.
Notamment ceux qui ont réussi, justement. Jésus par exemple. Il n’a pas
constitué d’armée et s’est laissé crucifier sans réagir, alors que s’il avait
voulu utiliser quelques-uns de ses superpouvoirs de fils de dieu, il aurait pu
sauver sa peau. Peut-être y avait-il un gros tas de kryptonite
sous le Golgotha et peut-être même une poignée de ce minerai maléfique dans la
poche de la toge de Ponce Pilate ?
A vrai dire, la fable de l’humilité absolue, je n’y
crois qu’à moitié. Les représentations de la cène font davantage penser à un
banquet de prestige qu’à un pique-nique entre potes. D’accord, il ne s’agit pas
de photos d’époque mais de reconstitutions de son service romain de relations
publiques, postérieures de plusieurs siècles à l’événement. Il n’empêche que
ses contemporains l’appelaient tout de même « Roi des juifs » et
qu’il y a plus modeste comme petit nom…
Qu’est-ce qu’il
peut bien en avoir à foutre, Dieu s’il est si immanent qu’on le dit, que je me
prosterne 5 fois par jour et que je me lave les mains aussi souvent ? A
quoi cela peut-il servir, aujourd’hui dans mon pays d’Europe au XXIème
siècle ? C’est important cette question, parce que cela traduit toute
l’ambiguïté des religions révélées et plus particulièrement de la plus figée
d’entre les 3 grandes, parce qu’elle se veut la plus absolue, la religion
définitive, l’Islam. Il ne faut jamais oublier que les révélations divines,
qu’elles quelles soient, se font toujours dans la langue du coin, tiennent
compte de l’environnement local et surtout, bien obligé, du niveau des connaissances
scientifiques, techniques et culturelles de l’époque. Bien obligé, parce que
sinon, le message resterait incompris. Voilà pour la version destinée aux
croyants. Personnellement, j’ai plutôt tendance à penser que les messies, les
prophètes et tous leurs dieux virtuels ne disposent tout simplement pas
d’autres connaissances.
Donc en 622 ap J.-C., en lisière du désert d’Arabie, il est tout à fait
pertinent de se laver souvent, de s’essuyer les fesses de la main gauche et de
manger de la main droite (parce que la qualité du PQ laissait à désirer) ou
encore d’éviter de manger du porc vu l’efficacité des services d’hygiènes et du
vétérinaire cantonal local. Quant à la prosternation, c’est indissociable du contexte : à l’époque,
tout le monde se prosterne devant son supérieur. La violence des rapports
sociaux est intégrale et les signes extérieurs de richesse sont assez peu
diversifiés depuis qu’il n’existe plus d’empereur ou de pharaon capables de
réunir 100 000 travailleurs en claquant des doigts.
Si dieu s’incarne
dans Jésus, qui est la bonté même, quel lien peut-il avoir avec le dieu vengeur
et inflexible des hébreux ? Pourquoi toutes ces épreuves imposées à
l’homme, si Dieu est bon ? Parce qu’Eve a volé une pomme ? Il est
vrai qu’à l’époque, il ne devait pas y avoir de bœuf – je vois mal dieu au
Paradis castrer des animaux qu’il avait créé entiers – ni de char à bœufs et
encore moins d’automobile ou de mobylette, pas plus que de colliers de perles
ou de rivières de diamants, bref rien de toutes ces choses qui valent vraiment
la peine de chourer… Je ne suis même pas certain qu’il y avait
des œufs, vu que les poules et les coqs se suffisaient à eux-mêmes, sans qu’il
soit encore question de reproduction…
Tout de même, la
perpétuité pour toute la descendance d’Adam et Eve, rien que pour une pomme,
cela me semble fortement exagéré. Vraisemblablement, la pomme, c’est juste un
symbole. Ce qu’on lui reproche, à Eve, c’est d’avoir bravé un interdit.
La leçon est sévère
et question pédagogie, c’est antédiluvien. Mais comment dieu, capable de créer
le monde, l’univers, la vie et notre planète tout en restant immortel, comment
ce dieu qui voit tout, sait tout, n’est il pas foutu d’anticiper les
conséquences de son geste ? Parce que dans l’histoire, il se retrouve tout
de même, quelques milliers d’années plus tard, obligé de sacrifier son fils
pour tenter de rattraper sa connerie ?
Notez au passage le
machisme des auteurs de la bible, commun à toutes les religions du livre :
l’homme naît le premier, alors que du point de vue de la génétique, le premier
homme a au moins 50% de chances d’avoir été une femme, les mutations se
transmettant plus aisément ainsi. Puis surtout, la femme, née de la côte d’Adam
(qui était donc hermaphrodite ?) fait la première connerie majeure, qui
restera gravée dans les annales pour l’éternité.
Reconnaissons-le,
les mecs qui ont écrit la bible étaient de sacrés bons scénaristes. Ils en
connaissaient un rayon question rapports humains, mais franchement de nos jours
on n’oserait plus laisser passer de telles invraisemblances. Et puis l’on
serait un peu moins manichéen. Surtout avec les femmes. Tenez un exemple :
la Bible est pleine de vieux dont l’épouse ne peut plus faire d’enfants, ou n’a
jamais pu. La femme, faisant preuve d’une belle abnégation, accepte que l’homme
prenne une épouse plus jeune pour assurer sa descendance. Et à tous les coups
ça marche. Mais nulle part, on ne trouve trace de la réciproque. Aucun mari qui
soit stérile et à fortiori qui accepte que sa femme couche avec un autre mec
pour assurer une descendance que lui-même ne parvient pas à engendrer. A part
peut-être Joseph, d’une certaine manière.
Si l’on en croit
l’histoire telle que racontée dans l’ancien testament, cela n’arrive jamais,
même en plusieurs milliers d’années. La seule fois où une femme, Ruth,
conseillée par sa belle mère, couche avec un autre homme pour la bonne cause,
c’est parce que le mari légitime est déjà mort. Ce qui prouve plusieurs
choses :
a) Les livres saints, c’est du blabla
pipeau, parce que statistiquement, on sait aujourd’hui qu’il existe à peu près
autant de cas de stérilité masculine que féminine.
b) La bible parle d’un monde virtuel,
parce que dans la vraie vie, il arrive que les femmes trompent leur mari, y
compris celles dont ledit mari est stérile et qu’elles se retrouvent enceintes.
Or durant des millénaires, en particulier dans les temps bibliques, le gars
n’avait aucun moyen de savoir avec certitude d’où venait le vent. Le seul qui
aurait pu savoir, c’était ce dieu soi-disant omniscient qui est le héros du
film. Qui ne dit mot consentant, on peut donc en déduire que l'adultère féminin
pour la bonne cause est parfaitement légalisé par les saintes écritures... Ce
qui fait froid dans le dos lorsqu'on pense à toutes les pauvres femmes lapidées
à cause d'une inerprétation erronée de la pensée
divine...
c) En matière de scénario, on a tout de
même évolué depuis Abraham, parce que de nos jours, aucun scénariste ne
laisserait passer une telle ficelle sans la tirer. Avec les comas prolongés,
les naissances de père incertain font même partie des rebondissements les plus
prisés des auteurs de telenovelas. Il n’y a que dans
la bible que cela n’arrive jamais.
d) Les livres saints sont des ouvrages
de machos destinés à des machos, qui n’ont aucune envie qu’on remette en cause
la suprématie de leur virilité. Tandis que les telenovelas
sont destinées aux ménagères de moins de 50 ans, qui de nos jours ont appris
comment on faisait les enfants et même les enfants dans le dos.
La croyance en Dieu repose sur un acte de foi, sur l’idée improbable qu’il
existe un être, ou un non-être, en tout cas supérieur, qui serait susceptible
d’aider ceux qui se reconnaissent en lui, tout en laissant tomber les autres.
Notamment tous ceux qui sont nés avant qu’il ne soit révélé. Le dieu des
mormons est certes un cas à part, mais je vois mal ce qu’ils comptent faire, à
Salt Lake City, avec leurs recherches généalogiques, pour baptiser tous ceux
qui sont nés avant l’invention des registres d’état civil. Ce qui représente
tout de même passablement de monde, sur quelques dizaines de milliers d’années,
si l’on ne tient compte que des descendants de Cro-Magnon.
Etant créationnistes, les Mormons ne se posent pas
vraiment la question. Puisqu’ils réfutent en bloc la théorie de l’évolution, il
leur suffirait de retrouver l’extrait de naissance d’Abraham pour que le tour
soit joué… Ce qui laisse de beaux jours aux archéologues. Mais que vont-ils
faire pour tous ceux dont les registres de naissance ont brûlé, plus tous les
ressortissants des pays – des continents entiers – où l’état civil n’a été
réellement introduit qu’au cours du XXème siècle ?
Et encore faut voir comme il est facile de se procurer
un extrait de naissance bidon dans certains pays d'Afrique... Ou difficile de
s'en procurer un authentique, selon qui l'on paie ou ne paie pas.
Aux débuts de l’Islam, le deuxième successeur du
prophète Mohammed institua le pacte d’Ummah qui
permettait aux croyants des autres religions du livre, juifs, chrétiens ou
crypto musulmans comme les alevis de vivre en paix en terre d’Islam pour autant
qu’ils paient tribut et portent sur eux un signe distinctif, en l’occurrence
une ceinture. C’était mieux que de se faire égorger, mais l’on était encore
loin de la liberté et plus encore de l’égalité. Deux mots qui semblent
contradictoires avec l’idée de croyance religieuse.
Quel dieu de quelle religion est-il capable
d’accueillir et d’aimer sans arrière pensée tous ceux qui
sont nés dans des coins où son message a mis plusieurs siècles à
parvenir ? Et ceux nés là où l’on a l’habitude de croire un autre prophète
ou prétendu fils de Dieu, ce qui fait que sa vraie parole n’a quasiment aucune
chance d’atteindre les petits enfants nés là-bas, qui pourtant n’ont jamais
rien fait de mal, hormis le fait d’être issus de gens fidèles à leurs coutumes
? A ma connaissance, il n’existe aucun dieu comme celui-ci, dans aucune
religion, puisque toutes, à des degrés divers, exigent de leurs fidèles des
démonstrations de foi spécifiques.
Si un dieu soucieux de la manière dont nous gérons nos
affaires et notre vie quotidienne existait vraiment, comment se fait-il qu'il
n'ait jamais fait aucun effort pour apparaître et se faire connaître partout en
même temps ? Comment peut-on penser qu’il s’en remette, avec les pouvoirs
censés être les siens, aux possibilités d’expansion d’une idée partie d’un seul
endroit, en des temps où les communications intercontinentales étaient inexistantes ?
Pourquoi ce dieu n’a-t-il jamais essayé de prendre toutes les
populations de toute la planète d’un seul coup et hop, à tous le même rêve, en
même temps ? Cela résoudrait vite fait le problème des guerres de
religions. Evidemment, toute la planète en
même temps, ça fait du boulot. Mais juste un petit rêve, c’est quoi ? Le
Père Noël y arrive bien avec des tas de cadeaux et c’est beaucoup plus
compliqué.
Les docteurs de la
Foi vont objecter que je n’ai rien compris, que tout cela sert justement à éprouver
la ferveur de chacun, que c’est la première démarche très importante, faire
acte de foi, surtout si l’on a toutes les raisons de douter. Donc on demande
aux gens de croire absolument et par-dessus tout à quelque chose qui par
définition est incertain. Le plus curieux, c’est que cela marche depuis
plusieurs milliers d’années et que cela fonctionne toujours : il y a 30
ans, j’avais demandé à un disciple de Guru Maharesh
Yogi de m'expliquer pourquoi son idole possédait 8 Rolls
Royce dont une plaquée or, payées avec l’argent de ses fidèles, de pauvres
babas cools réduits à la prostitution pour assouvir
les fantasmes du maître : « C’est pour détourner les fidèles qui
n’ont pas la vraie foi, m’avait-il alors répondu, parce que seuls ceux qui
croient vraiment ne s’arrêtent pas à ce genre de détails. Et il n’est pas sain
de prétendre suivre l’enseignement du maître sans avoir la vraie
foi ! »
Autre question troublante, pourquoi dieu choisirait-il
une civilisation, une culture plutôt qu’une autre, un peuple plutôt qu’un
autre ? On comprend aisément pourquoi la plus ancienne religion
monothéiste ayant survécu a commencé par monopoliser son dieu unique pour son
propre peuple et pour lui seulement. Le judaïsme était sur ce point à l’image
des cultes animistes qui l’entouraient à l’époque, du style : « Ma
divinité est plus puissante que la tienne et pour te le prouver, elle va
détruire tes murailles ». Mais depuis lors, on a fait des progrès dans
l’universalisme.
Ainsi, Jésus était sans doute un mec sympa, un visionnaire
soucieux du malheur des autres. La religion qu’il a engendrée aurait fort bien
pu s’arranger avec la concurrence, entre gens de bonne volonté, si les
structures de l’église naissante n’y avaient pas fait obstacle. Il n’est pas
innocent que ce soit la forme la plus structurée des églises chrétiennes,
l’église catholique, qui freine aujourd’hui l’œcuménisme. Elle réagit comme un
Etat national qui à peur de se dissoudre dans une structure mondiale plus
grande que lui. Il en va de même des nationalismes régionaux qui en Europe
démocratique, ont essentiellement pour objectif l’arrivée au pouvoir d’une
nouvelle structure, souvent d’une nouvelle maffia.
Quelle que soit
leur idéologie de départ, les structurations humaines, en se développant, acquièrent
une identité propre qui génère le besoin de leur propre perpétuation en tant
que structure. C’est pour cela que des mouvements nationalistes comme la ETA,
par exemple, ont le plus grand mal à disparaître bien qu’ils aient échoué
militairement ou obtenu politiquement l’essentiel de leurs revendications
(l’autonomie basque dans le cas de la ETA): ils ont engendré des permanents qui
n’ont aucun intérêt à voire disparaître leur gagne-pain et au-delà, tout ce qui
structure leur existence personnelle. Au fait, saviez vous que la plupart des
fondateurs de la ETA étaient d’anciens élèves des Jésuites ?
HISTOIRES DE RELIGIONS
Après tout, rien ne prouve qu’il n’existe pas une
forme de survivance de l’âme, un état de conscience différent, qui serait
complètement indépendant des mécanismes chimico-électriques
permettant à notre cerveau de fonctionner. C’est en effet une condition sine
qua non pour que la dite âme puisse continuer d’exister après notre mort. C’est
toutefois assez peu vraisemblable, scientifiquement parlant, aussi peu
vraisemblable que ma croyance enfantine attribuant à mes parents le pouvoir de
voir tout ce que je faisais d’interdit.
Ce truc du père omnipotent, c’est la base de toutes
les religions, sous sa forme primitive de culte des ancêtres : on se
souvient des morts, à qui l’on attribue des pouvoirs surnaturels, pour qu’ils
nous aident depuis l’au-delà. Moi-même, tout mécréant que je sois, lorsque j’ai
tendance à déprimer, ou qu’au contraire je réussis un peu trop bien des épreuves
difficiles, je me demande si mon défunt paternel n’est pas planqué dans mon
environnement immédiat, occupé à tirer les ficelles pour me donner un coup de
main. L’embêtant dans l’histoire, c’est qu’il voit alors forcément mes
conneries aussi, les trucs que je fais qu’il n’aurait pas aimé que je fasse.
Je ne vous dirai pas lesquels, vous n’avez qu’à
imaginer vous-même : depuis se fourrer les doigts dans le nez jusqu’à à
commettre un meurtre, la palette des mauvaises actions possible est assez
large. Dans ces cas là, je me dis que la mutation radicale qu’il a forcément
subie en passant de vie à trépas a forcément du changer son système de valeurs.
A sa place, je serais sans doute devenu beaucoup plus cool. Ou peut-être pas.
Ce qu’il y a de sûr, à mon avis, c’est qu’il n’en a plus rien à foutre que je
lui offre des victuailles sur sa tombe ou sur un autel quelconque. Si jamais il
avait besoin de quoi que ce soit, je serais de toute manière bien en peine de
le lui transmettre.
Par contre, si je suis sympa avec ma vieille mère, je
suis sûr et certain qu’il l’apprécierait s’il le voyait. Ces deux-là, ils
s’aimaient autant qu’ils s’engueulaient et ce n’est rien de le dire. Un brin
traumatisant, même lorsque vous êtes enfant. Jusqu’à ce que notre grand frère,
de neuf ans mon aîné, nous explique, à ma sœur et moi, qu’ils se réconciliaient
de toute manière toujours, que ça faisait peur, mais qu’ils ne faisaient que
crier. Ce qui était faux. Une fois et peut-être deux, j’ai vu une gifle partir,
mais objectivement, je ne me souviens plus qui l’a donnée. N’importe quel
psychologue vous dira que ce devait être mon père et que ma sœur, qui ma avoué
un jour s’être fait battre par tous les jules de sa vie, ne faisait que
reproduire le schéma qu’elle avait enregistré petite. Elle en est morte, au
moins en partie, un dernier abruti l’ayant encore tabassée alors qu’elle
souffrait déjà d’un cancer généralisé.
Le dit psy aurait peut-être raison, ou peut-être pas.
Ma sœur ne reproduisait certainement pas ce qu’elle avait vu entre mon père et
ma mère (deux gifles en 30 ans !), mais peut-être bien ce qu’elle avait
vécu dans sa relation avec mon père. Car elle le provoquait, jusqu’à se prendre
des roustes carabinées. Contrairement à mon frère et moi qui savions toujours
jusqu’où ne pas aller trop loin dans nos bêtises, ma sœur cherchait sans cesse
l’affrontement. Et mon père, n’admettant pas cette remise en cause de son
autorité, se laissait sortir de ses gonds.
Donc mon père n’était pas parfait. Ce qui est plutôt
rassurant, vu que je ne le suis pas non plus. Ce n’est pas une raison pour ne
pas essayer de l’être, ou plus exactement, pour ne pas tendre à être le
meilleur possible. C’est de cela qu’il s’agit dans ce bouquin. L’histoire du
père qui survit en esprit, c’est de la connerie, juste un rêve de môme, dont
l’immense majorité des adultes de cette planète n’est jamais vraiment parvenue
à se débarrasser. Notre Père qui êtes aux Cieux, ou Allah le plus grand, ou les
mannes de vos ancêtres bouddhistes enfumées à l’encens, c’est juste un rituel
enfantin, chacun le sien, pour ne pas se sentir trop seuls.
Il n’y a pas non plus de punition pour les méchants ou
de récompense pour les bons. La vraie récompense est ailleurs, dans le respect
de soi, dans l’effort que l’on accomplit pour transmettre aux générations
futures la meilleure image possible de ce que l’on a pu produire ou créer.
C’est important l’image. Mon fils, à 11 ans, m’a expliqué lors d’une ballade en
vélo que plus tard, après ma mort, il montrerait des photos de moi à ses
enfants, s’il les retrouvait dans mes dossiers.
Il va avoir du mal, parce que des photos de moi, il y
en a peu, généralement, c’est toujours moi qui tient l’appareil. Mais c’était
très émouvant et très agréable à entendre. Cela répond bien entendu à des
séances similaires, durant lesquelles je leur ai montré, à lui et à ses
cousins, des photos de leur grand-père, décédé avant leur naissance à tous. Je
leur ai raconté le bonhomme, son héroïsme et ses originalités. Des moments qui
l’ont visiblement ému, puisqu’il veut en faire autant.
Cela, c’est à la portée de tout le monde. Evidemment
rares sont ceux d’entre-vous qui ont connu la chance d’avoir un père aussi
génial que le mien… Mais on peut se contenter de ce que l’on a sous la main. Et
si l’on n’a pas d’enfants, on peut laisser des photos à des neveux, à des amis…
Il faut faire avec ce qu’on a. L’idéal, bien sûr, c’est de créer quelque chose
qui va pouvoir vous survivre. Quelques années ou mieux encore, quelques
générations, un siècle ou deux, le temps que toute référence à l’ancêtre puisse
être effacée.
Aujourd’hui que les plus grands problèmes de
l’humanité pourraient être résolus, si nous nous en donnions les moyens, si
nous y mettions l’énergie et la volonté nécessaire, ce qui est très loin d’être
le cas, cela pourrait devenir le choix de beaucoup d’entre nous : faire
avancer le schmilblick, chacun à sa façon.
Le vaudou est particulièrement intéressant à étudier,
car c’est sans doute la dernière grande croyance fossile, antérieure à
l’avènement des religions révélées. Dans le vaudou, en dépit d’un vernis très
récent (datant des ces 20 dernières années) qui voudrait laisser croire qu’il
règne un dieu dominant, il existe en réalité une multitude d’esprits plus ou
moins équivalents. Chaque village, chaque ethnie, chaque individu possède sa
propre divinité, qui le protège et le rend fort. Le vaudou étant une religion
plutôt violente, chacune de ces divinités est combattante et chacun de ces
fidèles souhaitera prouver qu’elle est plus forte que celle du village ou de
l’ethnie d’à côté.
Dans les villes, le vaudou se structure différemment,
en clans adorant chacun leur divinité, qui peuvent
être liés au quartier, à la profession ou complètement indépendant de ces
critères. Chacun peut alors choisir sa divinité, son legba,
ou être choisi par lui sur des bases plus ou moins secrètes. Les clans
continuent cependant de vouloir prouver la force de leur legba
(leur « saint ») et les affrontements sont légions, à l’issue
desquels on trouve vainqueurs et vaincus. Le système possède cependant une
soupape de sécurité élémentaire pour sa pérennité : à l’issue de la
bagarre le perdant ne peut pas incriminer sa divinité, qui n’est pas
défaillante. Il ne peut s’en prendre qu’à lui-même, parce que s’il a perdu,
c’est qu’il a du mal agir par ailleurs, ce qu’il paye dès lors par une défaite.
Ou alors c’est le houngan (le prêtre) qui a mal fait
les cérémonies. Ce qui peut d'ailleurs lui valoir quelques remontrances
musclées.
Mon ex-épouse chérie, qui fut ma première lectrice et
craint que je ne la fasse passer pour une méchante – loin de moi cette idée, je
l’adore et sans elle je n’aurait pas eu la force d’écrire mon livre – mon
ex-épouse, donc, m'a fait remarquer que le legba
ressemble beaucoup à la notion d’ange gardien, revenue en force dans
l’imaginaire chrétien ces derniers temps. Une façon de se rappeler au bon
souvenir d’un être suprême que chacun imagine confusément suroccupé.
Il est intéressant de noter qu’avec l’acculturation de
l’esclavage et du transfert transatlantique, qui a mêlé toutes les ethnies, les
saints du vaudou ont perdu de leur individualité. Dans le candomblé brésilien
comme dans la santeria cubaine, elle-même fortement
marquée par le vaudou haïtien, on adore « tous les saints » qui sont
représentés pêle-mêle, groupés sur des autels hétéroclites.
Lors d’une cérémonie, plusieurs saints peuvent
s’emparer de différentes personnes, alors qu’au Togo ou au Bénin, ce sont des
sociétés fermées, dédiées chacune à un legba
particulier qui organisent les cérémonies. Seul le legba sollicité pourra chevaucher les personnes présentes.
L’intrusion d’un autre serait même considérée comme une agression.
Jetés dans l’adversité, regroupés sous le joug, les
esclaves ont fait bloc autour de plus petits communs dénominateurs, y compris
en matière religieuse. Ils ont mis en commun leurs divinités personnelles, les
requalifiant au passage du terme de « saints » emprunté aux divinités
de l’oppresseur.
C’est sans doute ce qui les a sauvés. Car dans le même
temps, l’islam ne s’est jamais implanté aux Caraïbes. Or de nombreux musulmans
ont fait la traversée forcée. Au moins 10% et selon les époques nettement plus.
Même si l’Islam, considéré comme plus dangereux par les colons a du être
pourchassé plus férocement, c’est sans doute son intransigeance, son
inadaptabilité qui l’a perdu. La stratégie plus souple pratiquée inconsciemment
par les animistes (et par les hindouistes, travailleurs tamouls sous contrat)
s’est révélée plus efficace, puisqu’ils ont pu préserver leurs croyances, au
moins en partie. De plus, animisme et christianisme ne s'excluent pas forcément
et peuvent coexister chez les mêmes personnes. Tandis qu'on ne peut pas être à
la fois chrétien et musulman.
L’animisme et les cultes africains introduisent
également une notion d’équilibre des forces qui pousse à une forme particulière
de fatalisme. Bien compris, celui-ci peut-être le premier pas en direction de
la résilience : si vous perdez ou cassez quelque chose, considérez-le
comme un sacrifice. Plus l’objet – ou la personne - vous est cher, plus c’est
embêtant et plus vous prenez d’avance sur l’adversité, qui vous le rendra un
jour, de votre vivant, en positif.
L’animisme préserve ainsi la notion de responsabilité
individuelle - une mauvaise action se paiera tôt ou tard – tout en renforçant
la confiance en soi : si l’on n’a rien à se reprocher et que l’on a bien
fait les sacrifices, votre legba vous protège.
Le souvenir de ma première arrivée au Togo reste gravé
dans ma mémoire. Mon épouse d’alors, togolaise, m’avait précédé de quelques
jours et m’accueillit à l’aéroport d’une danse de bienvenue aussi spectaculaire
que chaleureuse. Elle était en transes, trépignait, pleurait de joie entourée
des membres de sa famille. Jeunes mariés depuis quelques mois, ces quelques
jours avaient été notre première séparation et c’était son rêve de petite fille
qui se réalisait devant les siens: gamine elle avait décidé qu’un jour
elle épouserait un blanc et voilà qui était fait. Nous étions jeunes alors,
beaux, je dansais le soukouss comme un vrai africain,
et mon emploi de journaliste à la télévision suisse romande à Genève valait
largement statut de prince charmant.
Quand à elle, c'était, faut-il le préciser, un canon. Etincelant
et tonitruant. Bref, nous vivions un vrai conte de fées. Que j’allais
d’ailleurs transformer en odyssée romantique deux ans plus tard en écrivant et
produisant un long métrage, tourné au Togo, pays dans lequel il détient
toujours le record des entrées et dont elle est la vedette féminine. Nous
étions très amoureux. La villa qu’elle avait louée dans le quartier de Be Klikame s’avéra charmante,
fort agréable en lisière de la ville et bordée d’un grand champ. Depuis lors
Lomé a quasiment doublé de superficie et c’est quasiment le centre ville…
Le premier matin, réveil à 6 heures, comme toujours
sous les Tropiques, mais l’agitation autour de la villa semblait vraiment
considérable. Des cris, des bruits de foule. Il se passait quelque chose. De
fait, on venait de découvrir dans le champ derrière la maison, deux cadavres,
poitrines ouvertes, dont on avait prélevé les cœurs, très vraisemblablement
pour accomplir un sacrifice vaudou.
Bonne Arrivée.
C’est comme ça qu’on dit, dans ce coin d’Afrique, pour
vous souhaiter la bienvenue.
Nous n’avons jamais su, ni cherché à savoir d’où ils
venaient ni qui les avaient sacrifiés. La sensation de débarquer dans une
société pratiquant le sacrifice humain était en soi assez forte. Mon ex-épouse
était toute aussi retournée. Catholique non pratiquante, ce qui est déjà en soi
une exception dans une Afrique noire excessivement croyante, elle est surtout
d’un naturel très pragmatique, et méprise ouvertement – mais prudemment -
toutes les pratiques des féticheurs : « Ils prétendent qu’ils peuvent
apporter la richesse, dit-elle, mais alors pourquoi demandent-ils de l’argent,
au lieu de s’enrichir eux-mêmes ? » Cette prudence constante des
togolais lorsqu’on touche au vaudou est très spectaculaire. Je me souviens avoir
filmé une cérémonie, avec une équipe de jeunes de la télé togolaise. Tous
étaient catholiques pratiquants et même militants.
C’était d’ailleurs leur lien entre eux. Mais cela ne les a pas empêchés, à
l’issue du tournage, de se laver soigneusement les mains avec de l’eau bénite.
Deux précautions valent mieux qu’une et les féticheurs ne se contentent pas de
jeter des sorts. Ils sont aussi particulièrement doués dans l’art d’utiliser
les poisons.
La plupart des religions pratiquent ou ont pratiqué le
sacrifice humain. C’est beaucoup moins le fait religieux lui-même qui a permis
de s’affranchir de telles cruautés que l’évolution philosophique et morale de
la société. Et ce indépendamment de la religion elle-même.
Les chrétiens en ont eu leur part. Au-delà des guerres
de religion et autres croisades ou reconquista, qui
sont des sacrifices indirects, les bûchers de l’Inquisition et les chasses aux
sorcières de l’Europe médiévale ressemblent tout de même énormément à des
sacrifices aux divinités. Jusqu'au fait que l'on sacrifiait apparemment les
jeunes femmes les plus belles... Mais ce qui caractérise le christianisme,
c’est le sacrifice originel du christ sur la croix, suivi par la grande époque
des martyrs des arènes romaines, qui se laissaient
sacrifier pour adorer leur dieu. On peut ici parler d’auto sacrifice,
caractéristique d’une phase ascendante de la religion, animée par un esprit de
conquête, analogue au djihad musulman dans laquelle on risque sa vie à tout
instant dans le combat pour la foi. Une fois les structures en place, la
religion établie sacrifiera plus volontiers les infidèles ou ceux qui en son
sein lui paraissent déviants.
Le sacrifice n’est évidemment pas vécu comme un crime
à l’encontre du sacrifié. Plusieurs tribus amazoniennes anthropophages avaient
coutume d’engraisser le prisonnier capturé dans un combat intertribal. Ils le
laissaient profiter de la vie de longs mois entre les cases du village, lui
fournissait bonne chère, bonne bière et souvent libre accès aux jeunes femmes
de la tribu, ce qui permettait d’introduire un peu d’exogamie dans les gênes de
la communauté. Les aztèques chouchoutaient également plusieurs semaines durant
les jeunes gens et jeunes filles destinés à se faire arracher le cœur au sommet
de la pyramide.
On dit des huaorani que j’ai visités
dans la jungle équatorienne, accompagnant des médecins de la Croix-Rouge,
qu’ils sont la dernière grande tribu amazonienne à avoir accepté le contact
avec la civilisation. Lorsqu’ils ont assassiné. puis
mangé, leurs deux derniers missionnaires, en 1984, c’était à l’issue d’un long
processus d’approche ethnographique des deux condamnés, apparemment
volontaires. Il semblerait que les huaorani aient ainsi voulu leur offrir la
possibilité de découvrir par eux-mêmes leur conception de l’au-delà, en les
tuant puis en procédant aux cérémonies funéraires dans les règles de l’art.
Sans doute pour la dernière fois, car après leur avoir offert le paradis
huaorani en les dévorant, ils se sont rendus à la civilisation, pour le
meilleur ou pour le pire.
Je ne sais pas ce qu’en pensent les deux
missionnaires, où qu’ils soient, mais j’imagine qu’ils ont du ressentir une
certaine forme de joie, au moment de leur mort, d’être ainsi sacrifiés comme
leurs ancêtres des premiers temps du christianisme, pour assurer la pénétration
de leur foi.
Le résultat a été spectaculaire : en quelques
années, les huaorani ont découvert les joies du sucre, du sel, du thon en
boîte, des piles électriques et des couteaux d’aciers, des t-shirts collants
quand il pleut (330 jours par an), de la syphilis et de la coqueluche, du cassetophone et de la pirogue à moteur, du fusil de chasse
et des puits de pétrole. Leur civilisation disparaît à vitesse Grand V. Leurs
jeunes apprennent le quichua, l’aymara et l’espagnol, ils se coupent les
cheveux à l’occidentale, portent des prénoms chrétiens, refusent de se
distendre les oreilles pour y placer des assiettes en bois et en dépit du flot
d’épidémies apportées par la civilisation, leur espérance de vie est en train
de passer de 30 à 60 ans en une génération.
Qu’ils aient le droit de vivre dans leur forêt et que
l’on ait l’obligation d’inventer de nouvelles techniques de développement
durable pour leur permettre d’y subsister, décemment et à leur manière, c’est
une évidence. Mais nul n’a le droit de les contraindre à perpétuer les
conditions de vie déplorables qui étaient les leurs jusqu’à ces dernières
années. Pas plus que de vouloir les forcer à maintenir intactes leurs terres,
au nom de l’écologie, sous prétexte que ce sont les dernières vierges de la
planète. D’autant moins que ces mêmes écologistes se veulent en Europe
d’ardents défenseurs de l’agriculture de montagne, censée préserver les
paysages. Pourquoi ne pas laisser la nature vierge reprendre le dessus, là où
l’exploitation humaine devient trop coûteuse ?
La mythologie hellène était une forme d’animisme,
chaque élément ayant sa divinité. Certains étaient classiques, comme le dieu de
la mer, Poséidon (qui est une femme, Niemanja ou Mamy Wata dans le vaudou), Phoebus le soleil, Zeus le tonnerre, Héphaïstos les enfers (Ogoun
ferraille, dieu des forgerons), d’autres plus spécifiques à Hellas,
comme Athéna la sagesse. Chaque rivière avait sa nymphe et tout ce petit monde
se retrouvait à festoyer sur le Mont Olympe.
Les pythies et les prêtres savaient interpréter les
paroles des dieux, comme les houngan vaudous. Les
dieux pouvaient se déguiser en humains pour les aimer ou les tourmenter, comme
dans de nombreuses autres religions primitives. Ils aimaient surtout se
chamailler et se faire la guerre entre eux ou par êtres humains interposés. La
mythologie grecque avait quelques spécificités qui firent son charme, comme les
demi dieux, engendrés par l’alliance amoureuse ou violente d’un dieu et d’une
femme, ou d’un homme et d’une déesse. La
différence la plus marquante, qui fit le génie de Hellas,
c’est que les hommes pouvaient combattre les dieux et parfois les vaincre.
C’est notamment le cas d’Ulysse, récit classique s’il en est, qui s’en prend
aux dieux à plusieurs reprises. Il subit sans cesse leur courroux et mille
tourments, mais au bout du compte (avec l’aide discrète de certains d’entre eux
cependant) Ulysse parvient à les vaincre et arrive à ses fins.
Avec ou sans l’aide
des dieux, les tentations du monde peuvent devenir un esclavage si on ne les
maîtrise pas et si on se laisse envahir par elles. On passe alors son temps à
courir après des plaisirs futiles, réduits à néant dès lors qu’ils sont assouvis.
Notre société de consommation a érigé ce travers en mode de vie. Le goût des
ados pour la marque atteint les sommets du ridicule. Mais le comportement
inverse, à savoir la renonciation forcenée à tous les plaisirs n’aboutit à rien
de progressiste ou d’évolutif, juste à une abstraction, la sortie du monde
réel. C’est un comportement négationniste, excessivement conservateur, un
remède extrémiste assez commun chez les religieux exaltés, la plupart des
religions ayant d’ailleurs engendré ce type d’énergumènes, que l'on retrouve
aujourd'hui dans les rangs des écolos les plus extrémistes.
L'idéologie du
renoncement aux biens de ce monde a connu une sorte d’apogée moderne dans le
mouvement hippie, largement inspiré des philosophies d’Asie où l’ascétisme est
presque devenu un mode de vie populaire. Presque car les sâdhus hindous sont
tout de même une minorité, certes spectaculaire dans sa nudité mais peu
commune, tandis que Bouddha lui-même, après avoir essayé l’ascétisme durant de
longues années, en est revenu : « En mourant aux tentations du monde,
je cesse d’en être l’esclave. Mais à quoi sert la vie si elle ne doit être que
contemplation ? En mourant aux
tentations du monde, je meurs aussi », a-t-il conclu.
La méditation de
Bouddha n’avait pas été vaine puisqu’il en a conçu une démarche tout à fait
originale, en marge des mythologies classiques, la première fois sans doute
qu’un être humain concevait officiellement un monde sans dieu. Il lui a donné
un très beau nom : la voie du milieu. Savoir méditer à temps partiel, pour
parvenir à s’abstraire des contingences terrestres, sans s’en détacher
entièrement. Comme souvent, la voie médiane, la plus ouverte entre deux
idéologies fermées opposées, est celle qui mène le plus loin. Bouddha a été rejoint
dans cette conclusion par la philosophie occidentale qui prône la supériorité
de l’observateur à la fois impliqué pour
rester en contact avec les réalités du monde et disposant du recul nécessaire
pour le prendre en compte dans sa globalité.
C’est à mon sens ce
qu’il y a de plus intéressant dans le bouddhisme. Après, ce qu’en ont fait les
bouddhistes, c’est tout à fait autre chose. A partir d’une philosophie
agnostique basée sur la liberté et la responsabilité individuelle, ils sont
parvenus à créer une religion et même, en certains lieux, une théocratie. Sans
doute Bouddha avait-il trop d’avance dans sa pensée. Les masses populaires sans
éducation de son temps et des siècles qui ont suivis n’étaient pas prêtes à
accepter une conception aussi radicale. C’est un peu comme si le décorum des
pagodes et les rites funéraires, ou les modes de cooptation tortueux des lamas
tibétains, servaient à faire passer la pilule auprès du petit peuple, plus
enclin à croire au surnaturel qu’au matérialisme philosophique.
Les religions du livre ont en commun… d’avoir
généralement d’abord été orales et donc de reposer sur des oui dires, les
propos de conteurs sûrement habiles mais rarement très soucieux de précision et
d’exactitude. L’ancien testament s’étale sur plusieurs siècles et repose sur
les assertions de plusieurs prophètes successifs, interprétés par diverses
personnes. Il contient souvent des approximations amusantes, à commencer par
l’âge atteint par les personnages principaux. Le nouveau testament n’a lui été
écrit que 2 ou 3 siècles après JC, en partant des récits transmis oralement par
les différents apôtres et d’ailleurs pas forcément d’accord les uns avec les
autres. Le Coran lui non plus n’est pas de la main du prophète qui ne savait
pas écrire, et n’a été rédigé que peu à peu, par divers intervenants au cours
des siècles suivants.
Toutes ces religions ont donc commencé par une période
mouvante, durant laquelle le dogme n’était pas vraiment fixé. Au contraire, il
pouvait varier au gré des différents conteurs et interprètes qui ne se sont
d’ailleurs pas privés de le faire évoluer, de l’enrichir ou de le censurer. La
fixation du dogme intervient toujours dans un deuxième temps, généralement
après la mort du prophète, quand l’institution qu’il a contribué à créer mais
qui peu à peu le dépasse prend de l’ampleur et ressent le besoin de fixer des
règles intangibles pour réduire la dispersion et préserver l’unité. Cela
correspond aussi au moment où le prophète étant disparu, et souvent même les témoins
de son vivant, les docteurs de la foi et autres chieurs de règles ne risquent
plus guère d’être contredits.
PROPHETES & Co
De par sa tradition, la religion hébraïque est un
ostracisme, pour ne pas écrire racisme, l’idée d’un peuple élu, à l’exclusion
des autres, l’étant par définition. Si le 1 pour mille seulement de l’humanité
est appelé à être sauvé, que deviennent les 999 autres restant? Evidemment, à
l’époque où les fondements du judaïsme ont été gravés dans les tables de la
loi, l’idée de racisme n’existait pas, parce que tout le monde l’était,
raciste : on était d’une tribu, d’un peuple, et les autres, les barbares,
étaient forcément des ennemis, tout juste bons à être passés par le fil de
l’épée ou réduits en esclavage, si l’on gagnait. Si l’on perdait, c’était
l’inverse. L’une des fonctions du dieu ou des dieux de la tribu était
précisément de soutenir les siens dans les combats contre tous les autres.
Le problème, c’est que quelques milliers d’années plus
tard, les tables de la loi disent toujours la même chose, alors qu’en théorie,
on a évolué. Une partie des israélites, tout au moins, a évolué. Ils ont même
été souvent le fer de lance de cette évolution positive, que l’on appelle le
progrès et l’humanisme. Certains ont du abandonner la foi hébraïque pour cela,
comme Montaigne et Spinoza, qui étaient, semble-t-il, des marranes. L’humanité
toute entière doit une fière, une énorme, une gigantesque chandelle aux
penseurs d’origine juive et il est tout de même amusant de penser que si dieu a
élu un peuple, il n’est pas parvenu à en convaincre tous ses membres. Je
connais plein de juifs qui ne croient pas. Or ce ne sont de loin pas les moins
intelligents, ni les moins gentils. Sans mauvais jeu de mots.
Mais tout un pan du judaïsme, le côté obscur de la
force, n’a pas évolué. La religion s’est majoritairement ralliée au sionisme et
du coup l’autre est devenu l’ennemi, le barbare, avec lequel il est naturel de
se taper sur la gueule, pour chercher à le réduire par la force avant d’être réduit
par lui.
La négociation équitable, le partage, cela ne semble
pas avoir de sens pour ces colons religieux qui ne sont jamais vraiment
devenus adultes. D'ailleurs ils dansent la ronde comme des gamins impubères,
suivant une tradition millénaire, encore très répandue au moyen orient. Sauf
que les hassidim sautillent et font des rondes en se tenant par la main, tandis
que les arabes du Yémen ou d’Irak préfèrent sautiller et faire des rondes à la
queue leu leu. Quand aux shiites, ils sautillent en
ligne en se frappant la poitrine jusqu’au sang. Différences essentielles !
Remarquez, les bretons ont leur fest-noz, les auvergnats leur bourrée, les
sardes leur sardane et les huaorani font la même chose, entièrement nus, le
bout de la zigounette coincée dans leur ceinture de corde, une lance à la main.
La nuit, au fin fond de la jungle équatorienne, ça
éveille des échos ataviques et ça fout la trouille.
C’est pour
exorciser ce genre de peurs qu’aux temps jadis, au Moyen-Orient, un clan
bédouin s’est inventé un patriarche immortel. Cela rassurait toute la famille
et depuis lors, Iahvé maltraite ses ouailles comme un père autoritaire ses
enfants. Trop autoritaire aux yeux du XXIème siècle, mais il y a 5 000 ans, ce
devait être la norme. On en voit le
résultat en Palestine : comme l’Islam d’en face est tout aussi absolutiste
et dominateur, il ne peut y avoir qu’un vainqueur et un vaincu.
Bien que la religion israélite soit réservée aux
représentants du Peuple élu, on peut se convertir au judaïsme. C’est nettement
plus difficile et compliqué que dans la plupart des religions, mais c’est
possible, notamment dans le cas de mariages mixtes. Faire ou non partie du
peuple élu n’est alors plus seulement une question de gènes, même si certains
religieux orthodoxes extrémistes hésitent à reconnaître pleinement les
convertis. Pour devenir membre du club, il faut manifester sa croyance envers
celui que l’on ne nomme pas (ainsi qu’on l’appelle en hébreu), en pratiquant
les rites ad hoc, mais seulement après avoir été admis à le
faire par les dépositaires d’une autorité religieuse. Il y en a en effet
plusieurs, fruits de la grande dispersion géographique et idéologique du peuple
élu.
Pour le coup, le judaïsme se comporte comme n’importe
quelle religion, ou n’importe quelle secte, promettant un accès direct au
nirvana en échange de quelques pratiques plus ou moins particulières, comme de
se reposer le samedi au lieu du dimanche, de ne pas manger de cochon et de se
couvrir la tête pour entrer dans les synagogues. Chez les cathos, c’est
l’inverse, il faut se découvrir pour rentrer dans une église, tandis que pour
les musulmans, l’important est d’ôter ses chaussures. Chacun son truc.
Selon l’ancien testament, interprété littéralement par
les born agains étasuniens, tous ceux qui
reconnaissent la toute-puissance de celui que l’on ne nomme pas auront
rendez-vous en terre promise à la fin des temps. C'est-à-dire à l’apocalypse,
qui serait parait-il assez proche. Je conçois mal comment ce temps qui n’existe
pas pourrait se finir, mais je l’imagine assez bien se décomposer, pour ce qui
nous concerne, à l'occasion d'un holocauste nucléaire sur fond de conflit
israélo-palestinien.
En tout cas, si le message se répand chez la moitié,
le quart, ou même simplement le dixième de la population mondiale, ça risque de
faire un sacré paquet de gens à entasser en Palestine. 600 millions d’êtres
humains agglutinés autour de la Mer Morte, en train de se battre pour se faire
baptiser dans le Jourdain, cela pourrait devenir bien pire qu’à Woodstock….
Cette absurdité fait fi de toutes les traditions
locales de tous les autres peuples, généralement très attachés à leur terre.
Cette croyance n’a pu se développer qu’aux Etats-Unis, au sein d’un peuple
d’immigrés qui n’avaient pas eu le temps de se forger des légendes liées à leur
nouvel enracinement, après avoir éradiqués celles des premiers occupants. Cet
ethnocentrisme d’un autre temps ne convainc qu’une poignée d’allumés
fondamentalistes protestants. Le problème c’est qu’ils soutiennent à fonds les néo-conservateurs et
Israël, pour que Tsahal puisse faire place nette en
prévision de ce jour là.
Quand aux sionistes qui prêtent foi à la Terre
Promise, ils n’y croient que pour eux-mêmes, représentants du peuple élu.
Beaucoup d'Israéliens n’y croient même pas, à commencer par les fondateurs de
l'Etat, dont beaucoup étaient socialistes et athées. C’était juste un bon
prétexte pour se trouver là, plutôt qu’ailleurs, comme cela avait été
sérieusement envisagé au début : avant de choisir la Palestine, il avait été
fortement question du Kenya… Ce qui nous ramène à l’Afrique de l’Est, berceau
des premiers hominiens… et berceau imaginaire de la dernière grande religion
moderne : le rastafarisme.
La religion née en Jamaïque à la fin du XIXème siècle
découle d’un mythe commun à tous les esclaves noirs de la Caraïbe : ils
pensaient qu’en mourant, ils retournaient sur la terre de leurs ancêtres.
Nombre d’entre eux avalèrent donc leur langue, dans les moments particulièrement
difficiles, pour s’asphyxier et réintégrer leurs pénates.
Le Négus étant le dernier grand roi d’Afrique à avoir
su préserver son indépendance, c’est vers lui et l’Ethiopie que se sont
orientés Marcus Garvey et
les siens lorsqu’il a fallu situer la patrie des origines. En réalité,
l’immense majorité des esclaves des Amérique provenaient d’Afrique de l’Ouest à
l’autre extrémité du continent. Absurde, mais aujourd’hui encore,
l’enseignement du souahéli est majoritaire dans les études africaines aux
Etats-Unis, alors même que ce créole arabe est originaire d’Afrique de l’Est,
parlé parfois en Afrique Centrale, mais jamais dans les territoires d’origine
des anciens esclaves américains, bordant les côtes de l’Atlantique.
L’absurdité est partout. Bob Marley,
Jimmy Cliff et le reggae ont permis au mouvement
rastafari de connaître un retentissement planétaire. Du coup Dior, grande
marque de luxe française, s’est emparé de leurs couleurs, le temps d’une
collection. Personnellement, même en tant qu’auteur, je ne suis pas pour la
défense à tout crin des droits et autres copyrights intransigeants. Je pense
que les créations intellectuelles sont au service de tous et que les créateurs
puissent en vivre ne signifie pas forcément qu’ils doivent devenir multimillionnaires.
Je trouve cependant tout à fait déplacé qu’une marque à la pointe du combat
pour la propriété intellectuelle s’empare ainsi sans bourse délier, le temps
d’une mode saisonnière, d’un symbole qui ne lui appartient pas, fruit de
siècles d’une oppression particulièrement odieuse.
Si l’on regarde
bien les créateurs de religion, qu’ils réussissent ou finalement échouent, tous
ont plus ou moins le même profil, un peu fou génial, un peu hâbleur. Des beaux
mecs, intelligents, exaltés, dotés d’un charisme et d’une sûreté de soi hors du
commun. La plupart auraient aussi bien pu finir escroc, gigolo ou politicien
charismatique, ils avaient le profil pour. Peut-être que si j’avais eu le
profil, moi aussi, j’aurais tenté le coup, mais je suis bien trop timide et
anxieux pour ça. Un prophète qui bégaie quand il est stressé, ça la fout mal,
et je ne suis même pas du tout certain d’être assez beau.
De toute manière,
sur le fond, j’aime trop l’intelligence, la vraie. Pas celle qui se cache sous
des verbiages pompeux et mystérieux, plutôt la faculté de synthétiser une idée
et de la rendre intelligible au plus grand nombre. Or pour que la foi existe et
perdure, il lui faut sa part de mystère, c’est nécessaire pour séduire les
foules. C’était nécessaire en tout cas, en des temps où le savoir était répandu
de manière fort parcimonieuse.
L’instruction, de
l’antiquité au moyen âge, était réservée aux seules élites et la vulgate
inculte n’avait droit qu’aux Mystères de la Foi – quelle que soit là dite foi –
pour l’aider à comprendre le monde. De fait les croyants, les vrais, ont
rarement été les personnes les plus brillantes de leur temps. Je ne parle pas
de ceux qui croient comme ça en passant, par habitude, par une sorte de
commodité inconsciente qui leur permet de se libérer l’esprit pour se consacrer
à d’autres tâches. Je ne pense pas non plus aux inventeurs de concepts
religieux, vrais créateurs en général. Non je parle de l’illuminé suiviste
moyen, braqué sur son dogme comme si sa vie en dépendait, obnubilé par le
respect des préceptes sacrés au point qu’il en oublie de vivre et de penser. De
penser surtout.
Du coup, lorsqu’il
leur arrive de parvenir au pouvoir, à l’occasion d’une inquisition ou de
l’instauration d’une théocratie, ces illuminés-là deviennent carrément
dangereux. Obtus et bornés, leur gentillesse ou leur humanité potentielle,
lorsqu’elles existent, sont entièrement dévoyées dans leur désir d’atteindre le
paradis et d’y envoyer le maximum de gens, par la force s’il le faut. Dieu
reconnaîtra les siens.
Lorsque le monde se
rappelle au bon souvenir des fous de dieu, parce qu’il ne colle pas à leurs
croyances, les fous de dieu ont tendance à tordre le monde pour le faire coller
malgré tout. En général, le vrai monde s’en fiche, il demeurait inatteignable…
jusqu’à ces dernières décennies. La puissance des technologies humaines les
plus récentes le met désormais en danger. Par ailleurs, le monde est habité
d’êtres humains qui sont très fragiles et supportent mal qu’on les torde.
Malheur à eux.
C’est aux environs du XIème
siècle après JC qu’apparaissent en parallèle, en Andalousie arabe, dans l’Iran
shiite et dans certains monastères et collèges anglo-saxons, les premiers raisonnements aboutissant, dans
le monde monothéiste, à l’hypothèse de l’inexistence d’un être suprême. Il
semble que ces érudits d’alors aient eu des contacts entre eux, épistolaires ou
indirectement, en prenant connaissance de leurs écrits respectifs. Par la
suite, les israélites furent particulièrement nombreux à adhérer à ce courant
de pensée, qui dut souvent se faire fort discret pour
échapper aux persécutions diverses.
Voués aux gémonies par toutes les religions – c’est
l’un des rares points sur lequel elles s’entendent sans difficulté – l’athéisme
est cependant le seul courant de pensée à garantir l’absolue égalité des
individus. Au contraire des religions, qui ont inscrit dans leurs gênes la
négation de l’autre, s’il est incroyant. Avec l’athéisme, il n’est pas non plus
de derniers qui deviennent premiers dans l’après vie ou dans la vie suivante.
Il y a des concurrents, alignés sur une ligne de départ. Libre à eux de courir
ou de marcher, de subir leurs qualités et handicaps respectifs ou de tenter de
les transcender.
Il n’y a pas de salut ni de consolation dans l’après
vie. C’est ici et maintenant qu’il faut régler les problèmes. Bien sûr que
c’est fatigant, que c’est risqué, que certains sont plus doués ou plus
volontaires que d’autres à ce petit jeu, mais c’est la règle et tout le monde est
libre d’essayer de jouer – de se battre pour améliorer son sort et atteindre
ses buts – ou de rester sur le bord du terrain, à contempler la partie.
C’est exactement ce que disait Nietzsche, qui n’était
ni facho, ni anti-sémite contrairement à sa sœur. Les übermensch
sont ceux qui savent trouver en eux les ressources nécessaires pour s’améliorer
et pour atteindre leur but, au prix d’efforts considérables, même s’ils n’ont
pas forcément le talent nécessaire au départ. C’est ici et maintenant que les
choses se passent, pas dans un avenir hypothétique, au paradis des humains sans
ambition.
Ce monde est un océan de larmes, dans lequel on
n’obtient rien sans rien. Sauf dans le système occidental, où l’on a entretenu
l’illusion que l’on pouvait se croire à l’abri de l’inconfort, qu’il était même
possible de donner à peu de frais une image valorisante de soi-même. Si papa ou
maman avait un peu d’argent, la couverture sociale faisait le reste. On pouvait
s’offrir une vie tranquille et confortable de pion consommateur sans avoir
jamais eu à lutter pour. Est-ce le but ? Est-ce que cette facilité était
le but ? L’époque en tout cas en
est révolue. Le gâteau n’est pas extensible et les ¾ de l’humanité que le
système social occidental avait oublié réclament aujourd’hui leur part.
Personnellement, je ne le regrette pas. L’aisance
matérielle est un leurre, certes confortable, mais seule l’expérience des
obstacles réels affrontés et surmontés vaut la peine d’être vécue, même si elle
s’avère particulièrement éreintante. L’homme est fait pour vivre
dangereusement. La femme aussi, à sa manière. La plénitude qu’on en retire vaut
largement toutes les croyances du monde.
L’idée de la non
existence de dieu a lentement mais sûrement commencé à faire son chemin dans le
monde. Si l’on se penche sur les peuples encore soumis aux religions animistes,
on n’y trouve jamais personne qui se réclame du matérialisme, de l’agnosticisme
ou de l’athéisme. Dans ces populations, tout le monde, absolument tout le monde
croit, avec une ferveur étonnante. L’évolution de l’animisme vers le
monothéisme est une évolution, pas une révolution. Une croyance en remplace une
autre, mais le fait religieux demeure, égal à lui-même. La vraie révolution
démarre avec la remise en cause volontaire et individuelle des principes
religieux.
Nombre de gens
intelligents et bien éduqués se déclarent encore croyants et même pratiquants.
Je compte de nombreux amis parmi eux, des personnes de qualité, dotées d’un
altruisme au-dessus de la moyenne. De « bonnes personnes » que je
respecte, quelle que soit leur religion, même si parfois je me moque
(amicalement j’espère) de leurs croyances. Mon but n’est pas en soi de les
« convertir » à l’athéisme, mais plutôt de pousser le doute,
d’introduire le questionnement dans leur esprit. Parce que je pense que le
monde irait mieux s’il comptait moins de croyants. Cela ferait quelques sources
de conflits en moins.
Il est malheureux
que l’athéisme ait été assimilé au marxisme, car ce sont deux concepts bien
différents. Il y a des athées capitalistes, comme il peut y avoir des chrétiens
socialistes et même communistes. De la Guerre d’Espagne à la forte contribution
du pape polonais à la chute du mur de Berlin, beaucoup ont tiré la conviction que
le marxisme et l’athéisme ont partie liée. C’est faux. Ce sont deux courants de
pensée différents, qui ne portent pas sur le même
sujet et parfois se rejoignent, parfois non. Ce n’est pas non plus parce que l’un s’est avéré déboucher sur un cul
de sac que l’autre est forcément condamnable.
En réalité, l’athéisme peut fort bien s’accommoder de
n’importe quel système économico politique. Il est du ressort de la vie privée,
comme la religion d’ailleurs. On a ainsi souvent lié l’essor du protestantisme
au développement du capitalisme, mais aujourd’hui, catholiques ou shintoïstes
s’avèrent des capitalistes tout aussi efficaces que les luthériens, les
calvinistes ou les puritains.
En revanche, si toutes les religions sont de puissants
lobbys, bien organisés mondialement, l’athéisme ne possède pas vraiment de
représentation structurée, hormis une obscure ONG genevoise. C’est d’ailleurs
assez logique : il ne manquerait plus que les athées aient leur église…
C’est par essence une démarche individuelle qui à mon sens doit le rester. S’il
apparaît judicieux de combattre l’influence des religions, notamment les
pratiques religieuses contraires aux droits de l’homme, de la femme ou de
l’enfant, cela doit se faire pacifiquement, à titre personnel, dans le respect
d’autrui et surtout sans persécutions, qui sont non seulement injustes, mais en
plus improductives.
PARTICULARISMES RELIGIEUX
Au début était la superstition. C’est à dire la
tendance à supposer des liens improbables entre les choses, ou à expliquer des
phénomènes naturels par des actions surnaturelles. Tous les enfants connaissent
cela, du genre « Si je parviens à marcher sur l’arrête du trottoir
jusqu’au bout de la rue, mon professeur va perdre ma feuille de dictée que j’ai
lamentablement ratée ». Ou plus classique, « Si je brise un miroir
dans la maison, j’attire 7 ans de malheur sur la famille ». Ma mère, bien
que bonne catholique, est une championne en la matière. Elle ne posera jamais
son sac à main par terre ou sur une table par exemple. Ma première ex-femme
détestait que je croise mes mains sur mon crâne en me rejetant en arrière dans
un moment de détente, parce que dans son ethnie, au Togo, cela appelle la mort
sur un habitant de la maison. La pauvre, j’adorais me tenir ainsi et j’ai du involontairement
lui flanquer une trouille bleue à plusieurs reprises.
A 7 ans, les apparents pouvoirs de divination de mes
parents m’inspiraient aussi, je l'ai dit, une sainte frousse, qui m’a sans
doute évité de commettre quelques bêtises supplémentaires. Elle a aussi
perturbé mon apprentissage du mensonge. Ils disposaient pourtant simplement de
moyens d’informations dont j’ignorais tout, mais à 7 ans la question
« Comment se fait-il qu’ils sachent ce qui s’est passé, puisqu’ils
n’étaient pas là ? » appelle une réponse claire. Celle que j’avais
trouvé était particulièrement limpide : « parce que, comme le Père
Noël, ils doivent disposer d’un pouvoir de divination sur ce que font leurs
enfants ». Plus exactement, je crois me souvenir que c’est juste après
avoir appris que le Père Noël n’existait pas, mais que les parents y
suppléaient, question cadeaux, que l’idée a germé que les parents devaient
aussi le remplacer dans ses pouvoirs de divination… Logique, non ?
Dans la nuit des temps, le chasseur, le peintre et le
shaman, au fond de leur grotte, réagissaient ainsi, en attribuant des pouvoirs
magiques à ce qu’ils ne maîtrisaient pas, notamment
les hasards de la chasse. Ils représentaient les animaux qu’ils souhaitaient
abattre et les menaçaient sans doute de coups de lance garants de chasses
fructueuses, comme avec des poupées vaudou transpercées d’aiguilles. A la
manière des Amérindiens des plaines, ils devaient également remercier
scrupuleusement les animaux de s’être offerts en pâture à leurs flèches, histoire
de se faire bien voir pour la prochaine chasse.
La construction de religions plus sophistiquées, puis
monothéistes n’a pas vraiment changé les choses. Superstition et religion ne
sont pas opposables, elles sont la continuité l’une de l’autre. Croire que je
vais conjurer le mauvais sort en jetant du sel par-dessus mon épaule, ou croire
que j’accéderai au paradis si j’agis conformément aux règles dictées par un
prophète, c’est de même nature. Ma deuxième ex-épouse renâcle à cette
comparaison. N’empêche que sa mère se signe à chaque fois qu’elle voit une
église. Si cela n’est pas de la superstition, ça y ressemble.
La question est importante, car l’un des principaux
soucis de nombreux chercheurs travaillant sur la croyance est précisément de
démarquer la religion de la superstition. Or la plupart d’entre eux admettent
comme hypothèse de départ que le message révélé est vrai, ce qui modifie
profondément leur appréciation… et laisse planer un gros doute sur leur
objectivité.
Aiguillonnée par les centaines de millions de dollars
déversés par l’administration Bush, la recherche sur la religion fourmille de
découvertes ces derniers temps. Le problème est que cet argent n’est pas plus
neutre que les chercheurs qu’il rétribue. La plus grande partie d’entre eux
sont des pentecôtistes et autres born again, motivés par le désir de justifier
leurs croyances. Les judaïsants sont également nombreux et les catholiques s’en
mêlent à leur tour. Les athées et agnostiques sont beaucoup plus rares. Les
chercheurs préfèrent s’orienter dans des domaines qui les intéressent et les
passionnent personnellement, or pour s’intéresser vraiment à dieu, au point d’y
consacrer son métier et une bonne partie de sa vie, il faut y croire. Au moins,
un peu.
La croyance en dieu, c’est par définition le type même
de conviction qui vous fait mettre votre objectivité entre parenthèses. Dès
lors, les hypothèses de travail et les angles d’études retenus sont tout sauf neutres. En plus, il ne s’agit pas de sciences
exactes, mais très souvent d’archéologie, où l’art d’émettre des hypothèses à
partir de pas grand chose est quasiment la base du
métier. La psychologie cognitive s’en mêle à son tour cherchant à déterminer
pourquoi l’on croit.
Ces recherches sont passionnantes, mais il faut prendre
avec des pincettes les conclusions qui en sont tirées. Ce n'est pas parce que
l’on a identifié les parties de notre cerveau concernées par la croyance que
cela implique l’existence d’un être suprême. Nous ne sommes pas
« programmés pour croire ». Nous
croyons parce que cela répond à un besoin social et personnel et que notre
cerveau s’est aménagé des zones à cet effet, parce que cela lui apportait un
atout supplémentaire dans ses stratégies de reproduction, ou simplement par
plaisir. Comme il l’a fait pour le langage, la chasse, la sexualité, le goût,
les couleurs ou plus récemment les jeux vidéos.
Connaître l’obédience des chercheurs
« scientifiques » et leur intérêt matériel est fort utile. Je me
souviens d’une discussion enflammée aux Antilles, où j’effectuais l’étude sur
le terrain préalable à mon mémoire d’ethnologie sur « Le Bon Dieu
Coolie », un syncrétisme religieux mêlant liturgies chrétiennes et
hindouistes autour de quelques vieux prêtres d’origine tamoule, C’était dans un
bled du nord de la Martinique, où tout le monde parlait créole toute la
journée. J’étais fort content de converser en français de temps à autre et
lorsque ces deux prédicateurs mormons ont sonné à la porte j’ai sauté sur
l’occasion, d’autant qu’à l’époque, ce genre d’énergumènes étaient encore rares
en Europe.
Je voulais voir ce qu’ils avaient dans le ventre
autant que dans la tête et je leur suis tout de suite rentré dans le lard en
commençant par le commencement : la création. Au cas où vous ne l’auriez
pas remarqué, j’adore la polémique et j’avais l’espoir d’un bon débat de haute
volée. Las, je suis tombé des nues en découvrant qu’ils croyaient sérieusement
que le monde avait été créé à l’occasion de la première semaine de sept jours.
Manquant d’arguments, ils m’ont promis de revenir avec les preuves
scientifiques de ce qu’ils avançaient, Magnanime, je leur accordai une seconde
entrevue quelques jours plus tard, à laquelle ils se pointèrent avec la
traduction française, commandée spécialement aux Etats-Unis, d’un ouvrage
publié par une université étasunienne inconnue. C’est ainsi que j’appris que le
darwinisme et la théorie de l’évolution n’étaient qu’une pure invention du
complot communiste international.
J’ai omis de vous préciser que le bled paumé où
j’habitais, à quelques kilomètres de Basse Pointe où vivaient les derniers
vieux tamouls objets de mon étude s’appelait l’Ajoupa Bouillon. C’était la
seule commune de France à être dirigée par un maire trotskyste et je résidais
chez son premier adjoint. Un petit entrepreneur en travaux publics qui avait
fait la guerre d’Algérie où il avait découvert la lecture de Franz Fanon. Les
missionnaires avaient donc du cran de venir prêcher dans l’antre du diable,
d’autant qu’ils étaient, j’en mets ma main à couper, parfaitement au courant de
la situation politique de la contrée.
Nous étions en pleine guerre froide et la CIA avait la
fâcheuse habitude de voir le mal partout, travaillant volontiers avec les
prédicateurs étasuniens pour l’éradiquer. A cette époque, en 1976, dans ces
campagnes antillaises, comme dans les plus reculées des campagnes françaises ou
suisses, les femmes ne rentraient pas encore dans les bistrots. Même la
secrétaire de mairie, accessoirement membre de la cellule trotskyste du village,
attendait dehors que les mâles sortent pour leur parler.
Le féminisme a heureusement bien changé les choses
depuis, contrairement aux liens entre la CIA et les mouvements fondamentalistes
chrétiens, qui se seraient plutôt renforcés ces derniers temps.
Le bouquin des mormons, en tout cas, n’était qu’un
ramassis de conneries scientifiques grossières et de fantasmes anti-communistes
primaires. Sans le moindre intérêt, hormis sa bibliographie, impressionnante.
Sur le tiers du volume du livre, elle citait des centaines de noms de docteurs
ou prétendus tels, tous étasuniens, confirmant et justifiant par de pseudos
arguments scientifiques la théorie créationniste. Ce jour là, je compris
l’importance de l’épistémologie, de la clarté dans les présupposés de recherche,
en bref de l’objectivité scientifique. Je compris surtout qu’il y avait un
monde entre notre conception de la culture, à nous autres vieux européens
décadents et celle des habitants du middle west,
issus de générations de prédicateurs extrémistes et de paysans pauvres
contraints à émigrer. Leurs bibliothèques sont pleines de ce genre d’ouvrage et
même lorsque le reste du monde y pénètre, c’est en version expurgée, dans les
pages du Reader’s Digest. Ceci dit, quelques unes des plus riches bibliothèques
du monde sont aux Etats-Unis et quelques uns des plus brillants intellectuels
également. Rien n’est jamais univoque.
La soumission au divin est particulièrement marquée
dans l’Islam – qui signifie précisément soumission – mais elle est indissociable
de toutes les religions. Hors la révolte est l’une des caractéristiques de la
vie. La soumission, le nirvâna, le renoncement qui sont plusieurs facettes
d’une même attitude, c’est la mort. Le bouddhisme par exemple, lorsqu’il
prétend se détacher du monde, ne propose rien en échange, juste la négation du
moi.
Si le désir est à la base de la frustration, il est
aussi à la naissance de l’action. Sans lui, l’immobilisme règne et par
ailleurs, le renoncement n’est certainement pas l’attitude adéquate face au mal
intégral. Face au nazisme par exemple, on ne remet pas son épée au fourreau.
Sauf si l’on est Suisse, mais ça c’est une autre histoire, qui confirme
d’ailleurs que de remettre son épée au fourreau, c’est certainement un bon
moyen d’accéder au nirvâna, au moins financier. Surtout si d’autres se chargent
de se salir les mains, ce qui est immanquable lorsqu’on choisit de se battre,
ou qu’on y est contraint, même et surtout si c’est contre le mal absolu.
On peut toutefois se demander s’il existe un mal
absolu. Dans le cas d’Hitler, il n’y avait pas vraiment photo. Mais
généralement, l’un des problèmes réside précisément dans la difficulté de
cerner les limites du mal. Le système des castes, par exemple, a sans doute
permis à la société indienne de se perpétuer durant des millénaires, mais il
est source d’innombrables injustices. Or le renoncement fataliste,
indissociable de la philosophie hindouiste, a incontestablement favorisé sa
perpétuation.
Pour certains penseurs orientaux,
seule la souffrance existe. Le plaisir n’étant qu’une chimère, il est
donc inutile de chercher à l’atteindre. Seul le renoncement permet de
s’abstraire de ce monde de larmes. Mais on peut retourner la proposition :
la non souffrance, c’est à dire le nirvâna, c’est la non-existence.
Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui les
traditionalistes hindous qui s’en prennent aux mosquées ou aux églises
chrétiennes sont les mêmes que ceux qui massacrent les intouchables tentant de
sortir de leur condition. Lorsque l’autocensure du fatalisme n’agit plus, le
système cherche à lui substituer des moyens de coercition plus radicaux.
IRREEL ET POURTANT
Les prémonitions comme d’autres phénomènes
inexpliqués, ne prouvent en rien l’existence d’un être omniscient.
Tout au plus pourrait-on penser qu’ils
sont la manifestation de pouvoirs intuitifs, magnétiques ou télépathiques
méconnus. Certaines religions les nient, du moins à certaines époques, comme le
catholicisme aujourd’hui. D’autres, notamment les mouvements sectaires y
compris islamistes, y accordent une grande importance.
Personnellement je n’y vois qu’un champ de la
connaissance restant à explorer, par des voies qui restent à déterminer. La
physique quantique ouvre des perspectives d'explications intéressantes. Je
trouve personnellement plutôt enthousiasmant de penser qu’il nous reste encore,
au XXIème siècle, des phénomènes à expliquer.
Je devais avoir 7 ou 8 ans, je commençais à nager et
j’étais en vacances avec ma mère chez mes grands-parents, dans le sud-ouest de
la France. Un minuscule village qui s’appelle Caresse, à la lisière du Béarn et
du Pays Basque (côté Béarn) dont les seuls titres de gloire sont d’avoir abrité
le château (aujourd'hui en ruines) d’Alphonse XIII quand il n’était plus roi
d’Espagne mais réfugié en France… et la maison de mon grand-père, une jolie
bâtisse en galets du gave, comme tout le village hormis le château.
La maison familiale s'appelait « Les
Bambous »parce qu’il y poussait… des bambous. Grands et immenses,
tapissant le fond du parc derrière la balançoire où mes cousins, ma sœur et moi
jouions à toucher le ciel et même… à faire un tour complet par-dessus
l’horizontale du portique… Quand j’y repense, plus de 40 ans après, je me
demande si je ne rêve pas. Ce qu‘il y a de sûr, c’est que si je voyais mon fils
ou mes neveux tenter ce genre d’exploits, je leur interdirais la balançoire, ce
qui serait stupide.
Aujourd’hui, le portique de la balançoire est vermoulu
et pourri, il me parait aussi beaucoup plus petit. Les bambous sont toujours
là. A l’époque de ma naissance, les thoniers basques de Saint-Jean de Luz, qui
pratiquaient la pêche à la traîne, venaient se fournir en cannes suffisamment
longues pour équiper leurs bateaux. Les bambous de mon grand-père sillonnaient
le golfe de Gascogne, et sans doute bien au-delà, les basques ayant toujours
été d’hardis navigateurs. J’en étais très fier, mais malheureusement, les
bambous n’ont pas su résister à la concurrence des fibres synthétiques et les canne sd'aujourd'hui sont en matérieux composites.
Un jour donc, où nous étions allés nous baigner sur un
îlet du Gave d’Oloron, je suis tombé à l’eau. Le Gave est un torrent de
montagne, impétueux et imprévisible, plein de remous dangereux. Or j’en étais
encore à traverser l’angle de la piscine en diagonale, sur quelques mètres...
Cet îlet sur lequel nous nous rendions, grâce à un tronc d’arbre qui servait de
pont, dessinait une petite crique protégée dans laquelle il était possible de
se baigner sans risque. Mais le courant restait fort, particulièrement entre
l’îlet et la rive. Et, sous le tronc en forme de pont, il s’accélérait. La
forme de l’îlet lui-même, fait de galets accumulés par le courant, se modifiait
sans cesse au gré des crues et des décrues de la rivière.
Nous étions en pleine saison des orages d’été, et
celui qui avait explosé sur le haut de la vallée devait être particulièrement
gratiné, parce que le gave bouillonnait et agitait ses remous comme dans les
rapides de Délivrance. Fameux film dans lequel un débile des Appalaches joue du
banjo comme un vrai requin de studio. Bon, à l’époque je n’avais pas vu
Délivrance et John Boorman devait encore être à l’école, mais moi, en
retournant sur la terre ferme, j’ai glissé du tronc.
J’ai immédiatement été emporté par les flots
tumultueux.
Il y avait là Thérèse Libert, une fille du village,
ex-institutrice en Algérie, sorte de bonne sœur non consacrée, qui venait aider
à la maison; ma petite sœur Isabelle, mes tantes Annie et Josie et ma mère
Eliane. Celle-ci, alors âgée d’une dizaine d’années, avait un jour amené des
restes à manger au prêtre de la paroisse en lui expliquant « c’est de bon
cœur, Monsieur le Curé, les cochons n’en veulent plus »… Une histoire qui
fait encore rire aujourd’hui… mais il faut que j’appelle ma mère. Parce
qu’enfin, pourquoi a-t-elle dit ça ? Je doute fort que mes grands-parents
aient pu songer à faire passer le curé après le cochon, eux qui étaient très
croyants, et affligés d’un sens aigu des convenances.
Au point de chasser leur fille aînée – ma mère donc –
du foyer familial lorsqu’elle a refusé d’abandonner le fils (mon frère aîné)
qu’elle avait eu hors mariage avec mon père. Lequel aurait bien voulu
régulariser, mais il en était empêché par un cas de force majeure : peu de
temps après la conception de mon frère aîné, il avait été arrêté par la
Gestapo. Il était certes parvenu à s’évader quelques mois plus tard, en
Allemagne, mais c’est seulement à la fin de la guerre qu’il avait pu connaître
et reconnaître son enfant. L’honneur de la famille étant sauf, ma mère et mon
grand-père s’étaient réconciliés.
Un journaliste devrait toujours vérifier ses sources.
Cela fait des années que je raconte cette histoire, entendue lorsque j’étais
enfant. Je viens de téléphoner à ma mère, qui m’affirme que cela n’a jamais été
elle l’enfant de l’histoire. Pourtant j’en étais persuadé, la mémoire, la
mémoire… C’était un gamin – le simplet du village – contemporain de l’enfance
de son père à elle, ou même du père de son père - donc mon arrière grand-père –
qui avait offert des prunes un peu blettes au curé. Mais l’histoire ne dit pas
si lesdites prunes avaient effectivement été offertes
aux cochons auparavant, ou si c’était pure invention du simplet.
Toujours est-il donc que ce jour là, je suis passé à
la baille et que j’ai immédiatement été emporté par le courant. Emoi de toutes
les personnes présentes, et de moi aussi, le premier concerné, qui tentait de
reprendre mon souffle, emporté comme un fétu par les remous. Quelques dizaines
de mètres en aval, je réussi à choper une branche qui s’inclinait là pour me
sauver la vie. Merci la branche. Le soir même, réchoupillé par toutes ces
présences féminines fières de leur petit héros, je m’endors tranquille. Pour me
réveiller, comme toute la maisonnée à trois heures du matin.
C’était mon père, personnage par ailleurs fort solide
et matérialiste qui appelait depuis Neuchâtel en Suisse, distante de plus de
1000 kilomètres. Il avait décidé de téléphoner à cette heure carrément
nocturne, sachant pertinemment qu’il allait réveiller tout le monde, car cela
faisait trois fois dans la nuit qu’il rêvait que je me noyais et il était
inquiet. Fin de l’épisode.
Il ne s’agit pas ici d’une prémonition, puisque
l’événement s’était déjà déroulé. Mais quelque chose, quelque part entre une
coïncidence troublante et de la télépathie. J’avais eu extrêmement peur. Ma
mère et mes tantes aussi et sans doute ma petite sœur, qui avait l’âge de
comprendre ce qui se passait. La force de ce trouble a-t-elle pu franchir les
kilomètres et impacter le cerveau de mon père pourtant fort peu réceptif à ce
genre de fadaises ?
Tentative
d’expliquer l’inexplicable, la religion présente une vision acceptable de
phénomènes que nous ne comprenons pas. Eclair et tonnerre déchirant le ciel
dans un vacarme assourdissant devaient sacrément flanquer la trouille aux contemporains
d’Homère. Depuis, nous avons appris ce qu’étaient l’électricité, les masses
nuageuses, la vitesse du son et de la lumière, tout ce qui nous permet de juste
sursauter avant d’appeler les pompiers si la foudre s’abat sur la maison d’à
côté, au lieu de nous planquer sous la table en implorant la clémence divine.
Au fur et à mesure
que progresse notre connaissance de notre environnement, les zones d’ombres qui
nous entourent s’éclaircissent. Heureusement qu’il en reste encore quelques uns
pour pimenter notre existence d’un peu de mystère. La télépathie, le magnétisme
animal et la plupart des méthodes de divination, y compris l’astrologie en font
partie. Nous n’avons aucune explication scientifique sérieuse sur la manière
dont ça marche. Nous ne savons même pas si ça marche vraiment. Mais il existe
des soupçons, quelques indices troublants.
Profondément
sceptique et néanmoins curieux, j’ai parfois consulté voyantes et astrologues,
professionnels ou amateurs réputés. L’intuition et la débrouillardise aidant,
on peut s’attendre à ce que sur 50 ans, les prédictions tombent parfois justes,
sinon plus personne n’y croirait. Mais sur une demie douzaine d’expériences, je
dois reconnaître que le résultat fut souvent étonnamment précis et véridique.
Même si j'ai comme tout le monde tendance à me souvenir des faits
spectaculaires que des échecs anodins, le fait est que j'ai peu consulté. Mais
j'ai presque toujours été étonné par ce que j'ai entendu.
En 1977, avec
Double JR, un ami jeune journaliste comme moi, devenu depuis directeur d’un
grand quotidien, nous avions pris rendez-vous chez un astrologue réputé, sans
le prévenir que nous voulions rédiger un article. Nous avions convenu que je
répondrai franchement et abondamment aux questions du « voyant »
tandis que mon collègue serait beaucoup plus discret, voire menteur, sauf sur
ses coordonnées de naissance. Résultat, mon thème décrivait assez précisément
mon caractère, tandis que celui de Double JR était carrément fantaisiste. Pas très clairvoyant,
donc, à moins que Double JR ait été, à mon insu, un extra-terrestre télépathe
capable de bloquer les incursions inquisitrices de l’astrologue dans son
esprit...
En 1978, mon copain
Christian Bonfils, excellent bassiste et compositeur
de funk rock dressait des thèmes astrologiques passionnants. Il m’avait annoncé
que je jouerai un rôle politique dans la République et Canton de Genève, mais
de manière tellement différente et donc dérangeante pour les pouvoirs en place
que cela ne durerait jamais longtemps. Ce qui s'est vérifié. Lui est mort
d’asphyxie dans sa douche quelque temps plus tard, officiellement à cause d’un
chauffe-eau à gaz défectueux. Il était sujet à de profondes crises de déprime
dans lesquelles il aimait à se laisser couler.
On ne le voyait pas
durant quelques jours, puis il réapparaissait en pleine forme. Il avait coutume
de dire que lorsqu’on touche le fonds de la piscine, il suffit de donner un
coup de talon pour remonter. Issu d’un milieu modeste, élevé sans père, il
était très créatif, intuitif et aussi discret que brillant intérieurement.
C’est lui qui m’avait fait découvrir la sémantique générale. Je l’aimais beaucoup.
Nous éditions ensemble un fanzine rock et j’avais écrit des textes sur
certaines de ses musiques. Je ne suis pas certain qu’il ne s’adonnait
pas discrètement à l’héroïne. Certains de ses amis le faisaient. En tout cas,
j’ai effectivement joué à plusieurs reprises un certain rôle politique dans la
République et Canton de Genève, toujours de manière brève et dérangeante.
En décembre 85, à Djerba, ma copine BéBé et moi avions sympathisé avec une sorcière
napolitaine, d'origine hispano-grecque, Sophia Moralès, grande prêtresse
des bas-côtés obscurs… Sophia la stregha m’avait lu les lignes de la main et prédit
que je ne deviendrai jamais riche, que je passerai mon temps à essuyer des
tempêtes financières. Il faisait beau et froid. C’était la première fois de mon
existence que j’avais réservé une semaine au même endroit en demi pension.
C’était aussi la dernière.
L’hôtel était rempli de prolos allemands et
autrichiens et la bouffe était immonde. Choucroute aux merguez un jour et couscous
aux saucisses de Vienne en alternance, avec kartoffeln
bouillies à tous les repas. Dès le milieu de l’après-midi, tous les mecs et une
bonne partie des nanas se pintaient systématiquement à la bière et au schnaps.
Une bière et un schnaps, une bière et un schnaps, une bière et un schnaps.
Toutes les heures ou toutes les 4 ou 5 tournées, ils courraient aux toilettes
uriner leur trop plein liquide.
Nous avions rapidement loué une voiture et partions en
excursion avec la napolitaine, qui vendait des camions IVECO et son mec, un
épicier turinois ex-militant de Potere Operaio devenu sympathisant des Brigate
Rosse… Et pour ce que j'en sais aujourd'hui, électeur de la Liga
del Norte ! BéBé buvait les paroles de la stregha
en tendant la main à son tour. La napolitaine aggrava son cas en affirmant à
BéBé qu’elle acquérerait rapidement une aisance financière plus que
confortable. A l’époque, j’entretenais BéBé qui terminait ses études
d’architecte et je me voyais très bien faire ma vie avec elle… Je devais faire
une sacrée tronche, parce que la sorcière s’est excusée d’avoir dit ce qu’elle
avait vu. Tout le monde a bien ri et BéBé m’a quitté
quelques mois plus tard pour se mettre en ménage avec un de ses copains qui
terminait archi avec elle.
Vingt ans après,
ils sont toujours ensemble, je me suis marié et j'ai divorcé deux fois, connu
financièrement des assez hauts et des très bas, tandis que BéBé
sans être vraiment riche, mène une vie de famille aisée. On peut toujours
rêver : si ce bouquin cartonne, j’arriverai peut-être à faire mentir la
prédiction ? Mais je me demande si je dois laisser ce passage: pas sûr
qu'il encourage un éditeur ?
En 1986, lors d’une
fête familiale en Béarn, une cousine éloignée, voyante amateur mais
talentueuse, nous reçut chacun notre tour, gratuitement. Elle ne prenait jamais
d’argent et il ne fallait pas croiser les genoux devant elle. Sa réputation
familiale était des plus flatteuses. Je n’avais pas encore digéré ma séparation
d’avec BéBé. En début d’année, j’avais mis fin à neuf années de collaboration
avec la Tribune de Genève pour former et diriger la rédaction de la première
radio locale genevoise. Cela s’était mal passé et six mois plus tard, je me
retrouvais sur le marché du travail. La voyante me prédit que j’allais encore
connaître plusieurs aventures sentimentales - ce qui s’avéra vrai - et que
j’allais en revanche trouver très rapidement une solution professionnelle,
grâce à l’aide d’une amie parisienne. Deux semaines plus tard, je rentrais à la
Télévision romande, après l’intervention d’une amie, productrice de l’émission
scientifique de la TSR, en compagnie de qui j’avais fait mon stage de
journaliste. Elle m’avait conseillé de rencontrer le patron du journal
télévisé, qui cherchait des gens. Il se trouve que c’était un vieil ami de mes
parents, ce que j’ignorais, et qu’il suivait et appréciait depuis longtemps mon
travail en presse écrite. C’est seulement après mon engagement que je me
souvins que Catherine était une « immigrée », débarquée de Paris à Genève
en même temps que moi, 9 ans plus tôt. Mon subconscient s’en était-il souvenu,
le jour où je décidai de lui téléphoner pour me renseigner sur la
télé ?
En 1987, je faisais
un reportage pour le téléjournal sur la première
foire à la voyance de Genève. J’avise une dame qui lisait les lignes de la main
sur la base de photos prises par effet Kirlian. Selon
certains (mais c'est contesté par des physiciens) cela rend visible l’aura magnétique dégagé par le
fonctionnement de nos cellules. Amusant et technologique, comme j’aime. Je
passe donc à la casserole sous l’objectif de la caméra et la dame me révèle
rapidement deux informations fondamentales :
1)
J’avais des
problèmes sentimentaux. Ce n’était pas vraiment un scoop, vu que je n’avais pas
encore retrouvé de copine régulière. La voyante n'était bien sûr pas au courant
mais elle avait une chance sur 2 de tomber juste... Et même un peu plus: je
n'ai consulté qu'une seule fois lorsque je nageais dans le bonheur.
2)
Très rapidement, dans moins
d’un mois, j’allais devoir quitter mon logement. Cette fois, je tombais des
nues. J’habitais une très jolie vieille ferme retapée non loin du Lac Léman
avec ma soeur Isabelle plus Katia, Thomas et Ti-Punch,
la soeur de BéBé, son mec et leur chienne ramenée
d’une année de vadrouille en voilier aux Antilles. Nous avions dépassé le stade
de la communauté baba-cool pour profiter simplement ensemble d’une grande
maison très agréable et je n’avais aucune envie de m’en aller, le loyer étant
très correct. Trois jours après, je reçois une lettre recommandée des
propriétaires, retraités dans les Landes. Ils m’y apprenaient que leur fils
quittait l’armée et revenait s’établir dans la région genevoise pour bosser
dans une société de gardiennage. Si je voulais bien libérer la maison dès que
possible, etc… etc…
Enfin en 2000, celle que j'allais épouser en secondes noces croise
par hasard (prétend-elle) le chemin d’une voyante réputée. Qui lui assure
qu’elle va bientôt rencontrer un cavalier qui sera l’homme de la deuxième
partie de sa vie. Du coup tous les mecs tant soit peu intéressants qu’elle
croise sont questionnés discrètement sur leur qualités équestres… Lorsque mon
tour vient quelques semaines plus tard, je suis bien en partance pour un
reportage dans les Andes à dos de cheval, mais en 40 ans, j’ai du en tout et
pour tout monter dix fois sur une selle. Dont une qui a tourné court, le
canasson s’étant emballé, m’obligeant à sauter sans gloire avant la chute
probable… Pas très concluant donc. Sauf qu’en dehors d’une passion inavouable
pour la vitesse et les chevaux fiscaux, je m’appelle Philippe (l’ami des
chevaux dans la langue des Hellènes), je suis sagittaire et cheval de feu pour
les chinois…
Las après quelques années de bonheur indicible, le preux chevalier
fait triste figure. Empêtré dans des problèmes professionnels, obnubilé par
l'écriture de ses essais, il n'a plus la tête à rire... Et surtout plus un sou,
ce qui plombe l'athmosphère. D'autant qu'il ne
cherche pas autant qu'il le devrait à en gagner, puisqu'elle gagne
confortablement sa vie. Il ne vit pas à ses crochets, mais survit en squattant
sa maison à elle... Ses maigres droit d'auteurs paient
la nourriture, mais ne suffisent plus à partir en week-end ou en vacances avec
sa dulcinée. Qui se morfond. Il, c'est moi donc, et mon honnêteté naturelle me
pousse à reconnaître qu'à ce moment, je n'étais plus aimable. Elle est donc
descendue de cheval et s'en est allée poursuivre son propre chemin.
Pas trés charitable, mais elle s'est dit
qu'elle avait assez de soucis comme cela sans se coltiner en plus un mari
chiant. Je la comprend. Je ne sais pas si j'aurai fait
pareil, mais je la comprend. Je sais en tout cas que
je n'aurais jamais épousé une femme prise de tête. Et qu'elle m'a offert les 5
plus belles années de ma vie. Jusqu'à présent.
THEME ET PSYCHOLOGIE
La rupture fut brutale et sans préavis. Déprime, déménagement, le
premier tirage du bouquin qui se vend mal, les petits boulots - bien
payés, car mon talent est reconnu, mais
trop irréguliers - les jobs vraiment
intéressants qui passent sous le nez, souvent dans le dernier carré. C'est là
que j'ai commencé à consulter des astrologues. Sur Internet, c'est autrement
plus intéressant que les 3 lignes bidons des magazines
féminins ou des quotidiens gratuits. Les horoscopes valent ce qu'ils valent, je
n'entre pas en matière au-delà du constat que dans l'ensemble ils me
paraissaient assez justes. Sans pouvoir trancher de ce qui ressort de mon
interprétation du texte ou de la réalité. Je ne crois pas être naïf, mais je ne
suis pas le meilleur juge de moi-même.
En revanche, les études de personnalité, et notamment de
personnalités croisées étaient d'une justesse et d'une précision tout bonnement
époustouflantes !
Certes, j'étais en situation de fragilité émotionnelle, mais je sais
encore ce que Raison veut dire, et que l'on ne vienne pas me raconter que
c'était rédigé en termes suffisamment vagues pour permettre à chacun de s'y
reconnaître, parce que là, clairement, c'est faux. Huit pages décrivant par le
menu ce qui va et ce qui ne va pas dans un couple, ou dix pages d'analyses de
caractère d'une précision étonnante, juste avec une date, une heure et un lieu
de naissance, c'est de la magie. Ou alors le fruit de quelque chose qui existe
et que l'on n'a toujours pas compris. Je penche personnellement pour la
deuxième hypothèse.
Télépathie, subconscient ou intuitions géniales, il semblerait que
certains événements entretiennent des liens indécelables par nos moyens
techniques actuels. Si une partie de ce que racontent nos astrophysiciens sur
la physique quantique, les univers courbes et la relativité du temps est vrai,
tout paraît possible.
Il ya en gros trois explications possibles à l'astrologie: Celle des grecs anciens, celle des psychologues jungien et celle des scientifiques ouverts. Que j'oppose aux scientifiques fermés, qui eux n'expliquent rien et se contentent de nier. Ces derniers ne se rendent même pas compte qu'ils ne font que reprendre l'excommunication des astrologues par l'église. Il faut dire que les philosophes des Lumière n'avaient pas été tendres non plus avec l'astrologie, qu'ils ne voyaient que comme un obscurantisme, les astrologues étant forcément des charlatans abusant de la crédulité humaine.
Personnellement j'ai un peu de mal à croire que des pratiques descriptives et/ou prédictives puissent survivre à plusieurs milliers d'années d'Histoire de l'Humanité sans tomber juste assez souvent.
Cela n'a rien voir avec l'idée de religion, qui elle n'est réellement vérifiable qu'après la mort. Donc invérifiable. La description de caractères psychologique est au contraire aisément vérifiable par les intéressés, de même que les prévisions, du moins celles faites à court terme.
L'astrologie psychologique s'est bâtie sur l'observation pragmatique des corrélations existant (ou semblant exister) entre le caractère des individus et la disposition des planètes à leur naissance. Elle devrait donc pouvoir résister à une étude statistique en bonne et due forme. C'est la direction dans laquelle travaillent un certain nombre de chercheurs et de scientifiques. La difficulté vient de ce que l'étude ou même simplement la description d'un caractère sont tout sauf une science exacte.
Le chercheur français Michel Gauquelin a travaillé toute sa vie sur cette problématique, au départ pour démontrer à son père, astrologue, l'inanité de ses thèmes astraux. Il s'est concentré sur l'étude des métiers en fonction des signes astrologiques. S'apercevant peu à peu de corrélations qui lui semblaient indéniables, il a commencé à changer d'avis, se montrant ainsi un scientifique ouvert. Puis, pour corroborer ses constats, il a souhaité collaborer avec d'autres chercheurs.
En France, il est parvenu à monter une expérience visant à dresser les thèmes d'un millier de sportifs de haut niveau. Il s'attendait à une concentration de planètes en Mars. Lui-même en avait le constat sur les thèmes de grands sportifs qu'il avait étudié. Seul, il se contentait d'un nombre bien moins élevés de thèmes, dressés sur les dates de naissances de célébrités connues. Très vite, il s'avéra que le tout venant des sportifs n'avait pas forcément les bons thèmes.
Gauquelin demanda alors de restreindre l'étude aux seuls sportifs réellement connus du grand public, mais cela lui fut refusé par le comité scientifique, au motif que la célébrité n'était pas une valeur objective et de toute manière pas inclue dans le protocole. Or sur les thèmes de ces sportifs particuliers, qui n'étaient pas forcément différents des autres par les résultats, mais qui l'étaient par la notoriété, la concentration martienne était parait-il évidente.
De même qu'elle l'est pour des artistes célèbres et de nombreuses personnalités.
La transe a souvent
partie liée avec la religion. Son caractère encore mal connu, donc mystérieux,
facilite le rapprochement. Il est facile d’attribuer l’extase, cet état de
conscience altérée, ou différente, à une cause divine. Mais on en sait
aujourd’hui suffisamment pour écarter cette hypothèse. On peut entrer en
transes de différentes manières, avec ou sans l’absorption de drogues, la
musique et le rythme pouvant même s’avérer suffisants. Un tempo syncopé peut
vous procurer la sensation curieuse de dominer parfaitement votre corps, tout
en restant observateur extérieur. Comme si vous vous contempliez au ralenti en
train d’accomplir des enchaînements dont vous seriez incapables dans votre état
normal. Cela peut aussi se produire chez des sportifs de pointe, dans certains
sports violents et rapides, comme une descente de ski ou une spéciale de
rallye, par exemple : le rythme des enchaînements passe à un stade
supérieur. On appelle ça l’état de grâce. C’est bien entendu lié à de forts
dégagements hormonaux dans l’organisme et procure généralement un sentiment
d’épanouissement et de plénitude. Les entraîneurs préfèrent parler de
relâchement.
Ce n’est pas un
hasard si les pasteurs pentecôtistes usent et abusent des rythmes du jazz et du
Gospel. Bon nombre de fidèles aiment assister aux offices précisément pour cet
instant où, à force de vibrer en rythme, ils se sentent devenir meilleurs, plus
lumineux, plus séduisants. Les rastas font la même chose avec le reggae et en
Jamaïque, les prédicateurs se relaient dans les trains, pour prêcher sur le
rythme des boggies. Les passagers d’un wagon entier finissent par frapper dans
leurs mains, en répétant les psaumes en chœur et nombre d’entre eux se
retrouvent dans un état second.
C’est une sensation
différente, mais assez proche que peut procurer l’extase artistique. On dit que
Michel Ange entrait en transes lorsqu’il engendrait ses œuvres gigantesques.
Même l’écrivain qui s’enthousiasme, seul devant son ordinateur n’est plus tout à fait dans son état normal. Lorsqu’il tient le fil de son
récit et que le texte coule presque par miracle, il vit un instant de bonheur
pur, comparable certainement au plaisir sexuel, même s’il n’est pas localisé de
la même manière.
MIRACLES
ET GUERISONS
J'ai longtemps considéré l'illumination comme une hébétude et la sérénité comme un ralentissement. Le nirvana, quelque part, n'est-il pas l'immobilisme absolu, donc la mort? Ce que Bouddha lui-même a dénoncé en revenant au monde. Puis, je me suis aperçu que les choses n'étaient pas si caricaturales et que l'on pouvait fort bien méditer tout en restant réactif au monde. Cela peut même déboucher sur une exigence de qualité d'un niveau rarement rencontré. Une qualité atteinte par le travail sur soi, dans la vie professionnelle et/ou privée comme dans une quête artistique.
Une femme en particulier, d'une grande beauté intérieure et extérieure, m'a aidé à comprendre cela. Ma sorcière bien aimée, Samantha, je te remercie d'avoir été là, disponible et ouverte à ta manière. L'élan que j'éprouve pour toi servit de catalyseur à l'éclosion de ma pensée. J'espère pouvoir un jour te le rendre, d'une manière ou d'une autre. Ton degré d'exigence m'a redonné l'envie et rendu le courage de prendre le temps de me dépasser. D'avoir couru en vain après des objectifs qui n'étaient pas les miens, j'étais blessé, affaibli. Atteint à mon âge par les épreuves de la vie.
Je me protégeais par l'attitude désinvolte qui consiste à ne plus trop risquer. Puisque la réussite est incertaine, voire improbable, à quoi bon s'acharner? Je mêlais paresse et facilité, je posais des actes insuffisamment réfléchis, striés d'éclairs de lucidité. Le travail acharné ne durait plus assez, pressé par le temps, les sollicitations sociales et les angoisses matérielles. Il faut dire que j'ai toujours eu du mal à me concentrer, à descendre dans le détail et préfère instinctivement l'approche globale. Dans un monde si spécialisé, les intégrateurs généralistes sont nécessaires.
Je ne suis pas parfait, Samantha non plus. Là où j'existe par le doute, elle a soif d'absolu. Deux exigences de perfection parallèles, qui peuvent cheminer de concert mais qui sont loin d'être identiques. Le doute peut faire baisser la garde, tandis que les certitudes peuvent rigidifier à l'extrême. A deux, nous nous complétons et nous servons de garde-fous réciproques, mais je ne suis pas certain qu'elle l'ait compris.
Samantha a la foi, à mille lieues de toute secte ou religion C'est une démarche personnelle, nourrie aux sources du bouddhisme le plus épuré, épicée de lectures et de traditions shamaniques ou même druidiques. Nous nous retrouvons en ces deux pôles qui marquent l'avant et l'après monothéisme, même si la base de notre culture est judéo-chrétienne. La force et la simplicité des croyances dites primitives, leur proximité d'avec la nature et ses éléments parlent à mon incrédulité.
Je suis en particulier fasciné par l'évidence de certaines manifestations, véritables îlots de lumière dans un océan de charlatanisme. J'en détaille dans ces pages quelques exemples vécus de source directe par des amis proches et des personnes de confiance. Dont Samantha, bien sûr, qui préfère soigner et guérir, mais dont les dons de médium la poursuivent et finalement l'obligent.
Les notions de physique quantique qui bornent les marges de mon rationalisme s'encastrent très harmonieusement dans sa foi à elle, toute entière axée sur l'énergie, incarnée à l'occasion dans des formes de vie. En fait la seule chose qui nous oppose, dans notre conception du monde c'est que ce que j'appelle la soupe quantique universelle, a pour elle un sens et une intelligence, à laquelle nous sommes reliés, au-delà de la vie.
Je dois reconnaître – elle est tellement gentille et fine - qu'elle est la première âme à laquelle j'envisagerais d'être relié pour l'éternité.
La force de la conviction de Samantha, même si ce n'est pas la mienne, la rend rayonnante et particulièrement aimable. II va de soi que cette force pourrait devenir un défaut si nous étions fâchés. L'absolu porte en lui le totalitarisme et l'on peut facilement se retrouver prisonnier d'un système de pensée, surtout lorsqu'il fonctionne bien, dans de nombreuses situations. Le risque est de vouloir en forcer l'application même là où il ne fonctionne pas. Il peut vous pousser à juger un peu trop vite, un peu à l'emporte pièce, à perdre le sens du détail et des réalités.
Si belle et lumineuse que soit Samantha, personne n'est à l'abri de ce genre d'égarement. J'ambitionne d'être pour elle l'aiguillon qui la pousse à n'être jamais trop sûre. Pas certain qu'elle en ait envie. Pour l'heure je ne pense pas qu'elle soit prête à renoncer à ses pouvoirs de sorcière pour vivre avec un simple mortel... Je ne voudrais d'ailleurs pas le lui demander.
Elle m'a ouvert les yeux sur les beautés d'une conscience lavée des scories volcaniques de l'ego... et permis de douter au grand jour – et à deux - de mes certitudes les plus absolues. Jusqu'alors je n'osais m'interroger qu'en catimini, dans le secret de ma pensée solitaire. Je la remercie de m'avoir en retours dévoilé ses propres interrogations et ses tâtonnements, jusque dans ses recherches.
Il est délicat d'être aussi subtil qu'il le faudrait lorsqu'on est habité par une conviction suprême. Dans le meilleur des cas, elle vous pousse à vous concentrer pour poser l'acte juste... Qui forcément éliminera tous les autres actes voisins possibles... C'est là tout le problème des religions, qui sont la forme structurée socialement de la croyance. C'est beau, lorsque c'est épuré, net et tranché. L'architecture totalitaire le sait bien, avec le gros inconvénient que toute épuration tend naturellement à devenir désherbage et extermination.
Loin du béton brut, le foisonnement a son charme et son utilité. Lorsqu'il s'agit du foisonnement de la pensée, le découpage de cheveux en quatre, l'examen sous toutes les coutures des tenants et des aboutissants de chaque aspect d'une situation... conduit à l'immobilisme. La réflexion poussée au paroxysme ne fait pas mieux que la méditation. L'une et l'autre se synthétisent et ne trouvent leur sens que dans l'action qu'elles préparent.
La méditation est aujourd'hui vécue par une frange croissante de la population occidentale, comme le meilleur moyen de rencontrer l'absolu. Mais si cet absolu n'est que le néant de l'immobilisme, la démarche ressemble fort à celle d'un islamiste qui croit qu'il doit mourir pour naître à la vraie vie.
La méditation doit pouvoir aboutir à l'action juste, particulièrement réfléchie et/ou ressentie. Mon expérience vernaculaire en la matière confine à la transe, atteinte par la danse et l'écriture. Lorsque je suis suffisamment dans la musique pour me laisser guider par elle tout en posant, moi, le geste juste, je suis en synchronisme et c'est aussi jouissif qu'harmonieux. C'est à l'opposé du comptage de pas...
Je suis incapable d'entrer en transe sur un rythme purement répétitif, tribal ou autre. Je ne suis pas assez simple et « pur » pour cela. Il me faut du swing, de la cadence tropicale ou de la blue note, quelque chose de suffisamment subtil, plein et ondoyant pour capturer mon attention et la retenir.
Il m'arrive aussi quand j'écris de m'immerger entièrement dans ce que j'écris. C'est plus facile et prenant sur un ouvrage de fiction, monde virtuel dans lequel entrer, mais la quête/découverte de sens d'un d'essai peut-être tout aussi envoûtante, ou plus sûrement encore, l'étude de sa forme. Le blog et les commentaires à cet égard sont une facilité. Car le dialogue et les piques plus ou moins acerbes qui l'accompagnent peuvent aider à libérer l'inconscient qui vous jette alors sous la plume les formules les plus chocs ou les plus drôles.
Si je retravaille parfois longuement et plusieurs fois des textes, notamment les plus complexes, ceux que je préfère, les plus aériens et les plus évocateurs, sont souvent nés du hasard et de la nécessité, sous le pianotement crépitant de mes doigts, attirant comme par magie les tournures et les formules qui sont ce qui s'approche le plus à mon avis du talent.
Mon savoir faire est dans leur organisation, leur balance et leur rythme, mais l'inventivité est immanente. Le fait de faire sortir à tel instant précis de mon réservoir à mots, celui qui me fera sourire, ou même éclater de rire, plutôt que celui qui convient simplement, ce processus là est parfaitement inconscient. Encore s'agit-il de le laisser affleurer et de savoir l'entendre.
Ces moments de grâce créative auquel j'accède peuvent être assimilés à des états de conscience décalée, là où Samantha pense atteindre un niveau de conscience concentrée. Elle utilise des artefacts pour l'aider à focaliser les énergies. Par exemple une pierre dans le creux de sa main. Samantha guérit, et plutôt bien, d'après la réputation qu'elle s'est taillée auprès de confrères psychologues et des médecins nombreux qui lui envoient des cas difficiles. Elle ne fait pas de miracle, elle les aide à se guérir par la démarche qu'ils font sur eux-mêmes, par eux-mêmes. Sans analyses longues et coûteuses. Généralement, quelques séances lui suffisent à extirper le problème caché, ou ses solutions.
J'ai amorcé auprès d'elle un travail d'ethnologue. Mon approche n'est pas zététicienne, le but n'est certainement pas de démonter ses mécanismes et de démontrer à tout prix qu'il y a supercherie. Cela n'est pas mon style de chercher à démolir les gens. Il m'intéresse davantage de chercher à les comprendre, surtout lorsqu'ils sont passionnants. Le sentiment que j'éprouve pour elle m'aveugle peut-être, mais à court terme. Un mensonge, un trucage ou même un simple égarement des sens ou de la raison suffirait à briser le charme. Mon but n'est pas de la posséder, mais de partager mon intimité avec quelqu'un que j'apprécie à sa juste valeur.
Je ne veux pas davantage être chamane à la place de la chamane, je veux juste dialoguer d'égal à égal avec elle. Mon ego me souffle qu'il n'y a d'intérêt qu'en restant moi-même, ouvert à son expérience, mais sans renier la mienne. Mon vécu, mon savoir ne sont pas nuls et peuvent lui apporter un éclairage différent. Je suis à ce stade davantage en quête d'une réponse à mes questions, qu'elle d'une simple confirmation de sa conviction, forgée de nombreuses expériences et recherches qui l'ont menée du Tibet aux Philippines en passant par les mouroirs des hôpitaux.
Il existe un savoir millénaire sur la question, bien documenté. Sans être théologien, j'en ai assez lu pour savoir que les religions ne me parlent guère. Leur discours ne correspond pas à ma perception d e la réalité. En revanche, face aux savoirs magiques que j'ai pu croiser ici ou là, notamment chez les peuples indigènes, j'hésite entre le scepticisme et la peur du « si c'était vrai? »
Aujourd'hui, à 54 ans, j'éprouve le besoin de creuser ce sillon mystique. L'énorme différence entre la magie et la religion, même si les religions, parfois se mêlent de magie, c'est que les religions évacuent en principe toutes les manifestations surnaturelles de notre vie quotidienne pour les repousser après la mort.
C'est pratique et parfaitement invérifiable, puisque personne n'en revient. La magie joue un jeu nettement plus risqué, à tout point de vue, en leur accordant une place ici et maintenant. Une place ténue, souvent dissimulée, mais vérifiable...Ou démystifiable! Il existe des phénomènes que la science ne parvient pas à expliquer, ni à reproduire. Leur caractère aléatoire est source de problèmes et stimule l'intérêt du public pour ceux qui prétendent pouvoir les convoquer.
Au moyen-âge, Samantha et ses copies auraient finies sur le bûcher. Ce sont de gentilles sorcières, mais de vraies sorcières. Je suis athée depuis ma plus tendre enfance, par tradition familiale et j'y adhère entièrement. Mais en même temps, je pense que la solution optimale n'est jamais dans les extrêmes ou les positions trop tranchées. Même si je l'oublie quand je m'énerve, ce qui m'arrive rarement.
J'ai constaté qu'en politique, la voie de la sagesse consiste à picorer ce qu'il y a de mieux, où qu'on puisse le trouver. Pourquoi n'en irait-il pas de même dans un domaine où la foi et les certitudes apprises jouent un rôle tout aussi important. Je choisis donc en toute connaissance de cause de m'ouvrir à l'expérience d'autrui, en l'occurrence celle de Samantha et ses copines. La possibilité que nos droites, pour l'heure parallèles, s'infléchissent un jour vers un point G commun n'est pas à exclure. En physique quantique, tout est possible et rien ne pourrait me faire davantage plaisir. Mais ce sera le sujet d'un autre livre.
J'ai souvent pensé en mon for intérieur que mes actes ou les circonstances me concernant n'étaient pas le fait du hasard et que le sort me guidait. En bien ou en mal d'ailleurs, mais plutôt en bien car je considère avoir eu plutôt de la chance sur les 50 premières années de ma vie. Pas une réussite éclatante, non mais tout de même de jolis succès, une indépendance sans prix et plusieurs coups de théâtre survenus plus qu'à point.
Bien sûr, je n'y croyais pas vraiment, c'était plutôt une sorte de superstition amusante et secrète, mais plus d'une fois j'ai agi ou non en acceptant le sort. Qui prit un jour plus précis à la mort de mon père, pour mes 30 ans. J'avais comme une sorte d'intuition qu'il veillait sur moi. Cette chance presque insolente et cette confiance en ma bonne étoile m'ont peut-être joué de mauvais tours. J'ai tendance à me complaire dans la facilité, à me reposer trop entièrement sur mon instinct et mon impulsivité.
Je n'ai jamais fait de plan de carrière et les stratégies à long terme, assorties d'objectifs précis, ne sont pas mon truc. Hors c'est ainsi que se gagnent les guerres, au moins autant qu'à la fougue impétueuse, tout juste bonne à emporter quelques batailles. De fait j'avais quelques victoires à mon actif, mais en vrai guérillero, sans base arrière, ni terrain véritablement conquis.
Lorsque le sort s'est retourné, pour mes 50 ans, et durant les quatre années qui suivirent, mes réserves furent vite épuisées. C'est le temps que j'ai mis à rédiger ces livres. Si l'on part du point de vue que c'était écrit, le fait que le succès soit au rendez-vous de mon vivant ou non n'est pas très important. Il fallait que ces choses soient.
Penser ainsi, c'est aller au-delà d'une simple chance ou malchance, c'est se sentir investi d'une mission. C'est totalement mégalo, même si je ne prétends pas sauver l'humanité, tout au plus l'aider à progresser. C'est aussi répondre à la fameuse question à laquelle sont censées répondre toutes les religions: pourquoi sommes nous là. Question à laquelle, en tant qu'athée, je suis censé répondre: « pour rien! »
Comment peut-on être athée et croire à sa bonne étoile ? Ou pire, à l'intervention de personnes disparues ? Ou encore à la prédestination ? La réponse est simple: on n'y croit pas. Je n'y crois pas. Je l'envisage comme une possibilité. Mais j'envisage aussi d'autres possibilités. Notamment le fait que certaines parties non rationnelles de mon cerveau influencent ma réflexion en lui soufflant des intuitions par exemple. Voire que certaines vibrations, à un niveau quantique ou autre, puissent agir sur l'environnement végétal ou animal, ou être influencées par elles, transmettant ainsi des messages de mon être vers l'extérieur et réciproquement.
Les religions apportent une réponse à ces questions, mais une réponse qui n'est pas satisfaisante. Elles posent une chape de plomb sur les phénomènes paranormaux, aussi épaisse que les sciences qui peu à peu s'en approchent. L'explication divine est à mes yeux à la fois trop simple et peu probante, tout en prétendant exclure, le cas échéant violemment, toutes les autres.
Les techniques de méditation appliquées au développement personnel sont généralement passionnantes. Elles méritent de trouver une place prépondérante aussi bien dans l'enseignement général que dans la société. Ne serait-ce que par la connaissance intime qu'elles permettent d'acquérir de son propre corps et la maîtrise de celui-ci. Il y a de plus en plus de gens qui les pratiquent. Ce qu'une récente étude sur les croyances a mis en évidence: en Suisse un tiers des adultes s'intéressent à ce que l'étude présentait comme un substitut à la religion.
Un parti politique, dit « intégral » est même en voie de création, qui entend utiliser les méthodes de méditation collective et la spiritualité pour engendrer une politique plus juste et plus éthique. En contrôlant notamment l'ego des politiciens. Qui fait il est vrai de nombreux dégâts. C'est donc une excellente chose, à priori, même si les gens étant ce qu'ils sont, il ne suffit pas de vouloir le bien pour que le bien arrive...
Cela n'empêche pas d'avoir envie d'essayer, et je m'y suis intéressé, mais très vite, j'ai buté sur les manifestations collectives, un peu naïves à mes yeux, genre chants et danses qui accompagnent ce genre d'assemblée. Faire ômm en choeur pour synchroniser les énergies est considéré comme un must par la plupart des personnes qui méditent. Voire même comme le sommet ou le but de l'opération.
Cela permet de renforcer les liens sociaux distendus par la société occidentale. Même si certains reconnaissent en privé qu'ils préfèrent une démarche de méditation plus personnelle, ils participent, pour ne pas s'isoler du groupe. Moi, ces moments de communion béate me laissent froid, ou même me déplaisent. C'est évidemment le signe de ma non intégration au groupe. Pourtant, moi aussi, je veux de l'amour, mais pas l'amour de n'importe qui. Sans doute suis-je hautain.
L'affection ou même l'admiration de personnes pour lesquelles j'éprouve un a priori condescendant me gêne plus qu'autre chose. C'est le fruit d'un mélange de timidité et de sentiment élitaire. Je n'aime pas avoir l'air ridicule, et pas davantage communier au ras des pâquerettes. Ce qui devient vite le cas lorsqu'une assemblée est ouverte à tous. Non pas la communion en tant que telle (n'y accédant pas, je ne peux avoir qu'un jugement extérieur, parcellaire) mais la qualité même des participants.
C'est, je le sais, un concentré d'à priori stupides, mais je ne suis pas certain de pouvoir ou vouloir m'en défaire. Au même titre que je me pense incapable de rentrer en transe sur un rythme simplement répétitif, tandis que le swing d'un compas direct haïtien qui tourne en hélice autour du tempo me ravit et m'emporte.
Si l'on ne recherche que de la chaleur humaine, on peut certainement la trouver et de grande qualité, dans ces assemblée, quelles que soient les ressources intellectuelles des participants. Je conçois aisément que cette chaleur tribale soit agréable et même salutaire. Je l'ai suffisamment approchée, dans des villages de la jungle ou de la savane pour comprendre combien elle peut apporter de cohésion au groupe et de soutien à chacun. Je l'ai retrouvée dans des concerts de rock, ou dans des partis politiques, qui sont aussi en bonne partie, un phénomène de bande.
La spiritualité que véhicule habituellement la méditation, au confluent du bouddhisme et de l'hypothèse Gaïa, vaut largement toutes les autres. Elle est même à mon avis plus moderne, d'où son succès, sur le plan de la compatibilité scientifique et de l'ouverture d'esprit. Il me semble toutefois qu'elle peut devenir dangereuse, comme toute forme de pensée, si elle se laisser aller à l'absolutisme... Qui concentre en lui tous les mauvais côtés de l'ego. Le relativisme est malheureusement contraire d'une certaine manière à la spiritualité, qui reste en quête d'absolu. Pour l'heure je reste en attente d'une spiritualité relative. Plus qu'agnostique, questionnante.
Selon Wikipedia, l'ego est tantôt
considéré comme le fondement de la personnalité (notamment en psychologie) ou
comme une entrave à notre développement personnel (notamment en
spiritualité)." Amusant que quelque chose qui ne soit pas matérialisé
puisse avoir une influence aussi prépondérante... et contradictoire.
Personnellement, j'aurais tendance à penser qu'il est les deux à la fois. Ce
que certaines pratiques de développement personnel concrétisent en le
dissociant. Il y aurait un ego négatif et une conscience positive.
On atteindrait la deuxième en chassant le premier. Ce n'est pas forcément faux
mais cela reste trop simple. Certes la conscience du monde qui nous entoure et
dons nous faisons partie est nécessaire à l'acceptation de règles morales
nécessaires à la vie collective. Si l'on ne pense qu'à soi, on se coupe du
monde et c'est dommage. Mais en même temps, c'est ce qui nous fait exister. Ego
cogito ergo sum.
Si le but est uniquement la communion avec le Grand Tout dans la
soupe quantique universelle, autant rester mousse ou lichen... L'ego nous rend
humains. C'est un très puissant moteur. Capable de nous entraîner dans les pires situations,
mais aussi de nous en sortir. Dans un échange sur ce sujet, un commentateur de mon blog m'écrivait
: « Dans tous les cas, commencer par la formule socratique
"connais-toi toi-même" est le meilleur remède contre toutes les
illusions et les désillusions. Et aussi contre les chagrins d'amour ou autre.
Trop peu de gens se connaissent eux-mêmes. A qui la faute? Si faute il y a...
On vit aussi dans un monde où tout va trop vite, où le stress détruit beaucoup
de choses, la santé d'abord, le bonheur ensuite tout simplement ».
En vérité, la connaissance de soi, et les techniques existant pour y aider devraient être enseignées dès l'école primaire. Pour aider
les enfants à rechercher et atteindre la sérénité. Qui permet de prendre les
choses avec un recul bienvenu et du détachement, d'apaiser les tensions.
Mais en même temps, il ne faut pas nier l'ego. Les sociétés basées sur la méditation, la prière et le renoncement, ou le détachement des choses de ce monde, seraient restées des sociétés figées sans l'apport occidental. Je pense au Tibet, au Monde arabe ou à l'hindouisme. Certes durables dans leur rapport à la nature, mais peu évolutives et sans grand dynamisme. Le bonheur est-il dans le pré d'à côté, ou dans le sien propre ?
Savoir ce contenter de ce que l'on a est une grande sagesse. Mais
chercher à savoir ce qu'il peut y avoir ailleurs me paraît tout aussi digne et
caractéristique du genre humain. Ne pas se contenter uniquement d'occuper sa
niche, écologique mais chercher à en dénicher d'autres.
Les personnes sages – et très écologiques - qui ont choisi de se
contenter de ce qu'elles ont dans ce monde matériel sont en réalité dévorées
par le même mal de la découverte que les autres. Simplement, au lieu d'explorer
le monde matériel et d'en croquer les pommes, elles préfèrent l'exploration du
monde immatériel par les voies de la spiritualité. La
finalité mystique de bien des méditants réside en l'espoir d'accéder à la
communion avec ce que l'on a bien du mal à nommer.
Du point de vue du développement durable, cette démarche est très certainement
pertinente, puisque bien moins polluante que la course au progrès
technologique. Dans quelle mesure peut-elle déboucher sur autre chose que du
virtuel, c'est l'une des grandes questions. Les voies de l'esprit
permettent-elles par exemple de maîtriser la maladie, au moins en partie ?
C'est l'une des grandes pistes d'exploration qui pourrait permettre au monde de l'esprit d'avoir des retombées pratiques dans notre monde réel. L'effet placebo en est l'exemple le plus grossier: il est évident que l'on peut influer sur notre état physique par notre mental.
En même temps, il ne faut pas perdre de vue que dans toutes les sociétés ne pratiquant que la médecine de l'esprit et le savoir-faire des guérisseurs, l'espérance de vie est deux fois et demie moins élevée qu'avec la médecine occidentale.
Même les médecins chinois le reconnaissent: leurs pratiques sont efficaces pour ce qu'ils appellent les viscères, ce qui inclut les organes, mais pour un certain nombre de problèmes mécaniques ou nécessitant la chirurgie, la médecine occidentale est meilleure.
Il n'en reste pas moins que la médecine occidentale est impuissante ou peu efficace dans certains cas qui seront mieux traités par la médecine alternative.
La pratique des « promoteurs de santé » de la jungle équatorienne est à cet égard exemplaire. Développé conjointement par des ethnologues et des médecins, financé par la Croix-Rouge Suisse, le projet consiste à utiliser les techniques traditionnelles ou modernes, selon le type d'affection rencontrée. Chaque promoteur ou promotrice, en charge d'une communauté amérindienne isolée dans une jungle immense est à la base soit guérisseur, soit infirmier ou sage-femme et on lui enseigne les rudiments de la technique qu'il ne connaît pas. Le but est qu'il puisse appliquer ensuite ce qui lui semblera le mieux adapté à chaque cas.
L'idée est d'ailleurs largement inspirée par la manière dont les indigènes waorani considèrent la maladie qui pour eux est avant tout un mauvais sort. Il y a les maladies de la forêt, engendrées par les esprits des plantes et des animaux, qui peuvent guérir en utilisant les remèdes de la forêt: plantes médicamenteuses, etc... Puis il y a les maladies causées par un mauvais sort, jeté par un sorcier, que seul un contre sort, lancé par un sorcier plus puissant (ou par plusieurs sorciers assemblés) peut guérir. Enfin, il y a les maladies des blancs, qui sont graves et mortelles, et que seuls les blancs peuvent guérir.
Les deux principaux inconvénients de la médecine occidentale résident dans son coût et dans les effets secondaires de ses médicaments. Qui s'accompagnent d'un troisième: la tendance à traiter les symptômes plutôt que les causes et à vouloir médicaliser des problèmes qui tiennent davantage de l'hygiène de vie. Le très juteux business des médicaments et leur évidente efficacité laisse de côté l'impact désastreux de certains effets secondaires, là où des thérapies plus douces ou préventives pourraient parfois suffire. Parfois mais pas toujours.
La première divergence survient au diagnostic. Les méthodes d'interrogatoire du corps et de l'esprit pratiquées par les médecines alternatives peuvent surprendre. Il s'agit littéralement de faire parler le corps (et/ou l'inconscient), afin qu'il avoue non seulement ses bobos mais aussi leurs causes. Le feeling de l'enquêteur est évidement essentiel, comme pour un bon toubib qui sait d'abord poser le bon diagnostic. Cela induit forcément une part d'intuition et de connaissances empiriques, qui dans certains cas peut ressembler à de la magie... Ou de l'arnaque!
Andrea est un graphiste et peintre de talent. 30 ans qu'on est potes. Il s'ennuyait un peu, un jour en Sierra Leone, avant que l'ambiance n'y soit plombée par la guerre civile. Il voit passer un jeune type en moto de cross. Un mode de locomotion dont il était passionné, malheureusement rarissime à Monrovia. Il se renseigne et le lendemain se pointe devant la résidence du consul de Suède, dont le fils était, d'après ses informations, l'heureux propriétaire de l'Enduro.
Andrea est reçu par le consul en personne, qui n'était pas enseveli sous le boulot, et il lui explique son affaire: serait-il possible de louer la moto du fiston deux ou trois jours pour aller découvrir le pays. Le consul alors va prendre un trousseau de clefs sur son bureau et les lui tend: « Je vous la donne. Mon fils est à l'hôpital depuis hier, je ne veux plus jamais entendre parler de cet engin ». Andrea refuse évidemment le cadeau, mais l'accepte en prêt, avec moult remerciements, pour trois jours.
Dès le lendemain, Andrea prend la piste, et roule plusieurs heures, avant de s'arrêter exténué dans un petit village où il se désaltère à l'ombre de l'arbre à palabres. Là, un énorme villageois s'approche de lui le doigt tendu en clamant: « You suffer back » « I can do something for you ».
De fait, Andrea souffre d'un mal de dos persistant, depuis plusieurs années, que les médecins genevois ne parviennent pas à traiter. Songeant que l'homme l'a peut-être repéré à sa démarche, ou à sa posture, il se dit que le guérisseur doit être plutôt bon et il accepte de le suivre dans sa case aux secrets, un antre empli d'objets aussi étranges qu'inquiétants. Prudent, Andrea demande combien cela va coûter, mais l'autre refuse, visiblement paniqué : « No Money, No Money, hurle-t-il avec de grands gestes avant d'expliquer dans un anglais rudimentaire que l'argent ne doit surtout pas intervenir dans l'affaire ».
A sa demande, Andrea se met torse nu et l'autre se met à lui palper l'épaule, à lui faire une sorte de massage, au point qu'Andrea commencerait presque à s'inquiéter... Quand tout à coup, il sent une piqûre violente sous l'omoplate. Le guérisseur lui a planté dans l'épaule une épine d'acacia de plusieurs centimètres. Instantanément, Andréa se dit « merde l'infection ». Le guérisseur fait encore quelques passes, enlève l'aiguille et laisse Andréa se rhabiller, puis partir.
Au bout d'un quart d'heure, Andréa se sent nettement mieux et le soir il n'a carrément plus mal au dos du tout. Mais il est toujours inquiet des risques d'infection... qui ne se produira jamais. En revanche, peu à peu, au fil des mois, puis des années, le mal de dos est revenu. Sauf qu'il n'est plus du tout au même endroit. De l'épaule il est descendu jusqu'au niveau des lombaires, au bas du dos. Peut-être n'a-t-il rien à voir avec le premier.
Andréa s'est quelque fois demandé s'il ne vaudrait pas la peine de retourner voir son guérisseur africain. Mais en plus du fait que le gars a bien des chances de ne plus être de ce monde, il ne se souvient même plus du nom du village...
Le reiki n'est que l'une des innombrables pratiques de méditation soignante existant de par le monde, souvent d'inspiration shamanique en Asie comme en Amérique. Ce qui confirme au passage l'origine asiatique des peuples amérindiens. Japonais, codifié au début du XXème siècle, le reiki n'échappe pas à la règle, en passant toutefois par le bouddhisme. Les disciples du maître originel ont essaimé en plusieurs chapelles, mais le principe de base reste la guérison par imposition des mains. Et ça marche. Les cas de guérison sont assez nombreux pour expliquer le succès croissant de la démarche.
Les maîtres reiki sont très attentifs à ne pas prétendre se substituer aux thérapies conventionnelles, notamment dans les cas de cancer ou de maladies graves. Ils vivent officiellement leur pratique comme un complément. Officieusement, ils pensent parfois faire davantage. Mais comme toutes ces pratiques, le reiki impose un préalable impératif, c'est d'y croire.
Si l'on considère l'action de la méditation ou des énergies naturelles comme une force quelconque qui agit en nous et par nous (le fameux effet placebo, mais aussi la faculté des étoiles de mer ou des lézards de reconstituer leurs membres amputés), il est évident que le fait d'y croire permet à l'esprit de s'investir plus fortement.
L'esprit quel qu'il soit d'ailleurs, le nôtre ou l'esprit saint, quelle que soit sa forme s'il existe. L'expérience d'un shaman iakoute recueillie par des ethnologues soviétiques est à cet égard fascinante. Choisi enfant par les vieux pour être initié, ceux-ci lui apprennent toutes les techniques et les trucs pour guérir. Par exemple de cacher dans la bouche une plume chargée de sang pour faire semblant de la sortir du corps du malade... Une pratique que l'on retrouve aux Philippines. Le problème c'est que ça marche et qu'il guérit, ce qui lui pose plein de problèmes métaphysiques...
Mon ami quant à lui s'est guéri d'un cancer du fumeur à un stade avancé, dont il porte encore les stigmates. D'autant qu'il continue de fumer comme un pompier, se battant même becs et ongles en politique contre les interdictions de fumer.
Je ne le suivrai pas sur ce terrain, mais je le crois lorsqu'il me raconte être intervenu, à Paris, à la demande d'une amie médecin, désespérée de voir son compagnon cloué sur un lit d'hôpital, livré à l'impuissance des ses confrères, qui avaient déposé les armes. Le pauvre gars souffrait d'une affection, semble-t-il virale, qui s'attaque aux gaines isolantes des neurones, déclenchant un court-circuit général dans l'organisme.
Le gars mourait à petit feu, sans plus pouvoir bouger une oreille. Il ne pouvait plus que cligner un oeil. Mon ami, sans y croire, mais tout en y croyant, l'a vu et le gars, les jours suivant, a commencé à bouger. Ils se sont revus deux autres fois en un mois... A l'issue duquel le gars se levait de son lit. Depuis, il gambade comme si de rien n'était et le virus n'est plus qu'un lointain souvenir.
Cela peut être une coïncidence, si le virus était en voie d'être vaincu. Où l'énergie convoquée par mon ami a-t-elle fait son oeuvre ? A moins que ce ne soit le simple fait d'y croire, au bord du gouffre, qui a sauvé le pauvre gars. Plutôt que de « lâcher prise », il s'agirait plutôt de parler dans un tel cas de s'accrocher fermement à la bouée de la dernière chance...
Durant le « terrain » que je fis en Martinique pour mon mémoire d'ethnologie j'ai pu assister à plusieurs cérémonies du Bon dieu coolie. J'étudiais l'assimilation de la communauté d'origine tamoule et la manière dont elle s'intégrait à la culture antillaise en lui offrant certains traits culturels. Comme le Bon dieu coolie, syncrétisme religieux mêlant Jésus-Christ à l'hindouisme du sud, dont je décortiquais les rites et les mécanismes financiers.
La dernière cérémonie à laquelle j'assistais avait pour officiant M. Tangamen, le plus respecté et le plus ancien prêtre du Bon dieu coolie de l'île. La facture était réglée par un riche commerçant dont le grand fils souffrait d’un ulcère à l’estomac. La fête avait été magnifique, le banquet pantagruélique et sur le coup de 23 heures, on vint nous avertir que le malade se sentait très mal. Il avait sans doute abusé de la bonne chère, malgré son mal et n’en menait pas large.
La moitié des fêtards s’agglutinait dans la chambre du malade où la température devait avoisiner les 50° et le taux de gaz carbonique ressembler à celui d'un tunnel routier à la ventilation en panne. M. Tangamen prit les choses en main. Il fit vider les lieux, à l’exception du malade, de lui, de moi et de la quimboiseuse, la guérisseuse d’origine africaine. Celle-ci s’empressa de confectionner un remède vaudou à base de compresses d’eau de Cologne, de bois bandé et de deux ou trois autres substances mystérieuses, tandis que M. Tangamen récitait des litanies en tamoul. Le malade, lui, gémissait, fiévreux. Dans les paroles de M. Tangamen comme dans celles de la quimboiseuse, le nom du Christ revenait régulièrement.
Je trouvais cet œcuménisme fort sympathique et très enrichissant pour mon étude, mais je m’inquiétais de la santé du pauvre bougre. Mon mémoire ne valait certainement pas la mort d’un homme et je n’avais qu’une confiance très limitée dans leurs remèdes. Après avoir tourné sept fois ma langue dans ma bouche, je me hasardais à suggérer très poliment à M. Tangamen l’idée que la présence d’un médecin pourrait s’avérer souhaitable.
Le vieux prêtre sorcier me rassura immédiatement : le malade se faisait opérer le lendemain matin. En fait, il était hospitalisé depuis un moment pour des crises similaires et le chirurgien, parfaitement au courant de la cérémonie, l’avait laissé sortir. Le praticien pensait sans doute que cela ne pouvait que le mettre en bonne condition pour l’opération, puisqu’il allait se savoir protégé des dieux. Il avait peut-être juste un peu négligé les à côtés rabelaisiens de la cérémonie...
Après avoir fait plusieurs films sur le secret, la pratique des coupeurs de feu du Jura et des vallées alpines, mais aussi sur les guérisseurs amérindiens, il me paraît évident qu'on retrouve toujours quelques pratiques de base. Le refus de l'argent ou du remerciement par exemple, chez les purs et chez les paranos. Certains pourtant se font payer, qui ne sont pas forcément les moins efficaces. Dans le Canton de Fribourg, l'un d'eux est une véritable star.
Un bon type bourru, paysan dans le civil que l'on vient voir de toute la Suisse, y compris des célébrités, du sport notamment. Il a parmi ses clients des équipes entières, entraîneurs compris, de joueurs de hockey et de football professionnelles, dont il soigne les bobos et les met en condition. Il reçoit plusieurs centaines de clients par jour, à un rythme insensé. 20 ou 30 personnes à la fois, tandis que d'autres patientent en salle d'attente.
Il les fait asseoir sur des chaises le long des murs, avec suffisamment d'espace pour qu'il puisse passer derrière eux. Il leur accorde quelques secondes à chacun, pose deux ou trois questions, leur impose les mains, tressaute et les fait tressaillir, puis passe au suivant ou à la suivante. Les gens disent ressentir une grande chaleur et souvent, se sentir mieux après. Le bouche à oreille étant sa principale source de publicité, en dehors de quelques articles ou émissions de télé, on peut supposer qu'il exerce un effet bénéfique, car ses salons, qui sont en fait plutôt des granges à peine aménagées, ne désemplissent pas.
Chacun donne ce qu'il veut. Le minimum que nous avons constaté durant notre tournage était de 20 Francs Suisses, parfois nettement plus. Au bout du compte, il avait empoché plusieurs milliers de Francs Suisses dans la journée. Une dizaine de journées comme celle là par mois lui rapporte dans les 20 ou 30 000 euros chaque mois.
Bravache, Il a poussé le goût de la provocation jusqu'à nous livrer « le secret » contre les brûlures, du moins le sien, car chaque « coupeur de feu » a le sien, transmis de génération en génération.
Nous avions diffusé la formule, en déroulant sur le générique fin de notre film. Il s'agissait d'une prière, aux incantations magiques, mais invoquant Jésus-Christ. Ce qui est assez piquant lorsqu'on sait que ces pratiques ont des origines druidiques largement préchrétiennes. Lors du processus de conversion, aux débuts du Moyen-âge, l'église catholique avait souvent utilisé les croyances locales en les intégrant, pour asseoir plus rapidement son pouvoir.
Elle fit de même plus tard en Afrique noire et en Amérique latine où les syncrétismes sont aussi nombreux que les sources miraculeuses, reprises des traditions locales. Les protestants sont plus rigoristes. Il est frappant de constater qu'en Suisse, les coupeurs de feu ne subsistent que dans les cantons catholiques, le protestantisme ayant eu son lot de chasses aux sorcières. C'est clairement l'aspect surnaturel de la chose qui faisait peur, car tous les coupeurs de feu que nous avons pu approcher se contentent de soigner et si magie il y a elle est clairement positive.
Il arrive fréquemment que ceux qui pratiquent le secret finissent par concentrer en eux des énergies que l'on pourrait appeler négatives. Comme s'ils absorbaient les « mauvaises vibrations » de leurs malades, ou comme si leur propre énergie vitale se consumait à petit feu à soulager les autres. En tout cas nombreux sont ceux qui, après avoir soigné toute leur vie, soudain lâchent la rampe et tombent rapidement en décrépitude. Comme s'ils avaient trop pris sur eux. A noter qu'une fois qu'un guérisseur, sentant sa fin prochaine, transmet le don, il ne peut plus l'utiliser.
En Suisse Romande, tout le monde y croit plus ou moins, et tous les services des urgences des hôpitaux affichent un ou deux numéros de téléphones de « coupeurs de feu de la région » pour les brûlés qui débarquent. Avec des arguments qui vont du « ça les calme et ça ne leur fait pas de mal » à, off the record: « J'ai vu plusieurs guérisons inexplicables ». Même les anesthésistes utilisent aujourd'hui l'hypnose, voire l'autohypnose pour aider les patients à changer leur pansement sans douleur par exemple.
Normalement, le coupeur de feu ne doit pas se faire payer, ne doit même pas être remercié. Je dois dire avoir été nettement plus impressionné par certains de ces coupeurs de feu de village, travaillant discrètement et gracieusement, mais avec une efficacité que nous avons pu constater, que par notre ami le guérisseur industriel fribourgeois. Mais je dois dire que nous n'avons mené aucune enquête sérieuse, chiffrée, sur leur efficacité réelle respective.
Mon caméraman en tout cas a été soulagé d'un eczéma récurrent au mollet. Si chaque « faiseur de secrets » a ses secrets propres, il en existe traditionnellement pour quatre types d'affections: les brûlures, les verrues, les eczémas et les entorses. Dans ce dernier cas on pourrait penser qu'il s'agit d'un travail de rebouteux, mais pas forcément. Nous avons vu arriver sans prévenir un industriel jurassien, patron d'une usine de pièces pour Swatch dans le Jura et d'une autre à HongKong, dans une BMW M5 dernier cri...
Il s'était fait très mal à l'épaule durant le week-end en sautant une barrière à vaches lors d'une promenade avec ses enfants. Le coupeur de feu, très réputé et décédé depuis, ne l'a pas manipulé. Il lui a touché l'épaule l'a examiné... et le gars, entré avec le bras en écharpe et très douloureux, est ressorti une demi-heure plus tard en faisant des moulinets, l'air ébahi.
Au cours des deux films que nous avons consacrés aux coupeurs de feu, nous avons vu de nombreux cas du même ordre. Certains impliquant des animaux, notamment pour les entorses ou certaines pelades, que les coupeurs de feu de ces montagnes soignent efficacement. Des bébés en bas âge et même des guérisons à distance, sans que le patient soit prévenu. Nous ne l'avons pas constaté directement, mais c'est le patient, un jeune ingénieur qui nous l'a raconté.
Alors qu'il était aux Etats-Unis, le motel où il dormait a pris feu. Il est parvenu à s'échapper, pieds nus, par l'escalier de secours extérieur, mais non sans marcher sur fer chauffé à blanc ou des braises. Toujours est-il qu'il avait la plante des pieds brûlée au 3ème degré. Le lendemain il a appelé ses parents dans le Jura, depuis son Hôpital aux Etats-Unis. Les toubibs lui donnaient un mois avant de commencer à remarcher. Ses parents, sans le lui dire ont téléphoné au coupeur de feu du village. Trois jours, après à la stupéfaction des toubibs étasuniens, le gars sortait de l'hôpital sur ses jambes.
A la suite de mon film Ashakara qui narrait la mise au point d'un médicament par un médecin africain à partir d'un remède traditionnel, j'ai été contacté par un groupe de médecins et de pharmacologues de haut niveau. Par exemple l'ancien patron de la recherche sur le cancer de Novartis. Ils veulent étudier, scientifiquement, les remèdes proposés par la pharmacopée africaine, notamment contre le SIDA.
Ils veulent le faire non pas pour se les approprier ou les mettre à disposition des trusts européens, mais bien pour les faire produire en Afrique, par des Africains pour les Africains. Et le cas échéant, les vendre au-delà, ce qui ferait un apport de devises bienvenu pour l'Afrique. J'ai personnellement trouvé le projet fantastique et promis mon aide, dans la faible mesure de mes moyens.
Appliquer la méthode du double aveugle, isoler précisément la molécule active, et en bref écarter toute suspicion de charlatanisme me paraissait une excellente idée. Une amie médecin naturopathe, assez remontée contre ses confrères plus classiques était cependant d'un tout autre avis. « C'est faire abstraction de toute la personnalité du soignant, de son accompagnement, de ses ondes à la limite... »
Elle a raison et elle a tort. Les données dont elles parlent sont certes essentielles dans une étude d'ethnopsychologie sur les tradipraticiens, mais leur efficacité contre les virus HIV reste relative. Sinon le taux de mortalité du au SIDA ne serait pas ce qu'il est en Afrique, où chaque village à son sorcier! Et si seuls quelques uns ont le vrai don (pour autant effectivement qu'il puisse être efficace contre le SIDA), ils ne pourraient de loin pas soigner tous les malades du continent.
Donc il faut bien en passer par les médecines classiques, et tant mieux si l'ancestrale pharmacopée africaine permet de gagner du temps et de l'argent
Pourquoi les femmes sont-elles si fréquemment des sorcières ? Certes, il existe aussi des sorciers, mais dans nos sociétés occidentales, les femmes sont très largement majoritaires, parmi les devins et guérisseurs de tous poils. Ma sorcière bien-aimée, appelons-là Samantha pour simplifier, a une explication à cela.
La beauté et l'intelligence étaient source de problèmes potentiels pour une femme dans les sociétés patriarcales du moyen âge et de la Renaissance. La faculté des femmes à s'intérioriser, inculquée dès l'enfance, a fait le reste. Du « Vas-y pleure, ça soulage », aux règles périodiques qu'il s'agit d'endurer, les femmes cultivent beaucoup plus que les hommes la connaissance de soi, de leur corps vu de l'intérieur.
Une connaissance de l'intérieur, développée au travers de la méditation, qui est à la base de la spiritualité, telle que la pratique Sam. « Le but, explique-t-elle, est d'entrer en relation avec ce que nous avons en nous et ce qui nous entoure ». Cependant, si certaines de ces sorcières développent de véritables réseaux d'amitiés à l'échelle européenne, les différentes techniques utilisées dessinent autant de clans tissés de rivalités plus ou moins sourdes.
La divination, les diseuses de bonne aventure, l'astrologie sont des pratiques jugées indignes par celles qui disent communiquer avec les anges ou les êtres de lumière. Les astrologues spécialisés dans l'astrologie psychologique qui travaillent sur ordinateur et utilisent une science qui ne fit longtemps avec l'astronomie, prennent volontiers les canaliseuses d'anges pour de douces dingues...
Le fait que personne ne puisse vraiment se parer du prestige d'une science exacte et reconnue ne fait qu'ajouter à la confusion.
Mon bien le plus précieux, ce sont mes moments de clairvoyance lucide, dans le silence de mon lit, au petit matin, lorsque je me réveille et que mon esprit vagabonde ou plutôt se fixe avec un précision étonnante sur des concepts neufs ou des solutions aux problèmes de la veille. Tout a commencé dans ma baignoire, peu après la trentaine, donc peu après la mort de mon père, lorsque je devais prendre un long bain par jour dans une décoction goudronnée pour décaper mon psoriasis. C'est là, dans ces moments de décontraction forcée, que j'ai véritablement commencé à méditer à ma manière et à laisser mon intuition travailler en liberté.
Aujourd'hui, cela se passe clairement au réveil, en profitant de ces instants de calme où l'esprit reposé s'est vidé des soucis du quotidien d'hier et pas encore confronté à ceux d'aujourd'hui. J'aurais tendance à dire que ce qui parle en ces instants, c'est ce que je sens être mon moi profond. Si j'en crois Tolle, ce n'est pas l'ego, c'est même son contraire, mais à vrai dire, je n'en sais rien. Ce n'est pas moi, consciemment qui cherche à atteindre cet état, que par ailleurs j'adore, c'est lui qui s'impose à moi. Tout au plus m'arrive-t-il de m'endormir consciemment en espérant que j'aurai droit à ces moments de grâce au réveil.
En ces instants, j'ai l'esprit libre et vagabond ou plutôt déconnecté, sans but précis. Mais je suis alors centré et intuitif, tout entier présent, perceptif et clairvoyant. Tout ce qu'il y a de pensant en moi et peut-être même davantage (davantage que mon être pensant, et peut-être davantage que moi, je n'en sais rien) est alors intégralement concentré dans le concept ou la pensée qui s'élabore ou surgit en cet instant. S'élabore n'est pas le bon terme. Car il n'y a aucune recherche, aucun processus évolutif, c'est là tout d'un coup, parfois plusieurs idées s'enchaînant.
Généralement ce sont d'excellentes idées. Rien à voir avec ce genre de bêtises que je notais après avoir fumé du H, et qui une fois redescendu me paraissaient ineptes et stupides, ou incompréhensibles. Ces idées-là, j'ai pris aussi l'habitude de les noter, parce que souvent elles sont complexes et que sinon je les oublie. Les retrouver peut déclencher parfois un processus quasiment douloureux de quête en moi-même et dans ma mémoire, de plus en plus souvent vain, car avec l'âge mes facultés de concentration, ou en tout cas de mémorisation diminuent.
La question essentielle qui se pose, encore qu'à la limite inutile, puisque le message est, de toute manière, c'est celle de l'origine du message ? En suis-je le producteur inconscient ou vient-il d'ailleurs et alors d'où ? Lecteur athée, mon frère attend avec de fermer la page avec un mouvement d'humeur. De tous les athées avec qui j'ai parlé profondément, pas un qui ne se posait pas tout de même, des questions. Sur par exemple le moment ou des particules inertes, il y a quelques centaines de millions d'années, sont devenues vivantes.
Donc accompagne moi encore un instant. Je ne fais que m'interroger.
Si j'en suis le réceptacle, je ne suis pas le producteur conscient du message. J'en suis peut-être, vraisemblablement même, c'est ma première hypothèse, le producteur inconscient. Sorti du rêve, mais dans un état encore très proche du sommeil, cela se tient. Je préfère cette idée à celle d'une provenance extérieure, car je n'ai pas envie de passer pour fou ou de laisser penser que je me prends pour un prophète. C'est tout le contraire.
Cependant je ne sais pas ce qui est le plus mégalo, de penser que je suis seul auteur de toutes ces idées et considérations, dont quelques unes que je trouve immodestement géniales, ou d'imaginer une intervention extérieure. Non pas celle d'une quelconque puissance divine, mais celle de l'inconscient collectif. Une idée chère à ma Sorcière Bien-aimée, qui ne met pas dans ce vocable ce qu'y mettait mon père.
Pour lui, c'était en gros l'opinion publique, la somme informelle de ce que pensent les gens, en matière de morale, de moeurs ou de politique et qui contribue à les faire agir dans la vie quotidienne. Une réalité perceptible à travers les médias notamment qui s'en font volontiers les porte-parole.
Pour Samantha, l'inconscient collectif est autre chose. Une sorte d'esprit virtuel assez indistinct, auquel nous sommes tous reliés par le truchement de notre inconscient individuel. L'idée est intéressante et à mon avis mérite d'être creusée. Pas seulement parce que j'aime Samantha, mais pour les perspectives géniales qu'elle offre.
Parvenir à entrer en communion avec l'inconscient collectif – s'il existe - me parle davantage que l'intervention d'un être divin, quel qu'il soit. En plus du fait qu'elle ne parle pas d'un prophète élu, mais de la possibilité pour chacun de se connecter.
Si l'inconscient collectif existe, il va de soi qu'il se nourrit de nos expériences individuelles et donc de nos inconscients à chacun. Si l'on admet – il est à mon avis difficile de faire autrement – l'existence de phénomènes encore inexpliqués et donc probablement de quelque chose, que l'on se contentera d'appeler « ondes » ou « énergie » à ce stade... et qui permettent la communication... Il faut aussi admettre que ces ondes ou cette énergie circulent dans les deux sens.
L'exemple du papillon de Samantha est à cet égard exemplaire. Lors d'un stage de méditation en famille, Tabatha, la fille de Sam, encore enfant, avait fait la connaissance d'une jeune femme rayonnante, avec laquelle elle s'était liée d'une profonde amitié, à laquelle s'était jointe Sam par la suite. Quelques années plus tard, Sam la considérait comme sa meilleure amie, lorsqu'elle fut victime d'une attaque cérébrale qui la laissa dans le coma, au CHUV à Lausanne, durant de longues semaines et finalement des mois.
Sam souhaitait la visiter, mais la famille avait réservé les visites... à la famille. Finalement, un jour, Sam reçut un coup de fil de la mère de la jeune femme acceptant une visite. Les médecins étaient formels, le cerveau était trop atteint, il était temps de débrancher les machines d'assistance vitale.
Tabatha, adolescente, exigea de pouvoir venir dire adieu à son amie, sa marraine de coeur, ce que Sam, psychologue de profession accepta. La mère de la jeune femme s'y opposa en revanche fermement, jusqu'à ce qu'elle apprit le prénom de l'adolescente: « Ah c'est vous la Tabatha dont me parlait sans cesse ma fille ? Alors entrez, bien sûr » Les trois femmes, en larmes se retrouvent donc au chevet de leur fille et meilleure amie, couverte de tuyaux.
Un moment que l'on imagine chargé d'émotion durant lequel Sam, dont c'est l'une des activités occultes, pense avoir « fait ce qu'il fallait », par la prière, pour aider la jeune femme à partir. De fait, alors qu'on lui tient les mains, la jeune femme ouvre les yeux, à l'immense stupeur de sa mère, car elle ne l'avait plus fait depuis des mois... et décède. Quelques jours plus tard, Sam et Tabatha marchent dans une prairie et parlent de leur amie, de la mort, des énergies. Tabatha s'interroge, et interroge sa mère, tandis qu'un petit papillon jaune tournicote et virevolte autour d'elles.
Sam, qui ne dit d'habitude pas du tout ce genre de choses, répond alors que si les énergies existent, le papillon va se poser... Ce qu'il fait aussitôt sur le sol du chemin, à moins d'un mètre d'elles. « Je ne sais pas si c'était l'énergie de mon amie qui habitait le papillon à cet instant, explique Sam, ou si c'est mon énergie à moi qui l'a fait se poser ». Ou peut-être était-ce juste qu'il avait envie de se poser à ce moment là, n'est-ce pas Sam ? « Oui peut-être ». Elle est comme ça, Sam, elle n'est pas dogmatique et au final, c'est comme cela que je la préfère: tendue dans sa recherche, mais laissant la place au doute.
Accessoirement, on remarque que ce genre de choses se produisent très fréquemment en présence d'évènements graves et extrêmement chargés émotionnellement. Si notre simple fonctionnement intellectuel produit des ondes, et il en produit, notamment électromagnétiques, puisqu'il fonctionne aussi à l'électricité, il est assez logique de concevoir que l'impact de ces ondes à ces moments –là aient une influence perceptible, voire impactante sur l'environnement. Au lieu de tout rejeter en bloc et à priori, les zététiciens feraient bien d'essayer de creuser ce genre de pistes, qui pourraient demain nous permettre d'exploiter certaines de nos capacités enfouies dans le temps…
Les coïncidences qui n'en sont peut-être pas tiennent une place prépondérante dans tout ce qui touche au paranormal. Parmi toutes les nombreuses histoires de Sam, en tant que thérapeute, celle-ci survenue alors qu'elle devait revoir une jeune femme au vécu très lourd. Tellement lourd qu'elle appréhendait de la rencontrer, ce qui lui arrive rarement. Ce matin là, elle qui d'habitude s'habille en deux minutes, s'était changé trois fois, hésitant ne sachant trop, puis finalement choisissant au dernier moment des couleurs improbables qu'elle mettait rarement et jamais ensemble.
C'est à cet instant que la jeune femme a sonné. Derrière la porte, elle était habillée en haut et en bas, avec exactement les mêmes couleurs que Samantha. Qui comme par hasard, ce jour là, mit presque immédiatement le doigt sur le détail qui servit de déclic dans l'histoire de la jeune femme et lui permit de reprendre pied. Apparemment, elles étaient entrées ce jour là en symbiose.
L'empathie, c'est évidement ce qui caractérise le mieux Samantha. Pâquerette, son amie jurassienne, docteur en pharmacie, m'a raconté comment chez les guérisseurs philippins qu'elle était allée voir avec Sam, elle s'est sentie envahie, ou plutôt traversée par un intense flux d'énergie, alors que Sam était allongée sur la table et que les guérisseurs lui expliquaient à elle, Pâquerette, comment catalyser les vibrations. Le but était de les diriger sur la patiente, rôle joué par Sam en l'occurrence, qui dit avoir ressenti en cet instant une intense chaleur.
Pâquerette est coupeuse de feu. Elle a reçu le don de « La Pâquerette » en personne, la plus célèbre coupeuse de feu du XXème siècle, un véritable monument dans tout le Jura de son vivant. Depuis, Pâquerette (la pharmacienne), se tâte. Excellente herboriste, passionnée par la manière dont l'hygiène de vie, la pollution et l'alimentation peuvent influer sur notre état de santé, elle hésite encore entre la pharmacie et les thérapies alternatives. Les méthodes de diagnostic la passionnent, mais elle craint de manquer de feeling dans l'appréciation des résultats.
Fondamentalement, Pâquerette manque de confiance en elle, intégrant ainsi le message de son père, qui l'a toujours mal considérée. Ce qu'elle a redécouvert dans un stage de développement personnel, mais quelle aurait tout aussi bien pu apprendre avec une bonne psy. Ou un… La question que l'on est en droit de se poser, c'est de savoir si les coupeurs de feu et autres sorcières en exercice ont des dons que Pâquerette n'a pas, ou juste davantage de confiance en eux…
Or la confiance en soi, dans la plénitude qu'apporte un ego comblé, ou apaisé (ou chassé au profit de la conscience, selon les interprétations), c'est sans doute la caractéristique commune à tous les mages que j'ai rencontré. Même s'il y en a pour tous les goûts, de ces egos, certains inspirant davantage confiance que d'autres.
Outre son épanouissement certain, les sensations physiques ressenties par Annie, la sorcière infirmière belge qui « canalise les anges » sont apparemment spectaculaires. Elle non plus n'y croyait pas au départ, se disant rationaliste, tout en assistant tout de même à des stages de naturo-thérapie. « Dans ma pratique quotidienne d'infirmière sociale, je ressentais le besoin d'utiliser toutes les techniques possibles ». C'est là qu'elle reçut des messages, qui peu à peu l'amenèrent à prendre conscience de ses capacités.
Lorsqu'elle siège, dit Annie « je suis surtout centrée, détendue, à la fois concentrée et vide. J'appelle les anges chargés de la personne en face de moi, et je les sens venir se lover en moi, là dans mon ventre, où je leur ai fait de la place. Il y en a plusieurs, chacun ayant sa vibration spécifique, l'un plus grave, l'autre plus féminin, un troisième plus rond. Selon la personne que j'ai en face de moi, ce ne sont pas les mêmes qui viennent ».
Annie ne dit pas l'avenir, ne fait aucune prédiction, se contente de répondre aux questions des gens sur leurs problèmes du moment, leurs comportements, les choix ou les efforts qu'ils ont à faire. Ce n'est pas elle qui parle, elle en est persuadée. En tout cas, ce n'est pas son esprit conscient. Est-ce l'inconscient, ou l'inconscient collectif ? Quelque part, elle est en transe. Par bien des points en dehors de l'aspect peu spectaculaire de sa transe, ses descriptions ressemblent à celles que j'ai pu recueillir auprès de houngans pratiquant le vaudou. Jusque dans la diversité des loas ou des « anges ».
Il est rarissime que les anges ne s'expriment pas. Il est arrivé une fois ou deux qu'ils ne répondent qu'à deux ou trois questions puis s'en aillent. En même temps c'est un business. Sans gagner des fortunes, Annie en vit correctement. Elle consacre près de heures par personne et ne prend jamais plus de quatre personnes par jour. « Sinon cela m'épuise et je ressens comme une forme d'allergie aux anges », explique-t-elle.
LIBRE PENSEE
Spartacus, c’est le
nom de la loge franc-maçonne dévolue aux médias et à l’audio-visuel, dont je ne
fais pas partie. Je devrais sans doute, à supposer qu’on m’y agrée… Ce serait
préférable pour mon business puisqu’il paraît que la plupart des grands patrons
de chaînes susceptibles de m’acheter - ou non - mes films en sont membres. De
même, comme par hasard, que les patrons des plus grosses boîtes de prod. Quelques bons amis, parmi eux, m’ont révélé leur
appartenance, mais toujours sur le tard. Personnellement, même si parfois je
doute, je préfère rester libre.
L’existence même
des différentes obédiences m’incline à penser que chez les francs-maçons, le
concept de société secrète a pris le pas sur la motivation idéologique
originelle. La combine et les échanges de bons procédés entre
« frères » paraissent parfois la véritable raison d’être de sociétés
qui défendent des principes assez contradictoires d’une loge à l’autre. Par
ailleurs je ne pense pas que je serais jamais parvenu à garder mon sérieux
devant les simulacres pathétiques des rites initiatiques maçons. Qu’ils aient
pu avoir du sens pour les compagnons construisant les cathédrales, se repassant
des secrets et des proportions issues parfois de l’antiquité, je n’en doute
pas. Mais au XXIème siècle ?
Certains des mes
ami(e)s maçons nient l'existence de ces rites,
d'autres m'expliquent qu'ils sont là pour fonder le serment permettant à chacun
de s'exprimer à coeur ouvert. En sachant que ce qui se dira ne sortira pas de
la loge. Et de me citer quelques exemples de décisions politiques transpartisanes importantes nées dans le secret des loges.
Par exemple, en Suisse, les 2 milliards de Francs offerts par l'Etats à
Swissair pour lui permettre de licencier en douceur son personnel, au lieu de
mettre tout le monde à la rue du jour au lendemain. Ces mêmes amis font valoir
le but altruiste des loges vouées au
progrès, le copinage étant selon eux une déviation qu'ils combattent.
Les connaissant je
veux bien le croire. Et comme le dit mon caméraman, après tout, si le secret et
le rassemblement discret d'intelligences permet de
faire avancer les choses un peu plus efficacement, dans ce monde imparfait,
pourquoi pas ? Sauf que ce sont les mêmes qui prêchent habituellement la
démocratie...
L'opacité d'une
société secrète peut aisément dissimuler aussi des traditions passéistes. Ainsi
les socialistes ayant refusé la constitution européenne étaient souvent francs
maçons. Plusieurs d’entre eux sont également d’anciens dirigeants de la Ligue
Communiste, qui se retrouvent sur la ligne politique de leur parti d’origine,
25 après avoir adhéré au PS à l’avènement de François Mitterrand. On pourrait y
voir de l’entrisme…
Ces mêmes francs
maçons ont pu également donner l'impression qu'ils avaient raté l’épisode de la
libération de la femme, si l’on considère le tollé qui a salué la candidature
de Ségolène Royal, chez quelques « frères » politiciens très en
vue ! En fait, ils craignaient surtout son incompétence oratoire et ses
gaffes. Dont la plus grosse reste d'avoir fait adopter des mesures brutales,
alors qu'elle était secrétaire d'Etat à l'enseignement, qui conduisirent une centaine
de profs en prison pour pédophilie...
Alors qu'il s'avéra par la suite que les ¾ d'entre eux étaient parfaitement
innocents, ce qu'une procédure normale aurait pris le temps de déterminer.
Dans le monde
moderne, même s’ils sont en perte de vitesse, les francs-maçons demeurent très
influents, notamment à l’ONU et dans les organisations internationales, où les
loges anglo-saxonnes et françaises ont longtemps rivalisé. Si leur activité se
déroulait à visage découvert, ils perdraient peut-être en efficacité. Il leur
serait aussi plus difficile d’accepter ou de refuser
qui ils souhaitent. Mais ils gagneraient en crédibilité s'ils acceptaient de
rompre avec cette image sectaire de société secrète.
La pratique des
blogs n’est pas sans rappeler la franc-maçonnerie avec ces obsessions croisées
du débat et de l’anonymat, qui permet la dissimulation des objectifs et des
intérêts réels. C’est dangereux, lorsque l’on s’implique dans le jeu politique
et foncièrement anti-démocratique. Le
secret pouvait se justifier au XVIIIème siècle, lorsque les maçons risquaient
d’être poursuivis, jetés en prison ou même exécutés pour leurs croyances, mais
nos sociétés contemporaines n’en sont plus là depuis pas mal de décennies…
Alors qu’attendent-ils ?
Il n'y a pas que
les maçons en tant que tels. Plusieurs sociétés d'influence, bâties parfois sur
le modèle maçonnique, se disputent un rôle d'influence au plus haut niveau du
monde occidental, notamment aux Etats-Unis: CFR, Table Ronde, Skull & Bones, Bohemian Grove... Sans sombrer dans la théorie du complot,
il faut relever que certaines de ces sociétés secrètes, recrutant dans les
meilleures universités, sont etxrêmement
performantes. Skull & Bones,
par exemple, issue de Yale, a souvent eu l'un de ses membres parmi les deux
finalistes des élections présidentielles étasuniennes et parfois les deux... Et
lorsque l'élu n'est pas membre, on peut être certains que plusieurs de ses plus
proches conseillers le sont...
Au point que
« New African », édité à Londres, y voyait récemment un gage d'efficacité et se
demandait s'il ne serait pas temps, pour l'Afrique, de développer ce genre de
société d'excellence, pour coopter les meilleurs éléments sur des critères
réellement qualitatifs plutôt qu'ethniques ou d'intérêts particuliers.
Lorsqu'on sait que G.W. Bush est membre de Skull & Bones, l'argument
laisse rêveur. Mais il est vrai que dans les organisations équivalentes ouvetrtes aux européens, comme le groupe de Bilderberg, le recrutement est d'une grande qualité. Les
réseaux qui se créent ainsi peuvent être très efficaces. Toute la question est
de savoir dans quel sens et c'est là qu'un peu de transparence serait
bienvenue.
RESEAUTER
Les religions
fonctionnent aussi comme des côteries, à cette différence que le rattachement à une
église, s’il est d’ordre privé, n’a pas vocation à rester secret. Les
rencontres que l’on fait à l’église, au temple, à la synagogue ou à la mosquée
sont évidemment utiles dans la vie professionnelle. Si certaines sont plus
efficaces que d’autres pour s’introduire dans tel ou tel milieu, l’appartenance
à une église s’apparente à l’expression d’une nationalité. L’affirmer haut et
fort constitue également une forme de revendication, voire d’ostracisme à
l’égard de l’autre.
Interdire ces
pratiques parait impossible. Tout est prétexte à « réseauter »
comme on dit. Les anciens de l’école, l’utilisation d’un agenda électronique,
la pratique du golf ou la nationalité d’origine de votre épouse. Qu’on le
veuille ou non, le copinage fait partie des mœurs. Il présente même des
avantages pour la société, en ce qu’il permet des liens horizontaux, des courts
circuits hiérarchiques salutaires, des confrontations d’idées qui sans lui
seraient impossibles. Le copinage devient cependant problématique lorsqu’il
s’organise pour noyauter la société ou lorsqu’il fait engager ou protéger le
copain incompétent au détriment d’un candidat de plus grande valeur.
Réseau par
excellence, la franc maçonnerie se rapproche des
sectes telles que les scientologues ou l’opus dei, parce qu’elle obéit à des
lois qui lui sont propres et se pique d’atteindre la perfection. Elle s’en
différencie toutefois dans sa structure interne, qui vise à favoriser le débat,
alors que l’immense majorité des sectes sont strictement hiérarchisées.
Depuis la nuit des temps, les rapports interreligieux
ont toujours été conflictuels. La plupart des divinités animistes passent leur
temps à se chamailler, par mortels interposés. L’avènement des grandes
religions a juste changé le problème d’échelle, en l’aggravant au
passage : on ne se bat plus entre divinités de clans ou de tribus rivales
mais entre nations ou civilisations. Là où le polythéisme impliquait une forme
de tolérance, en reconnaissant l’existence de l’autre, fût il ennemi, la vocation
universaliste du monothéisme exclut au contraire l’existence de dieux rivaux.
Des guerres rituelles, affrontements codifiés souvent mesurés, visant à
affirmer la suprématie de son dieu, on est passé aux guerres d’anéantissement
de l’infidèle étranger.
Les divinités inférieures ou minoritaires,
généralement bien tolérées dans les systèmes animistes ou polythéistes sont
devenues persona non grata dans les religions du livre. Dès lors que celles-ci
s’installent au pouvoir, elles pourchassent toute déviation du dogme, ou au
mieux leur accordent un statut inférieur. Pour les
illuminés de toute espèce, l’alternative est alors très simple : trouver à
s’exprimer au sein de l’église officielle ou périr sur le bûcher. Il faut
attendre les temps modernes et la séparation de l’église et de l’état pour que
la laïcité rétablisse la liberté de croyance. Toutes les religions, même
minoritaires en bénéficient, sauf parfois les sectes.
Qu’est-ce qui différencie une religion d’une
secte ? Objectivement, pas grand chose. D’ailleurs il peut arriver qu’une
religion dominante ici devienne secte minoritaire là, et vice versa. On
pourrait dire qu’une secte, c’est une religion qui n’a pas (encore ?)
pignon sur rue. En échange du droit de cité et de la protection des autorités
publiques, une religion s’engage d’une certaine manière à adopter une attitude
responsable : pas de prosélytisme outrancier, pas d’asservissement
notamment financier des fidèles, adhésion aux valeurs communes et aux lois de
la nation, etc.…
Les sectes, c’est autre chose : plus petites,
plus marginales, elles sont plus libres de leur mouvement. Presque toujours,
une secte a un gourou, qui cherche à régir le plus étroitement possible la vie
de ses fidèles. Pour mieux les exploiter financièrement et/ou sexuellement. Il
arrive même que le gourou les mène au suicide collectif. La survie de la secte
après sa mort est l’un des signes qu’une possible
pérennisation en religion est en cours.
Souvent extrémistes voire provocantes dans leurs
attitudes et dans leurs mœurs, les sectes doivent polir leurs aspérités et
limer leurs différences si elles veulent réussir leur intégration. Elles sont
obligées de se démarquer au départ, pour se faire remarquer et séduire les
esprits déstabilisés, mais pour devenir religion de masse, il leur faut mettre
de l’eau dans leur vin. C’est ainsi que plusieurs sectes du XIXème ont acquis
aujourd’hui droit de cité, comme les Bahaïs en Iran ou les Adventistes, nés aux
Etats-Unis. Il n’est plus guère que le pouvoir communiste et les intellectuels
monothéistes pour qualifier encore de secte les Falung
Gong, d’influence bouddhiste, qui sont déjà plus de 100 millions en Chine.
Quelques unes des sectes les plus importantes ont pour objectif la constitution d’un véritable pouvoir économique parallèle. C’est le cas des scientologues (puissant lobby à Hollywood), des moonistes (très influents en Corée du Sud) ou des Bay Fall mourides actuellement au pouvoir au Sénégal, où ils sont d’ailleurs quasiment devenu la religion d’Etat. Ce qui pose