T2

 

 

 

 

 

L'ANTI

PROPHETIE

 

 

 

 

 

 

Traité sarcastique de savoir vivre sans dogme

 

 

 

 

 

Philippe Souaille

 

 

 

 

 

© Avril 2009 -  Adavi Productions

 

MONTAGNE  PELEE

 

 

INTRODUCTION  PARANORMALE

 

HISTOIRES D’EAU

Les capacités insoupçonnées du corps et de l’esprit humain m’ont sauvé jadis d’un grand péril. Au fort de Basse Pointe, en Martinique, une sorte de donjon s’avance en pleine mer au bout d’une jetée, qui ferme en partie la baie. Les récifs de coraux, au large, engendrent un courant qui tire violemment en direction de l’Atlantique tout ce qui flotte, ou tente de surnager.

L’endroit est réputé fort dangereux, la baignade y est interdite, mais les enfants du village se jettent du donjon dans la déferlante qui passe et se laissent ainsi porter jusqu’au rivage. A l’approche de la saison des cyclones, à a fin de l’été 76, par 33° à l’ombre, je mourrais d’envie de me baigner et lorsque je me mis en maillot, les mômes m’avertirent gentiment : « Attention, il faut bien sauter dans la vague et se laisser porter, surtout ne pas essayer de nager ».

Pêché d’orgueil d’un ancien nageur de compétition, même si c’était à 12 ans : je plongeais entre deux vagues avant de m’éloigner d’un crawl puissant et frimeur.

Promis juré, je ne ferai plus jamais ce genre de bêtise. J’ai vraiment cru mourir. Très rapidement, je me suis rendu compte que si j’arrivais à m’éloigner, je ne parvenais pas à revenir. J’ai alors commencé à sprinter en direction de la plage. Elle ne devait pas être distante de plus de 100 mètres, mais j’ai mis dix bonnes minutes, pour l’atteindre. A fond, à fond, à fond, comme si je nageais un 50 mètres et que ma vie en dépendait.

De fait elle en dépendait. Moi qui détestais et déteste toujours les sports d’endurance, je n’aurais jamais cru mon organisme capable d’autant d’acharnement. Je n’avançais, un tout petit peu, que lorsque la vague me passait dessus. Le reste du temps, je reculais. Mais peu à peu, mètre par mètre, je progressais. A fond, à fond, à fond…

Je me souviens avoir pensé une chose stupide qui pourtant m’a motivé comme jamais. Elle rendait mon renoncement impossible:  « Je n’ai aucun papier dans mes habits restés au donjon, tout est à l’Ajoupa, à des kilomètres de là. Mon corps sera emporté au large, ils ne vont jamais me retrouver, et mes parents vont rester sans savoir ce qui m’est arrivé… ».

Je me suis accroché, tout entier concentré sur ma nage. Et finalement, j’ai atterri. Non pas sur la plage, mais à l’autre bout de la baie, au pied de la falaise, où j’ai pu m’accrocher à un rocher. Le corps encore aux trois quarts dans l’eau, mais la tête au-dessus des vagues, j’étais sauvé. Immédiatement, j’ai vomi tout ce que j’avais dans le corps. Une overdose d’hormones, sans doute, qui s’évacuaient ainsi brutalement, mission accomplie.

 

MAMY WATA

Les mômes du village ont été vraiment sympas. Alors qu’ils m’avaient dûment avertis, et auraient pu me laisser mariner dans mon jus, ils sont venus me chercher, à l’autre bout de la baie, en descendant la falaise par un sentier périlleux amenant avec eux ma serviette éponge et une bouteille d’eau minérale. Un présent qui valait une petite fortune, à l’époque, dans un village de pêcheurs martiniquais. Avec ce que j’avais dans mes poches, j’ai à peine pu leur offrir une glace au bistrot du village, mais on a discuté un bon moment.

Pour les mômes, c’était clair, Gangâ, la Mère des Eaux, alias Mamy Wata, alias Niemanja, n'avait pas voulu de moi. Manquant à tous mes devoirs d’ethnologue, j’avais tenté d’expliquer à ces jeunes villageois qu’à mon avis, c’était ma propre énergie vitale qui avait pris le dessus sur la fatalité.

Ils mêlaient en eux tous les sangs et les religions de la Caraïbe : noir, blanc, sémite, une trace d’amérindien et beaucoup de tamoul. Débarqués de l’Inde du Sud au XIXème siècle, ils étaient majoritaires à Basse Pointe. Je n’étais pas très sûr de les avoir convaincus. Nous avions conclu que c’était moi qui n’avait pas voulu de celle que leur bon dieu coolie, objet de mes études d’alors, nommait parfois Vierge Marie, en la disant descendue des cieux par la chevelure de Vishnou.

Plus tard, en remontant à pied à l’Ajoupa, sur le flanc de la Montagne Pelée, j’eus l’impression de découvrir pour la première fois les plantes et les oiseaux et tout ce qui faisait le charme de Madinina, Iloflée... l’Ile aux Fleurs.

Flore et faune avaient plus de relief, l’air était limpide, le poids des choses semblait avoir disparu, j'étais léger, tout me paraissait merveilleux, agréable, ensoleillé. J’étais en vie.

32 années plus tard, en lisant l'ouvrage d'un mystique moderne, Eckart Tolle, j'ai appris que ce phénomène était récurrent, chez les gens qui viennent d'affronter la mort: tout d'abord une déconnection des parties raisonnantes du cerveau, qui laissent la place au cerveau moyen, qui agit sans référence au temps. Ce qui fait que mes dix minutes de sprint n'ont peut-être duré que deux, mais particulièrement intenses et concentrées.

Ensuite, un état d'illumination analogue à ce que peuvent ressentir les mystiques. La joie d'être en vie, mais aussi bien plus que cela. Une sensation totalement différente des jambes flageolantes du jour de mon premier mariage par exemple, qui pourtant nageait dans le bonheur. Du moins à l'époque. Les scanners de résonance magnétique nucléaire confirment l'entrée en scène de ce cerveau moyen antédiluvien, d'habitude dominé par les hémisphères de la pensée abstraite.

Certains mystiques, comme Tolle, cherchent à reproduire cette déconnection régulièrement en arrêtant de penser, ou plus exactement en cherchant à contenir leur ego. Ils croient ainsi parvenir à communier plus facilement avec les forces naturelles qui sous-tendent la vie. Je ne suis pas certain qu'ils aient raison, d'autant que d'autres recherches au scanner, menées avec des moines bouddhistes (tibétains et occidentaux) mènent plutôt à penser que la pratique assidue de la méditation développe une zone particulière, mais située au centre de la partie « moderne » du cerveau.

Il n'en reste pas moins que la description de l'état d'illumination que fait Tolle correspond tout à fait à ce que j'ai ressenti ce jour là. Il se trouve que j'ai manqué la noyade à cinq, voire six reprises au cours de mon existence. J'ai à chaque fois connu des phénomènes de dissociation de conscience qui m'ont permis de me tirer d'affaire. Ces souvenirs, qui rythment ce livre restent profondément gravés en moi. Le jour où je voudrai retrouver Mamy Wata, je saurai quoi faire pour qu'elle veuille bien de moi: me laisser couler.

 

DANS LES AIRS ET SUR LES FLOTS

La solidarité et la compassion de ces jeunes villageois martiniquais m’émeuvent encore aujourd’hui. Nous, à leur âge, 15, 16 ans, à Cannes, nous vendions au prix fort du henné et de la saccharine aux marins US des porte-avions qui rentraient ou retournaient au Viêt-Nam. Comme plusieurs d'entre nous parlaient parfaitement anglais, cosmopolitisme cannois oblige, les boys nous racontaient leur ras-le-bol de la guerre et parfois leurs exploits douteux.

Tel ce pilote de chasseur bombardier qui, volant sous LSD, avait largué ses bombes n’importe où et failli s’encastrer dans la tourelle de son porte-avions. Le miracle était qu’il l’avait évitée et pour ce natif de la Bible Belt, c’était évidemment la main de dieu qui avait guidé son manche à balais. Wahouh: la main de dieu sous acide, quel trip d'enfer il avait du vivre... Quant aux destinataires de ses bombes, il ignorait tout de leur sort.

Tous les pilotes de l'aéronavale étaient blancs. Pas forcément WASP et really straight dans leur tête, mais  blancs. J'en ai d'ailleurs connu un, bien des années plus tard, également avocat, donc JAG qui, après la Corée, avait émargé à Paris au budget du KGB, avec l'accord de la CIA. Qui comme prime de risque, l'autorisait à conserver les cadeaux reçus du KGB. Y compris la très grosse somme, plus d'un million de dollars de l'époque, promise par les Soviétiques en échange du plan de réaction de l'OTAN en cas d'attaque du Pacte de Varsovie.

Les Soviétiques savaient parfaitement dans quel bureau de la base d'Aviano se trouvaient les documents et savaient qu'il devait aller faire un cours dans des bureaux voisins. La CIA prévoyait évidemment de lui fournir de vrais faux-plans. La règle d'or de tout agent est de savoir tenir sa langue. Las, peu avant la mission héroïque, il avait rencontré une jeune femme à Londres qu'il considère aujourd'hui encore comme la femme de sa vie.

Une fille de banquier, à qui il avait raconté qu'il allait devenir riche, et pourquoi. Il ignorait  malheureusement que la mère de la belle, travaillant au MI6, allait chercher à vérifier les délires de son futur gendre. Ce qui mit rapidement la planète entière du renseignement au courant de ses exploits...

Fuyant le KGB qui voulait sa peau et la CIA qui voulait le faire enfermer, il avait (par hasard ?) à Athènes, sauté sur une grenade lancée par un Palestinien dans les locaux d'El Al... Puis (pour plus de sûreté?) avait fini par changer de sexe pour devenir une nonne bouddhiste à Genève. Lesbienne, car elle avait toujours aimé les femmes. Finalement à plus de 70 ans, sa foi bouddhiste l'avait conduite à renoncer à toute vie sexuelle pour se mettre enfin en accord avec sa mystique.

J'ai pu vérifier, auprès d'un autre (ex?) agent de la CIA, en poste à Genève dans une grande organisation internationale (et accessoirement homosexuel, comme quoi il faut toujours se méfier des clichés), que le parcours de Lilly Marie, s'il comportait quelques zones d'ombres, n'était pas fantasmé. Il est comme ça des destins hors normes et des liens, visibles et invisibles, qui font la vie et les individus. Des petites bêtises qui deviennent des grosses catastrophes... et des désastres qui, s'ils ne vous tuent pas, vous sont des leçons qui orientent votre vie.

 

PAUVRES PÊCHEURS

C'est l'été 68, à 13 ans, que je tentai de franchir « les rapides de l’Areuse » en canot pneumatique, accompagné de Vincent, 11 ans, l'aîné de mes cousins sénégalais blancs. Il s’agissait d’une simple chute d’un mètre de haut, sur une petite rivière qui se jetait dans la lac de Neuchâtel, à 500 mètres de notre villa.. En nous y rendant, dinghy au-dessus de la tête, nous chantions le générique des Coulisses de l’Exploit. Las, pas assez gonflé, le dinghy s’était plié. Je m’étais retrouvé sous la cascade. 

L’eau y était tellement brassée d’air que je nageais à la verticale, la bouche ouverte dans un champ de bulles, sans parvenir à remonter, mais sans appréhension. Je ne buvais pas la tasse, car j’avalais autant d’air que d’eau. J’étais cependant très inquiet pour mon jeune cousin.

Comme dans un film, je voyais l'ombre du canot qui flottait à la surface, juste au dessus de moi. Il était bloqué sous la chute par l'eau qui lui tombait dessus. J’étais relié à lui par une corde que je m’étais attachée à la ceinture. Une précaution, pour pouvoir récupérer le dinghy avant qu’il ne parte au lac si nous étions éjectés. Sage précaution, puisque finalement, c’est la corde qui m'a sauvé. Oubliant mes vains efforts natatoires, je finis par me hisser jusqu’au dinghy en tirant sur la corde ! C'est là que je vis émerger mon Vincent.

Il était parvenu à gagner la berge en marchant au fond de l’eau, plombé qu’il était par son blouson en peau de mouton. Gorgé d’eau, laine comprise, celui-ci lui rajoutait bien quinze kilogs sur les épaules.  Une petite dizaine de pêcheurs à la ligne avaient assisté à la scène. Pas un n’avait bougé de derrière leurs cannes à pêche, pendant que deux mômes manquaient se noyer.

Nous étions en mars et l’eau était bien fraîche, mais tout de même ! J'étais choqué.

A 13 ans, je n’avais évidemment pas entamé un recensement de leurs croyances. Mais en Suisse, à la fin des années soixante, il était plus que probable qu’ils payaient tous leur impôt ecclésiastique et se rendaient à l’église ou au temple le dimanche. Ce qui n'avait pourtant guère d'influence sur leur morale et leur comportement...

Ce n’est que la troisième des nombreuses noyades auxquelles j’ai échappé. Mais j'en avais tiré quelques conclusions:

1) Mon heure n’avait pas encore sonné, parce que la chance se provoque et sourit d’abord à ceux qui ne baissent pas les bras.

2) La croyance aux forces de l’au-delà ne rend pas forcément les hommes meilleurs. Plus tard, j'ai pu ajouter que leur moralité était clairement indépendante de la nature mono ou polythéiste de leur croyance.

3) La morale et la moralité sont des éléments constitutifs essentiels de l'être humain. Bien  qu'elles existent indépendamment des religions, celles-ci les ont malheureusement prises en otage depuis des millénaires    

 

Ma conclusion est que les religions ayant passablement fauté dans leur tentative d’enrégimenter l’activité humaine, il paraît plus que temps d’imaginer autre chose. Quelque chose qui soit davantage en prise avec notre temps. Ce à quoi tente de s’atteler ce bouquin. Vaste programme :

  Démonter le mécanisme de l’idée divine

  Explorer l’importance de la morale

  Proposer quelques pistes de réflexion en vue d'une pensée respectueuse des choix personnels, pour autant qu'ils soient des choix, qui laisse l’humanité libre d’évoluer et qui favorise sa progression..

 

MIRACLES ET COINCIDENCES

Mon ex-femme, Chantal, togolaise d’origine aimait faire ses courses au marché d’Annemasse où une épicière, mi-ivoirienne, mi-burkinabé vendait toutes sortes de produits africains frais ou séchés, parfois de contrebande, mais toujours délicieux. Son échoppe était le point de rendez-vous de toutes les africaines de la région et un jour, mon ex-épouse y fait connaissance d’une togolaise de son âge, Adjovi. Elles sympathisent, se revoient, et à la 3 ou 4ème entrevue Chantal invite sa nouvelle copine à la maison, où elle lui montre son album de photos de famille.

-  Mais je connais cette femme, c’est ma tante, s’exclame Adjovi.

-  Ah non, ça m’étonnerait, c’est ma mère, rétorque Chantal.

Emois, étonnement, mon ex-épouse s’exclame et n’y croit pas. Finalement, vérification faite d’un coup de téléphone à Lomé, elles sont bel et bien cousines germaines: le père d’Adjovi est le frère aîné de la mère de Chantal. Les deux jeunes femmes s’étaient même croisées dans leur enfance au sein de leur très nombreuse famille africaine. Toutes deux savaient qu’elles avaient une cousine en France, mais ignoraient se trouver dans la même petite ville.  

Plus étonnant encore, ma deuxième ex-épouse, Teresa, est de mère colombienne. Digne représentante de l’une des meilleures familles de Bogota, véritable dynastie d’intellectuels qui fait l’honneur de son pays, réputé être à la fois le plus violent et le plus riche culturellement de toute l’Amérique latine.

Il se trouve que nous avions pour voisins de palier à Genève un couple dont lui aussi est français, fonctionnaire à l’ONU et elle Colombienne. Quand à l’ambassadrice de Colombie auprès des Nations Unies à Genève, c’est une cousine de mon ex-épouse. Le père de cette diplomate de carrière et la mère de Teresa sont cousins germains. Lorsqu’elle est arrivée en poste à Genève, elle a pris contact avec nous. Elle cherchait à contacter également une autre cousine qu’elle avait à Genève, mais par sa mère cette fois, sans aucun lien de parenté directe avec nous. N’empêche, à la stupeur générale vu que l'agglomération genevoise compte près d'un million d'habitants,  cette autre cousine était notre voisine de palier !

 

INCESTE INVOLONTAIRE

Le hasard fait bien les choses, dit-on... Un voeu pieux totalement déconnecté de la réalité. En vérité le hasard fait son boulot, qui consiste à produire des évènements fortuits, bons ou mauvais. Le fait que deux autos se collisionnent à un instant t est purement le fruit du hasard. Tout comme le fait que le jour où mon père s'est tué sous un tunnel, dans Paris, il a embouti la voiture du meilleur copain de mon meilleur ami. Qui fut grièvement blessé.

Le tabou sur l’inceste peut également être mis à mal par le hasard. Vu le nombre d’enfants qui au cours de l’histoire, sont nés de père inconnu, ou dont le père officiel n’était sans doute pas le vrai - à commencer par J.-C. - la catastrophe a du survenir un certain nombre de fois.

Ainsi un ami, comédien antillais, sympathise avec un autre jeune comédien antillais, sensiblement du même âge, lors d’un casting à Paris. Ils vont boire un verre, discutent, évoquent l’île aux fleurs et la famille puisqu’en Martinique, comme en Corse ou en Valais, tout le monde est un peu cousin. Mais ce n’est pas cousins qu’ils sont, c’est frères. Ou plutôt demi-frères, leur père ayant apparemment entretenu quelques temps deux ménages en parallèle ! Leurs mères respectives n’en ignoraient rien et se détestaient comme on l’imagine, mais eux n’avaient jamais été mis au courant ! Vous imaginez leur surprise de se découvrir un père commun, à 6000 kilomètres de chez eux. Surtout qu’ils étaient une vingtaine à ce casting et qu’ils auraient fort bien pu ne jamais se parler. Ils sont devenus depuis les meilleurs amis du monde. Encore heureux qu’ils n’aient pas été de sexes opposés, l’histoire aurait pu beaucoup plus mal finir.

Dans cette vallée haut savoyarde, lorsque le jeune couple de fiancés apprit qu’ils avaient le même père, la veille de leur mariage, alors qu’ils couchaient ensemble depuis quelques temps déjà, cela c’est beaucoup plus mal passé. La jeune femme, semble-t-il enceinte, s’est suicidée. Quelques semaines plus tard, le jeune homme, seul et désespéré mettait à son tour fin à ses jours sur la tombe de son aimée.  

 

INTELLIGENCE ET SENSIBILITE 

En matière de coïncidences, les anecdotes abondent et la planète se fait soudain toute petite : l’ex-petite amie vaudoise rencontrée des années plus tard dans un bled paumé de Nouvelle Calédonie où elle a suivi un amoureux rencontré en Californie!  Le monsieur qui étend son linge à côté du votre, sur une plage de Bali et qui, entendant parler français, entame la conversation… Finalement, il s’avère être le père d’un de vos meilleurs copains… La plupart du temps, cela ne prouve pas grand chose, hormis le fait que les coïncidences existent et que si l’on est croyant ou superstitieux, on a vite fait d’en attribuer l’origine à des causes surnaturelles. Alors que le hasard, tout simplement, fait parfois les choses fort bien. Ou fort mal.

Il arrive aussi, pourtant, que l'on sorte parfois du cadre d'un pur hasard ou de coïncidences fortuites. Un enchaînement d'évènements d'où l'on peut exclure le hasard. Ces faits sont rares,mais ils existent. A qui ou plutôt à quoi peut-on les imputer, c'est aussi le sujet de ce livre, qui part un peu dans tous les sens, parce que la vie est ainsi: pleine d'imprévus et de zones d'ombres, que le sol est parfois mouvant et que nos tentatives d'explications du monde se heurtent toujours au même constant: la réalité est de toute manière plus complexe que ce que nous parvenons à en appréhender, même avec nos appareils les plus sophistiqués.

Je n'ai nulle théorie clefs en main à proposer à l'humanité. Juste quelques pistes et chemins de traverse pour aider la réflexion à continuer d'évoluer, les sentiments à s'exprimer, les sensations à se ressentir... Pour essayer d'être toujours davantage des humains intelligents et sensibles, parce que lorsque l'on se laisse aller à devenir tout l'un ou tout l'autre, on perd sa qualité d'être humain, animal et moral à la fois.

 

 

 

THEOS

 

HYPOTHESES CELESTES

 

MIRACLES INUTILES

Qu’est-ce que cela prouve que ces histoires de miracles survenus il y a des milliers d’années ? Moïse est censé avoir entrouvert les eaux de la Mer Rouge, mais nous ne nous sommes pas tous convertis pour autant au judaïsme. Par ailleurs les prêtres égyptiens accomplissaient également des miracles. Un peu moins costauds, certes mais des miracles quand même d’après les chroniques de l’époque. De son côté, Jésus a guérit des aveugles et des paralytiques, mais l’immense majorité de ses concitoyens ne l’a même pas cru. On peut légitimement en déduire qu’ils n’étaient pas si évidents que cela, ces miracles !

Pourtant, Moïse, comme Jésus et plus tard Mohammed, sont parvenus à faire basculer les mondes dans lesquels ils vivaient. Des mondes infiniment plus fort qu’eux, chamboulés uniquement par la force d’une idée. Les Hébreux n’étaient qu’une peuplade misérable, face à l’Egypte des Pharaons. Comme le note Mme Noblecourt, éminente égyptologue, la Bible cite plus de 800 fois l’Egypte, alors que les chroniques égyptiennes ne mentionnent qu’une seule et unique fois les hébreux. De même en 50 après JC, qui eut cru que les apôtres et leurs descendants, pourchassés et misérables, allaient parvenir à christianiser l’Empire romain ? Ou six siècles plus tard, que les cavaliers arabes, en quelques décennies s’empareraient de territoires couvrant de l’Inde à l’Atlantique ?

Les Droits de l’Homme, Bonaparte aidant, ont conquis toute l’Europe continentale en quelques années. La Révolution bolchevique, menée par une bande de va-nu-pieds défit l’ordre tsariste appuyé pourtant par toutes les puissances occidentales Ce ne sont pas des miracles qui ont convaincu les foules séduites par ce qui n’était jamais rien d’autre qu’une promesse d’ordre nouveau, c’est juste l’idée tout simple qu’un monde plus juste était possible.

 

HISTOIRE VRAIE

Ceci dit, les miracles, en cherchant bien, ont souvent un fonds de vérité.

16 siècles avant les Rois Mages, l’histoire, la vraie, enregistre un cataclysme qui ravagea toute la Méditerranée orientale. Comme le Krakatoa au XIXème siècle, il fut causé par l’explosion du cône d’un volcan. La vaporisation instantanée d’une énorme masse d’eau de mer, brusquement mise en contact de la lave, après l’effondrement d’une partie de l’écorce sous-marine du volcan, fit voler le cône en éclats plus sûrement que ne l'auraient fait quelques bombes atomiques... Le volcan n'était plus qu'un gigantesque couvercle de cocotte minute, en terre cuite et sans soupape de sécurité: BAOUM !

L’île volcan, Thera (alias Santorin) fut quasiment rayée de la carte. Il n’en reste que quelques morceaux (des bribes de paroi de la cocotte-minute, ça s’appelle une caldeira), qui délimitent aujourd’hui encore les dimensions du volcan d’alors : une vingtaine de kilomètres de long sur une dizaine de large. Un couvercle de 200 kilomètres carrés, grand comme le Canton de Genève, quand il part en morceaux, ça dégage : on a retrouvé d’énormes blocs de lave projetés à plus de 900 kilomètres, jusqu'en Libye.

Le tsunami qui en résulta fut encore plus impressionnant que celui d’Indonésie en 2004. Il dépassa la centaine de mètres de haut et réduisit à néant toute la civilisation minoenne de la Crête voisine. Il atteignit l’Egypte où les chroniques le dépeignent comme une catastrophe majeure, encore que les témoins restés en vie aient été assez rares.

En tout cas, l’eau qui se retire, puis revient à toute vitesse sous forme d’un véritable mur liquide, cela ressemble fort, embelli par la légende, à l’épisode de la traversée de la Mer de Rouge. Quand aux dix plaies d’Egypte, relatées par la Bible à la même époque, on sait aujourd’hui, grâce aux carottages glaciaires, que l’explosion de Santorin a généré d’énormes quantités de poussière, qui ont sérieusement assombri le climat durant les mois suivants. Ruinant les cultures, déclenchant la transhumance de criquets pèlerins affamés, elles ont suffisamment bouleversé l’économie et la vie quotidienne de sociétés rurales pour que l’exode éventuel d’une poignée de réfugiés passe inaperçu dans la gabegie ambiante.

En tout cas, les traces d’un exode tel que décrit dans la Bible (et rédigé de toute manière dix siècles plus tard, soit environ cinq cent ans avant JC) sont introuvables dans les chroniques égyptiennes, pourtant fort précises. Elles sont tout aussi inexistantes dans les documents des différentes civilisations alentours.  

 

DA VINCI CODE

L’Histoire,la grande, se base à priori sur des données incontestables, un simple récit n’en étant pas une, même s’il est répété, ensuite, des millions de fois comme la bible. C’est pourquoi la découverte d’une tombe contenant les restes d’un certain Jésus et de sa compagne Marie-Madeleine ne peut pas être repoussée simplement parce qu’elle contredit la bible. Les faits sont des preuves, les témoignages ne sont que des présomptions.

Reste que les faits doivent être établis et vérifiés avec certitude. Dans le cas de la tombe d’un prénommé Jésus, qui fait l’objet d’un livre et d’un documentaire financés par James Cameron, quelques indices laissent à penser que cela pourrait bien être la bonne et d’autres incitent à croire le contraire. A commencer par le coup médiatique que représente une telle révélation, juste après le succès du Da Vinci Code, alors que la dite tombe à été découverte (puis recouverte d’un immeuble) il y a une vingtaine d’années.

Cette affaire présente au moins le mérite de rappeler qu’à la base de toutes les religions, il y a d’abord, encore et toujours, du mythe.  

 

MYTHES FONDATEURS

Toutes les mythologies du monde fourmillent d’histoires plus belles, plus miraculeuses et plus fantasmatiques les unes que les autres. Quelques unes ont certainement des origines plausibles, mais ce n’est pas la question. Les gens y croient parce qu’on les leur apprend tous petits. Comme au Père Noël. Il faut ensuite des esprits supérieurs et obstinés pour oser remettre en cause la croyance dominante.

Bien évidemment, lorsqu’on vous conditionne dès le plus jeune âge à croire à la légende de votre peuple, ou de votre village, vous n’êtes pas prêt à croire celle du voisin d’en face, si elle diffère. Ce qui est généralement le cas. Il y a déjà pas mal de temps que nos ancêtres les Abominables Onkr’ de Cro Magnon se flanquaient des peignées mémorables avec les barbares de la caverne d’à côté, rien que pour leur  apprendre à ne pas rigoler au sujet de leurs mythes fondateurs.

Cela ne s’est pas arrangé depuis et au cours des 20 000 dernières années les différents d’ordre théologique ont été l’une des toutes premières causes de mortalité humaine. La première même si l’on ne tient compte que des morts violentes, en excluant la maladie, un autre joyeux cadeau de celui qui nous veut tellement de bien.

Aujourd’hui, si quelqu’un prétend avoir passé le week-end sur Bételgeuse avec des elohim extra-terrestres, on va lui demander des preuves, des vraies. Du moins toute personne censée. Mais sous prétexte que les histoires de buissons ardents se sont déroulées il y a des milliers d’années, on les accepte comme argent comptant, même si elles n’ont jamais été renouvelées depuis. Pourtant, la possibilité de renouveler une expérience n’est elle pas la règle numéro un de toute évaluation scientifique ?

 

LA VERITE SUR LA CREATION

Il est étonnant de constater combien l’homme est prêt à croire n’importe quelle absurdité sans la moindre preuve, dès lors que sa religion le lui demande ou plutôt le lui commande, alors qu’il n’y aucune chance de lui faire admettre des idées pourtant tout aussi marrantes. Comme par exemple:

 

a)           Dieu est un chien. Il est super malin, il remue la queue tout le temps, mais c’est un chien, et même un dalmatien. Noir et blanc. En plus c’est une femelle hermaphrodite, qui par un processus permanent d’autofécondation, recrée sans cesse notre univers. En fait le Big Band était un aboiement.

 

b)           Nous sommes prisonniers d’un aquarium gigantesque, dans lequel des pieuvres démentes et super évoluées nous ont enfermés pour nous examiner. Après notre mort (mais parfois avant, d’où pas mal de disparitions inexpliquées), nous sommes livrés à leurs étudiants pour être disséqués au microscope électro-acoustique et notre esprit est lu à livre ouvert. C’est l’une des épreuves de ce que l’on appellerait chez nous le certificat d’études. Je le sais, j’en reviens. Ah, j’oubliais, les petites pieuvres que l’on trouve sur notre planète, sont en fait les écoliers qui ont raté leur examen. Ils font ainsi pénitence avant de pouvoir retenter leur chance. Ils ont droit à 3 nouvelles tentatives, à condition bien entendu de ne pas finir en tapas imbibés d’huile. Au 4ème échec, ils sont définitivement transformés en calamars.

 

c)           La vie se répand dans l’espace sous forme de poussière stellaire. De temps en temps, véhiculée par des comètes ou des météorites, elle parvient jusqu’à une nouvelle planète, qu’elle ensemence. La cellule originelle contient toutes les informations nécessaires, elle est déjà l’évolution en devenir. La vie s’immisce rapidement partout, sous forme microscopique, parvenant sans cesse à se modifier pour inventer de nouveaux moyens de survie.

 

Des idées comme celles là ne sont ni plus ni moins farfelues que celle imaginant un dieu à visage plus ou moins inhumain. Sauf que l’histoire de la poussière stellaire, certains astrophysiciens commencent à y penser pour de vrai. Sans pour autant parvenir à expliquer comment un morceau d'ADN, par exemple, pourrait résister à l'échauffement de la rentrée dans l'athmosphère...

Le problème, c’est que les fondamentalistes, chrétiens ou autres, croient fermement en quelque chose de surnaturel et hautement improbable. Donc ils se mettent d’emblée hors du sens commun et ne peuvent plus être atteints par la réalité que lorsqu’elle devient violente. Encore sont-ils capables d’encaisser énormément de violence, et même avec joie, si leur dieu le leur demande !

 

SEULS OU PAS DANS L‘UNIVERS

Nous sommes livrés à nous mêmes. Cela ne signifie pas que nous soyons seuls dans l’Univers. Il est plus que vraisemblable qu’il y ait du monde, dans notre galaxie ou dans celles d’à côté. C’est statistique, vu le nombre d’étoiles et le nombre de planètes qui gravitent autour : poussière stellaire ou pas, le miracle de la vie a bien du se reproduire en d’autres lieux, très vraisemblablement sous des formes radicalement différentes de la notre. Cependant, cela a pu se passer tellement loin que ces civilisations et la notre risquent fort de disparaître corps et bien avant même d’avoir pu se rencontrer. Ou que d’autres formes de vie venues de l’espace débarquent sur Terre après l’extinction de la civilisation humaine.

D’ici là, en dehors de légendes et de récits humains que toute la science contredit, nous n’avons aucune preuve formelle d’une intervention extérieure sur notre planète. Rien de concret qui soit de nature concertée, voulue, ordonnée. Les rares manifestations inexplicables que nous constatons, incidents mineurs ou cataclysmes meurtriers, paraissent objectivement les fruits du hasard et de la nécessité. Bien davantage que la résultante de considérations morales, le produit d’une volonté consciente, sensible à la notion de bien et de mal. Dans la nature, seuls des principes simples, absolument amoraux, commandent : la loi du plus fort, l’offre et la demande, l’occupation de niches, la survie de l’espèce, la transmission des gènes, etc.…

Ces modes de fonctionnement du vivant, ces forces antagonistes et réactives qui définissent la matière et les lois de la physique, nous nous devons de les connaître et de les comprendre, pour le cas échéant, nous en inspirer. Parce que la vie comme la galaxie n’ont pas fini de bouger et que l’humanité doit se préparer au pire, en sachant qu’elle n’atteindra jamais ni le nirvana, ni la tranquillité.

 

LA MORALE PAS LA PERFECTION

La morale, c’est précisément ce qui caractérise l’être humain. C’est comme une étincelle d’esprit qu’il a lui-même créé, et c’est ce qui ressemble le plus à la notion du divin qu’il a également lui-même engendré. C’est aussi ce qui peut permettre à la société de progresser dans une direction plus juste, mais pour quoi faire ? Si rien n’existe après la mort, si la perfection divine n’existe pas, peut-être revient-il à l’humanité le privilège d’y remédier, de tendre vers la perfection, même si l’on sait qu’elle n’est pas de ce monde.

Atteindre la perfection ne serait d’ailleurs pas souhaitable. La perfection représente l’équilibre suprême, donc l’immobilisme et la mort. Une société réellement paradisiaque serait réellement figée. Elle serait aussi extrêmement vulnérable à toute agression de l’extérieur. Ce n’est cependant pas une raison pour arrêter d’essayer d’améliorer les choses, tout au contraire.

Affirmer la suprématie de la morale sur la nature est un privilège humain. Mais l'humain est imparfait et sa morale avec lui. Il ne faut donc jamais négliger les réalités de l’environnement. D'autant que ses lois contredisent dans les faits l’essentiel des sois disants enseignements divins sur la solidarité et l’amour de son prochain. Etendre le champ de la morale sans jamais oublier la nature, c’est l’impératif absolu auquel nous sommes soumis, sous peine de déclencher des catastrophes dont nous pourrions ne jamais nous relever.

 

APRES LA MORT

Après la mort, la vie disparaît et la pensée ou l’âme avec elle. Si ce n’est pas le cas, on pourrait admettre qu’elle se dissout dans un grand tout informel, sorte de composante énergétique de l’Univers. Mais même en admettant que l’énergie vitale se résolve en énergie tout court, elle ne saurait se maintenir de manière autonome et indépendante, ne fut-ce que quelques temps. Tout ce qui permettait son existence concrète, les relations physico-chimiques qui animaient les cellules cérébrales sont interrompues et les substances organiques qui les composaient rapidement dissoutes.

Pour que la vie puisse persister après la mort, il faudrait qu’elle existe en dehors de ces substances organiques. Or ce n’est apparemment pas le cas. Accessoirement, comment jouir du paradis, ou souffrir de l’enfer si l’on n’a plus d’existence et d’enveloppe corporelle ? Plus de plaisir ni de douleur, plus de chagrin, ni de joie ou de contentement.

Les religions sont d’abord une tentative désespérée d’explication du mystère de la vie et de la pensée. Des tentatives de plus en plus sophistiquées, au fur et à mesure des avancées de la sagacité humaine, ne serait ce que pour tenter de répondre aux progrès de la connaissance. Mais en fin de compte, les religions ne sont que des constructions sans fondation, plaquées sur le vide de l’univers. Elles sont comme un décor de cinéma en carton-pâte, bordant notre réflexion. En définissant leur champ clos, les religions masquent  la réalité du néant. Elles prétendent nous protéger des vertiges du vide infini, mais elles enferment la pensée.

 

QUESTIONS FONDAMENTALES

De lui-même, tout système tend naturellement à s’équilibrer, à ralentir pour stopper son mouvement. Sauf, peut-être (ça reste à prouver) l’expansion de l’Univers lui-même. Dans la nature, un système vivant cherchera à occuper une niche qui lui soit spécifique et qui paradoxalement va le piéger. En l’aidant à assurer sa reproduction, à accomplir son objectif de vie, la niche rend le dit système dépendant et plus il s’adapte, plus il devient dépendant et s’enferme.

C’est également vrai pour n’importe quel corps social. En parvenant à un certain niveau d’aisance, il perd en motivation et en énergie vitale ce qu’il gagne en confort. De temps à autre, des événements extérieurs bouleversant surviennent, à moins que ce ne soit la libération explosive de forces intérieures trop longtemps contenues. Le système est alors déstabilisé, à nouveau déséquilibré, des failles apparaissent, par lesquelles la vie s’engouffre.

A défaut de laisser tomber tout notre confort (les hippies de ma génération ont essayé, sans grand résultat) on peut au moins tenter de garder l’esprit alerte. J’aime bien jouer avec les certitudes de mes contemporains, ou leurs habitudes, ce qui revient souvent au même. Rien de tel que quelques questions fondamentales pour vous remettre les idées en place et l’esprit d’attaque :

 

Si c’était le spermatozoïde le plus intelligent qui gagnait, et non le plus rapide, est-ce que l’humanité serait moins dans la merde ?

Pourquoi tant de haine ?

Si les chefs d’Etat réglaient leurs conflits comme les chimpanzés bonobos, en se tripatouillant mutuellement la zigounette, pourrait-on se passer de l’ONU ?

Pourquoi n’y a-t-on pas pensé plus tôt ?

Comment ça marche un four à micro-ondes ?

Le chiffre 13 porte-t-il bonheur ou malheur ?

Pourquoi moi ?

Pourquoi pas moi ?

 

ET SI ON ESSAYAIT L’INCROYANCE ?

Au XXIème siècle, il y a de moins en moins de personnes censées et cultivées, scientifiques ou philosophes, qui croient encore vraiment en un dieu révélé. Même parmi les théologiens, dès qu’on creuse un peu, le questionnement est la règle, mais la foi demeure souvent présente. Une foi épurée, dont la principale justification apportée par les érudits croyants peut se résumer au fait qu’elle serait nécessaire à l’homme. Elle est censée le rassurer, le civiliser.

Cependant, au vu des résultats pour le moins mitigés produits par des millénaires de croyance, on serait tenté d’essayer un peu l’incroyance, au moins pour un siècle ou deux ? Certes le marxisme a tenté le coup et l’on a vu le résultat. La révolution française avait aussi cru nécessaire de remplacer la foi religieuse par un culte de la nation, symbolisé par l’arbre de la liberté. Elle avait jeté les bases du patriotisme, décapité l’église et quelques milliers de curés. La sauvagerie de la Terreur n’avait pourtant pas empêché la survie de l’église. Pas plus que les persécutions catholiques n’étaient  venues à bout du protestantisme. Quant au patriotisme, c'est juste devenu la seule cause de mortalité capable de régater avec les fondamentalismes religieux pour la première place du classement des morts violentes.

Que ce soit en Russie, dans les pays de l’Est, en Chine, au Vietnam ou à Cuba, les marxistes ne sont pas davantage parvenus à extirper la foi de la conscience populaire. Tout au contraire, ils ont souvent du leur chute, au-delà de leurs propres contradictions et incapacités, à un lent travail de sape des églises.

Non seulement les massacres et les persécutions de croyants sont moralement inadmissibles, mais elles sont contre-productives. Elles acculent des personnalités de coeur et de qualité dans une opposition jusqu’auboutiste, au lieu de s’en faire des alliés précieux dans la perspective d’un combat progressiste.  

L’athéisme et la libre pensée marquent des points lorsqu’on laisse libre cours à la réflexion humaine. Lorsqu'’on donne aux gens les moyens et la connaissance nécessaire pour commencer à réfléchir par eux-mêmes. Combien d’élèves des jésuites – à commencer par mon père - sont sortis agnostiques voire même athées d’écoles où l’on apprenait simplement à réfléchir ?

 

SEPARER L’EGLISE ET L’ETAT

L’atmosphère de liberté actuelle permet à la pensée de progresser partout, mais favorise également le retour en force des intégrismes, le repli sur elles-mêmes des communautés et la montée en puissance de sectes de tous poils. Celles-ci excellent à exploiter le désarroi des personnalités affaiblies dans une période de crise. Une part importante et sans doute majoritaire de la population semble avoir besoin de croire en quelque chose, de rêver en la possibilité d’un avenir meilleur, sans avoir le courage d’y œuvrer, ou en craignant sans cesse de ne pas être capable d’y arriver seul.

La vogue des pèlerinages sur le Chemin de Santiago de Compostelle ressort de ce registre. Cela ressemble fort à de la superstition, base de tous les rituels religieux : agis comme dieu te l’ordonne et en échange il t’accordera son soutien. Evidemment, il faut y croire pour que ça marche, mais en médecine n’accorde-t-on pas automatiquement 30% d’efficacité à n’importe quel effet placebo ?

Heureusement, la société humaine évolue et s’émancipe. L’athéisme est la catégorie religieuse qui a le plus progressé en Suisse au cours des vingt dernières années dans les statistiques officielles, pour atteindre aujourd’hui 10% de la population. Elle a progressé plus que l’Islam, en dépit d’une importante immigration turque, bosno albanaise et nord-africaine.

Ceci dit, la condition sine qua non à l’existence d’une pensée libre, c’est le respect de la stricte séparation de l’église et de l’Etat. Un principe qui doit être réaffirmé, à Genève comme en France, ce qui aurait été impensable il y a 15 ans. Une séparation qui n’existe pas encore partout en Europe occidentale. Mais partout, la pensée libre fait son chemin, par ses propres moyens, dans le coeur et l'esprit des individus, quasiment sans propagande ni prosélytisme, contrairement à toutes les religions. C’est là l’essentiel.

La comparaison avec les premiers chrétiens est très certainement abusive. Les athées ne sont pas – pour l'instant – pourchassés. Ils ne courent aucun risque de finir brûlés ou sur la croix, tout au moins dans nos sociétés. Rappelons tout de même que des associations ayant pignon sur rue en Europe, comme l’Organisation des musulmans de Suisse, réclame la peine de mort pour les apostats en terre d’Islam. Dans nos sociétés, on peut s’exprimer et l’on doit pouvoir continuer à s’exprimer, en différenciant cependant l’énoncé des faits et l’humour ou la parodie, tolérés, de la provocation gratuite, discutable. Evitons d'agresser les croyants (quels qu’ils soient), même si la manière qu’ils ont d’endoctriner leurs enfants dès le plus jeune âge peut être fort choquante. Pour le leur faire remarquer, il ne sert à rien de les insulter. Ils se bercent d'illusions, et si l'on cherche à renverser le berceau, ils vont juste se mettre à hurler. Exposer nos convictions d'une voix calme et rassurante sera  beaucoup plus efficace.

L’essentiel est que la pensée libre progresse, à son rythme, individuellement, souterrainement s’il le faut. Elle débouche généralement sur un message de paix et d’ouverture. Nous n’avons qu’un seul monde, une seule vie. Aucun plan B, pas de solution de rechange. Rien d'autre à faire que de retrousser ses manches, ici et maintenant, pour faire de notre bref passage sur Terre le moment le plus agréable possible. Pour nous, nos enfants, notre famille, nos amis et tous les peuples de la Terre.   

 

MEDITATION EXTATIQUE

La pratique de la méditation modèle le cerveau. Contrairement à ce que l’on pensait il y a une trentaine d’années, les cellules cérébrales ne sont pas données une fois pour toutes. Neurones et dendrites mais aussi cellules étoilées – plus récemment découvertes - se développent en fonction des stimulations, pour répondre aux besoins : dès la petite enfance, notre cerveau se construit et s’affine pour répondre aux problèmes qui lui sont posés par l’environnement. Certaines zones vont ainsi se développer plus que d’autres, parce qu’elles sont plus souvent ou mieux stimulées. Exactement comme pour un entraînement physique.

Plusieurs zones peuvent travailler en parallèle, nous sommes partiellement multitâches. Mais en même temps, le cerveau travaille mieux lorsqu’il peut se concentrer sur une seule activité. Comme si les zones inoccupées pouvaient ainsi participer, au moins un peu, à l'effort et à la réflexion. Ne serait-ce qu'en n'ayant pas d'activités parasites susceptibles de brouiller les cartes. Les chercheurs ont récemment isolé la région du cerveau qui s’active au repos, lors d’une méditation. Cela se vérifie en enregistrant les ondes alpha dégagées par notre pensée.

Lorsque le cerveau est relâché – sous la douche, après une courte sieste ou un cycle de sommeil par exemple - il se concentre plus aisément sur une idée avec tout son potentiel. Son efficacité est alors décuplée. Plus important encore, lorsque le sujet médite souvent, l’importance relative de la zone afférente croit dans son cerveau. Il semblerait que la réflexion devienne alors de plus en plus performante. D’où l‘intérêt de la méditation régulière.

Cette plénitude cérébrale on peut la retrouver attachée à des sensations. Un solo de guitare, un moment d’émotion artistique, en musique ou au cinéma, ou même la simple contemplation du beau, peut générer un sentiment proche de l’extase. Comme la jouissance sexuelle, ou la danse, quand on swingue, peuvent approcher la transe, procurer une sensation de détachement du corps. Lorsque l’esprit plane ainsi, dans la méditation ou dans l’action, il contemple avec délectation ces instants de bonheur et de sensation intense. Les croyants attribuent cela à la foi, mais n’importe quel mécréant peut y parvenir.

Certains croyants diront que leur foi, leur illumination est d’essence supérieure, que l’on ne peut arriver au même résultat par des procédés profanes. Mais qui saurait être juge de l’intensité de la jouissance (ou de la douleur) de l’autre ? D’autres affirmeront que le mécréant reçoit ainsi la bénédiction divine sans le savoir… Même en accomplissant une œuvre qu’ils pourraient qualifier de diabolique ?

La sublimation, voire la mortification peuvent également permettre la béatitude. Occulter les traumas, apporter une sensation de bonheur et de plénitude, c'est l’une des fonctions des religions. Dopé à  l’extase, l’opium des peuples peut devenir une drogue dure. Le phénomène n'en reste pas moins physiologique, lié à des sécrétions de dopamine, commandées par des décharges électro-magnétiques. Personnellement, je préfère connaître le mécanisme de fonctionnement que d’y voir la manifestation d’une quelconque magie.

 

L’IDEE DIVINE

 

UN MONDE SANS DIEU

Vous l’aurez compris, à mon avis, dieu n’existe pas ! Si dieu existait, quel besoin aurait-il de s’occuper de nous ? Lui censé tout connaître, tout savoir, tout voir et tout entendre, même ce qui se dissimule derrière les murailles les mieux protégées ? Quand on sait tout d’avance, à quoi bon s’intéresser au comportement d’êtres dont on peut tout deviner ?

Ah mais justement disent les croyants, c’est pour cela qu’il nous a laissé le libre arbitre ! Pour mettre un peu de suspens dans son existence et se distraire de la manière dont nous utilisons notre liberté.

Admettons.

Il éprouverait donc le même intérêt que celui d’un môme jetant un scarabée ou n’importe quel petit animal au coeur d’une fourmilière? Juste pour voir comment il se débat, et surtout comment les fourmis réagissent ?  Et le plus souvent l’attaquent ? Drama is conflict dit-on à Hollywood. Rien de tel  que l’issue incertaine d’une bagarre ou d'une engueulade pour relancer l’histoire.

Dieu assisterait donc à un super match de boxe entre ses centaines de millions, puis aujourd’hui ses milliards d’administrés. Je pars évidemment du principe qu’il administre tous les êtres humains, et pas seulement ceux qui croient en lui. Drôlement balèze, dieu, parce qu’en même temps, qu'il observe 6 milliards de matches de boxe, il juge qui, parmi les fourmis et les lézards, aura droit au paradis. Et qui devra se contenter de l’enfer ou du purgatoire... Sans compter que si ça se trouve, il doit s’occuper aussi des vrais animaux.

Ce systématiquement, sans jamais s’arrêter, ni se reposer, ni partir jouer à autre chose. Ce dieu là, si on le découvrait dans un film, il aurait l’air d’un fou monomaniaque sérieusement handicapé par un grave délire obsessionnel. Il n’est plus le dieu de sa création, il en est l’esclave.

 

DU FOND DES AGES

L’idée même de dieu, c’est une très jolie histoire, mais cela m’a tout l’air d’être une pure invention de l’homme du fond des âges, qui grelottait de froid dans sa grotte. Une histoire passablement améliorée par son descendant, qui passait l’essentiel de ses soirées à rêver sous sa tente bédouine. Tellement améliorée qu’aujourd’hui encore, après quelques hésitations au XXème siècle, la foi semble être redevenue un mot qui inspire forcément le respect.

 Comme si l’acte de croire, en soi, était admirable. Mais c’est juste le choix d’une certaine facilité, ce qui n’a rien de particulièrement respectable. Ce n’est même pas un acte moral. On peut être un être moral et croyant, immoral et croyant, incroyant et moral… On peut même être incroyant et immoral… ça c’est moi, parfois… En tout cas, les deux termes de l’équation ne sont pas liés.

 

CRAC BOUM BIG BANG

C’est ainsi que tout a commencé… Par un  grand affrontement de particules et d’énergie, un chambardement de tous les diables, une explosion dantesque, Crash, badadoum ! Big… Bang !

Du moins c’est ce que disent les scientifiques. Parce que je n’y étais pas et qu’à vrai dire je m’en fiche un peu. En plus, il semble qu’ils ne soient plus tous d’accord avec cette fameuse théorie du Big Bang. Sans doute atteint-on là les limites à l’entendement humain d’un honnête homme de ce début de XXIème siècle. En plus, si Big Bang, il y a, qu’y avait-il avant ? Forcément quelque chose. Introduire la notion de dieu dans l’histoire ne change rien à l’affaire : qu’y avait-il avant dieu ?

En bon auteur de science-fiction, j’ai une explication : tout s’est passé en une fraction de seconde. Un minuscule trou noir, aux dimensions d’un atome infiniment compressé, est brutalement passé à l’échelle universelle. Une expansion folle, qui se poursuit sur sa lancée depuis un sacré paquet de milliards d’années. L’amusant dans l’histoire, c’est que de nouveaux trous noirs apparaissent sans cesse, ça et là dans l’univers. Ils ont pour vocation de se concentrer à leur tour de manière tellement forte qu’ils finiront tôt ou tard par exploser eux aussi, donnant naissance à chaque fois à de nouveaux univers, dans de nouvelles dimensions. En fait, l’apparition de la vie n’est qu’un incident de parcours dans cette histoire, dont le but ultime est l’autoreproduction des trous noirs… A ce stade de connaissance, l’explication en vaut une autre non ?

 

HUMANOCENTRISME

Je me souviens d’une dispute quasi théologique que j’eus avec Ernest Mandel, penseur belge – ce qui est loin d’être contradictoire – et internationaliste. C'était sur le gazon d’un campus de la faculté d’Aix en Provence et j’avais à peine 17 ans. Lui 50 ou 60 de plus. Il était alors « Le » philosophe de la IVème internationale, venu nous enseigner la bonne parole dans le cadre d’une « Ecole de Form » de la Ligue Communiste Révolutionnaire.

Ordonques, le jeune militant lycéen que j’étais n’était pas d’accord avec le vieux sage et le faisait savoir bruyamment. Je n’ai jamais su ce qu’il pensait vraiment de mon attitude, mais je subodore qu’elle lui plaisait. Il répondait du tac au tac, argumentait pied à pied, alors qu’il aurait fort bien pu s’offusquer et prendre de haut, ou laisser tomber, ce jeune blanc-bec impertinent.

Le thème de la dispute n’avait rien de politique, c’était bien plus fondamental que cela. Celui que je n’aurais jamais osé appelé « camarade Ernest » - bien trop familier, irrévérencieux et pour tout dire étranger à ma culture – prétendait que l’être humain était capable de résoudre toutes les questions qu’il était capable de se poser… ce qui me semblait, et me semble toujours, une manière quasiment déiste de voir les choses.

Je décelais, chez ce vieux « compagnon de route » (= qui avait connu et fréquenté Trotski), des relents de mysticisme que ma réflexion de jeune athée d’au moins 2ème génération ne pouvait accepter. Il remplaçait Dieu par l’humanité et c’était une vision du monde un peu courte, pour ne pas dire carrément ethnocentrique. Finalement, je rompis le combat, devinant que je touchais là une conviction profonde, comme lorsque l’on parle à un chrétien, qu’il soit catho ou Témoin de Jéhovah, un juif religieux, un musulman ou n’importe quel personne « croyante »…

C’est bien de cela qu’il s’agit. Comme me disait mon pote Aaron le scénariste, également un ancien de la LCR, en faisant le geste de la kipa emprisonnant le haut du crâne: « Il y a des gens qui ne peuvent vivre ( !) qu’avec une chape de plomb pesant sur le ciboulot, pour les empêcher de penser librement ».

Pourquoi vivent-ils ainsi ? Par peur ? Par structuration mentale, organique ? Ou par fêlure psychologique ? Sans doute un peu de tout cela à la fois, selon les cultures et les individus. Toujours est-il qu’ils forment une grande majorité de l’humanité, de cette humanité que Mandel voyait comme une entité un peu magique tandis qu’il me paraissait évident, en tant que jeune amateur de science fiction, que l’humanité n’était qu’une espèce intelligente parmi d’autres. Et que très vraisemblablement, dans cet univers ou dans d’autres, notre humanité sera supplantée tôt ou tard par une autre espèce, plus intelligente, plus économe ou plus puissante… Ou même peut-être par les machines autonomes, qu’un jour ou l’autre, nous allons construire.

 

DES OEILLERES VOLONTAIRES    

Il importe de discerner, parmi les croyants, ceux qui se contentent d’appliquer le dogme appris par cœur, et ceux qui le questionnent, mes frères et sœurs, qui n’ont d’autre certitude qu’un doute et des envies de réponse. Je suis toujours persuadé qu’Ernest Mandel avait tort, mais j’ai réalisé aujourd’hui qu’il avait aussi raison. A condition de retourner son hypothèse. Parce qu’effectivement, à l’inverse, ce qui paraît certain, c’est que l’être humain n’aime à se poser que les questions qu’il peut ou croit pouvoir résoudre. Et quand il devine qu’il n’y arrivera pas, il colle sur la question une réponse toute faite, de l’ordre du mysticisme. C’est juste une question de survie, pour ne pas se perdre dans d’insondables profondeurs que l’esprit ne peut affronter impunément, sous peine de s’y retrouver piégé. Et personne – en tout cas pas moi - ne souhaite arpenter indéfiniment ces étendues verglacées dans lesquelles se perdent les esprits les plus acérés.

 

AVANT LE BIG BANG

Selon les dernières théories de la physique quantique, visant à expliquer ce qu’il y a avant le Big Bang, le temps n’existe pas. A partir de là, les théories divergent, entre un univers qui bat la mesure, croissant et décroissant au rythme d’un temps qui n’existe pas, donc, ou alors des mondes parallèles, à dix dimensions, dont seulement trois nous sont perceptibles. Quatre en réalité avec le temps, cette dimension qui n’existe toujours pas mais qui, d’après  Einstein, est relative. Selon lui par ailleurs, l’univers est fermé, mais en expansion. Tout le monde n’est pas d’accord avec cette vision des choses. La notion de fermeture notamment est battue en brèche. Personnellement, je n’y ai pas été voir et m’abstiendrai donc de porter un quelconque jugement sur le sujet.

Les astronomes sont cependant d’accord sur un point important. Notre galaxie, la Voie Lactée, fonce droit en direction de la Nébuleuse d’Andromède, à la vitesse considérable de 500 000 km/h. Voilà qui décoiffe, mais heureusement comme notre petite planète bouge avec son environnement immédiat, on ne s’en rend pas compte. N’empêche, lorsque les deux galaxies vont se rentrer dedans et s’interpénétrer, il va y avoir du dégât. Même s'il y a un max d'espace entre les étoiles: les interactions, gravitation et autres vont sérieusement intargir...

Notre système solaire, la Terre en particulier, pourrait fort bien y rester. Heureusement, la distance qui nous sépare du point d’impact est encore gigantesque : 2,2 millions d’années lumières, soit 20 milliards de milliards de kilomètres. A la vitesse actuelle, 139 kilomètres par seconde tout de même – soit Genève Paris en 4 secondes, quasiment de la téléportation -  il nous reste encore 2,5 milliards d’années avant le grand Boum.

De quoi respirer et même recommencer un bon paquet de fois toute l’histoire de l’humanité. Pour autant que le temps, qui n’existe pas, existe tout de même, parce que s’il n’existe vraiment pas, 2,5 milliards d’années pourraient fort bien être égales à 2,5 secondes. Auquel cas nous serions sérieusement dans la panade. Je trouve tout de même que certains physiciens devraient sérieusement réfléchir avant d’asséner des vérités définitives comme « le temps n’existe pas ».

 

VOLONTE FINIE, HASARD INFINI

C’est précisément parce que cela bouge un max dans l’Univers que la présence d’une volonté déterminée est hautement improbable. Toute volonté finie engendrera forcément un désir de perfection, donc de finitude. Seule une volonté infinie pourrait engendrer un mouvement perpétuel, tel qu’il semble bien animer l’univers. Mais une volonté infinie, c’est contradictoire. Une volonté ne peut être que finie. L’infini est dépourvu de volonté, qui est l’expression d’une concentration en direction d’un but, l’infini n’est que hasard.

Comment contrôler toutes choses dans cet univers immense, et dans les autres, parallèles si ça se trouve, autrement qu’en étant l’univers lui-même ? Mais l’univers ne s’autocontrôle pas, en tout cas pas consciemment. Il est tout simplement. Ce qui ne signifie pas qu’il pense.

 

EVOLUTIONNISME

On a tendance à sous-estimer l’éducation scolaire, que l’on accuse pêle-mêle de tous les maux. Le fait est que l’école doit transmettre un message sans cesse plus complexe. Qu’il s’agisse de physique ou de philosophie, les schémas à comprendre et appréhender sont de plus en plus sophistiqués. Mais il est important que la libre pensée soit enseignée, au même titre que les religions. Plus important encore, le darwinisme et tout ce qui s’y rapporte doivent être présentés objectivement. 

Il n’y a pas qu’aux Etats-Unis que la question se pose. Il faut être vigilant, notamment dans nos écoles religieuses, quelle que soit leur confession. Les sectes chrétiennes et les intégrismes islamistes ou hassidim zapperaient volontiers la question. Même le nouveau pape et l’Opus Dei sont prêts à s’engouffrer dans la moindre brèche. Les enfants comme les adultes doivent avoir la liberté de croire en ce qu’ils veulent et l’enseignement se doit de rester objectif. Les éducateurs ont pour mission d’expliquer ce que pense la science et ce qu’affirment les différentes révélations. Libres à chacun de choisir ensuite.

 

 

LA FOI EN QUESTION

 

SAUVE PAR LE GONG

Il n'est pas obligatoire d'être croyant pour avoir des règles morales et s'y tenir. Même le plus fondamentaliste des croyants est obligé d'en convenir. Comme par ailleurs il existe plusieurs liturgies bien différentes prétendant toutes à la vérité, l'agnostique honnête désireux de rencontrer dieu ne peut décemment en choisir une sans risquer de froisser les autres. Par ailleurs un dieu qui refuserait de sauver les âmes élevées dans d'autres religions, ou nées et mortes avant même l'invention du monothéisme, ne serait qu'un dieu capricieux et sans envergure. Un dieu sans intérêt dont nous serions les jouets.

« Pour que les dieux s'amusent, il faut que les humains tombent de haut » a dit Cocteau...

La logique voudrait au contraire que l'on puisse être sauvé sans avoir besoin du secours de la religion. Ainsi je considère être un homme de bien, qui fait ce qu'il peut pour rester droit, avec sans doute beaucoup moins d'hypocrisie qu'un bon paquet de croyants que je connais. C'est évidemment mon opinion, qui vaut ce qu'elle vaut, mais je la partage et mon coeur est le seul juge qui soit au courant de tout... Dès lors je veux bien être sauvé si dieu existe. Dans l'instant présent, je n'y crois pas, mais je veux bien qu'il me prouve son existence. C'est ma position depuis toujours, mais à ce jour je n'ai reçu aucun message compréhensible.

Partir du principe que je dois croire d'abord ne me paraît pas pertinent. Cela sous-entendrait que le doute est mauvais. Qu'il est le mal à priori. Or je ne vois pas pourquoi. Le doute est une vertu essentielle à la survie, dans la jungle comme dans la ville. De même, d'après chacune des religions, je devrais pratiquer « leurs » préceptes qui sont « LE » bon moyen d'entrer en communion avec dieu. Sans preuve aucune de ce que l'une ne soit meilleure que l'autre. A la limite, pour plus de sûreté, je devrais tenter de les pratiquer toutes en même temps... Cela présenterait l'avantage d'offrir de longs week-ends: du jeudi soir au lundi matin...

Ce serait évidemment contradictoire avec le concept même de religion. L'Islam explique d'ailleurs carrément que l'important est moins l'acte que la foi. Quelque soit le nombre de bonnes actions accomplies et la conformité du mode de vie avec les préceptes divins, un ermite de grande foi aura priorité d'accès au paradis sur un homme de bien dont la foi serait vacillante.

Il serait donc fondamental de croire. Dans quel but ? Si je crois et que je commence à faire le mal, n'est-ce pas une circonstance aggravante? Et si je me considère comme perdu, ne serais-je pas tenté d'aller au plus profond du mal ? Les animistes sont plus directs. Si le fétiche qu'on vous a attribué ne marche pas, c'est que vous avez commis de mauvaises actions. L'hypothèse que le sorcier soit mauvais n'est pas retenue comme pertinente.   Selon cette logique, si je ne suis pas contacté, c'est tout simplement que je ne le mérite pas.

 

DIEU EST-IL MECHANT ?

Si l’on en croit Stendhal, « la seule excuse de dieu, c’est qu’il n’existe pas ». Cri du cœur d’un romantique accablé par la misère du monde. Or toutes les religions adoptent le postulat selon lequel dieu serait un océan de bonté. C’est que l’une des fonctions essentielles de la religion consiste à servir à la fois d’opium au peuple et de puissant ciment social. Dieu est le principal argument pour inciter le commun des mortels à se conduire de manière morale. La fonction créant l’organe, toutes les religions partent du  même postulat. Dieu est amour. Même si le dieu des israélites peut être parfois puissamment colère, il a toujours une bonne raison. Soit ce sont les ennemis d’Israël qui l’ont mis en boule, soit ce sont les juifs eux-mêmes qui ont déconné.

Lorsqu’il existe un diable, ou un deuxième dieu méchant, comme chez les bochimans, il est toujours de rang inférieur. Le patron, le vrai dieu, lui est bon. Pourtant, rien ne le prouve.

Rien ne prouve non plus que dieu, qu’il soit bon ou méchant, récompense la bonté, du moins en ce monde. Pour ce qui arrive après la mort, il ne s’agit même pas de ouï-dire, mais de pures supputations, donc mieux vaut écarter la question pour nous concentrer sur notre monde réel. Et là, statistiquement rien, absolument rien, n’a jamais prouvé qu’on s’en sortait mieux en faisant le bien que le mal.  Au contraire. Les riches et les puissants sont rarement des gens vraiment gentils. Sinon, ils ne seraient ni riches ni puissants. Pour s’enrichir, ou acquérir du pouvoir, il faut posséder une forme d’esprit qui soit plus axé sur l’accumulation et l’égocentrisme que sur le partage. Ce n’est pas un jugement de valeur, c’est un constat.  

Cela ne signifie pas pour autant que les pauvres soient forcément des gens biens, mais c’est un tout autre sujet.

Hormis quelques cultes assyriens mal connus et diverses déviations du côté de la sorcellerie, l’humanité n’a que rarement, très rarement, imaginé que dieu était mauvais. Qu’il mettait les gentils en enfer après la mort et les méchants au paradis par exemple. Or pourquoi pas ? Si l’on admet le principe de l’existence d’un dieu ayant inventé tout ce foutu système, on est bien obligé de reconnaître que la bonté ne semble pas être son principal critère.

Créé ou non, le monde est imparfait et force est de reconnaître que la société humaine l’est tout autant. La vraie question qui se pose aujourd’hui à l’humanité, c’est de savoir si elle parviendra à faire mieux, par la concertation et la réflexion, que la nature laissée en liberté.

 

BIENHEUREUX

La croyance en Dieu repose sur un  acte de foi. C’est même revendiqué par les croyants dont un certain nombre sont ainsi atteints, un beau matin, par la grâce divine qui les illumine tout entier. J’en ai rencontrés quelques uns, dans ma carrière journalistique, qui prétendaient avoir rencontré dieu. La plupart paraissaient effectivement nimbés d’un aura de béatitude, genre sourire permanent, qui aurait pu les faire passer pour des benêts.

C’est complètement indépendant du choix de la religion. Tout ceux qui pensent avoir rencontré leur dieu sont dans le même état. Même Ben Laden, sur ses vidéos, a l’air d’un bienheureux et Bush aussi d’ailleurs. Cependant, cela ne prouve rien. Moi aussi, lorsque je me lance dans un nouveau projet, que l’on trouve mon idée géniale et que j’y crois, même si quelque part je doute, moi aussi, j’irradie la joie de vivre et j’ai une pêche d’enfer. Même mon ex-femme le disait, qui désapprouvait par ailleurs l’aspect fortement aléatoire de mes revenus.

Cela ne prouve pas que mes projets soient d’essence divine. C’est juste que j’y crois et que le fait d’y croire m’enthousiasme. En général, sur le plan professionnel, mes projets sont des films. Des fictions ou plus souvent des documentaires, pour lesquels il me faut aller chercher des investisseurs du côté des télévisions. Evidemment, si le responsable des achats et coproductions de la chaîne ZZZZ préfère donner les sous au 23ème projet nul de sa copine plutôt qu’au mien, là je déprime. C’est normal.

Cela ne prouve pas pour autant que mes projets soient mauvais, mais juste qu’ils ne correspondent pas parfaitement à la ligne éditoriale et aux besoins de la chaîne, ou alors que le responsable des achats et coproductions de la chaîne ZZZZ est soit un incapable, soit un salopard et peut-être même les deux. Accessoirement, s’il y avait une justice dans l’au-delà, il serait puni et n’irait pas au Paradis, ce qui personnellement me ferait une belle jambe, d’autant que la notion de vengeance n’est pas très chrétienne.

Comme je ne crois pas au Paradis, je suis évidemment handicapé par rapport à celui qui y croit. Il m’est nettement plus difficile de me maîtriser, d’admettre l’oppression ou l’injustice. J’ai tendance à rejeter la fatalité. Le croyant, lui, se contente de tendre l’autre joue, de dire merci et de renvoyer un autre projet, toujours avec le même sourire béat, puisqu’il est inondé de lumière et qu’il croit en Dieu, plus qu’en son projet à lui.

Moi je tends la main, je dis merci, et je renvoie aussi un autre projet, mais mon sourire s’est figé en un rictus prêt à mordre à la première occasion. Sauf que le responsable des achats et coproductions de la chaîne ZZZZ , s’il ne sait pas juger de la qualité d’un projet, sait en revanche parfaitement tenir à l’écart toutes les dentitions carnassières prêtes à s’en prendre aux parties charnues, ou moins charnues, de son anatomie. Je n’ai donc quasiment aucune chance de parvenir à y planter mes crocs.

C’est précisément à cela que ça sert, le Paradis, dieu et toute la mythologie: à dévier les aigreurs, à assouplir les ressentiments. Avec des avantages et des inconvénients. Cela met de l’huile dans les rouages,  facilite la vie de ceux d’en bas en leur évitant de se révolter à tout bout de champ,. Cela facilite aussi la vie de ceux d’en haut, en leur évitant d’avoir à se coltiner des révoltes toutes les demie heures.

A l’inverse, ne pas croire en dieu réduit notablement la part de fatalisme qui est en chacun de nous, nous pousse à trouver des solutions par nous-mêmes, bref à nous remuer les fesses pour y arriver seuls, ici et maintenant. Avec le risque d’une remise en cause fondamentale, voire d’un découragement absolu en cas d’échecs répétés. Pas moyen de se consoler en pensant : je suis dernier et je m’en fous de rester dernier toute ma vie en encaissant les coups, parce qu’après ma mort, je vais passer premier…

 

MIRACLE ET VOLONTE

André Malraux, qui se gourrait souvent, avait parfois raison. En ce XXIème siècle, l’irrationnel effectue un retour inattendu au premier plan. Même l’église catholique ose aujourd’hui à nouveau crier au miracle. Un médecin est ainsi chargé de tenir le compte exact des guérisons miraculeuses dûment enregistrées à Lourdes.

Il y en a eu quelques dizaines en un peu plus d’un siècle. Des guérisons ou plutôt des rémissions aussi soudaines qu’étonnantes. Mais curieusement, seul un certain type de maladies est concernée. Toutes celles qui d’une manière ou d’une autre peuvent faire intervenir le patient lui-même, par des phénomènes psychosomatiques ou immunitaires, donc explicables. Pour des conséquences d’accidents, ou des dégénérescences dues à des maladies génétiques, par exemple, il n’existe aucun miracle recensé.

 

L’AME HUMAINE

La capacité de créer une œuvre et de la transmettre, c’est l’unique miracle de l’âme humaine. A part cela, nous sommes juste un peu plus intelligents que des cochons ou des pieuvres. Nous possédons aussi des mains dotées de pouces opposables, ce qui est une trouvaille technologique majeure. Les seules à nous suivre, rayon habileté, ce sont les pieuvres grâce à leurs huit bras préhensiles, ce qui leur permet d’être l’unique animal à réussir le test du bocal de cornichons.

Le bocal contient un appât appétissant (sinon ce ne serait pas un appât) que l’on ne peut atteindre qu’en dévissant le couvercle. Evidemment, des dauphins armés de leurs seules nageoires et de leur nez proéminent ont le plus grand mal à y parvenir. Du coup, certains zoologues affirment que les pieuvres sont plus intelligentes que les dauphins, ce à quoi les delphinologues répliquent que leurs flippers favoris disposent d’un langage articulé, ce qui ne semble pas être le cas des octopodes gélatineux à ventouses. Qui font par ailleurs d’excellents tapas, alors que le dauphin dans les boîtes de Thon, j'aime moins.

Les pieuvrologues rétorquent que peut-être, mais qu'octopussy dispose de capacités d’adaptation à son environnement tout à fait hors du commun. De même que son cousin le calmar, fervent adepte du mimétisme. Et que cela définit généralement l'intelligence.

Cette polémique prouve plusieurs choses :

a)           On peut être zoologue et con.

b)           En matière de sciences, il ne faut jamais faire confiance aux chercheurs avant d’avoir examiné leur méthodologie sous toutes les coutures, surtout lorsqu’il s’agit de sciences inexactes. Davantage encore lorsque les médias s’en mêlent ; je le sais, j’ai été journaliste scientifique.

c)           La plus grande intelligence du monde est handicapée si elle loge dans un corps manchot

d)           L’intelligence seule ne suffit pas et pour se développer, une espèce doit réunir plusieurs facteurs.

e)           Une espèce de champignons arboricole aurait très bien pu développer une forme particulièrement sophistiquée d’intelligence basée sur la communion télépathique, mais s’ils demeurent immobiles et muets nous risquons de ne JAMAIS nous en apercevoir.

 

OUBLIER DIEU

Dieu n’existe pas. Ou, s’il existe (ce que je ne crois pas), il intervient si peu en ce bas monde que c’est comme s’il n’existait pas.

Donc il faut agir en conséquence et se comporter comme de grands garçons et de grandes filles, majeurs et pas forcément vaccinés, mais debout, autonomes et orphelins. La résilience ne sera pas forcément facile, mais il faut en passer par là. L’essentiel étant de parvenir à oublier tout ce fatras qui nous pèse, pour vivre enfin en adultes responsables.

Qu’a-t-on à y gagner ? La liberté, ce qui n’est déjà pas si mal et peut-être la paix, ce qui serait encore mieux. La religion dépasse la bêtise, l’argent et le sexe au hit parade des causes de violence les plus fréquentes. Ce n’est pas en soi une raison suffisant à la supprimer. La bêtise, l’argent et le sexe aussi, on aurait bien du mal à les supprimer.

La bêtise, ce serait génial, mais apparemment impossible : c’est sans doute la chose au monde la plus équitablement répandue. Tout le monde en a sa part. Même moi qui vous écris, d’après ma douce ex-moitié, par moments, j’en tiens une sacrée couche…

L’argent ce serait difficile. Et puis ce n’est qu’un outil transactionnel. Même si l’on en revenait au troc, l’appétit de puissance, le goût pour le luxe et l’accumulation ne disparaîtraient pas. Il y avait des puissants et des riches et des plus pauvres jusque dans les sociétés amérindiennes archaïques. Donc autant garder l’argent, le pognon, le flouze, le blé, la monnaie, la thune, le fric…

Le sexe, qui pourrait chercher à le supprimer ? Ah bien si, justement, décadence ultime, il y en a qui prétendent s’en passer. Les cons. Il se trouve qu’au niveau des plaisirs, c’est quand même ce que l’on fait de mieux et de plus économique. A moins de le payer bien sûr. Sa gratuité théorique, donc son acessibilité, en fait paradoxalement le moteur essentiel de notre société de consommation. Accessoirement,  c’est aussi notre moyen de reproduction principal, pour quelques temps encore.

Reste la religion, qui depuis qu’elle existe, a joué un rôle dans plus de 90% des conflits de la planète. Sacré bilan pour des idées censées amener la paix, le bonheur et l’amour, ce que toutes les grandes religions ont à priori en commun!

 

DEBRANCHER LA MACHINE

Si la réponse à la question « devrait-on s’en passer ? » semble bien être oui, la réponse à la seconde question « peut-on s’en passer ? », paraît moins évidente. La religion a en effet une fonction et même plusieurs, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle a été inventée. Répondre à l’angoisse de la mort dans un premier temps, mais là n’est plus l’essentiel. On vit beaucoup mieux, en tout cas très confortablement, lorsque l’on a admis qu’après la mort, il n’y avait rien, mais alors là, rien de chez rien. Que ce rien, forcément, est aussi inodore qu’incolore et sans saveur. Qu'il ne peut donc pas faire de mal.

Il ne peut pas faire de bien non plus, mais on s’en fiche puisqu’on est mort. Ma foi, il m'apparait assez réconfortant de savoir qu’en cas de pépin insurmontable, ou par trop douloureux, il est toujours possible de débrancher la machine. Clac. On éteint.

Encore faut-il qu'il soit temps. Je me souviens de ma deuxième noyade manquée. Je devais avoir une dizaine d'années et n'avais jamais encore traversé un bassin entier, mais je m'étais mis dans le groupe des « nageurs » à la piscine, avec l'école. Le premier aller se déroula sans problème, mais au retour, au milieu de la piscine, je fus pris d'un mouvement de panique. Je commençais à me débattre, bu la tasse, une fois, deux fois. Je n'allais pas bien du tout et apparemment personne ne s'en était aperçu.

C'est alors que je ressentis très clairement ce que je devais faire: me calmer, arrêter de gigoter, reprendre tranquillement, lentement, les mouvements de brasse qui m'avaient permis de traverser, déjà une fois et demi cette longueur interminable. Je sortis de l'eau tout seul, comme un grand, crachotant encore, mais sans que personne ne se soit rendu compte de rien. Et depuis, je suis comme chez moi dans l'eau. Enfin presque. 

La seule fois où je me suis vraiment senti comme chez moi dans l'eau, persuadé d'y être comme un poisson, c'était en Corse, à Porto, j'avais 16 ans et j'étais sous acide. Un petit LSD rose me faisait découvrir les fonds marins, en apnée, sous un jour vraiment nouveau. De temps à autre, je me disais: « tiens je devrais peut-être monter respirer ». Moment de grand calme et d'une totale plénitude, qui contraste résolument avec d'autres expériences ultérieures avec le même produit. Des instants de flip extrêmement désagréables qui m'ont heureusement convaincu d'arrêter ces conneries.

L'instinct de survie, le fait de savoir jusqu'où ne pas aller trop loin et comment donner le coup de pied au fond de la piscine, qui vous éjectera à l'air libre, sont parfaitement compatibles avec la non-angoisse de la mort. Tant qu'il me reste des choses à réaliser ou à tester, et des pistes pour m'en sortir, j'ai l'envie d'y goûter.

En attendant que toutes les pistes soient fermées, ou simplement que la douleur soit trop forte, autant vivre bien, et même du mieux qu’on peut. Pour moi, mais c’est un choix personnel, cela implique – entre autres - de laisser une trace, d’apporter ma pierre à l’édifice du savoir et de l’humanité. Fût-ce un grain de sable minuscule, une particule de poussière élémentaire. Le présent ouvrage est précisément censé y contribuer.

 

LE GRAIN DE SABLE

Quand je disais cela à mon ex-épouse, qui contrairement à moi, a reçu une éducation religieuse, plus précisément catholique, elle me disait que c’est très catho, le coup de la petite pierre, minuscule grain de sable… Ce qui nous ramène au propos principal de ce chapitre : la religion a aussi du bon, de l’utilitaire, et c’est du côté de la morale qu’il faut aller le chercher.

Morale individuelle et morale sociale. Car si l’on ne croit pas en l'être suprême prêt à vous châtier dans l’au-delà, qu’est-ce qui peut vous retenir de céder à la tentation ? Ou vous inciter à faire le bien plutôt que le mal ? La religion pose des jalons, place des bornes à ce que l’on peut faire ou ne pas faire et nous incite à respecter les  principes de base.

Parce que même si l’on ne croit plus vraiment à l’enfer, dans nos sociétés européennes agnostiques, on a tous encore quelque part, chevillée au corps, l’idée force que si l’on fait le bien on sera récompensé, tandis que l’on sera puni si l’on fait le mal… Même Labiche l’affirme, et 99% des auteurs de western avec lui… Sauf que dans la vraie vie ça ne fonctionne pas comme ça.

D’où l’invention géniale du concept de punition et de récompense dans l’au-delà, par des types qui souhaitaient mettre un peu d’ordre dans les débordements inégalitaires de leur époque respective. Par exemple en condamant l'esclavage, dans le cas de Jésus, ce qui fit son succès dans l'Empire Romain...

Apparemment, tous ses successeurs n’étaient pas du même avis, et pour justifier l'esclavage, ils inventèrent ce concept étonnant : dénier une âme aux esclaves !

 

 

APRES LA MORT

 

SAINT PIERRE

Qui dit récompense et punition dans l’autre monde, dit tri à la porte du Paradis. Pour l’imagerie catholique traditionnelle et quelques vieux bigots, ce n’est pas à Dieu de se préoccuper de qui entre et sort. Il laisse cela à Saint-Pierre, à qui il a remis les clefs. 

J’aimerais tout de même savoir, dans ce cas, qui a jugé les myriades d’êtres humains ayant précédé la naissance dudit Pierre? Et comment fait-il aujourd’hui, ce brave homme, si bon apôtre qu’il soit, pour juger équitablement les deux ou trois personnes qui meurent à chaque seconde sur notre planète? Chaque seconde, 24 heures par jour, 365 jours par an, sans interruption depuis 2000 ans ? Sans aucune perspective d’avancement ni congé payé, pour les milliers d’années encore à venir… Jusqu’à ce qu’un cataclysme genre extinction du soleil, attaque extra-terrestre ou victoire finale sur la Terre entière d’une religion rivale avançant voilée ne vienne mettre fin à sa tâche harassante... A sa place, j’enverrai en douce des anges faire avancer la cause de l’Islam, histoire de respirer un peu. Parce qu’à ce rythme-là, s’il n’était pas fou au départ, Saint-Pierre, il a du le devenir depuis...

 

LA PARABOLE DU PROF DE SKI

L’Islam des premiers âges, très moderne à l’époque, a inventé le concept du passage automatique. Si l’on meurt en combattant pour la gloire d’Allah, allez hop, pas de jugement, on passe direct. Comme lorsqu’on est avec un moniteur de la station, à la file du téléski.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi je trouve ça particulièrement injuste les couloirs réservés aux moniteurs des écoles de ski. Il suffit de payer un bellâtre à l’accent local en combinaison voyante pour ne plus avoir à faire la queue. Je connais des gens au portefeuille bien garni, qui skient comme des dieux (parce qu’un Dieu, forcément ça skie divinement) qui se paient un bellâtre à la journée, rien que pour ne pas avoir à faire la queue. Evidemment, il y a une raison. Au prix où il paie le bellâtre, si le client doit attendre dans la file durant la moitié de son cours, il va drôlement râler, et il aura raison.

Pour l’Islam, c’est pareil, il y a une raison aussi. Mourir pour une cause, ce n’est pas rien comme décision, et le moins que l’on puisse faire, lorsque l’on demande pareille abnégation, c’est de donner quelque chose en échange. Cette trouvaille explique, presque à elle seule, l'expansion spectaculaire de l'Islam, aux dépens de l’Empire Romain d’Orient et des royaumes d’Asie Mineure. Presque, car il y a aussi d'autres explications sur lesquelles nous reviendrons.

Aujourd'hui encore, le Djihad et sa récompense automatique exercent un attrait certain sur l’imaginaire de bien des musulmans. Et une crainte compréhensible, atavique, chez les non-musulmans. Les autres grandes religions, bouddhisme, hindouisme ou christianisme préféraient généralement la voie des missionnaires et des prédicateurs. Une route plus longue et sinueuse, mais plus pacifique, même s’il y eut des exceptions sanglantes.

La religion hébraïque, qui tend à se refermer sur elle-même lorsqu'elle se considère comme réservée au peuple élu, ne pratique plus guère le prosélytisme. Cela n'a pas toujours été le cas. Il y a 2000 ans, les conversions à l'unique religion monothéiste de l'époque étaient nombreuses, dans tout l'Empire romain. L'Empereur Théodose y a mis fin, interdisant le prosélytisme, ce qui fut intégré très profondément par la religion juive, principale concernée.

Certaines recherches historiques menées aujourd'hui en Israël expliquent par la conversion de populations autochtones, plutôt que par l'exode, la forte présence juive en Europe de l'Est, dans la péninsule arabique et en Afrique du Nord. Corolaire, les Palestiniens seraient souvent d'anciens juifs convertis au christianisme arianiste ou nestorien, puis/ou à l'Islam. Là encore nous y reviendrons.

 

TICKET DIRECT

Concept militaire révolutionnaire, l’accès direct au paradis pour les combattants valeureux assurait un avantage certain à l’Islam, jusqu’à ce que le christianisme s’y mette à son tour pour lui barrer la route. Auparavant, pour accéder au paradis chrétien, mieux valait mourir en martyr. Du coup les deux religions se complétaient admirablement : les musulmans occissaient les martyrs à tour de bras, qui se laissaient décimer sans broncher, et tout le monde, heureux, accédait au paradis. Depuis Saint Maurice, le centurion du Valais, c’était devenu une vraie tradition chrétienne de se laisser décimer. Seulement après la perte de l’Afrique du Nord et de l’Espagne, les chefs chrétiens finirent par s’apercevoir qu’avec ce système, si tous les chrétiens morts se gobergeaient en masse au paradis, il n’y aurait bientôt plus un seul chrétien vivant sur Terre.

D’où l’invention du chevalier combattant, susceptible d’accéder lui aussi au Paradis, avec rémission automatique de ses pêchés s’il mourrait pour le tombeau du Christ. Même s’il avait violé femmes et enfants auparavant. Le concept était assez peu chrétien, mais c’était devenu une question de vie ou de mort pour l’église. Nous devons à cette entorse gravissime au dogme du « tends l’autre joue » de n'être pas tous devenus musulmans ou martyrs. Les croisades et la Reconquista pouvaient commencer.

 

PAS DE HOURIS POUR LES SOURIS

Si l’on en croit la tradition musulmane, au paradis, le service est supérieur à celui des plus fastueux 5 étoiles : du miel à s’en pécho le diabète, des fruits délicieux à profusion, et surtout, des tas de houris plus sexy les unes que les autres, spécialistes de gâteries en tous genres. On les imagine drôlement inventives, les houris, parce que leurs héros, elles sont censées leur réveiller les sens durant toute l’éternité. J’espère au moins qu’elles sont syndiquées, là-haut, parce que franchement, esclave sexuelle jusqu’à la fin des temps, ce ne doit pas être rose tous les jours.

Ce n’est pas le seul truc qui me chiffonne. Les combattantes qui meurent pour l’Islam sont-elles moins méritantes que les mecs ? J’aurais personnellement tendance à penser qu’elles le sont davantage, parce que entre nous, mourir pour l’Islam, quand on est une femme, quelle abnégation! Or les pauvres n’ont pas droit du tout aux mêmes avantages. Une jeune sénégalaise que j’entendais interviewée à la radio expliquait qu’à son avis, au paradis des musulmans, il doit y avoir aussi des jeunes hommes vigoureux pour assurer le plaisir de ces dames, parce qu’il n’y a aucune raison que la jouissance soit réservée aux mâles. Elle avait parfaitement raison, mais quelqu’un a-t-il déjà vu dans le coran la moindre allusion aux gigolos prévus à cet effet ?

Tous les exégètes du coran ne sont cependant pas d’accord avec l’histoire des houris. Pour certains, il s’agit d’une erreur de traduction, le terme précisant plutôt le type de pâtisseries au miel réservées aux croyants dans l’au-delà. Sauf que pour motiver des mecs à se battre, à la veille d’une bataille rangée au cimeterre et à la lance, leur promettre des croissants au miel, cela faisait un peu quiqui et j’aurais personnellement tendance à penser que l’erreur de traduction devait être souvent volontaire, dans la bouche des officiers occupés à motiver les troupes du Jihad    

Ce qu’il y a de pratique avec le Coran c’est que selon la matière dont on souhaite l’interpréter, ou selon la personne qui l’interprète, on peut quasiment y trouver tout et son contraire. D'autant qu'en traduction littérale, la langue du livre est franchement assez hermétique. A côté, Deleuze et Guattari, c'est du B A BA pour demeurés.

Le paradoxe est que cette dispersion des interprétations serait logique dans une tradition de tolérance et d’ouverture au monde, mais dans une théocratie qui entend dicter sa conduite à l’être humain dans les moindres détails de sa vie quotidienne, cela surprend…

La diversité des interprétations ne semble pas s’être réduite ces derniers temps. D’un côté, des érudits renommés s’acharnent à faire une lecture humaniste et pacifique du coran. De l’autre, une poignée de fanatiques, souvent peu instruits, râbachent à l’envie les couplets les plus extrémistes. Pour ces derniers, donc, la récompense ultime du combattant musulman mâle moyen n’est pas d’avoir des relations sexuelles librement consenties avec une femme amoureuse de lui. Une femme qui en aurait vraiment envie, de ce genre d’envie qui vous illumine une nuit d’amour pour toute votre vie. Non, le truc de la houri, cela signifie se faire servir sexuellement par une sorte d’esclave dédiée à son entière dévotion.  Ce qui peut n’être pas mal non plus, mais qui n’est pas du tout la même chose.

Remarquez, la vision catholique (ou protestante) de la chose n’est pas forcément plus réjouissante, puisqu’au lieu de chair fraîche et renouvelable, les chrétiens et les chrétiennes, si tout va bien, retrouvent au Paradis leur douce moitié. Ce qui peut-être souvent super cool, mais qui dans certains cas ne doit pas constituer une perspective particulièrement enthousiasmante. Cela prend combien de temps, une procédure de divorce au paradis ? Ou bien est on condamné à se farcir ad vitam eternam celui ou celle que l’on a peut-être choisi(e) dans un moment d’égarement ?

Ceci dit, rien n’est jamais simple en ce bas monde et l‘Islam, dans son acception la plus répandue, a beau traiter la moitié féminine de l’humanité comme une engeance inférieure, il a aussi engendré, en d’autres temps, de merveilleux poètes qui ont su rendre grâce aux femmes, des esprits féconds et civilisés qui ont fait progresser les sciences et la médecine et nous ont transmis les savoirs de l’antiquité.

 

LA FILLE DE DIEU

Concrètement, tout ce gigantesque fatras des religions ne repose que sur les déclarations d’hommes (jamais de femme !) qui, voilà bien des siècles ont annoncé qu’ils étaient, chacun à son tour, l’envoyé spécial de dieu... Tous à ce moment là ont prétendu être le dernier, le vrai, les précédents n’étant que des imposteurs, ou des envoyés de rang intermédiaire.

Jésus avait fait très fort avec son personnage de Fils de Dieu, qui au passage rendait quand même plus ou moins cocu le brave Joseph, ce qui n’est pas franchement catholique. Malgré cela, Mohammed avait tout de même trouvé le moyen de lui succéder. Avec l'appui des Arianistes qui croyaient en Jésus, mais en tant que prophète uniquement. Et puis soudain, depuis 14 siècles, durant lesquels il s’est pourtant passé un maximum de trucs, plus rien. Pas le moindre petit signe.

Entre nous, des gens qui se pointent, un beau matin, en prétendant: « Je suis Dieu », ou son fils, son neveu, son prophète, ou son messie, il y en a presque tous les jours. On n’entend guère parler d’eux, parce qu’ils se retrouvent illico presto enfermés dans une camisole de force, ou alors complètement lobotomisés par une absorption massive et répétée de sédatifs. Or que se passerait-il si le fils de Dieu (ou son prophète, ou son messie… ou sa fille ?) était vraiment parmi eux ? Logiquement, il devrait faire un petit miracle, dénouer les bras de sa camisole rien qu’en bougeant les oreilles et s’emparer des studios de CNN sans tirer un seul coup de feu... Mais cela ne se produit jamais.

Il y a bien eu quelques apprentis prophètes qui sont parvenus à faire parler d’eux, comme  celui des mormons et son collègue des Bahaïs, mais rien qui soit réellement susceptible de changer la face du monde.

 

VIVE LE PARADIS

Le paradis demeure « le » truc imparable assurant à tout coup le succès des divers types de croyance en Dieu. Si l’on vous assure que moyennant quelques principes à respecter ici bas, votre vie après la mort sera comme d’avoir gagné au loto, mais en mieux et pour toute l’éternité, c’est sûr que ça fait sacrément envie. Evidemment, c’est la base de toute escroquerie : faites croire à un gogo qu’il va accéder – à prix cassés - aux biens de ce monde qui le font rêver et vous lui  vendrez n’importe quoi.

Ceci dit, je trouve assez insipide et surtout passablement vieillotte la notion de Paradis véhiculée par les livres saints. Non seulement, on nous impose des règles de vie ici bas, mais on nous en impose encore là-haut : du miel (bonjour les dents) et des houris pour certains, ou du miel et pas de houris, mais des animaux sympas, des petits nuages roses et bleus et de la bouffe à profusion pour d’autres. Rien que des produits naturels évidemment... Mais peut-être bien que l’on n’a pas le droit de les manger : ce serait gourmandise…

Le paradis, c’est comme une île déserte, mais remplie de gens sympas. Enfin j’espère, parce que si ça se trouve, il y a plein de cons aussi. Après tout, les gens les plus gentils ne sont pas forcément les plus malins. Mais au paradis, on doit  être obligé de les trouver sympas. Comment se débarrasser d’un pot de colle dans cet endroit de rêve ? Un pot de colle dont les désirs se résument à vous tenir la jambe toute la semaine... Ou tout le mois, ou toute l'année. Et qui pourrait lui interdire de faire ce qu'il veut au paradis ?

Comme sur une île déserte, il ne doit y avoir ni cinéma, ni spéciale de rallye où foncer comme un malade – d’autant plus qu’on ne risque plus rien – ni piste de ski à dévaler à fond les manettes sur une neige toujours optimale, encore moins de navette spatiale, à diriger vers les étoiles puisqu’on a l’éternité. Il y aurait pourtant des tas de trucs vraiment sympas et originaux à essayer, mais le paradis, d’abord on ne doit pas avoir le droit de le quitter et ensuite, les distractions doivent se limiter à celles qui existaient dans l’antiquité. Autant dire pas grand-chose, hormis le sexe.

En fait, le Paradis comme on nous le représente, on peut le reproduire sur terre assez facilement, pour peu qu’on ait de solides revenus. Pourtant franchement, le soleil, le farniente, la plage et la nature, les odeurs de thym ou d’hibiscus, j’adore, mais assez rapidement, je m’ennuie. Ce doit être pareil au paradis. Vous vous rendez compte l’enfer ?

Aucun risque de crise de foie à manger des douceurs toute la journée ? L’écoeurement à perte de vue ! Ce doit être extrêmement chiant. Ils doivent être obligés de distribuer des prozac magiques pour que l’on n’ait plus besoin de se distraire. Gavés, arrivés, finis. Ce qui revient à peu de chose près à la mort, telle que je l’imagine : la non sensation, donc la non existence.

Mon ex-épouse No2 s’inscrit en faux. Dans son enfance catholique elle a toujours pensé que chacun avait droit au paradis de son choix. Pour elle, qui adore le 7ème art, le paradis, c’était un cinéma en plein air, avec des petites chaises de jardin et de la verdure autour, qui passait les meilleurs films 24 heures sur 24. Elle n’en bougeait jamais, et bien entendu ne s’ennuyait pas une seconde. Tiens au fait faudra que je lui demande, lorsqu'elle consentira à me parler à nouveau, si les projections étaient nocturnes, ou diurnes. Rapport à la luminosité de l'écran...

Le concept en tout cas est intéressant: Un espace entièrement virtuel, où tout le monde pourrait s’imaginer faire ce qu’il lui plaît. C'est déjà possible en ce bas monde, ou ce le sera dans fort peu de temps. Avec un casque et une combinaison d’animation virtuelle, on peut jouer à s’imaginer ce que l’on veut. Mais franchement, c’est tout de même très passif comme mode de vie. Un rêve de petite fille. 

Accessoirement, cela m'a permis de comprendre pourquoi ma chère ex-épouse No 2 s’était mariée successivement avec deux réalisateurs de films, alors qu’elle prétend détester l’incertitude matérielle des métiers artistiques !

 

SEXE SABLE ET SOLEIL

La seule occupation naturelle qui doit vraiment aider à passer le temps au Paradis, c’est le sexe. La différence essentielle entre Mohammed et Jésus sur ce point, chaud, c’est que le premier adorait ça, quel que soit l’âge de ses partenaires d’ailleurs, tandis que le second, on n’en sait trop rien… Résultat, dans leurs paradis respectifs, apparemment c’est avec ou sans. Personnellement, si je devais choisir, ce serait plutôt avec.

Reste que cela pose un problème. D’abord, le sexe est beaucoup plus rigolo lorsqu’on a le sentiment de braver un interdit. Même dans le cadre d’un couple légitime, il est bon qu’une petite part de mystère demeure, que la femme laisse l’homme la reconquérir sans cesse, que le petit cinéma des fantasmes fasse son effet. Si tout est sain, normal, gentil, autorisé et surtout habituel, même le sexe peut devenir banal. Je le sais, j'ai divorcé deux fois à cause de ça.

Existe-t-il des interdits au Paradis ? Si oui de quel ordre ? A-t-on le droit de toucher tout le monde, partout, quand on veut, jusqu’à quel âge, à partir de quel âge ? Que se passe-t-il en cas de transgression, est-on chassé sans pitié vers l’enfer, ou bien perd-on la possibilité de transgresser ? Si on la conserve, quelle est la différence d’avec la vie sur terre, du point de vue divin ?

Qui fixe l’âge minimum requis pour le ou la partenaire, truc éminemment culturel et sujet à fluctuations historiques. Personnellement, je considère la pédophilie comme une abjection mais la société n’a pas toujours été de cet avis. La majorité sexuelle est ainsi passée de 10-12 ans à l’époque du prophète Mohammed (tant en occident qu’en orient d’ailleurs) à 15 ou 18 ans aujourd’hui, en même temps que l’espérance de vie doublait. Chez nos contemporains les huaorani, qui à 35 ans, ont l’air d’en avoir 60, une gamine de 15 ans est une femme qui a pu déjà donné le jour à 3 enfants. Dont si ça se trouve, un ou deux sont morts… 

Ce qui nous ramène au paradis. Là haut, quel aspect a-t-on ? Celui de l’âge de sa mort (beurk dans la plupart des cas) ? Un âge optimal (lequel ? 19-23 ans, physiquement ce serait pas mal, avec les connaissances de 60 et la mémoire de 30…) ?  Le même pour tous ou différent ? Ou pas d’âge du tout et dès lors ni corps ni sensation ? Est-ce que cela ressemble à un grand camp de nudistes, puisque tout est pur, vrai et naturel ? Ou bien est-on en Tanga, en string brésilien, en burnous, en burkha ou en robe à panier ?

 

PRIVES D’EDEN

Dans la plupart des religions, seuls les êtres baptisés et/ou croyants peuvent accéder au paradis. Aux yeux des religieux, l’usage de la morale parait donc justifier l’exorbitant privilège accordé aux intelligences supérieures, à savoir les humains, et refusés à tous les autres, les animaux. Où dieu place-t-il la barre ? A partir de quel moment les hominidés se sont-ils considérés (et ont été considérés par leurs dieux) comme humains doués de raison et non plus comme des animaux ? La question est loin d’être anodine, puisque bien des religions aujourd’hui très politiquement correctes ont jadis refusé le droit d’avoir une âme à des pans entiers de l’humanité.

La question des êtres humains handicapés moteurs à un point tel que la conscience d’un être supérieur ne peut que leur être étrangère reste réservée. Mais qu’en est-il de tous les autres êtres vivants. Pourquoi sont-ils punis? En quoi leur état d’innocence absolue les rend-il coupables ? Et de quoi ? D’avoir obéi aux lois de leur espèce et de la nature ? De n’avoir pas été dotés par l’évolution des capacités de sagacité suffisantes pour élaborer un concept moral? 

Tout cela parait fort peu logique et encore moins « chrétien ». Du coup, la plupart des religions protègent les êtres humains handicapés, leur assurant même souvent une voie d’accès directe au ciel, même si cela contredit toute la logique du raisonnement qui veut que l’être supérieur nous ait laissé le libre arbitre pour que nous puissions choisir entre le bien et le mal, le rouge et le vert, la glace au chocolat et les spaghetti al pesto.

Pourquoi un être supérieur créerait-t-il une personne handicapée au point de n’avoir aucune possibilité de conscience de son existence, aucun libre arbitre ? Il est vrai qu’à l’état naturel, ces personnes seraient destinées à disparaître dès après la naissance. Mais pourquoi les faire naître?  A moins bien sûr, qu’il ne soit pas si supérieur que cela, qu’il n’ait pas les moyens d’empêcher ces ratages de son dessein originel…

 

DISSEMBLANCES

Les nombreuses contradictions décelables dans les écrits fondateurs des religions ne sont guère étonnantes, si l’on considère qu’elles sont l’œuvre d’hommes visionnaires. Il est logique que leur pensée ait varié. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis et ils n’étaient certainement pas des imbéciles. Ayant du répondre à toutes sortes de questionnements, affronter nombre de retournements de situation, les prophètes ont adapté leur pensée. Pour l’affiner ou parfois contredire des propos précédents. Y compris « Le » prophète Mohammed, qui n’était selon lui que le porte-voix de dieu.

Qui n’en aurait fait autant ? Personne… sauf dieu justement ! Serait-il donc si peu omniscient qu’il change d’avis si aisément ? Le coran admet cette possibilité d’évolution de la pensée divine, alors même qu’il revendique par ailleurs la parfaite vérité du verbe divin. Cette contradiction n’a jamais été tirée au clair. L’erreur est donc divine, mais dans le même temps, dieu ne se trompe jamais, ou plus exactement, l’homme n’a pas le droit de le lui faire remarquer. 

En disant cela, il semble que je blasphème. D’aucuns ont subis une fatwa pour cela. Mais autant l’interdiction de discriminer ou d’opprimer quelqu’un en raison de sa religion, comme des ses origines ou de son sexe, me paraît justifiée, autant le questionnement d’une pensée doit pouvoir rester libre.

On doit pouvoir critiquer la religion, n’importe quelle religion, comme n’importe quelle idéologie.

Toute une partie du monde islamique attend d’ailleurs l’émergence  d’un courant novateur, à la manière d’un protestantisme, qui secoue les traditions et réduise les pesanteurs. Nous sommes entrés dans cette phase, mais comme aux premiers temps, très violents, du protestantisme chrétien, des sectes extrémistes accaparent le débat, en établissant leurs propres règles intangibles.

Une chose est sûre: pointer du doigt les invraisemblances des croyances religieuses, quelles qu’elles soient, doit rester légal, au même titre que l’expression et l’affirmation des dites croyances. En aucun cas, la nature prétendument divine d’un message ne saurait servir de prétexte au baillonement de la libre parole.  Remettre en cause l’idéologie islamiste, au même titre que l’idéologie sioniste, est un droit et même une obligation dès lors que ces idéologies tendent à s’imposer par la force, contre la volonté de ceux qui pourraient en être victimes…

 

MAHOMET OU MOHAMMED

Si vous parlez arabe, même un tout petit peu, vous savez que le vrai nom du prophète de la Mecque, c’était Mohammed. Simplement, au Moyen-Age, les prononciations francophones ont transformé son nom en Mahomet. Aujourd’hui les puristes veulent lui redonner, en français, son nom d’origine. A priori, je ne suis pas d’accord. Dans sa langue de l’époque, Jésus ne se prononçait ni ne s’écrivait Jésus. Je n’écris pas London ni Mokba en français, mais Londres et Moscou. Je continue souvent d’écrire Pékin plutôt que Bei-Jin, n’en déplaise aux enfants de Mao.

Cela ne me gêne en rien d’utiliser en français toutes sortes de termes venus de l’étranger, noms propres ou noms communs, qu’ils soient d’origine arabe, espagnole, italienne, grecque ou allemande. Même les termes venus de l’anglais, je les accepte avec reconnaissance et j’accepte tout autant leur francisation, qui fait partie de l’histoire. Mahomet présente en plus l’avantage d’être exclusif et donc immédiatement identifiable. Vous voyez un peu la complication, si Jésus s’appelait Pierre, Kevin ou Jessica ? Or des Mohammed, y en a plein.

Ceci dit, si la majorité des francophones musulmans, les premiers concernés, estiment préférable d’appeler leur prophète Mohammed, je ne vois pas au nom de quoi je m’opposerais à leur volonté. C’est une simple question de respect mutuel. Il existe suffisamment de sujets potentiels de grave tension pour ne pas faire des efforts de compréhension sur des thèmes mineurs. Une langue doit savoir évoluer, ne pas rester figée.

C’est exactement pour les mêmes raisons que je n’emploie plus le terme d’américains pour désigner les étasuniens. Par respect pour tous les autres, américains du nord, du sud, du centre ou des Caraïbes, qui en ont souvent ras le bol de se voir assimilés à une nation qu’ils tiennent de plus en plus souvent en désamour. Pour ne pas dire en exécration.

 

 

PAROLE DIVINE…

 

INTOLERANCE DU VERBE

Les monothéistes ont tendance à qualifier de superstition toute autre croyance que la leur. Pourquoi la leur serait-elle un cas à part, hormis le fait que ce soit la leur ? Le monothéisme ne repose sur aucune preuve concrète. Répétons-le, on n’a jamais retrouvé la moindre trace de la gigantesque armée de Pharaon qui serait disparue ce fameux jour dans les flots de la Mer Rouge, tandis que les pyramides sont toujours là. Râ, Osiris et même Aton sont pourtant rangés au rayon des has been, tandis que Jéhovah et Moïse sont toujours au hit parade.

Au-delà de la force révolutionnaire des idées, l’explication est technologique : en matière de communication, les caractères araméens de l’écriture juive présentait un avantage certain sur les hiéroglyphes peints égyptiens. Pour la première fois, le peuple pouvait entretenir une tradition écrite et l’enrichir, ce qui lui permettait de s’approprier véritablement son histoire et sa liturgie. Alors que dans l’espace égyptien, elles restaient l’apanage des prêtres.

En se transmettant plus aisément, ces liturgies plus proches du peuple évoluaient avec le temps et avec l’éloignement des centres d’origine. Chaque branche est évidemment persuadée que son évolution est la bonne, l’expression de la vraie volonté de dieu, à l’exclusion des autres. C'est le cas  des sépharades, des ashkénazes et des falashas dans le judaïsme… comme des orthodoxes, des catholiques de différentes obédiences et de la multitude de variations autour du protestantisme dans le christianisme.

Même l’Islam a bougé, et bouge encore régulièrement, travaillé de mutations et de retours à la ligne vraie, en dépit des efforts de l’Empire ottoman pour en figer les bases. Qu’ils soient shiites, sunnites, derviches, catholiques romains, samaritains, adventistes ou presbytériens, les croyants n’ont qu’une seule chose en commun : la certitude que leur rite est le bon. Ce, bien qu’il n’ait été généralement figé qu’après une autre trouvaille technologique, l’imprimerie, qui permis cette fois, à chacun, de disposer de la même version de l’histoire.

 

ZIZI PREOCCUPANT

Si malgré tout une forme de vie, ou de non vie, ou disons de conscience supérieure ou différente existait, comment peut-on penser qu’elle serait préoccupée de savoir que l’on se coupe ou non le bout du zizi, que l’on récite ou non des Ave Maria ou des Pater Noster, que l’on s’incline ou non, cinq fois par jour, en direction d’un gros caillou du désert ?

Ces simagrées n’ont aucun sens. C’est pourquoi d’ailleurs elles divergent tellement d’une religion à l’autre, et même d’une coutume à l’autre au sein d’une même religion. Nous sommes en présence de pure superstition, le but ultime de ces manifestations de foi, outre la soumission à la règle sociale commune, étant de prouver à dieu qu’on l’aime, qu’on ne pense qu’à lui et qu’on est quelqu’un de bien à cause de cela.

Là, franchement, excusez-moi, je m’arrête quelques instants en caressant les touches de mon clavier Logitech sans fil (en échange de cette pub gratuite, je veux bien recevoir leur dernier modèle, avec la souris et le crayon)...

Je viens d’avoir, comme qui dirait, le flash de la révélation. Une petite ampoule s’est allumée dans mon esprit, qu’elle a nimbé de lumière. Un peu comme pour Géo Trouvetout, génial génie méconnu et néanmoins cousin de l’idiot Donald Duck. 

 

SAINT OU CROYANT ?

N’ayez crainte, vous ne vous êtes pas fait arnaquer, ce n’est pas Dieu qui me parle, c’est juste une nouvelle preuve de sa non-existence qui s’impose avec une étonnante clairvoyance... Ou plutôt une nouvelle évidence de la création du concept divin par un esprit humain, qui plus est vraisemblablement  détraqué.

En effet, si ce gars, là-haut, quel qu’il soit, existe, il est forcément dangereusement paranoïaque et égocentrique, puisqu’il prétend juger les êtres humains essentiellement à l’aune de leur dévotion à sa propre personne, alors qu’il y aurait tellement d’autres critères infiniment plus intelligents.

Comme de faire le bien ou le mal, par exemple. Si j’ai bien compris, un être humain qui ferait le bien toute sa vie, mais sans croire en dieu, ou même sans croire à un dieu particulier, ou en croyant à un dieu, mais pas au bon, ce saint potentiel, ou cette sainte potentielle,  donc et il en existe (les pauvres, comme leur vie doit être triste), aurait plus de chances d’aller en enfer qu’un odieux quelconque.

Il suffirait pour cela que le dit odieux gougnafier répète le nom de Dieu toutes les trois phrases et se lave les pieds plusieurs fois par jour, sans manger de porc. Qu’il sodomise un(e) prostitué(e) mineur(e) de temps à autre ne changerait rien à l’affaire, surtout si l’anus investi est Infidèle.

Faut-il ajouter que le christianisme, sur ce point comme sur les autres, n’a rien à envier à l’Islam? De l’invention fabuleuse des Indulgences par le catholicisme médiéval à la mise à ban de races prétendument inférieures par les protestants d’Amérique du Nord et d’Afrique du Sud, génocide et apartheid à la clef, chacun a largement de quoi balayer devant sa propre église...

 

CHASTETE

Comment les prêtres catholiques ont-ils pu prétendre vivre durant des siècles en observant strictement leurs vœux de chasteté ? Pas si longtemps que cela en fait, puisque l’interdiction du mariage pour les prêtres ne date que du XIIème siècle. Elle mit paraît-il plusieurs siècles à s’imposer durablement. Vaudois et cathares la refusaient ouvertement, mais bien des prêtres catholiques convolaient, eux aussi, discrètement.

La Réforme protestante serait l’une des conséquences de l’obligation de chasteté. L’un des premiers actes de rébellion de Martin Luther n’a-t-il pas été d’épouser une nonne pendant qu’il traduisait sa bible ? C’est d’ailleurs au XVIème siècle que la chasteté prend réellement le dessus, lorsque l’irruption du protestantisme - mariant ses pasteurs – fait craindre aux récalcitrants de se voir assimilés aux huguenots, et comme tels voués au bûcher. La hiérarchie aura tout de même fermé les yeux durant trois siècles sur les coups de canifs dans le contrat de ses ministres. Ce en prétendant tout ignorer, y compris le fait homosexuel, alors qu’en théorie c’était un pêché particulièrement infernal ?

Je me souviens avoir quitté la Ligue Communiste Révolutionnaire, alors étudiant, pour une contradiction du même ordre, qui symbolisait tout le reste : Il était interdit aux militants de l’organisation de fumer des joints, mais une grande partie le faisait malgré tout, moi y compris, de temps en temps... J’estimais qu’il fallait soit changer le règlement, soit sévir et exclure les récalcitrants.

Comme mon chef de cellule, qui se trouvait être Michel Field, devenu plus tard une star de la télévision, refusait de m’exclure pour une telle broutille, j’ai préféré démissionner. Quelques années plus tard, j’ai arrêté de fumer des pétards, ou plus exactement je suis passé du rythme de 3 ou 4 par semaine, le samedi soir, à un tous les deux ans. Et même aujourd’hui tous les 4 ou 5 ans… Je n’ai pas réintégré l’organisation pour autant, les mannes de Lénine et de Trotski m’en gardent.

 

GENES DE CURE vs GENES DE GUERRIER

En interdisant à ses prêtres de se reproduire, le catholicisme contredit l’essence même de la vie au stade animal. En allant à l’encontre de ce principe, les curés privent l’humanité future de leurs précieux gênes, qui sont à priori ceux de personnes intelligentes et pacifiques. Dommage : un peu plus de curés et un peu moins de guerriers violeurs, dans notre patrimoine génétique commun, cela ne ferait pas de mal.

En interrompant le fil de l’évolution, les prêtres catholiques s’arrogent donc un droit qui transcende notre animalité commune. Ils soulignent leur humanité en refusant de se reproduire. Nous sommes la première espèce, sur Terre, à envisager qu’il puisse exister d’autres formes de transmission, tout aussi importantes, voire plus importantes qu’une vie nouvelle : le savoir, la connaissance, l’oeuvre au service de la collectivité.

Considérer que les productions de l’esprit humain priment sur la transmission de la vie, peut paraître contraire aux valeurs du christianisme. Cela désacralise la vie, mais les curés s’en tirent en sacralisant leur vocation, au nom de dieu, qui serait au-dessus de tout, même de la vie. Le concept est assez tordu, mais des tas de gens intelligents s’en accommodent. La peur de la mort accomplit des miracles. Devant elle, les esprits les plus brillants redeviennent simplets. 

 

AFFRONTER SEUL

En l’absence d’aide extérieure, le vaste monde peut paraître bien vaste et très hostile. Surtout si l'on a passé toute la première partie de son existence à croire en dieu, en lui attribuant la paternité de nos succès. Accomplir des performances physiques ou intellectuelles seul,  sans l’injonction d’un gourou ou l'intervention divine, vous rend incontestablement plus fort.

Evidemment, cela ne signifie jamais que l’on parviendra à réduire tous les obstacles. Tout finit toujours par s’équilibrer dans la nature. Plus on franchit d’obstacles et plus l’on se renforce, mais plus l’on se fatigue aussi.

En certains cas, croire que l'on dispose de l'appui divin peut décupler les énergies défaillantes. Mais cela ne vaut ni plus ni moins que n'importe quel effet placebo.

A l'inverse, si l'on croit dur comme fer dans le soutien divin et que celui-ci défaille, c'est tout votre monde qui s'écroule autour de vous. Des êtres emplis de potentiels divers calent ainsi en chemin. Trop souvent, par paresse ou manque de confiance en soi, alors qu’une éducation à l’effort permettrait de surmonter la plupart des aléas de la vie. Les gênes ne font pas tout, l’existence détermine la conscience aussi sûrement que la génétique.

  

SACRIFICE INDU

Dans la doctrine catholique officielle, la chasteté est un sacrifice qui doit permettre aux prêtres, privés de vie de famille et donc délivrés des obligations qui en découlent, de se consacrer entièrement à leurs ouailles.  C’est donc un sacrifice de l’individu au service du bien collectif. Une idée parfois présente dans la nature pour contribuer à la survie immédiate de l’espèce ou de la communauté.

Tout sacrifice de l’individu au profit de la collectivité n’est cependant pas forcément une bonne chose. Il existe de nombreuses situations dans lesquelles les intérêts peuvent être contradictoires. Par exemple, si des personnes chargées de famille se mettent en tête de se sacrifier pour l’humanité, qui restera pour s’occuper de leur famille ? La première tâche d’un individu est d’abord de s’occuper de soi, ensuite des siens proches. C’est ainsi qu’il est le plus efficace. Certes, il y a un moment où la proposition s’inverse. S’il faut sacrifier sa famille pour sauver 100 000 personnes ou même 100 millions par exemple. La question délicate, c’est à partir de quand la proposition s’inverse-t-elle ? Question purement théorique à priori : il n’y a que dans les mauvais films de science-fiction qu’elle se pose. Espérons-le. Je détesterai avoir à y répondre en vrai...

Celle-ci, tout aussi théorique paraît plus pertinente : si l’humanité dans son ensemble s’avère néfaste pour le vivant, c’est à dire pour le reste de la planète Terre, faut-il la supprimer ? Ou bien faudrait-il entraîner la planète dans notre chute, comme ces adultes égarés qui, tentés par le suicide, choisissent d’y emmener leurs enfants avec eux.  Personnellement, j’ai tendance à penser que la meilleure réponse serait d’éviter d’avoir à se poser la question. Donc de faire en sorte de sauver la Terre, dont l’humanité a le plus grand besoin pour survivre, pour un bon moment encore.

 

LACSAP ED IRAP

Démontrer les absurdités, voire les aberrations des religions ne prouve cependant en rien que dieu n’existe pas. Il pourrait ne rien avoir à voir avec aucune des religions révélées, mais exister néanmoins. Etre juste là, comme ça, pour ne pas que nous soyons tous seuls. Ce dieu là, il serait aussi impossible à prouver qu’il n’existe pas, que d’apporter une preuve tangible de son existence. Ce serait juste une question de foi, dans un sens ou dans l’autre. Mais du même coup, il aurait une telle absence de personnalité qu’il en deviendrait purement virtuel. Même s’il existait, ce serait, concrètement, exactement comme s’il n’existait pas.

Donc il faut agir comme s’il n’existait pas.

Ah au fait, vous n’avez pas compris le titre du paragraphe ? Lisez-le de droite à gauche

 

REVELATIONS BIDONS

Sauf aux yeux de quelques créationnistes attardés, il paraît évident que les récits soi-disant révélés de la naissance du monde sont aussi peu vraisemblables que n’importe quelle légende primitive. Certains contes amérindiens – dus semble-t-il à l’usage répété de substances hallucinogènes - ont même plus de ressemblance avec la réalité scientifique, telle qu’on la connaît aujourd’hui.

C’est clair, le monde ne s’est pas fait en 7 jours, ne serait ce que parce qu’au début du monde, il n’y avait pas de soleil. Dès lors, pourquoi le reste des révélations seraient-elles vraies, alors qu’un détail aussi fondamental est un grossier mensonge ? Que l’on ne vienne pas me dire que c’était un raccourci adapté à la compréhension des humains de l’époque, puisque plusieurs mythes de peuples dits primitifs sont plus proches de la réalité.

Dans religions révélées, il y a révélation, mais en vérité dans tous les livres saints, il n'y a pas un seul scoop, pas une seule prédiction ou connaissance nouvelle qui ait pu être vérifiée par la suite...l

Accessoirement, si l’histoire des 7 jours était une adaptation aux connaissances de l’époque, qu’est-ce que ce supposé être supérieur attend pour nous envoyer un représentant plus convainquant aujourd’hui ? 

 

LES ESPRITS PARLENT A L’ESPRIT

J’ai le sommeil léger. Mon ex-épouse No 2 appelait cela des insomnies, mais à la différence de l’insomniaque moyen, je m’endors comme un bébé, avec les poules. Enfin aujourd’hui, parce qu’à vingt ans, j’étais une movida à moi tout seul. Le problème, c’est que bien souvent, après trois heures de sommeil réparateur, la durée d’un cycle de sommeil classique, je me réveille avec l’esprit aux aguets, battant la campagne.

Souvent, c’est à ce moment que j’ai mes meilleures idées, mes intuitions les plus acérées, que j’entrevois les liens improbables ou les connexions les plus troublantes. Plus rarement dans mon bain, mais toujours lorsque j’ai l’esprit libre et reposé. Parfois je me réveille avec l’une de ces idées obsédantes déjà en tête, ce qui coïncide parfaitement avec ce que l’on sait aujourd’hui du fonctionnement des cellules cérébrales et des cycles du sommeil et du rêve.

Généralement, je m’empresse de me lever, discrètement, pour la noter sur un bout de papier ou même sur l’ordinateur. Je suis devenu un expert en déplacements nocturnes à catimini, mon ex-épouse détestant être réveillée. Et le détestant de plus en plus, jusqu'au jour où elle a demandé le divorce. Pas pour cette raison bien sûr, mais enfin, cela a du aider...

Erudit du XXIème siècle, je sais bien que ces intuitions nocturnes, fruit du remue-méninges onirique, sont d’essence subconsciente. Si le subconscient existe, le rêve est là précisément pour permettre à l’esprit de digérer ce qu’il a vécu éveillé, de le malaxer pour en extraire tout ce qu’il peut y avoir à en tirer. Si le subconscient n'existe pas, c'est juste une recomposition aléatoire de faits épars, d'où peut parfois surgir une étincelle géniale...

Certains ont cependant le sommeil plus lourd que d’autres. Ou l’esprit plus ou moins agile à recomposer les tenants et les aboutissants. Ces différences sont normales. Par ailleurs, après un bon repos et dans le calme de la nuit, sans sollicitations d’aucune sorte, le ciboulot travaille et médite mieux. C’est limpide et logique.

Si je me mets à la place d’un type dans mon genre, ou d’une femme, façon Jeanne d’Arc, qui dans l’Antiquité ou au Moyen âge vivaient dans un univers peuplé d’esprits et de démons, il ne pouvait y avoir qu’une explication magique à ces intuitions nocturnes. Les esprits parlaient à leur esprit. De là à se croire investi d’une mission particulière, spirituelle voire divine, il n’y a qu’un pas, que quelques uns ont allègrement franchi. Tandis que d’autres, à l’époque, les ont cru, pour le meilleur et pour le pire.

 

INTUITIONS NOCTURNES

J'ai la preuve que ces fulgurances nocturnes ne sont que le fruit de mes cogitations persos. Certes la lumière peut jaillir du sommeil et du rêve, l’idée salvatrice ou la compréhension neuve et clairvoyante des données d’un problème peuvent me faire franchir un grand pas en direction de la solution... Mais jamais aucune donnée n'a été prise en compte sans avoir été intégrée au préalable, consciemment ou inconsciemment. 

Cela peut d’ailleurs occasionner des erreurs graves de diagnostic ou rendre impossible l’exécution de ces idées soi-disant géniales, précisément par manque de données...

L’auteur de ces intuitions nocturnes ne peut donc être que le propre inconscient de l’individu concerné et en aucun cas un esprit extérieur quelconque, comme il pourrait être parfois tentant et même réconfortant de le penser. Les prophètes et Jeanne d’Arc ont sans doute sincèrement pu croire être en communication avec l’au-delà, du fait des idées plus ou moins originales que leur suggéraient leur propre cerveau, mais ils se sont trompés eux-mêmes. Encore une fois, on prête à Jeanne d'Arc des propos étonnants dans la bouche d'une jeune paysanne, mais rien, strictement rien qui ne soit de son époque...

Il est aussi rassurant de rêver que quelqu’un, quelque chose, quelque part, nous aime et nous soutient, un père défunt, ou un dieu le père, mais ce n’est une douce illusion. Le seul soutien dont nous disposons, c’est celui de notre propre esprit, quelques que soient ses niveaux conscients ou inconscients, capable de fulgurances incroyables.

Durant mes études ethnographiques en Martinique, en 1975, j’étais devenu très copain avec M. Tangamen, le patriarche des prêtres tamouls de l’ìle, capable de s’exprimer dans la langue de ses ancêtres, lorsqu’il était en transes dans les cérémonies.

Les autres prêtres de l’île, plus jeunes ne parvenaient à baragouiner que quelques mots et leur prestige s’en ressentait. Ils recherchaient désespérément l’enseignement du vieux Tangamen qui refusait de leur en délivrer davantage que quelques bribes. Pour deux raisons : il tenait à conserver la haute main sur le marché très lucratif des cérémonies, qui lui permettait de quadrupler chaque mois son salaire de coupeur de cannes, et de toute manière, dans le civil, il était incapable de parler vraiment tamoul.

Je finis par comprendre, et par obtenir la preuve, qu’il l’avait appris dans sa prime jeunesse, auprès de précepteurs venus tout exprès d’Inde et disparus, comme l’immense majorité de la communauté, dans l’irruption de la Montagne Pelée. Il en avait oublié l’essentiel, mais pas son subconscient. Ou tout au moins sa mémoire enfouie. Quand aux autres prêtres, même en transe, soi-disant en ligne directe avec le divin, ils ne pouvaient reproduire ce qu’ils n’avaient jamais appris.

 

 

… OU DIVINES PAROLES

 

LA NAISSANCE DE DIEU

C’est sûr que si je me pointais en disant: « J’entends des voix qui m’ordonnent d’aller révéler au monde ceci ou cela », ma parole aurait plus de poids auprès de ceux qui ne me prendraient pas pour un fou, que si je me contente d’expliquer qu’il s’agit de mes déductions personnelles.

Acquérir le statut de gourou, de prophète, de messie ou de fils de dieu n’est certes pas chose aisée, mais cela reste le meilleur moyen de se faire entendre aux fins d’acquérir rapidement statut social, prestige, renommée, mais aussi bien souvent richesses et conquêtes féminines. Evidemment, si l’on rate son coup, le risque est toujours présent de finir en prison, voire même sur la croix, brûlé vif, écartelé ou enfermé dans un asile psychiatrique. La notion de ratage est cependant relative en regard de l’Histoire : un peu comme pour les artistes, la réussite du gourou se mesure réellement après sa mort, lorsque les disciples ont eu le temps de répandre la bonne nouvelle. Une religion, dit-on n’est qu’une secte ayant réussi.

Cependant, certains émissaires autoproclamés semblent avoir été moins âpres au gain, moins assoiffés de pouvoir que d’autres. Notamment ceux qui ont réussi, justement. Jésus par exemple. Il n’a pas constitué d’armée et s’est laissé crucifier sans réagir, alors que s’il avait voulu utiliser quelques-uns de ses superpouvoirs de fils de dieu, il aurait pu sauver sa peau. Peut-être y avait-il un gros tas de kryptonite sous le Golgotha et peut-être même une poignée de ce minerai maléfique dans la poche de la toge de Ponce Pilate ?

A vrai dire, la fable de l’humilité absolue, je n’y crois qu’à moitié. Les représentations de la cène font davantage penser à un banquet de prestige qu’à un pique-nique entre potes. D’accord, il ne s’agit pas de photos d’époque mais de reconstitutions de son service romain de relations publiques, postérieures de plusieurs siècles à l’événement. Il n’empêche que ses contemporains l’appelaient tout de même « Roi des juifs » et qu’il y a plus modeste comme petit nom…

 

DIEU ET LA PROPRETE

Qu’est-ce qu’il peut bien en avoir à foutre, Dieu s’il est si immanent qu’on le dit, que je me prosterne 5 fois par jour et que je me lave les mains aussi souvent ? A quoi cela peut-il servir, aujourd’hui dans mon pays d’Europe au XXIème siècle ? C’est important cette question, parce que cela traduit toute l’ambiguïté des religions révélées et plus particulièrement de la plus figée d’entre les 3 grandes, parce qu’elle se veut la plus absolue, la religion définitive, l’Islam. Il ne faut jamais oublier que les révélations divines, qu’elles quelles soient, se font toujours dans la langue du coin, tiennent compte de l’environnement local et surtout, bien obligé, du niveau des connaissances scientifiques, techniques et culturelles de l’époque. Bien obligé, parce que sinon, le message resterait incompris. Voilà pour la version destinée aux croyants. Personnellement, j’ai plutôt tendance à penser que les messies, les prophètes et tous leurs dieux virtuels ne disposent tout simplement pas d’autres connaissances.

Donc en 622 ap J.-C., en lisière du désert d’Arabie, il est tout à fait pertinent de se laver souvent, de s’essuyer les fesses de la main gauche et de manger de la main droite (parce que la qualité du PQ laissait à désirer) ou encore d’éviter de manger du porc vu l’efficacité des services d’hygiènes et du vétérinaire cantonal local. Quant à la prosternation, c’est  indissociable du contexte : à l’époque, tout le monde se prosterne devant son supérieur. La violence des rapports sociaux est intégrale et les signes extérieurs de richesse sont assez peu diversifiés depuis qu’il n’existe plus d’empereur ou de pharaon capables de réunir 100 000 travailleurs en claquant des doigts.

 

EVE ET LA POMME

Si dieu s’incarne dans Jésus, qui est la bonté même, quel lien peut-il avoir avec le dieu vengeur et inflexible des hébreux ? Pourquoi toutes ces épreuves imposées à l’homme, si Dieu est bon ? Parce qu’Eve a volé une pomme ? Il est vrai qu’à l’époque, il ne devait pas y avoir de bœuf – je vois mal dieu au Paradis castrer des animaux qu’il avait créé entiers – ni de char à bœufs et encore moins d’automobile ou de mobylette, pas plus que de colliers de perles ou de rivières de diamants, bref rien de toutes ces choses qui valent vraiment la peine de chourer… Je ne suis même pas certain qu’il y avait des œufs, vu que les poules et les coqs se suffisaient à eux-mêmes, sans qu’il soit encore question de reproduction…

Tout de même, la perpétuité pour toute la descendance d’Adam et Eve, rien que pour une pomme, cela me semble fortement exagéré. Vraisemblablement, la pomme, c’est juste un symbole. Ce qu’on lui reproche, à Eve, c’est d’avoir bravé un interdit.

La leçon est sévère et question pédagogie, c’est antédiluvien. Mais comment dieu, capable de créer le monde, l’univers, la vie et notre planète tout en restant immortel, comment ce dieu qui voit tout, sait tout, n’est il pas foutu d’anticiper les conséquences de son geste ? Parce que dans l’histoire, il se retrouve tout de même, quelques milliers d’années plus tard, obligé de sacrifier son fils pour tenter de rattraper sa connerie ? 

Notez au passage le machisme des auteurs de la bible, commun à toutes les religions du livre : l’homme naît le premier, alors que du point de vue de la génétique, le premier homme a au moins 50% de chances d’avoir été une femme, les mutations se transmettant plus aisément ainsi. Puis surtout, la femme, née de la côte d’Adam (qui était donc hermaphrodite ?) fait la première connerie majeure, qui restera gravée dans les annales pour l’éternité. 

 

LES POTICHES DE LA BIBLE

Reconnaissons-le, les mecs qui ont écrit la bible étaient de sacrés bons scénaristes. Ils en connaissaient un rayon question rapports humains, mais franchement de nos jours on n’oserait plus laisser passer de telles invraisemblances. Et puis l’on serait un peu moins manichéen. Surtout avec les femmes. Tenez un exemple : la Bible est pleine de vieux dont l’épouse ne peut plus faire d’enfants, ou n’a jamais pu. La femme, faisant preuve d’une belle abnégation, accepte que l’homme prenne une épouse plus jeune pour assurer sa descendance. Et à tous les coups ça marche. Mais nulle part, on ne trouve trace de la réciproque. Aucun mari qui soit stérile et à fortiori qui accepte que sa femme couche avec un autre mec pour assurer une descendance que lui-même ne parvient pas à engendrer. A part peut-être Joseph, d’une certaine manière.

Si l’on en croit l’histoire telle que racontée dans l’ancien testament, cela n’arrive jamais, même en plusieurs milliers d’années. La seule fois où une femme, Ruth, conseillée par sa belle mère, couche avec un autre homme pour la bonne cause, c’est parce que le mari légitime est déjà mort. Ce qui prouve plusieurs choses :

a)           Les livres saints, c’est du blabla pipeau, parce que statistiquement, on sait aujourd’hui qu’il existe à peu près autant de cas de stérilité masculine que féminine.

b)           La bible parle d’un monde virtuel, parce que dans la vraie vie, il arrive que les femmes trompent leur mari, y compris celles dont ledit mari est stérile et qu’elles se retrouvent enceintes. Or durant des millénaires, en particulier dans les temps bibliques, le gars n’avait aucun moyen de savoir avec certitude d’où venait le vent. Le seul qui aurait pu savoir, c’était ce dieu soi-disant omniscient qui est le héros du film. Qui ne dit mot consentant, on peut donc en déduire que l'adultère féminin pour la bonne cause est parfaitement légalisé par les saintes écritures... Ce qui fait froid dans le dos lorsqu'on pense à toutes les pauvres femmes lapidées à cause d'une inerprétation erronée de la pensée divine...

c)           En matière de scénario, on a tout de même évolué depuis Abraham, parce que de nos jours, aucun scénariste ne laisserait passer une telle ficelle sans la tirer. Avec les comas prolongés, les naissances de père incertain font même partie des rebondissements les plus prisés des auteurs de telenovelas. Il n’y a que dans la bible que cela n’arrive jamais.

d)           Les livres saints sont des ouvrages de machos destinés à des machos, qui n’ont aucune envie qu’on remette en cause la suprématie de leur virilité. Tandis que les telenovelas sont destinées aux ménagères de moins de 50 ans, qui de nos jours ont appris comment on faisait les enfants et même les enfants dans le dos. 

 

L’ETAT CIVIL DIVIN

La croyance en Dieu repose sur un  acte de foi, sur l’idée improbable qu’il existe un être, ou un non-être, en tout cas supérieur, qui serait susceptible d’aider ceux qui se reconnaissent en lui, tout en laissant tomber les autres. Notamment tous ceux qui sont nés avant qu’il ne soit révélé. Le dieu des mormons est certes un cas à part, mais je vois mal ce qu’ils comptent faire, à Salt Lake City, avec leurs recherches généalogiques, pour baptiser tous ceux qui sont nés avant l’invention des registres d’état civil. Ce qui représente tout de même passablement de monde, sur quelques dizaines de milliers d’années, si l’on ne tient compte que des descendants de Cro-Magnon.

Etant créationnistes, les Mormons ne se posent pas vraiment la question. Puisqu’ils réfutent en bloc la théorie de l’évolution, il leur suffirait de retrouver l’extrait de naissance d’Abraham pour que le tour soit joué… Ce qui laisse de beaux jours aux archéologues. Mais que vont-ils faire pour tous ceux dont les registres de naissance ont brûlé, plus tous les ressortissants des pays – des continents entiers – où l’état civil n’a été réellement introduit qu’au cours du XXème siècle ?

Et encore faut voir comme il est facile de se procurer un extrait de naissance bidon dans certains pays d'Afrique... Ou difficile de s'en procurer un authentique, selon qui l'on paie ou ne paie pas. 

 

DIEU UNIVERSEL ?

Aux débuts de l’Islam, le deuxième successeur du prophète Mohammed institua le pacte d’Ummah qui permettait aux croyants des autres religions du livre, juifs, chrétiens ou crypto musulmans comme les alevis de vivre en paix en terre d’Islam pour autant qu’ils paient tribut et portent sur eux un signe distinctif, en l’occurrence une ceinture. C’était mieux que de se faire égorger, mais l’on était encore loin de la liberté et plus encore de l’égalité. Deux mots qui semblent contradictoires avec l’idée de croyance religieuse.

Quel dieu de quelle religion est-il capable d’accueillir et d’aimer sans arrière pensée tous ceux qui sont nés dans des coins où son message a mis plusieurs siècles à parvenir ? Et ceux nés là où l’on a l’habitude de croire un autre prophète ou prétendu fils de Dieu, ce qui fait que sa vraie parole n’a quasiment aucune chance d’atteindre les petits enfants nés là-bas, qui pourtant n’ont jamais rien fait de mal, hormis le fait d’être issus de gens fidèles à leurs coutumes ? A ma connaissance, il n’existe aucun dieu comme celui-ci, dans aucune religion, puisque toutes, à des degrés divers, exigent de leurs fidèles des démonstrations de foi spécifiques.

 

MONOPOLISER DIEU

Si un dieu soucieux de la manière dont nous gérons nos affaires et notre vie quotidienne existait vraiment, comment se fait-il qu'il n'ait jamais fait aucun effort pour apparaître et se faire connaître partout en même temps ? Comment peut-on penser qu’il s’en remette, avec les pouvoirs censés être les siens, aux possibilités d’expansion d’une idée partie d’un seul endroit, en des temps où les communications intercontinentales étaient inexistantes ? Pourquoi ce dieu n’a-t-il jamais essayé de prendre toutes les populations de toute la planète d’un seul coup et hop, à tous le même rêve, en même temps ? Cela résoudrait vite fait le problème des guerres de religions.  Evidemment, toute la planète en même temps, ça fait du boulot. Mais juste un petit rêve, c’est quoi ? Le Père Noël y arrive bien avec des tas de cadeaux et c’est beaucoup plus compliqué.

Les docteurs de la Foi vont objecter que je n’ai rien compris, que tout cela sert justement à éprouver la ferveur de chacun, que c’est la première démarche très importante, faire acte de foi, surtout si l’on a toutes les raisons de douter. Donc on demande aux gens de croire absolument et par-dessus tout à quelque chose qui par définition est incertain. Le plus curieux, c’est que cela marche depuis plusieurs milliers d’années et que cela fonctionne toujours : il y a 30 ans, j’avais demandé à un disciple de Guru Maharesh Yogi de m'expliquer pourquoi son idole possédait 8 Rolls Royce dont une plaquée or, payées avec l’argent de ses fidèles, de pauvres babas cools réduits à la prostitution pour assouvir les fantasmes du maître : « C’est pour détourner les fidèles qui n’ont pas la vraie foi, m’avait-il alors répondu, parce que seuls ceux qui croient vraiment ne s’arrêtent pas à ce genre de détails. Et il n’est pas sain de prétendre suivre l’enseignement du maître sans avoir la vraie foi ! »

 

OECUMENISME

Autre question troublante, pourquoi dieu choisirait-il une civilisation, une culture plutôt qu’une autre, un peuple plutôt qu’un autre ? On comprend aisément pourquoi la plus ancienne religion monothéiste ayant survécu a commencé par monopoliser son dieu unique pour son propre peuple et pour lui seulement. Le judaïsme était sur ce point à l’image des cultes animistes qui l’entouraient à l’époque, du style : « Ma divinité est plus puissante que la tienne et pour te le prouver, elle va détruire tes murailles ». Mais depuis lors, on a fait des progrès dans l’universalisme.

Ainsi, Jésus était sans doute un mec sympa, un visionnaire soucieux du malheur des autres. La religion qu’il a engendrée aurait fort bien pu s’arranger avec la concurrence, entre gens de bonne volonté, si les structures de l’église naissante n’y avaient pas fait obstacle. Il n’est pas innocent que ce soit la forme la plus structurée des églises chrétiennes, l’église catholique, qui freine aujourd’hui l’œcuménisme. Elle réagit comme un Etat national qui à peur de se dissoudre dans une structure mondiale plus grande que lui. Il en va de même des nationalismes régionaux qui en Europe démocratique, ont essentiellement pour objectif l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle structure, souvent d’une nouvelle maffia.

Quelle que soit leur idéologie de départ, les structurations humaines, en se développant, acquièrent une identité propre qui génère le besoin de leur propre perpétuation en tant que structure. C’est pour cela que des mouvements nationalistes comme la ETA, par exemple, ont le plus grand mal à disparaître bien qu’ils aient échoué militairement ou obtenu politiquement l’essentiel de leurs revendications (l’autonomie basque dans le cas de la ETA): ils ont engendré des permanents qui n’ont aucun intérêt à voire disparaître leur gagne-pain et au-delà, tout ce qui structure leur existence personnelle. Au fait, saviez vous que la plupart des fondateurs de la ETA étaient d’anciens élèves des Jésuites ?

 

 

HISTOIRES DE RELIGIONS

 

AD PATRES

Après tout, rien ne prouve qu’il n’existe pas une forme de survivance de l’âme, un état de conscience différent, qui serait complètement indépendant des mécanismes chimico-électriques permettant à notre cerveau de fonctionner. C’est en effet une condition sine qua non pour que la dite âme puisse continuer d’exister après notre mort. C’est toutefois assez peu vraisemblable, scientifiquement parlant, aussi peu vraisemblable que ma croyance enfantine attribuant à mes parents le pouvoir de voir tout ce que je faisais d’interdit. 

Ce truc du père omnipotent, c’est la base de toutes les religions, sous sa forme primitive de culte des ancêtres : on se souvient des morts, à qui l’on attribue des pouvoirs surnaturels, pour qu’ils nous aident depuis l’au-delà. Moi-même, tout mécréant que je sois, lorsque j’ai tendance à déprimer, ou qu’au contraire je réussis un peu trop bien des épreuves difficiles, je me demande si mon défunt paternel n’est pas planqué dans mon environnement immédiat, occupé à tirer les ficelles pour me donner un coup de main. L’embêtant dans l’histoire, c’est qu’il voit alors forcément mes conneries aussi, les trucs que je fais qu’il n’aurait pas aimé que je fasse.

Je ne vous dirai pas lesquels, vous n’avez qu’à imaginer vous-même : depuis se fourrer les doigts dans le nez jusqu’à à commettre un meurtre, la palette des mauvaises actions possible est assez large. Dans ces cas là, je me dis que la mutation radicale qu’il a forcément subie en passant de vie à trépas a forcément du changer son système de valeurs. A sa place, je serais sans doute devenu beaucoup plus cool. Ou peut-être pas. Ce qu’il y a de sûr, à mon avis, c’est qu’il n’en a plus rien à foutre que je lui offre des victuailles sur sa tombe ou sur un autel quelconque. Si jamais il avait besoin de quoi que ce soit, je serais de toute manière bien en peine de le lui transmettre.

Par contre, si je suis sympa avec ma vieille mère, je suis sûr et certain qu’il l’apprécierait s’il le voyait. Ces deux-là, ils s’aimaient autant qu’ils s’engueulaient et ce n’est rien de le dire. Un brin traumatisant, même lorsque vous êtes enfant. Jusqu’à ce que notre grand frère, de neuf ans mon aîné, nous explique, à ma sœur et moi, qu’ils se réconciliaient de toute manière toujours, que ça faisait peur, mais qu’ils ne faisaient que crier. Ce qui était faux. Une fois et peut-être deux, j’ai vu une gifle partir, mais objectivement, je ne me souviens plus qui l’a donnée. N’importe quel psychologue vous dira que ce devait être mon père et que ma sœur, qui ma avoué un jour s’être fait battre par tous les jules de sa vie, ne faisait que reproduire le schéma qu’elle avait enregistré petite. Elle en est morte, au moins en partie, un dernier abruti l’ayant encore tabassée alors qu’elle souffrait déjà d’un cancer généralisé.

Le dit psy aurait peut-être raison, ou peut-être pas. Ma sœur ne reproduisait certainement pas ce qu’elle avait vu entre mon père et ma mère (deux gifles en 30 ans !), mais peut-être bien ce qu’elle avait vécu dans sa relation avec mon père. Car elle le provoquait, jusqu’à se prendre des roustes carabinées. Contrairement à mon frère et moi qui savions toujours jusqu’où ne pas aller trop loin dans nos bêtises, ma sœur cherchait sans cesse l’affrontement. Et mon père, n’admettant pas cette remise en cause de son autorité, se laissait sortir de ses gonds.

 

IM-PERE-FECTION

Donc mon père n’était pas parfait. Ce qui est plutôt rassurant, vu que je ne le suis pas non plus. Ce n’est pas une raison pour ne pas essayer de l’être, ou plus exactement, pour ne pas tendre à être le meilleur possible. C’est de cela qu’il s’agit dans ce bouquin. L’histoire du père qui survit en esprit, c’est de la connerie, juste un rêve de môme, dont l’immense majorité des adultes de cette planète n’est jamais vraiment parvenue à se débarrasser. Notre Père qui êtes aux Cieux, ou Allah le plus grand, ou les mannes de vos ancêtres bouddhistes enfumées à l’encens, c’est juste un rituel enfantin, chacun le sien, pour ne pas se sentir trop seuls.

Il n’y a pas non plus de punition pour les méchants ou de récompense pour les bons. La vraie récompense est ailleurs, dans le respect de soi, dans l’effort que l’on accomplit pour transmettre aux générations futures la meilleure image possible de ce que l’on a pu produire ou créer. C’est important l’image. Mon fils, à 11 ans, m’a expliqué lors d’une ballade en vélo que plus tard, après ma mort, il montrerait des photos de moi à ses enfants, s’il les retrouvait dans mes dossiers.

Il va avoir du mal, parce que des photos de moi, il y en a peu, généralement, c’est toujours moi qui tient l’appareil. Mais c’était très émouvant et très agréable à entendre. Cela répond bien entendu à des séances similaires, durant lesquelles je leur ai montré, à lui et à ses cousins, des photos de leur grand-père, décédé avant leur naissance à tous. Je leur ai raconté le bonhomme, son héroïsme et ses originalités. Des moments qui l’ont visiblement ému, puisqu’il veut en faire autant.

Cela, c’est à la portée de tout le monde. Evidemment rares sont ceux d’entre-vous qui ont connu la chance d’avoir un père aussi génial que le mien… Mais on peut se contenter de ce que l’on a sous la main. Et si l’on n’a pas d’enfants, on peut laisser des photos à des neveux, à des amis… Il faut faire avec ce qu’on a. L’idéal, bien sûr, c’est de créer quelque chose qui va pouvoir vous survivre. Quelques années ou mieux encore, quelques générations, un siècle ou deux, le temps que toute référence à l’ancêtre puisse être effacée.

Aujourd’hui que les plus grands problèmes de l’humanité pourraient être résolus, si nous nous en donnions les moyens, si nous y mettions l’énergie et la volonté nécessaire, ce qui est très loin d’être le cas, cela pourrait devenir le choix de beaucoup d’entre nous : faire avancer le schmilblick, chacun à sa façon.   

 

VAUDOU ORIGINEL

Le vaudou est particulièrement intéressant à étudier, car c’est sans doute la dernière grande croyance fossile, antérieure à l’avènement des religions révélées. Dans le vaudou, en dépit d’un vernis très récent (datant des ces 20 dernières années) qui voudrait laisser croire qu’il règne un dieu dominant, il existe en réalité une multitude d’esprits plus ou moins équivalents. Chaque village, chaque ethnie, chaque individu possède sa propre divinité, qui le protège et le rend fort. Le vaudou étant une religion plutôt violente, chacune de ces divinités est combattante et chacun de ces fidèles souhaitera prouver qu’elle est plus forte que celle du village ou de l’ethnie d’à côté.

Dans les villes, le vaudou se structure différemment, en clans adorant chacun leur divinité, qui peuvent être liés au quartier, à la profession ou complètement indépendant de ces critères. Chacun peut alors choisir sa divinité, son legba, ou être choisi par lui sur des bases plus ou moins secrètes. Les clans continuent cependant de vouloir prouver la force de leur legba (leur « saint ») et les affrontements sont légions, à l’issue desquels on trouve vainqueurs et vaincus. Le système possède cependant une soupape de sécurité élémentaire pour sa pérennité : à l’issue de la bagarre le perdant ne peut pas incriminer sa divinité, qui n’est pas défaillante. Il ne peut s’en prendre qu’à lui-même, parce que s’il a perdu, c’est qu’il a du mal agir par ailleurs, ce qu’il paye dès lors par une défaite. Ou alors c’est le houngan (le prêtre) qui a mal fait les cérémonies. Ce qui peut d'ailleurs lui valoir quelques remontrances musclées.

Mon ex-épouse chérie, qui fut ma première lectrice et craint que je ne la fasse passer pour une méchante – loin de moi cette idée, je l’adore et sans elle je n’aurait pas eu la force d’écrire mon livre – mon ex-épouse, donc, m'a fait remarquer que le legba ressemble beaucoup à la notion d’ange gardien, revenue en force dans l’imaginaire chrétien ces derniers temps. Une façon de se rappeler au bon souvenir d’un être suprême que chacun imagine confusément suroccupé.

 

MELI-MELO TRANSATLANTIQUE 

Il est intéressant de noter qu’avec l’acculturation de l’esclavage et du transfert transatlantique, qui a mêlé toutes les ethnies, les saints du vaudou ont perdu de leur individualité. Dans le candomblé brésilien comme dans la santeria cubaine, elle-même fortement marquée par le vaudou haïtien, on adore « tous les saints » qui sont représentés pêle-mêle, groupés sur des autels hétéroclites.

Lors d’une cérémonie, plusieurs saints peuvent s’emparer de différentes personnes, alors qu’au Togo ou au Bénin, ce sont des sociétés fermées, dédiées chacune à un legba particulier qui organisent les cérémonies. Seul le legba sollicité pourra chevaucher les personnes présentes. L’intrusion d’un autre serait même considérée comme une agression.

Jetés dans l’adversité, regroupés sous le joug, les esclaves ont fait bloc autour de plus petits communs dénominateurs, y compris en matière religieuse. Ils ont mis en commun leurs divinités personnelles, les requalifiant au passage du terme de « saints » emprunté aux divinités de l’oppresseur.

C’est sans doute ce qui les a sauvés. Car dans le même temps, l’islam ne s’est jamais implanté aux Caraïbes. Or de nombreux musulmans ont fait la traversée forcée. Au moins 10% et selon les époques nettement plus. Même si l’Islam, considéré comme plus dangereux par les colons a du être pourchassé plus férocement, c’est sans doute son intransigeance, son inadaptabilité qui l’a perdu. La stratégie plus souple pratiquée inconsciemment par les animistes (et par les hindouistes, travailleurs tamouls sous contrat) s’est révélée plus efficace, puisqu’ils ont pu préserver leurs croyances, au moins en partie. De plus, animisme et christianisme ne s'excluent pas forcément et peuvent coexister chez les mêmes personnes. Tandis qu'on ne peut pas être à la fois chrétien et musulman.

L’animisme et les cultes africains introduisent également une notion d’équilibre des forces qui pousse à une forme particulière de fatalisme. Bien compris, celui-ci peut-être le premier pas en direction de la résilience : si vous perdez ou cassez quelque chose, considérez-le comme un sacrifice. Plus l’objet – ou la personne - vous est cher, plus c’est embêtant et plus vous prenez d’avance sur l’adversité, qui vous le rendra un jour, de votre vivant, en positif.

L’animisme préserve ainsi la notion de responsabilité individuelle - une mauvaise action se paiera tôt ou tard – tout en renforçant la confiance en soi : si l’on n’a rien à se reprocher et que l’on a bien fait les sacrifices, votre legba vous protège.

 

BONNE ARRIVEE

Le souvenir de ma première arrivée au Togo reste gravé dans ma mémoire. Mon épouse d’alors, togolaise, m’avait précédé de quelques jours et m’accueillit à l’aéroport d’une danse de bienvenue aussi spectaculaire que chaleureuse. Elle était en transes, trépignait, pleurait de joie entourée des membres de sa famille. Jeunes mariés depuis quelques mois, ces quelques jours avaient été notre première séparation et c’était son rêve de petite fille qui se réalisait devant les siens: gamine elle avait décidé qu’un jour elle épouserait un blanc et voilà qui était fait. Nous étions jeunes alors, beaux, je dansais le soukouss comme un vrai africain, et mon emploi de journaliste à la télévision suisse romande à Genève valait largement statut de prince charmant.

Quand à elle, c'était, faut-il le préciser, un canon. Etincelant et tonitruant. Bref, nous vivions un vrai conte de fées. Que j’allais d’ailleurs transformer en odyssée romantique deux ans plus tard en écrivant et produisant un long métrage, tourné au Togo, pays dans lequel il détient toujours le record des entrées et dont elle est la vedette féminine. Nous étions très amoureux. La villa qu’elle avait louée dans le quartier de Be Klikame s’avéra charmante, fort agréable en lisière de la ville et bordée d’un grand champ. Depuis lors Lomé a quasiment doublé de superficie et c’est quasiment le centre ville…

Le premier matin, réveil à 6 heures, comme toujours sous les Tropiques, mais l’agitation autour de la villa semblait vraiment considérable. Des cris, des bruits de foule. Il se passait quelque chose. De fait, on venait de découvrir dans le champ derrière la maison, deux cadavres, poitrines ouvertes, dont on avait prélevé les cœurs, très vraisemblablement pour accomplir un sacrifice vaudou.

Bonne Arrivée.

C’est comme ça qu’on dit, dans ce coin d’Afrique, pour vous souhaiter la bienvenue.

Nous n’avons jamais su, ni cherché à savoir d’où ils venaient ni qui les avaient sacrifiés. La sensation de débarquer dans une société pratiquant le sacrifice humain était en soi assez forte. Mon ex-épouse était toute aussi retournée. Catholique non pratiquante, ce qui est déjà en soi une exception dans une Afrique noire excessivement croyante, elle est surtout d’un naturel très pragmatique, et méprise ouvertement – mais prudemment - toutes les pratiques des féticheurs : « Ils prétendent qu’ils peuvent apporter la richesse, dit-elle, mais alors pourquoi demandent-ils de l’argent, au lieu de s’enrichir eux-mêmes ? » Cette prudence constante des togolais lorsqu’on touche au vaudou est très spectaculaire. Je me souviens avoir filmé une cérémonie, avec une équipe de jeunes de la télé togolaise. Tous étaient catholiques pratiquants et même militants. C’était d’ailleurs leur lien entre eux. Mais cela ne les a pas empêchés, à l’issue du tournage, de se laver soigneusement les mains avec de l’eau bénite. Deux précautions valent mieux qu’une et les féticheurs ne se contentent pas de jeter des sorts. Ils sont aussi particulièrement doués dans l’art d’utiliser les poisons.

 

SACRIFICES HUMAINS

La plupart des religions pratiquent ou ont pratiqué le sacrifice humain. C’est beaucoup moins le fait religieux lui-même qui a permis de s’affranchir de telles cruautés que l’évolution philosophique et morale de la société. Et ce indépendamment de la religion elle-même.

Les chrétiens en ont eu leur part. Au-delà des guerres de religion et autres croisades ou reconquista, qui sont des sacrifices indirects, les bûchers de l’Inquisition et les chasses aux sorcières de l’Europe médiévale ressemblent tout de même énormément à des sacrifices aux divinités. Jusqu'au fait que l'on sacrifiait apparemment les jeunes femmes les plus belles... Mais ce qui caractérise le christianisme, c’est le sacrifice originel du christ sur la croix, suivi par la grande époque des martyrs des arènes romaines, qui se laissaient sacrifier pour adorer leur dieu. On peut ici parler d’auto sacrifice, caractéristique d’une phase ascendante de la religion, animée par un esprit de conquête, analogue au djihad musulman dans laquelle on risque sa vie à tout instant dans le combat pour la foi. Une fois les structures en place, la religion établie sacrifiera plus volontiers les infidèles ou ceux qui en son sein lui paraissent déviants.

Le sacrifice n’est évidemment pas vécu comme un crime à l’encontre du sacrifié. Plusieurs tribus amazoniennes anthropophages avaient coutume d’engraisser le prisonnier capturé dans un combat intertribal. Ils le laissaient profiter de la vie de longs mois entre les cases du village, lui fournissait bonne chère, bonne bière et souvent libre accès aux jeunes femmes de la tribu, ce qui permettait d’introduire un peu d’exogamie dans les gênes de la communauté. Les aztèques chouchoutaient également plusieurs semaines durant les jeunes gens et jeunes filles destinés à se faire arracher le cœur au sommet de la pyramide.

 

JE TE TUE POUR TON PLAISIR

On dit des huaorani que j’ai visités dans la jungle équatorienne, accompagnant des médecins de la Croix-Rouge, qu’ils sont la dernière grande tribu amazonienne à avoir accepté le contact avec la civilisation. Lorsqu’ils ont assassiné. puis mangé, leurs deux derniers missionnaires, en 1984, c’était à l’issue d’un long processus d’approche ethnographique des deux condamnés, apparemment volontaires. Il semblerait que les huaorani aient ainsi voulu leur offrir la possibilité de découvrir par eux-mêmes leur conception de l’au-delà, en les tuant puis en procédant aux cérémonies funéraires dans les règles de l’art. Sans doute pour la dernière fois, car après leur avoir offert le paradis huaorani en les dévorant, ils se sont rendus à la civilisation, pour le meilleur ou pour le pire.

Je ne sais pas ce qu’en pensent les deux missionnaires, où qu’ils soient, mais j’imagine qu’ils ont du ressentir une certaine forme de joie, au moment de leur mort, d’être ainsi sacrifiés comme leurs ancêtres des premiers temps du christianisme, pour assurer la pénétration de leur foi. 

Le résultat a été spectaculaire : en quelques années, les huaorani ont découvert les joies du sucre, du sel, du thon en boîte, des piles électriques et des couteaux d’aciers, des t-shirts collants quand il pleut (330 jours par an), de la syphilis et de la coqueluche, du cassetophone et de la pirogue à moteur, du fusil de chasse et des puits de pétrole. Leur civilisation disparaît à vitesse Grand V. Leurs jeunes apprennent le quichua, l’aymara et l’espagnol, ils se coupent les cheveux à l’occidentale, portent des prénoms chrétiens, refusent de se distendre les oreilles pour y placer des assiettes en bois et en dépit du flot d’épidémies apportées par la civilisation, leur espérance de vie est en train de passer de 30 à 60 ans en une génération.

Qu’ils aient le droit de vivre dans leur forêt et que l’on ait l’obligation d’inventer de nouvelles techniques de développement durable pour leur permettre d’y subsister, décemment et à leur manière, c’est une évidence. Mais nul n’a le droit de les contraindre à perpétuer les conditions de vie déplorables qui étaient les leurs jusqu’à ces dernières années. Pas plus que de vouloir les forcer à maintenir intactes leurs terres, au nom de l’écologie, sous prétexte que ce sont les dernières vierges de la planète. D’autant moins que ces mêmes écologistes se veulent en Europe d’ardents défenseurs de l’agriculture de montagne, censée préserver les paysages. Pourquoi ne pas laisser la nature vierge reprendre le dessus, là où l’exploitation humaine devient trop coûteuse ?

 

LE MONT OLYMPE

La mythologie hellène était une forme d’animisme, chaque élément ayant sa divinité. Certains étaient classiques, comme le dieu de la mer, Poséidon (qui est une femme, Niemanja ou Mamy Wata dans le vaudou), Phoebus le soleil, Zeus le tonnerre,  Héphaïstos les enfers (Ogoun ferraille, dieu des forgerons), d’autres plus spécifiques à Hellas, comme Athéna la sagesse. Chaque rivière avait sa nymphe et tout ce petit monde se retrouvait à festoyer sur le Mont Olympe.

Les pythies et les prêtres savaient interpréter les paroles des dieux, comme les houngan vaudous. Les dieux pouvaient se déguiser en humains pour les aimer ou les tourmenter, comme dans de nombreuses autres religions primitives. Ils aimaient surtout se chamailler et se faire la guerre entre eux ou par êtres humains interposés. La mythologie grecque avait quelques spécificités qui firent son charme, comme les demi dieux, engendrés par l’alliance amoureuse ou violente d’un dieu et d’une femme, ou d’un homme et d’une déesse.  La différence la plus marquante, qui fit le génie de Hellas, c’est que les hommes pouvaient combattre les dieux et parfois les vaincre. C’est notamment le cas d’Ulysse, récit classique s’il en est, qui s’en prend aux dieux à plusieurs reprises. Il subit sans cesse leur courroux et mille tourments, mais au bout du compte (avec l’aide discrète de certains d’entre eux cependant) Ulysse parvient à les vaincre et arrive à ses fins.  

 

BOUDDHA ET LES ASCETES

Avec ou sans l’aide des dieux, les tentations du monde peuvent devenir un esclavage si on ne les maîtrise pas et si on se laisse envahir par elles. On passe alors son temps à courir après des plaisirs futiles, réduits à néant dès lors qu’ils sont assouvis. Notre société de consommation a érigé ce travers en mode de vie. Le goût des ados pour la marque atteint les sommets du ridicule. Mais le comportement inverse, à savoir la renonciation forcenée à tous les plaisirs n’aboutit à rien de progressiste ou d’évolutif, juste à une abstraction, la sortie du monde réel. C’est un comportement négationniste, excessivement conservateur, un remède extrémiste assez commun chez les religieux exaltés, la plupart des religions ayant d’ailleurs engendré ce type d’énergumènes, que l'on retrouve aujourd'hui dans les rangs des écolos les plus extrémistes.

L'idéologie du renoncement aux biens de ce monde a connu une sorte d’apogée moderne dans le mouvement hippie, largement inspiré des philosophies d’Asie où l’ascétisme est presque devenu un mode de vie populaire. Presque car les sâdhus hindous sont tout de même une minorité, certes spectaculaire dans sa nudité mais peu commune, tandis que Bouddha lui-même, après avoir essayé l’ascétisme durant de longues années, en est revenu : « En mourant aux tentations du monde, je cesse d’en être l’esclave. Mais à quoi sert la vie si elle ne doit être que contemplation ?  En mourant aux tentations du monde, je meurs aussi », a-t-il conclu.

 

MEDITATION UTILE

La méditation de Bouddha n’avait pas été vaine puisqu’il en a conçu une démarche tout à fait originale, en marge des mythologies classiques, la première fois sans doute qu’un être humain concevait officiellement un monde sans dieu. Il lui a donné un très beau nom : la voie du milieu. Savoir méditer à temps partiel, pour parvenir à s’abstraire des contingences terrestres, sans s’en détacher entièrement. Comme souvent, la voie médiane, la plus ouverte entre deux idéologies fermées opposées, est celle qui mène le plus loin. Bouddha a été rejoint dans cette conclusion par la philosophie occidentale qui prône la supériorité de l’observateur à la fois impliqué pour rester en contact avec les réalités du monde et disposant du recul nécessaire pour le prendre en compte dans sa globalité.

C’est à mon sens ce qu’il y a de plus intéressant dans le bouddhisme. Après, ce qu’en ont fait les bouddhistes, c’est tout à fait autre chose. A partir d’une philosophie agnostique basée sur la liberté et la responsabilité individuelle, ils sont parvenus à créer une religion et même, en certains lieux, une théocratie. Sans doute Bouddha avait-il trop d’avance dans sa pensée. Les masses populaires sans éducation de son temps et des siècles qui ont suivis n’étaient pas prêtes à accepter une conception aussi radicale. C’est un peu comme si le décorum des pagodes et les rites funéraires, ou les modes de cooptation tortueux des lamas tibétains, servaient à faire passer la pilule auprès du petit peuple, plus enclin à croire au surnaturel qu’au matérialisme philosophique.

 

TRADITIONS ORALES

Les religions du livre ont en commun… d’avoir généralement d’abord été orales et donc de reposer sur des oui dires, les propos de conteurs sûrement habiles mais rarement très soucieux de précision et d’exactitude. L’ancien testament s’étale sur plusieurs siècles et repose sur les assertions de plusieurs prophètes successifs, interprétés par diverses personnes. Il contient souvent des approximations amusantes, à commencer par l’âge atteint par les personnages principaux. Le nouveau testament n’a lui été écrit que 2 ou 3 siècles après JC, en partant des récits transmis oralement par les différents apôtres et d’ailleurs pas forcément d’accord les uns avec les autres. Le Coran lui non plus n’est pas de la main du prophète qui ne savait pas écrire, et n’a été rédigé que peu à peu, par divers intervenants au cours des siècles suivants.

Toutes ces religions ont donc commencé par une période mouvante, durant laquelle le dogme n’était pas vraiment fixé. Au contraire, il pouvait varier au gré des différents conteurs et interprètes qui ne se sont d’ailleurs pas privés de le faire évoluer, de l’enrichir ou de le censurer. La fixation du dogme intervient toujours dans un deuxième temps, généralement après la mort du prophète, quand l’institution qu’il a contribué à créer mais qui peu à peu le dépasse prend de l’ampleur et ressent le besoin de fixer des règles intangibles pour réduire la dispersion et préserver l’unité. Cela correspond aussi au moment où le prophète étant disparu, et souvent même les témoins de son vivant, les docteurs de la foi et autres chieurs de règles ne risquent plus guère d’être contredits.

 

 

PROPHETES & Co

 

PEUPLE ELU

De par sa tradition, la religion hébraïque est un ostracisme, pour ne pas écrire racisme, l’idée d’un peuple élu, à l’exclusion des autres, l’étant par définition. Si le 1 pour mille seulement de l’humanité est appelé à être sauvé, que deviennent les 999 autres restant? Evidemment, à l’époque où les fondements du judaïsme ont été gravés dans les tables de la loi, l’idée de racisme n’existait pas, parce que tout le monde l’était, raciste : on était d’une tribu, d’un peuple, et les autres, les barbares, étaient forcément des ennemis, tout juste bons à être passés par le fil de l’épée ou réduits en esclavage, si l’on gagnait. Si l’on perdait, c’était l’inverse. L’une des fonctions du dieu ou des dieux de la tribu était précisément de soutenir les siens dans les combats contre tous les autres.

Le problème, c’est que quelques milliers d’années plus tard, les tables de la loi disent toujours la même chose, alors qu’en théorie, on a évolué. Une partie des israélites, tout au moins, a évolué. Ils ont même été souvent le fer de lance de cette évolution positive, que l’on appelle le progrès et l’humanisme. Certains ont du abandonner la foi hébraïque pour cela, comme Montaigne et Spinoza, qui étaient, semble-t-il, des marranes. L’humanité toute entière doit une fière, une énorme, une gigantesque chandelle aux penseurs d’origine juive et il est tout de même amusant de penser que si dieu a élu un peuple, il n’est pas parvenu à en convaincre tous ses membres. Je connais plein de juifs qui ne croient pas. Or ce ne sont de loin pas les moins intelligents, ni les moins gentils. Sans mauvais jeu de mots.

Mais tout un pan du judaïsme, le côté obscur de la force, n’a pas évolué. La religion s’est majoritairement ralliée au sionisme et du coup l’autre est devenu l’ennemi, le barbare, avec lequel il est naturel de se taper sur la gueule, pour chercher à le réduire par la force avant d’être réduit par lui.

La négociation équitable, le partage, cela ne semble pas avoir de sens pour ces colons religieux qui ne sont jamais vraiment devenus adultes. D'ailleurs ils dansent la ronde comme des gamins impubères, suivant une tradition millénaire, encore très répandue au moyen orient. Sauf que les hassidim sautillent et font des rondes en se tenant par la main, tandis que les arabes du Yémen ou d’Irak préfèrent sautiller et faire des rondes à la queue leu leu. Quand aux shiites, ils sautillent en ligne en se frappant la poitrine jusqu’au sang. Différences essentielles ! Remarquez, les bretons ont leur fest-noz, les auvergnats leur bourrée, les sardes leur sardane et les huaorani font la même chose, entièrement nus, le bout de la zigounette coincée dans leur ceinture de corde, une lance à la main. La nuit, au fin fond de la jungle équatorienne, ça éveille des échos ataviques et ça fout la trouille.

C’est pour exorciser ce genre de peurs qu’aux temps jadis, au Moyen-Orient, un clan bédouin s’est inventé un patriarche immortel. Cela rassurait toute la famille et depuis lors, Iahvé maltraite ses ouailles comme un père autoritaire ses enfants. Trop autoritaire aux yeux du XXIème siècle, mais il y a 5 000 ans, ce devait être la norme. On en voit le résultat en Palestine : comme l’Islam d’en face est tout aussi absolutiste et dominateur, il ne peut y avoir qu’un vainqueur et un vaincu.

 

ENTRER COUVERT

Bien que la religion israélite soit réservée aux représentants du Peuple élu, on peut se convertir au judaïsme. C’est nettement plus difficile et compliqué que dans la plupart des religions, mais c’est possible, notamment dans le cas de mariages mixtes. Faire ou non partie du peuple élu n’est alors plus seulement une question de gènes, même si certains religieux orthodoxes extrémistes hésitent à reconnaître pleinement les convertis. Pour devenir membre du club, il faut manifester sa croyance envers celui que l’on ne nomme pas (ainsi qu’on l’appelle en hébreu), en pratiquant les rites ad hoc, mais seulement après avoir été admis à le faire par les dépositaires d’une autorité religieuse. Il y en a en effet plusieurs, fruits de la grande dispersion géographique et idéologique du peuple élu.

Pour le coup, le judaïsme se comporte comme n’importe quelle religion, ou n’importe quelle secte, promettant un accès direct au nirvana en échange de quelques pratiques plus ou moins particulières, comme de se reposer le samedi au lieu du dimanche, de ne pas manger de cochon et de se couvrir la tête pour entrer dans les synagogues. Chez les cathos, c’est l’inverse, il faut se découvrir pour rentrer dans une église, tandis que pour les musulmans, l’important est d’ôter ses chaussures. Chacun son truc.

 

WOODSTOCK SUR JOURDAIN

Selon l’ancien testament, interprété littéralement par les born agains étasuniens, tous ceux qui reconnaissent la toute-puissance de celui que l’on ne nomme pas auront rendez-vous en terre promise à la fin des temps. C'est-à-dire à l’apocalypse, qui serait parait-il assez proche. Je conçois mal comment ce temps qui n’existe pas pourrait se finir, mais je l’imagine assez bien se décomposer, pour ce qui nous concerne, à l'occasion d'un holocauste nucléaire sur fond de conflit israélo-palestinien.

En tout cas, si le message se répand chez la moitié, le quart, ou même simplement le dixième de la population mondiale, ça risque de faire un sacré paquet de gens à entasser en Palestine. 600 millions d’êtres humains agglutinés autour de la Mer Morte, en train de se battre pour se faire baptiser dans le Jourdain, cela pourrait devenir bien pire qu’à Woodstock….

Cette absurdité fait fi de toutes les traditions locales de tous les autres peuples, généralement très attachés à leur terre. Cette croyance n’a pu se développer qu’aux Etats-Unis, au sein d’un peuple d’immigrés qui n’avaient pas eu le temps de se forger des légendes liées à leur nouvel enracinement, après avoir éradiqués celles des premiers occupants. Cet ethnocentrisme d’un autre temps ne convainc qu’une poignée d’allumés fondamentalistes protestants. Le problème c’est qu’ils  soutiennent à fonds les néo-conservateurs et Israël, pour que Tsahal puisse faire place nette en prévision de ce jour là.

Quand aux sionistes qui prêtent foi à la Terre Promise, ils n’y croient que pour eux-mêmes, représentants du peuple élu. Beaucoup d'Israéliens n’y croient même pas, à commencer par les fondateurs de l'Etat, dont beaucoup étaient socialistes et athées. C’était juste un bon prétexte pour se trouver là, plutôt qu’ailleurs, comme cela avait été sérieusement envisagé au début : avant de choisir la Palestine, il avait été fortement question du Kenya… Ce qui nous ramène à l’Afrique de l’Est, berceau des premiers hominiens… et berceau imaginaire de la dernière grande religion moderne : le rastafarisme.

 

RASTAFARI MYTHE MODERNE

La religion née en Jamaïque à la fin du XIXème siècle découle d’un mythe commun à tous les esclaves noirs de la Caraïbe : ils pensaient qu’en mourant, ils retournaient sur la terre de leurs ancêtres. Nombre d’entre eux avalèrent donc leur langue, dans les moments particulièrement difficiles, pour s’asphyxier et réintégrer leurs pénates.

Le Négus étant le dernier grand roi d’Afrique à avoir su préserver son indépendance, c’est vers lui et l’Ethiopie que se sont orientés Marcus Garvey et les siens lorsqu’il a fallu situer la patrie des origines. En réalité, l’immense majorité des esclaves des Amérique provenaient d’Afrique de l’Ouest à l’autre extrémité du continent. Absurde, mais aujourd’hui encore, l’enseignement du souahéli est majoritaire dans les études africaines aux Etats-Unis, alors même que ce créole arabe est originaire d’Afrique de l’Est, parlé parfois en Afrique Centrale, mais jamais dans les territoires d’origine des anciens esclaves américains, bordant les côtes de l’Atlantique.

L’absurdité est partout. Bob Marley, Jimmy Cliff et le reggae ont permis au mouvement rastafari de connaître un retentissement planétaire. Du coup Dior, grande marque de luxe française, s’est emparé de leurs couleurs, le temps d’une collection. Personnellement, même en tant qu’auteur, je ne suis pas pour la défense à tout crin des droits et autres copyrights intransigeants. Je pense que les créations intellectuelles sont au service de tous et que les créateurs puissent en vivre ne signifie pas forcément qu’ils doivent devenir multimillionnaires. Je trouve cependant tout à fait déplacé qu’une marque à la pointe du combat pour la propriété intellectuelle s’empare ainsi sans bourse délier, le temps d’une mode saisonnière, d’un symbole qui ne lui appartient pas, fruit de siècles d’une oppression particulièrement odieuse.

 

L’ILLUMINE MOYEN

Si l’on regarde bien les créateurs de religion, qu’ils réussissent ou finalement échouent, tous ont plus ou moins le même profil, un peu fou génial, un peu hâbleur. Des beaux mecs, intelligents, exaltés, dotés d’un charisme et d’une sûreté de soi hors du commun. La plupart auraient aussi bien pu finir escroc, gigolo ou politicien charismatique, ils avaient le profil pour. Peut-être que si j’avais eu le profil, moi aussi, j’aurais tenté le coup, mais je suis bien trop timide et anxieux pour ça. Un prophète qui bégaie quand il est stressé, ça la fout mal, et je ne suis même pas du tout certain d’être assez beau.

De toute manière, sur le fond, j’aime trop l’intelligence, la vraie. Pas celle qui se cache sous des verbiages pompeux et mystérieux, plutôt la faculté de synthétiser une idée et de la rendre intelligible au plus grand nombre. Or pour que la foi existe et perdure, il lui faut sa part de mystère, c’est nécessaire pour séduire les foules. C’était nécessaire en tout cas, en des temps où le savoir était répandu de manière fort parcimonieuse.

L’instruction, de l’antiquité au moyen âge, était réservée aux seules élites et la vulgate inculte n’avait droit qu’aux Mystères de la Foi – quelle que soit là dite foi – pour l’aider à comprendre le monde. De fait les croyants, les vrais, ont rarement été les personnes les plus brillantes de leur temps. Je ne parle pas de ceux qui croient comme ça en passant, par habitude, par une sorte de commodité inconsciente qui leur permet de se libérer l’esprit pour se consacrer à d’autres tâches. Je ne pense pas non plus aux inventeurs de concepts religieux, vrais créateurs en général. Non je parle de l’illuminé suiviste moyen, braqué sur son dogme comme si sa vie en dépendait, obnubilé par le respect des préceptes sacrés au point qu’il en oublie de vivre et de penser. De penser surtout.

Du coup, lorsqu’il leur arrive de parvenir au pouvoir, à l’occasion d’une inquisition ou de l’instauration d’une théocratie, ces illuminés-là deviennent carrément dangereux. Obtus et bornés, leur gentillesse ou leur humanité potentielle, lorsqu’elles existent, sont entièrement dévoyées dans leur désir d’atteindre le paradis et d’y envoyer le maximum de gens, par la force s’il le faut. Dieu reconnaîtra les siens.

Lorsque le monde se rappelle au bon souvenir des fous de dieu, parce qu’il ne colle pas à leurs croyances, les fous de dieu ont tendance à tordre le monde pour le faire coller malgré tout. En général, le vrai monde s’en fiche, il demeurait inatteignable… jusqu’à ces dernières décennies. La puissance des technologies humaines les plus récentes le met désormais en danger. Par ailleurs, le monde est habité d’êtres humains qui sont très fragiles et supportent mal qu’on les torde. Malheur à eux.

 

NAISSANCE DE LA PENSEE LIBRE

C’est aux environs du XIème siècle après JC qu’apparaissent en parallèle, en Andalousie arabe, dans l’Iran shiite et dans certains monastères et collèges anglo-saxons,  les premiers raisonnements aboutissant, dans le monde monothéiste, à l’hypothèse de l’inexistence d’un être suprême. Il semble que ces érudits d’alors aient eu des contacts entre eux, épistolaires ou indirectement, en prenant connaissance de leurs écrits respectifs. Par la suite, les israélites furent particulièrement nombreux à adhérer à ce courant de pensée, qui dut souvent se faire fort discret pour échapper aux persécutions diverses. 

Voués aux gémonies par toutes les religions – c’est l’un des rares points sur lequel elles s’entendent sans difficulté – l’athéisme est cependant le seul courant de pensée à garantir l’absolue égalité des individus. Au contraire des religions, qui ont inscrit dans leurs gênes la négation de l’autre, s’il est incroyant. Avec l’athéisme, il n’est pas non plus de derniers qui deviennent premiers dans l’après vie ou dans la vie suivante. Il y a des concurrents, alignés sur une ligne de départ. Libre à eux de courir ou de marcher, de subir leurs qualités et handicaps respectifs ou de tenter de les transcender.

Il n’y a pas de salut ni de consolation dans l’après vie. C’est ici et maintenant qu’il faut régler les problèmes. Bien sûr que c’est fatigant, que c’est risqué, que certains sont plus doués ou plus volontaires que d’autres à ce petit jeu, mais c’est la règle et tout le monde est libre d’essayer de jouer – de se battre pour améliorer son sort et atteindre ses buts – ou de rester sur le bord du terrain, à contempler la partie.

C’est exactement ce que disait Nietzsche, qui n’était ni facho, ni anti-sémite contrairement à sa sœur. Les übermensch sont ceux qui savent trouver en eux les ressources nécessaires pour s’améliorer et pour atteindre leur but, au prix d’efforts considérables, même s’ils n’ont pas forcément le talent nécessaire au départ. C’est ici et maintenant que les choses se passent, pas dans un avenir hypothétique, au paradis des humains sans ambition.

Ce monde est un océan de larmes, dans lequel on n’obtient rien sans rien. Sauf dans le système occidental, où l’on a entretenu l’illusion que l’on pouvait se croire à l’abri de l’inconfort, qu’il était même possible de donner à peu de frais une image valorisante de soi-même. Si papa ou maman avait un peu d’argent, la couverture sociale faisait le reste. On pouvait s’offrir une vie tranquille et confortable de pion consommateur sans avoir jamais eu à lutter pour. Est-ce le but ? Est-ce que cette facilité était le but ?  L’époque en tout cas en est révolue. Le gâteau n’est pas extensible et les ¾ de l’humanité que le système social occidental avait oublié réclament aujourd’hui leur part.   

Personnellement, je ne le regrette pas. L’aisance matérielle est un leurre, certes confortable, mais seule l’expérience des obstacles réels affrontés et surmontés vaut la peine d’être vécue, même si elle s’avère particulièrement éreintante. L’homme est fait pour vivre dangereusement. La femme aussi, à sa manière. La plénitude qu’on en retire vaut largement toutes les croyances du monde.

 

AUJOURD’HUI L’ATHEISME

L’idée de la non existence de dieu a lentement mais sûrement commencé à faire son chemin dans le monde. Si l’on se penche sur les peuples encore soumis aux religions animistes, on n’y trouve jamais personne qui se réclame du matérialisme, de l’agnosticisme ou de l’athéisme. Dans ces populations, tout le monde, absolument tout le monde croit, avec une ferveur étonnante. L’évolution de l’animisme vers le monothéisme est une évolution, pas une révolution. Une croyance en remplace une autre, mais le fait religieux demeure, égal à lui-même. La vraie révolution démarre avec la remise en cause volontaire et individuelle des principes religieux.

Nombre de gens intelligents et bien éduqués se déclarent encore croyants et même pratiquants. Je compte de nombreux amis parmi eux, des personnes de qualité, dotées d’un altruisme au-dessus de la moyenne. De « bonnes personnes » que je respecte, quelle que soit leur religion, même si parfois je me moque (amicalement j’espère) de leurs croyances. Mon but n’est pas en soi de les « convertir » à l’athéisme, mais plutôt de pousser le doute, d’introduire le questionnement dans leur esprit. Parce que je pense que le monde irait mieux s’il comptait moins de croyants. Cela ferait quelques sources de conflits en moins.

 

COMMUNISME ATHEE

Il est malheureux que l’athéisme ait été assimilé au marxisme, car ce sont deux concepts bien différents. Il y a des athées capitalistes, comme il peut y avoir des chrétiens socialistes et même communistes. De la Guerre d’Espagne à la forte contribution du pape polonais à la chute du mur de Berlin, beaucoup ont tiré la conviction que le marxisme et l’athéisme ont partie liée. C’est faux. Ce sont deux courants de pensée différents, qui ne portent pas sur le même sujet et parfois se rejoignent, parfois non. Ce n’est pas non plus parce que l’un s’est avéré déboucher sur un cul de sac que l’autre est forcément condamnable.

En réalité, l’athéisme peut fort bien s’accommoder de n’importe quel système économico politique. Il est du ressort de la vie privée, comme la religion d’ailleurs. On a ainsi souvent lié l’essor du protestantisme au développement du capitalisme, mais aujourd’hui, catholiques ou shintoïstes s’avèrent des capitalistes tout aussi efficaces que les luthériens, les calvinistes ou les puritains.

En revanche, si toutes les religions sont de puissants lobbys, bien organisés mondialement, l’athéisme ne possède pas vraiment de représentation structurée, hormis une obscure ONG genevoise. C’est d’ailleurs assez logique : il ne manquerait plus que les athées aient leur église… C’est par essence une démarche individuelle qui à mon sens doit le rester. S’il apparaît judicieux de combattre l’influence des religions, notamment les pratiques religieuses contraires aux droits de l’homme, de la femme ou de l’enfant, cela doit se faire pacifiquement, à titre personnel, dans le respect d’autrui et surtout sans persécutions, qui sont non seulement injustes, mais en plus improductives.

 

 

PARTICULARISMES RELIGIEUX

 

SUPERSTITIONS

Au début était la superstition. C’est à dire la tendance à supposer des liens improbables entre les choses, ou à expliquer des phénomènes naturels par des actions surnaturelles. Tous les enfants connaissent cela, du genre « Si je parviens à marcher sur l’arrête du trottoir jusqu’au bout de la rue, mon professeur va perdre ma feuille de dictée que j’ai lamentablement ratée ». Ou plus classique, « Si je brise un miroir dans la maison, j’attire 7 ans de malheur sur la famille ». Ma mère, bien que bonne catholique, est une championne en la matière. Elle ne posera jamais son sac à main par terre ou sur une table par exemple. Ma première ex-femme détestait que je croise mes mains sur mon crâne en me rejetant en arrière dans un moment de détente, parce que dans son ethnie, au Togo, cela appelle la mort sur un habitant de la maison. La pauvre, j’adorais me tenir ainsi et j’ai du involontairement lui flanquer une trouille bleue à plusieurs reprises.

A 7 ans, les apparents pouvoirs de divination de mes parents m’inspiraient aussi, je l'ai dit, une sainte frousse, qui m’a sans doute évité de commettre quelques bêtises supplémentaires. Elle a aussi perturbé mon apprentissage du mensonge. Ils disposaient pourtant simplement de moyens d’informations dont j’ignorais tout, mais à 7 ans la question « Comment se fait-il qu’ils sachent ce qui s’est passé, puisqu’ils n’étaient pas là ? » appelle une réponse claire. Celle que j’avais trouvé était particulièrement limpide : « parce que, comme le Père Noël, ils doivent disposer d’un pouvoir de divination sur ce que font leurs enfants ». Plus exactement, je crois me souvenir que c’est juste après avoir appris que le Père Noël n’existait pas, mais que les parents y suppléaient, question cadeaux, que l’idée a germé que les parents devaient aussi le remplacer dans ses pouvoirs de divination… Logique, non ?

Dans la nuit des temps, le chasseur, le peintre et le shaman, au fond de leur grotte, réagissaient ainsi, en attribuant des pouvoirs magiques à ce qu’ils ne maîtrisaient pas, notamment les hasards de la chasse. Ils représentaient les animaux qu’ils souhaitaient abattre et les menaçaient sans doute de coups de lance garants de chasses fructueuses, comme avec des poupées vaudou transpercées d’aiguilles. A la manière des Amérindiens des plaines, ils devaient également remercier scrupuleusement les animaux de s’être offerts en pâture à leurs flèches, histoire de se faire bien voir pour la prochaine chasse.

La construction de religions plus sophistiquées, puis monothéistes n’a pas vraiment changé les choses. Superstition et religion ne sont pas opposables, elles sont la continuité l’une de l’autre. Croire que je vais conjurer le mauvais sort en jetant du sel par-dessus mon épaule, ou croire que j’accéderai au paradis si j’agis conformément aux règles dictées par un prophète, c’est de même nature. Ma deuxième ex-épouse renâcle à cette comparaison. N’empêche que sa mère se signe à chaque fois qu’elle voit une église. Si cela n’est pas de la superstition, ça y ressemble.

La question est importante, car l’un des principaux soucis de nombreux chercheurs travaillant sur la croyance est précisément de démarquer la religion de la superstition. Or la plupart d’entre eux admettent comme hypothèse de départ que le message révélé est vrai, ce qui modifie profondément leur appréciation… et laisse planer un gros doute sur leur objectivité.

 

CREATIONNISME

Aiguillonnée par les centaines de millions de dollars déversés par l’administration Bush, la recherche sur la religion fourmille de découvertes ces derniers temps. Le problème est que cet argent n’est pas plus neutre que les chercheurs qu’il rétribue. La plus grande partie d’entre eux sont des pentecôtistes et autres born again, motivés par le désir de justifier leurs croyances. Les judaïsants sont également nombreux et les catholiques s’en mêlent à leur tour. Les athées et agnostiques sont beaucoup plus rares. Les chercheurs préfèrent s’orienter dans des domaines qui les intéressent et les passionnent personnellement, or pour s’intéresser vraiment à dieu, au point d’y consacrer son métier et une bonne partie de sa vie, il faut y croire. Au moins, un peu.

La croyance en dieu, c’est par définition le type même de conviction qui vous fait mettre votre objectivité entre parenthèses. Dès lors, les hypothèses de travail et les angles d’études retenus sont tout sauf neutres. En plus, il ne s’agit pas de sciences exactes, mais très souvent d’archéologie, où l’art d’émettre des hypothèses à partir de pas grand chose est quasiment la base du métier. La psychologie cognitive s’en mêle à son tour cherchant à déterminer pourquoi l’on croit.

Ces recherches sont passionnantes, mais il faut prendre avec des pincettes les conclusions qui en sont tirées. Ce n'est pas parce que l’on a identifié les parties de notre cerveau concernées par la croyance que cela implique l’existence d’un être suprême. Nous ne sommes pas « programmés pour croire ».  Nous croyons parce que cela répond à un besoin social et personnel et que notre cerveau s’est aménagé des zones à cet effet, parce que cela lui apportait un atout supplémentaire dans ses stratégies de reproduction, ou simplement par plaisir. Comme il l’a fait pour le langage, la chasse, la sexualité, le goût, les couleurs ou plus récemment les jeux vidéos.

 

COMPLOT COMMUNISTE

Connaître l’obédience des chercheurs « scientifiques » et leur intérêt matériel est fort utile. Je me souviens d’une discussion enflammée aux Antilles, où j’effectuais l’étude sur le terrain préalable à mon mémoire d’ethnologie sur « Le Bon Dieu Coolie », un syncrétisme religieux mêlant liturgies chrétiennes et hindouistes autour de quelques vieux prêtres d’origine tamoule, C’était dans un bled du nord de la Martinique, où tout le monde parlait créole toute la journée. J’étais fort content de converser en français de temps à autre et lorsque ces deux prédicateurs mormons ont sonné à la porte j’ai sauté sur l’occasion, d’autant qu’à l’époque, ce genre d’énergumènes étaient encore rares en Europe.

Je voulais voir ce qu’ils avaient dans le ventre autant que dans la tête et je leur suis tout de suite rentré dans le lard en commençant par le commencement : la création. Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, j’adore la polémique et j’avais l’espoir d’un bon débat de haute volée. Las, je suis tombé des nues en découvrant qu’ils croyaient sérieusement que le monde avait été créé à l’occasion de la première semaine de sept jours. Manquant d’arguments, ils m’ont promis de revenir avec les preuves scientifiques de ce qu’ils avançaient, Magnanime, je leur accordai une seconde entrevue quelques jours plus tard, à laquelle ils se pointèrent avec la traduction française, commandée spécialement aux Etats-Unis, d’un ouvrage publié par une université étasunienne inconnue. C’est ainsi que j’appris que le darwinisme et la théorie de l’évolution n’étaient qu’une pure invention du complot communiste international.

 

MIDDLE-WEST

J’ai omis de vous préciser que le bled paumé où j’habitais, à quelques kilomètres de Basse Pointe où vivaient les derniers vieux tamouls objets de mon étude s’appelait l’Ajoupa Bouillon. C’était la seule commune de France à être dirigée par un maire trotskyste et je résidais chez son premier adjoint. Un petit entrepreneur en travaux publics qui avait fait la guerre d’Algérie où il avait découvert la lecture de Franz Fanon. Les missionnaires avaient donc du cran de venir prêcher dans l’antre du diable, d’autant qu’ils étaient, j’en mets ma main à couper, parfaitement au courant de la situation politique de la contrée.

Nous étions en pleine guerre froide et la CIA avait la fâcheuse habitude de voir le mal partout, travaillant volontiers avec les prédicateurs étasuniens pour l’éradiquer. A cette époque, en 1976, dans ces campagnes antillaises, comme dans les plus reculées des campagnes françaises ou suisses, les femmes ne rentraient pas encore dans les bistrots. Même la secrétaire de mairie, accessoirement membre de la cellule trotskyste du village, attendait dehors que les mâles sortent pour leur parler.

Le féminisme a heureusement bien changé les choses depuis, contrairement aux liens entre la CIA et les mouvements fondamentalistes chrétiens, qui se seraient plutôt renforcés ces derniers temps.

Le bouquin des mormons, en tout cas, n’était qu’un ramassis de conneries scientifiques grossières et de fantasmes anti-communistes primaires. Sans le moindre intérêt, hormis sa bibliographie, impressionnante. Sur le tiers du volume du livre, elle citait des centaines de noms de docteurs ou prétendus tels, tous étasuniens, confirmant et justifiant par de pseudos arguments scientifiques la théorie créationniste. Ce jour là, je compris l’importance de l’épistémologie, de la clarté dans les présupposés de recherche, en bref de l’objectivité scientifique. Je compris surtout qu’il y avait un monde entre notre conception de la culture, à nous autres vieux européens décadents et celle des habitants du middle west, issus de générations de prédicateurs extrémistes et de paysans pauvres contraints à émigrer. Leurs bibliothèques sont pleines de ce genre d’ouvrage et même lorsque le reste du monde y pénètre, c’est en version expurgée, dans les pages du Reader’s Digest. Ceci dit, quelques unes des plus riches bibliothèques du monde sont aux Etats-Unis et quelques uns des plus brillants intellectuels également. Rien n’est jamais univoque.

 

RENONCEMENT

La soumission au divin est particulièrement marquée dans l’Islam – qui signifie précisément soumission – mais elle est indissociable de toutes les religions. Hors la révolte est l’une des caractéristiques de la vie. La soumission, le nirvâna, le renoncement qui sont plusieurs facettes d’une même attitude, c’est la mort. Le bouddhisme par exemple, lorsqu’il prétend se détacher du monde, ne propose rien en échange, juste la négation du moi.

Si le désir est à la base de la frustration, il est aussi à la naissance de l’action. Sans lui, l’immobilisme règne et par ailleurs, le renoncement n’est certainement pas l’attitude adéquate face au mal intégral. Face au nazisme par exemple, on ne remet pas son épée au fourreau. Sauf si l’on est Suisse, mais ça c’est une autre histoire, qui confirme d’ailleurs que de remettre son épée au fourreau, c’est certainement un bon moyen d’accéder au nirvâna, au moins financier. Surtout si d’autres se chargent de se salir les mains, ce qui est immanquable lorsqu’on choisit de se battre, ou qu’on y est contraint, même et surtout si c’est contre le mal absolu.

On peut toutefois se demander s’il existe un mal absolu. Dans le cas d’Hitler, il n’y avait pas vraiment photo. Mais généralement, l’un des problèmes réside précisément dans la difficulté de cerner les limites du mal. Le système des castes, par exemple, a sans doute permis à la société indienne de se perpétuer durant des millénaires, mais il est source d’innombrables injustices. Or le renoncement fataliste, indissociable de la philosophie hindouiste, a incontestablement favorisé sa perpétuation.

Pour certains penseurs orientaux, seule la souffrance existe. Le plaisir n’étant qu’une chimère, il est donc inutile de chercher à l’atteindre. Seul le renoncement permet de s’abstraire de ce monde de larmes. Mais on peut retourner la proposition : la non souffrance, c’est à dire le nirvâna, c’est la non-existence. 

Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui les traditionalistes hindous qui s’en prennent aux mosquées ou aux églises chrétiennes sont les mêmes que ceux qui massacrent les intouchables tentant de sortir de leur condition. Lorsque l’autocensure du fatalisme n’agit plus, le système cherche à lui substituer des moyens de coercition plus radicaux.

 

 

 

 

SOPHIA  MORALES

 

IRREEL ET POURTANT

 

PREMONITIONS ET DEJA VUS

Les prémonitions comme d’autres phénomènes inexpliqués, ne prouvent en rien l’existence d’un être omniscient. Tout au plus pourrait-on  penser qu’ils sont la manifestation de pouvoirs intuitifs, magnétiques ou télépathiques méconnus. Certaines religions les nient, du moins à certaines époques, comme le catholicisme aujourd’hui. D’autres, notamment les mouvements sectaires y compris islamistes, y accordent une grande importance.

Personnellement je n’y vois qu’un champ de la connaissance restant à explorer, par des voies qui restent à déterminer. La physique quantique ouvre des perspectives d'explications intéressantes. Je trouve personnellement plutôt enthousiasmant de penser qu’il nous reste encore, au XXIème siècle, des phénomènes à expliquer.

 

DELIVRANCE

Je devais avoir 7 ou 8 ans, je commençais à nager et j’étais en vacances avec ma mère chez mes grands-parents, dans le sud-ouest de la France. Un minuscule village qui s’appelle Caresse, à la lisière du Béarn et du Pays Basque (côté Béarn) dont les seuls titres de gloire sont d’avoir abrité le château (aujourd'hui en ruines) d’Alphonse XIII quand il n’était plus roi d’Espagne mais réfugié en France… et la maison de mon grand-père, une jolie bâtisse en galets du gave, comme tout le village hormis le château.

La maison familiale s'appelait « Les Bambous »parce qu’il y poussait… des bambous. Grands et immenses, tapissant le fond du parc derrière la balançoire où mes cousins, ma sœur et moi jouions à toucher le ciel et même… à faire un tour complet par-dessus l’horizontale du portique… Quand j’y repense, plus de 40 ans après, je me demande si je ne rêve pas. Ce qu‘il y a de sûr, c’est que si je voyais mon fils ou mes neveux tenter ce genre d’exploits, je leur interdirais la balançoire, ce qui serait stupide.

Aujourd’hui, le portique de la balançoire est vermoulu et pourri, il me parait aussi beaucoup plus petit. Les bambous sont toujours là. A l’époque de ma naissance, les thoniers basques de Saint-Jean de Luz, qui pratiquaient la pêche à la traîne, venaient se fournir en cannes suffisamment longues pour équiper leurs bateaux. Les bambous de mon grand-père sillonnaient le golfe de Gascogne, et sans doute bien au-delà, les basques ayant toujours été d’hardis navigateurs. J’en étais très fier, mais malheureusement, les bambous n’ont pas su résister à la concurrence des fibres synthétiques et les canne sd'aujourd'hui sont en matérieux composites.

Un jour donc, où nous étions allés nous baigner sur un îlet du Gave d’Oloron, je suis tombé à l’eau. Le Gave est un torrent de montagne, impétueux et imprévisible, plein de remous dangereux. Or j’en étais encore à traverser l’angle de la piscine en diagonale, sur quelques mètres... Cet îlet sur lequel nous nous rendions, grâce à un tronc d’arbre qui servait de pont, dessinait une petite crique protégée dans laquelle il était possible de se baigner sans risque. Mais le courant restait fort, particulièrement entre l’îlet et la rive. Et, sous le tronc en forme de pont, il s’accélérait. La forme de l’îlet lui-même, fait de galets accumulés par le courant, se modifiait sans cesse au gré des crues et des décrues de la rivière.

Nous étions en pleine saison des orages d’été, et celui qui avait explosé sur le haut de la vallée devait être particulièrement gratiné, parce que le gave bouillonnait et agitait ses remous comme dans les rapides de Délivrance. Fameux film dans lequel un débile des Appalaches joue du banjo comme un vrai requin de studio. Bon, à l’époque je n’avais pas vu Délivrance et John Boorman devait encore être à l’école, mais moi, en retournant sur la terre ferme, j’ai glissé du tronc.

J’ai immédiatement été emporté par les flots tumultueux.

 

LES PRUNES DU CURE

Il y avait là Thérèse Libert, une fille du village, ex-institutrice en Algérie, sorte de bonne sœur non consacrée, qui venait aider à la maison; ma petite sœur Isabelle, mes tantes Annie et Josie et ma mère Eliane. Celle-ci, alors âgée d’une dizaine d’années, avait un jour amené des restes à manger au prêtre de la paroisse en lui expliquant « c’est de bon cœur, Monsieur le Curé, les cochons n’en veulent plus »… Une histoire qui fait encore rire aujourd’hui… mais il faut que j’appelle ma mère. Parce qu’enfin, pourquoi a-t-elle dit ça ? Je doute fort que mes grands-parents aient pu songer à faire passer le curé après le cochon, eux qui étaient très croyants, et affligés d’un sens aigu des convenances.

Au point de chasser leur fille aînée – ma mère donc – du foyer familial lorsqu’elle a refusé d’abandonner le fils (mon frère aîné) qu’elle avait eu hors mariage avec mon père. Lequel aurait bien voulu régulariser, mais il en était empêché par un cas de force majeure : peu de temps après la conception de mon frère aîné, il avait été arrêté par la Gestapo. Il était certes parvenu à s’évader quelques mois plus tard, en Allemagne, mais c’est seulement à la fin de la guerre qu’il avait pu connaître et reconnaître son enfant. L’honneur de la famille étant sauf, ma mère et mon grand-père s’étaient réconciliés.

Un journaliste devrait toujours vérifier ses sources. Cela fait des années que je raconte cette histoire, entendue lorsque j’étais enfant. Je viens de téléphoner à ma mère, qui m’affirme que cela n’a jamais été elle l’enfant de l’histoire. Pourtant j’en étais persuadé, la mémoire, la mémoire… C’était un gamin – le simplet du village – contemporain de l’enfance de son père à elle, ou même du père de son père - donc mon arrière grand-père – qui avait offert des prunes un peu blettes au curé. Mais l’histoire ne dit pas si lesdites prunes avaient effectivement été offertes aux cochons auparavant, ou si c’était pure invention du simplet. 

Toujours est-il donc que ce jour là, je suis passé à la baille et que j’ai immédiatement été emporté par le courant. Emoi de toutes les personnes présentes, et de moi aussi, le premier concerné, qui tentait de reprendre mon souffle, emporté comme un fétu par les remous. Quelques dizaines de mètres en aval, je réussi à choper une branche qui s’inclinait là pour me sauver la vie. Merci la branche. Le soir même, réchoupillé par toutes ces présences féminines fières de leur petit héros, je m’endors tranquille. Pour me réveiller, comme toute la maisonnée à trois heures du matin.

C’était mon père, personnage par ailleurs fort solide et matérialiste qui appelait depuis Neuchâtel en Suisse, distante de plus de 1000 kilomètres. Il avait décidé de téléphoner à cette heure carrément nocturne, sachant pertinemment qu’il allait réveiller tout le monde, car cela faisait trois fois dans la nuit qu’il rêvait que je me noyais et il était inquiet. Fin de l’épisode.

Il ne s’agit pas ici d’une prémonition, puisque l’événement s’était déjà déroulé. Mais quelque chose, quelque part entre une coïncidence troublante et de la télépathie. J’avais eu extrêmement peur. Ma mère et mes tantes aussi et sans doute ma petite sœur, qui avait l’âge de comprendre ce qui se passait. La force de ce trouble a-t-elle pu franchir les kilomètres et impacter le cerveau de mon père pourtant fort peu réceptif à ce genre de fadaises ?

 

BONNE AVENTURE

Tentative d’expliquer l’inexplicable, la religion présente une vision acceptable de phénomènes que nous ne comprenons pas. Eclair et tonnerre déchirant le ciel dans un vacarme assourdissant devaient sacrément  flanquer la trouille aux contemporains d’Homère. Depuis, nous avons appris ce qu’étaient l’électricité, les masses nuageuses, la vitesse du son et de la lumière, tout ce qui nous permet de juste sursauter avant d’appeler les pompiers si la foudre s’abat sur la maison d’à côté, au lieu de nous planquer sous la table en implorant la clémence divine.

Au fur et à mesure que progresse notre connaissance de notre environnement, les zones d’ombres qui nous entourent s’éclaircissent. Heureusement qu’il en reste encore quelques uns pour pimenter notre existence d’un peu de mystère. La télépathie, le magnétisme animal et la plupart des méthodes de divination, y compris l’astrologie en font partie. Nous n’avons aucune explication scientifique sérieuse sur la manière dont ça marche. Nous ne savons même pas si ça marche vraiment. Mais il existe des soupçons, quelques indices troublants.

Profondément sceptique et néanmoins curieux, j’ai parfois consulté voyantes et astrologues, professionnels ou amateurs réputés. L’intuition et la débrouillardise aidant, on peut s’attendre à ce que sur 50 ans, les prédictions tombent parfois justes, sinon plus personne n’y croirait. Mais sur une demie douzaine d’expériences, je dois reconnaître que le résultat fut souvent étonnamment précis et véridique. Même si j'ai comme tout le monde tendance à me souvenir des faits spectaculaires que des échecs anodins, le fait est que j'ai peu consulté. Mais j'ai presque toujours été étonné par ce que j'ai entendu.

 

LE FOND DE LA PISCINE

En 1977, avec Double JR, un ami jeune journaliste comme moi, devenu depuis directeur d’un grand quotidien, nous avions pris rendez-vous chez un astrologue réputé, sans le prévenir que nous voulions rédiger un article. Nous avions convenu que je répondrai franchement et abondamment aux questions du « voyant » tandis que mon collègue serait beaucoup plus discret, voire menteur, sauf sur ses coordonnées de naissance. Résultat, mon thème décrivait assez précisément mon caractère, tandis que celui de Double JR était  carrément fantaisiste. Pas très clairvoyant, donc, à moins que Double JR ait été, à mon insu, un extra-terrestre télépathe capable de bloquer les incursions inquisitrices de l’astrologue dans son esprit...

En 1978, mon copain Christian Bonfils, excellent bassiste et compositeur de funk rock dressait des thèmes astrologiques passionnants. Il m’avait annoncé que je jouerai un rôle politique dans la République et Canton de Genève, mais de manière tellement différente et donc dérangeante pour les pouvoirs en place que cela ne durerait jamais longtemps. Ce qui s'est vérifié. Lui est mort d’asphyxie dans sa douche quelque temps plus tard, officiellement à cause d’un chauffe-eau à gaz défectueux. Il était sujet à de profondes crises de déprime dans lesquelles il aimait à se laisser couler.

On ne le voyait pas durant quelques jours, puis il réapparaissait en pleine forme. Il avait coutume de dire que lorsqu’on touche le fonds de la piscine, il suffit de donner un coup de talon pour remonter. Issu d’un milieu modeste, élevé sans père, il était très créatif, intuitif et aussi discret que brillant intérieurement. C’est lui qui m’avait fait découvrir la sémantique générale. Je l’aimais beaucoup. Nous éditions ensemble un fanzine rock et j’avais écrit des textes sur certaines de ses musiques. Je ne suis pas certain qu’il ne s’adonnait pas discrètement à l’héroïne. Certains de ses amis le faisaient. En tout cas, j’ai effectivement joué à plusieurs reprises un certain rôle politique dans la République et Canton de Genève, toujours de manière brève et dérangeante.  

 

DJERBA L'INFIDELE

En décembre 85, à Djerba, ma copine BéBé et moi avions sympathisé avec une sorcière napolitaine, d'origine hispano-grecque, Sophia Moralès, grande prêtresse des bas-côtés obscurs…  Sophia la stregha m’avait lu les lignes de la main et prédit que je ne deviendrai jamais riche, que je passerai mon temps à essuyer des tempêtes financières. Il faisait beau et froid. C’était la première fois de mon existence que j’avais réservé une semaine au même endroit en demi pension. C’était aussi la dernière.

L’hôtel était rempli de prolos allemands et autrichiens et la bouffe était immonde. Choucroute aux merguez un jour et couscous aux saucisses de Vienne en alternance, avec kartoffeln bouillies à tous les repas. Dès le milieu de l’après-midi, tous les mecs et une bonne partie des nanas se pintaient systématiquement à la bière et au schnaps. Une bière et un schnaps, une bière et un schnaps, une bière et un schnaps. Toutes les heures ou toutes les 4 ou 5 tournées, ils courraient aux toilettes uriner leur trop plein liquide.

Nous avions rapidement loué une voiture et partions en excursion avec la napolitaine, qui vendait des camions IVECO et son mec, un épicier turinois ex-militant de Potere Operaio devenu sympathisant des Brigate Rosse… Et pour ce que j'en sais aujourd'hui, électeur de la Liga del Norte ! BéBé buvait les paroles de la stregha en tendant la main à son tour. La napolitaine aggrava son cas en affirmant à BéBé qu’elle acquérerait rapidement une aisance financière plus que confortable. A l’époque, j’entretenais BéBé qui terminait ses études d’architecte et je me voyais très bien faire ma vie avec elle… Je devais faire une sacrée tronche, parce que la sorcière s’est excusée d’avoir dit ce qu’elle avait vu. Tout le monde a bien ri et BéBé m’a quitté quelques mois plus tard pour se mettre en ménage avec un de ses copains qui terminait archi avec elle.

Vingt ans après, ils sont toujours ensemble, je me suis marié et j'ai divorcé deux fois, connu financièrement des assez hauts et des très bas, tandis que BéBé sans être vraiment riche, mène une vie de famille aisée. On peut toujours rêver : si ce bouquin cartonne, j’arriverai peut-être à faire mentir la prédiction ? Mais je me demande si je dois laisser ce passage: pas sûr qu'il encourage un éditeur ?

 

LE ROLE DU SUBCONSCIENT

En 1986, lors d’une fête familiale en Béarn, une cousine éloignée, voyante amateur mais talentueuse, nous reçut chacun notre tour, gratuitement. Elle ne prenait jamais d’argent et il ne fallait pas croiser les genoux devant elle. Sa réputation familiale était des plus flatteuses. Je n’avais pas encore digéré ma séparation d’avec BéBé. En début d’année, j’avais mis fin à neuf années de collaboration avec la Tribune de Genève pour former et diriger la rédaction de la première radio locale genevoise. Cela s’était mal passé et six mois plus tard, je me retrouvais sur le marché du travail. La voyante me prédit que j’allais encore connaître plusieurs aventures sentimentales - ce qui s’avéra vrai - et que j’allais en revanche trouver très rapidement une solution professionnelle, grâce à l’aide d’une amie parisienne. Deux semaines plus tard, je rentrais à la Télévision romande, après l’intervention d’une amie, productrice de l’émission scientifique de la TSR, en compagnie de qui j’avais fait mon stage de journaliste. Elle m’avait conseillé de rencontrer le patron du journal télévisé, qui cherchait des gens. Il se trouve que c’était un vieil ami de mes parents, ce que j’ignorais, et qu’il suivait et appréciait depuis longtemps mon travail en presse écrite. C’est seulement après mon engagement que je me souvins que Catherine était une « immigrée », débarquée de Paris à Genève en même temps que moi, 9 ans plus tôt. Mon subconscient s’en était-il souvenu, le jour où je décidai de lui téléphoner pour me renseigner sur la télé ?    

 

L'EFFET KIRLIAN ÇA DEMENAGE

En 1987, je faisais un reportage pour le téléjournal sur la première foire à la voyance de Genève. J’avise une dame qui lisait les lignes de la main sur la base de photos prises par effet Kirlian. Selon certains (mais c'est contesté par des physiciens) cela  rend visible l’aura magnétique dégagé par le fonctionnement de nos cellules. Amusant et technologique, comme j’aime. Je passe donc à la casserole sous l’objectif de la caméra et la dame me révèle rapidement deux informations fondamentales :

1)                      

J’avais des problèmes sentimentaux. Ce n’était pas vraiment un scoop, vu que je n’avais pas encore retrouvé de copine régulière. La voyante n'était bien sûr pas au courant mais elle avait une chance sur 2 de tomber juste... Et même un peu plus: je n'ai consulté qu'une seule fois lorsque je nageais dans le bonheur.

2)                     Très rapidement, dans moins d’un mois, j’allais devoir quitter mon logement. Cette fois, je tombais des nues. J’habitais une très jolie vieille ferme retapée non loin du Lac Léman avec ma soeur Isabelle plus Katia, Thomas et Ti-Punch, la soeur de BéBé, son mec et leur chienne ramenée d’une année de vadrouille en voilier aux Antilles. Nous avions dépassé le stade de la communauté baba-cool pour profiter simplement ensemble d’une grande maison très agréable et je n’avais aucune envie de m’en aller, le loyer étant très correct. Trois jours après, je reçois une lettre recommandée des propriétaires, retraités dans les Landes. Ils m’y apprenaient que leur fils quittait l’armée et revenait s’établir dans la région genevoise pour bosser dans une société de gardiennage. Si je voulais bien libérer la maison dès que possible, etc… etc…

 

UN CAVALIER SURGIT DE LA NUIT

Enfin en 2000, celle que j'allais épouser en secondes noces croise par hasard (prétend-elle) le chemin d’une voyante réputée. Qui lui assure qu’elle va bientôt rencontrer un cavalier qui sera l’homme de la deuxième partie de sa vie. Du coup tous les mecs tant soit peu intéressants qu’elle croise sont questionnés discrètement sur leur qualités équestres… Lorsque mon tour vient quelques semaines plus tard, je suis bien en partance pour un reportage dans les Andes à dos de cheval, mais en 40 ans, j’ai du en tout et pour tout monter dix fois sur une selle. Dont une qui a tourné court, le canasson s’étant emballé, m’obligeant à sauter sans gloire avant la chute probable… Pas très concluant donc. Sauf qu’en dehors d’une passion inavouable pour la vitesse et les chevaux fiscaux, je m’appelle Philippe (l’ami des chevaux dans la langue des Hellènes), je suis sagittaire et cheval de feu pour les chinois…

Las après quelques années de bonheur indicible, le preux chevalier fait triste figure. Empêtré dans des problèmes professionnels, obnubilé par l'écriture de ses essais, il n'a plus la tête à rire... Et surtout plus un sou, ce qui plombe l'athmosphère. D'autant qu'il ne cherche pas autant qu'il le devrait à en gagner, puisqu'elle gagne confortablement sa vie. Il ne vit pas à ses crochets, mais survit en squattant sa maison à elle... Ses maigres droit d'auteurs paient la nourriture, mais ne suffisent plus à partir en week-end ou en vacances avec sa dulcinée. Qui se morfond. Il, c'est moi donc, et mon honnêteté naturelle me pousse à reconnaître qu'à ce moment, je n'étais plus aimable. Elle est donc descendue de cheval et s'en est allée poursuivre son propre chemin.

Pas trés charitable, mais elle s'est dit qu'elle avait assez de soucis comme cela sans se coltiner en plus un mari chiant. Je la comprend. Je ne sais pas si j'aurai fait pareil, mais je la comprend. Je sais en tout cas que je n'aurais jamais épousé une femme prise de tête. Et qu'elle m'a offert les 5 plus belles années de ma vie. Jusqu'à présent.

 

THEME ET PSYCHOLOGIE

La rupture fut brutale et sans préavis. Déprime, déménagement, le premier tirage du bouquin qui se vend mal, les petits boulots - bien payés,  car mon talent est reconnu, mais trop irréguliers -  les jobs vraiment intéressants qui passent sous le nez, souvent dans le dernier carré. C'est là que j'ai commencé à consulter des astrologues. Sur Internet, c'est autrement plus intéressant que les 3 lignes bidons des magazines féminins ou des quotidiens gratuits. Les horoscopes valent ce qu'ils valent, je n'entre pas en matière au-delà du constat que dans l'ensemble ils me paraissaient assez justes. Sans pouvoir trancher de ce qui ressort de mon interprétation du texte ou de la réalité. Je ne crois pas être naïf, mais je ne suis pas le meilleur juge de moi-même.

En revanche, les études de personnalité, et notamment de personnalités croisées étaient d'une justesse et d'une précision tout bonnement époustouflantes !

Certes, j'étais en situation de fragilité émotionnelle, mais je sais encore ce que Raison veut dire, et que l'on ne vienne pas me raconter que c'était rédigé en termes suffisamment vagues pour permettre à chacun de s'y reconnaître, parce que là, clairement, c'est faux. Huit pages décrivant par le menu ce qui va et ce qui ne va pas dans un couple, ou dix pages d'analyses de caractère d'une précision étonnante, juste avec une date, une heure et un lieu de naissance, c'est de la magie. Ou alors le fruit de quelque chose qui existe et que l'on n'a toujours pas compris. Je penche personnellement pour la deuxième hypothèse.

Télépathie, subconscient ou intuitions géniales, il semblerait que certains événements entretiennent des liens indécelables par nos moyens techniques actuels. Si une partie de ce que racontent nos astrophysiciens sur la physique quantique, les univers courbes et la relativité du temps est vrai, tout paraît possible. 

 

SCIENCE ET CONSCIENCE

Il ya en gros trois explications possibles à l'astrologie: Celle des grecs anciens, celle des psychologues jungien et celle des scientifiques ouverts. Que j'oppose aux scientifiques fermés, qui eux n'expliquent rien et se contentent de nier. Ces derniers ne se rendent même pas compte qu'ils ne font que reprendre l'excommunication des astrologues par l'église. Il faut dire que les philosophes des Lumière n'avaient pas été tendres non plus avec l'astrologie, qu'ils ne voyaient que comme un obscurantisme, les astrologues étant forcément des charlatans abusant de la crédulité humaine.

Personnellement  j'ai un peu de mal à croire que des pratiques descriptives et/ou prédictives puissent survivre à plusieurs milliers d'années d'Histoire de l'Humanité sans tomber juste assez souvent.

Cela n'a rien voir avec l'idée de religion, qui elle n'est réellement vérifiable qu'après la mort. Donc invérifiable. La description de caractères psychologique est au contraire aisément vérifiable par les intéressés, de même que les prévisions, du moins celles faites à court terme.

 

ASTROLOGIE PSYCHOLOGIQUE

L'astrologie psychologique s'est bâtie sur l'observation pragmatique des corrélations existant (ou semblant exister) entre le caractère des individus et la disposition des planètes à leur naissance. Elle devrait donc pouvoir résister à une étude statistique en bonne et due forme. C'est la direction dans laquelle travaillent un certain nombre de chercheurs et de scientifiques. La difficulté vient de ce que l'étude ou même simplement la description d'un caractère sont tout sauf une science exacte.  

Le chercheur français Michel Gauquelin a travaillé toute sa vie sur cette problématique, au départ pour démontrer à son père, astrologue, l'inanité de ses thèmes astraux. Il s'est concentré sur l'étude des métiers en fonction des signes astrologiques. S'apercevant peu à peu de corrélations qui lui semblaient indéniables, il a commencé à changer d'avis, se montrant ainsi un scientifique ouvert. Puis, pour corroborer ses constats, il a souhaité collaborer avec d'autres chercheurs.

En France, il est parvenu à monter une expérience visant à dresser les thèmes d'un millier de sportifs de haut niveau. Il s'attendait à une concentration de planètes en Mars. Lui-même en avait le constat sur les thèmes de grands sportifs qu'il avait étudié. Seul, il se contentait d'un nombre bien moins élevés de thèmes, dressés sur les dates de naissances de célébrités connues. Très vite, il s'avéra que le tout venant des sportifs n'avait pas forcément les bons thèmes.

Gauquelin demanda alors de restreindre l'étude aux seuls sportifs réellement connus du grand public, mais cela lui fut refusé par le comité scientifique, au motif que la célébrité n'était pas une valeur objective et de toute manière pas inclue dans le protocole. Or sur les thèmes de ces sportifs particuliers, qui n'étaient pas forcément différents des autres par les résultats, mais qui l'étaient par la notoriété, la concentration martienne était parait-il évidente.

De même qu'elle l'est pour des artistes célèbres et de nombreuses personnalités.

 

LA TRANSE

La transe a souvent partie liée avec la religion. Son caractère encore mal connu, donc mystérieux, facilite le rapprochement. Il est facile d’attribuer l’extase, cet état de conscience altérée, ou différente, à une cause divine. Mais on en sait aujourd’hui suffisamment pour écarter cette hypothèse. On peut entrer en transes de différentes manières, avec ou sans l’absorption de drogues, la musique et le rythme pouvant même s’avérer suffisants. Un tempo syncopé peut vous procurer la sensation curieuse de dominer parfaitement votre corps, tout en restant observateur extérieur. Comme si vous vous contempliez au ralenti en train d’accomplir des enchaînements dont vous seriez incapables dans votre état normal. Cela peut aussi se produire chez des sportifs de pointe, dans certains sports violents et rapides, comme une descente de ski ou une spéciale de rallye, par exemple : le rythme des enchaînements passe à un stade supérieur. On appelle ça l’état de grâce. C’est bien entendu lié à de forts dégagements hormonaux dans l’organisme et procure généralement un sentiment d’épanouissement et de plénitude. Les entraîneurs préfèrent parler de relâchement.

Ce n’est pas un hasard si les pasteurs pentecôtistes usent et abusent des rythmes du jazz et du Gospel. Bon nombre de fidèles aiment assister aux offices précisément pour cet instant où, à force de vibrer en rythme, ils se sentent devenir meilleurs, plus lumineux, plus séduisants. Les rastas font la même chose avec le reggae et en Jamaïque, les prédicateurs se relaient dans les trains, pour prêcher sur le rythme des boggies. Les passagers d’un wagon entier finissent par frapper dans leurs mains, en répétant les psaumes en chœur et nombre d’entre eux se retrouvent dans un état second.

C’est une sensation différente, mais assez proche que peut procurer l’extase artistique. On dit que Michel Ange entrait en transes lorsqu’il engendrait ses œuvres gigantesques. Même l’écrivain qui s’enthousiasme, seul devant son ordinateur n’est plus tout à fait dans son état normal. Lorsqu’il tient le fil de son récit et que le texte coule presque par miracle, il vit un instant de bonheur pur, comparable certainement au plaisir sexuel, même s’il n’est pas localisé de la même manière.

 

 

MIRACLES ET GUERISONS

 

A DEUX C'EST MIEUX

J'ai longtemps considéré l'illumination comme une hébétude et la sérénité comme un ralentissement. Le nirvana, quelque part, n'est-il pas l'immobilisme absolu, donc la mort? Ce que Bouddha lui-même a dénoncé en revenant au monde. Puis, je me suis aperçu que les choses n'étaient pas si caricaturales et que l'on pouvait fort bien méditer tout en restant réactif au monde. Cela peut même déboucher sur une exigence de qualité d'un niveau rarement rencontré. Une qualité atteinte par le travail sur soi, dans la vie professionnelle et/ou privée comme dans une quête artistique.

Une femme en particulier, d'une grande beauté intérieure et extérieure,  m'a aidé à comprendre cela. Ma sorcière bien aimée, Samantha, je te remercie d'avoir été là, disponible et ouverte à ta manière. L'élan que j'éprouve pour toi servit de catalyseur à l'éclosion de ma pensée. J'espère pouvoir un jour te le rendre, d'une manière ou d'une autre. Ton degré d'exigence m'a redonné l'envie et rendu le courage  de prendre le temps de me dépasser. D'avoir couru en vain après des objectifs qui n'étaient pas les miens, j'étais blessé, affaibli. Atteint à mon âge par les épreuves de la vie.

Je me protégeais par l'attitude désinvolte qui consiste à ne plus trop risquer. Puisque la réussite est incertaine, voire improbable, à quoi bon s'acharner? Je mêlais paresse et facilité, je posais des actes insuffisamment réfléchis, striés d'éclairs de lucidité. Le travail acharné ne durait plus assez, pressé par le temps, les sollicitations sociales et les angoisses matérielles. Il faut dire que j'ai toujours eu du mal à me concentrer, à descendre dans le détail et préfère instinctivement l'approche globale. Dans un monde si spécialisé, les intégrateurs généralistes sont nécessaires.   

Je ne suis pas parfait, Samantha non plus. Là où j'existe par le doute, elle a soif d'absolu. Deux exigences de perfection parallèles, qui peuvent cheminer de concert mais qui sont loin d'être identiques. Le doute peut faire baisser la garde, tandis que les certitudes peuvent rigidifier à l'extrême. A deux, nous nous complétons et nous servons de garde-fous réciproques, mais je ne suis pas certain qu'elle l'ait compris.

Samantha a la foi, à mille lieues de toute secte ou religion C'est une démarche personnelle, nourrie aux sources du bouddhisme le plus épuré, épicée de lectures et de traditions shamaniques ou même druidiques. Nous nous retrouvons en ces deux pôles qui marquent l'avant et l'après monothéisme, même si la base de notre culture est judéo-chrétienne. La force et la simplicité des croyances dites primitives, leur proximité d'avec la nature et ses éléments parlent à mon incrédulité.

Je suis en particulier fasciné par l'évidence de certaines manifestations, véritables îlots de lumière dans un océan de charlatanisme. J'en détaille dans ces pages quelques exemples vécus de source directe par des amis proches et des personnes de confiance. Dont Samantha, bien sûr, qui préfère soigner et guérir, mais dont les dons de médium la poursuivent et finalement l'obligent.

Les notions de physique quantique qui bornent les marges de mon rationalisme s'encastrent très harmonieusement dans sa foi à elle, toute entière axée sur l'énergie, incarnée à l'occasion dans des formes de vie. En fait la seule chose qui nous oppose, dans notre conception du monde c'est que ce que j'appelle la soupe quantique universelle, a pour elle un sens et une intelligence, à laquelle nous sommes reliés, au-delà de la vie.

Je dois reconnaître – elle est tellement gentille et fine - qu'elle est la première âme à laquelle j'envisagerais d'être relié pour l'éternité.

 

LE RAYONNEMENT DE L'ABSOLU

La force de la conviction de Samantha, même si ce n'est pas la mienne, la rend rayonnante et particulièrement aimable. II va de soi que cette force pourrait devenir un défaut si nous étions fâchés. L'absolu porte en lui le totalitarisme et l'on peut facilement se retrouver prisonnier d'un système de pensée, surtout lorsqu'il fonctionne bien, dans de nombreuses situations. Le risque est de vouloir en forcer l'application même là où il ne fonctionne pas. Il peut vous pousser à juger un peu trop vite, un peu à l'emporte pièce, à perdre le sens du détail et des réalités.

Si belle et lumineuse que soit Samantha, personne n'est à l'abri de ce genre d'égarement. J'ambitionne d'être pour elle l'aiguillon qui la pousse à n'être jamais trop sûre. Pas certain qu'elle en ait envie. Pour l'heure je ne pense pas qu'elle soit prête à renoncer à ses pouvoirs de sorcière pour vivre avec un simple mortel... Je ne voudrais d'ailleurs pas le lui demander.

Elle m'a ouvert les yeux sur les beautés d'une conscience lavée des scories volcaniques de l'ego... et permis de douter au grand jour – et à deux - de mes certitudes les plus absolues. Jusqu'alors je n'osais m'interroger qu'en catimini, dans le secret de ma pensée solitaire. Je la remercie de m'avoir en retours dévoilé ses propres interrogations et ses tâtonnements, jusque dans ses recherches.

Il est délicat d'être aussi subtil qu'il le faudrait lorsqu'on est habité par une conviction suprême. Dans le meilleur des cas, elle vous pousse à vous concentrer pour poser l'acte juste... Qui forcément éliminera tous les autres actes voisins possibles... C'est là tout le problème des religions, qui sont la forme structurée socialement de la croyance. C'est beau, lorsque c'est épuré, net et tranché. L'architecture totalitaire le sait bien, avec le gros inconvénient que toute épuration tend naturellement à devenir désherbage et extermination.

Loin du béton brut, le foisonnement a son charme et son utilité. Lorsqu'il s'agit du foisonnement de la pensée, le découpage de cheveux en quatre, l'examen sous toutes les coutures des tenants et des aboutissants de chaque aspect d'une situation... conduit à l'immobilisme. La réflexion poussée au paroxysme ne fait pas mieux que la méditation. L'une et l'autre se synthétisent et ne trouvent leur sens que dans l'action qu'elles préparent.

 

MEDITATION ET TRANSE

La méditation est aujourd'hui vécue par une frange croissante de la population occidentale, comme le meilleur moyen de rencontrer l'absolu. Mais si cet absolu n'est que le néant de l'immobilisme, la démarche ressemble fort à celle d'un islamiste qui croit qu'il doit mourir pour naître à la vraie vie.

La méditation doit pouvoir aboutir à l'action juste, particulièrement réfléchie et/ou ressentie. Mon expérience vernaculaire en la matière confine à la transe, atteinte par la danse et l'écriture. Lorsque je suis suffisamment dans la musique pour me laisser guider par elle tout en posant, moi, le geste juste, je suis en synchronisme et c'est aussi jouissif qu'harmonieux. C'est à l'opposé du comptage de pas... 

Je suis incapable d'entrer en transe sur un rythme purement répétitif, tribal ou autre. Je ne suis pas assez simple et « pur » pour cela. Il me faut du swing, de la cadence  tropicale ou de la blue note, quelque chose de suffisamment subtil, plein et ondoyant pour capturer mon attention et la retenir.

Il m'arrive aussi quand j'écris de m'immerger entièrement dans ce que j'écris. C'est plus facile et prenant sur un ouvrage de fiction, monde virtuel dans lequel entrer, mais la quête/découverte de sens d'un d'essai peut-être tout aussi envoûtante, ou plus sûrement encore, l'étude de sa forme. Le blog et les commentaires à cet égard sont une facilité. Car le dialogue et les piques plus ou moins acerbes qui l'accompagnent peuvent aider à libérer l'inconscient qui vous jette alors sous la plume les formules les plus chocs ou les plus drôles.

Si je retravaille parfois longuement et plusieurs fois des textes, notamment les plus complexes, ceux que je préfère, les plus aériens et les plus évocateurs, sont souvent nés du hasard et de la nécessité, sous le pianotement crépitant de mes doigts, attirant comme par magie les tournures et les formules qui sont ce qui s'approche le plus à mon avis du talent.

Mon savoir faire est dans leur organisation, leur balance et leur rythme, mais l'inventivité est immanente. Le fait de faire sortir à tel instant précis de mon réservoir à mots, celui qui me fera sourire, ou même éclater de rire, plutôt que celui qui convient simplement, ce processus là est parfaitement inconscient. Encore s'agit-il de le laisser affleurer et de savoir l'entendre.

 

CONCENTRER L'ENERGIE

Ces moments de grâce créative auquel j'accède peuvent être assimilés à des états de conscience décalée, là où Samantha pense atteindre un niveau de conscience concentrée. Elle utilise des artefacts pour l'aider à  focaliser les énergies. Par exemple une pierre dans le creux de sa main.   Samantha guérit, et plutôt bien, d'après la réputation qu'elle s'est taillée auprès de confrères psychologues et des médecins nombreux qui lui envoient des cas difficiles. Elle ne fait pas de miracle, elle les aide à se guérir par la démarche qu'ils font sur eux-mêmes, par eux-mêmes. Sans analyses longues et coûteuses. Généralement, quelques séances lui suffisent à extirper le problème caché, ou ses solutions.

J'ai amorcé auprès d'elle un travail d'ethnologue. Mon approche n'est pas zététicienne, le but n'est certainement pas de démonter ses mécanismes et de démontrer à tout prix qu'il y a supercherie. Cela n'est pas mon style de chercher à démolir les gens.  Il m'intéresse davantage de chercher à les comprendre, surtout lorsqu'ils sont passionnants. Le sentiment que j'éprouve pour elle m'aveugle peut-être, mais à court terme. Un mensonge, un trucage ou même un simple égarement des sens ou de la raison suffirait à briser le charme. Mon but n'est pas de la posséder, mais de partager mon intimité avec quelqu'un que j'apprécie à sa juste valeur.

Je ne veux pas davantage être chamane à la place de la chamane, je veux juste dialoguer d'égal à égal avec elle. Mon ego me souffle qu'il n'y a d'intérêt qu'en restant moi-même, ouvert à son expérience, mais sans renier la mienne. Mon vécu, mon savoir ne sont pas nuls et peuvent lui apporter un éclairage différent. Je suis à ce stade davantage en quête d'une réponse à mes questions, qu'elle d'une simple confirmation de sa conviction, forgée de nombreuses expériences et recherches qui l'ont menée du Tibet aux Philippines en passant par les mouroirs des hôpitaux.

Il existe un savoir millénaire sur la question, bien documenté. Sans être théologien, j'en ai assez lu pour savoir que les religions ne me parlent guère. Leur discours ne correspond pas à ma perception d e la réalité. En revanche, face aux savoirs magiques que j'ai pu croiser ici ou là, notamment chez les peuples indigènes, j'hésite entre le scepticisme et la peur du « si c'était vrai? »

 

LE MATIN DES MAGICIENNES

Aujourd'hui, à 54 ans, j'éprouve le besoin de creuser ce sillon mystique. L'énorme différence entre la magie et la religion, même si les religions, parfois se mêlent de magie, c'est que les religions évacuent en principe toutes les manifestations surnaturelles de notre vie quotidienne pour les repousser après la mort.

C'est pratique et parfaitement invérifiable, puisque personne n'en revient. La magie joue un jeu nettement plus risqué, à tout point de vue, en leur accordant une place ici et maintenant. Une place ténue, souvent dissimulée, mais vérifiable...Ou démystifiable! Il existe des phénomènes que la science ne parvient pas à expliquer, ni à reproduire. Leur caractère aléatoire est source de problèmes et stimule l'intérêt du public pour ceux qui prétendent pouvoir les convoquer.

Au moyen-âge, Samantha et ses copies auraient finies sur le bûcher. Ce sont de gentilles sorcières, mais de vraies sorcières. Je suis athée depuis ma plus tendre enfance, par tradition familiale et j'y adhère entièrement. Mais en même temps, je pense que la solution optimale n'est jamais dans les extrêmes ou les positions trop tranchées. Même si je l'oublie quand je m'énerve, ce qui m'arrive rarement.

J'ai constaté qu'en politique, la voie de la sagesse consiste à picorer ce qu'il y a de mieux, où qu'on puisse le trouver. Pourquoi n'en irait-il pas de même dans un domaine où la foi et les certitudes apprises jouent un rôle tout aussi important. Je choisis donc en toute connaissance de cause de m'ouvrir à l'expérience d'autrui, en l'occurrence celle de Samantha et ses copines. La possibilité que nos droites, pour l'heure parallèles, s'infléchissent un jour vers un point G commun n'est pas à exclure. En physique quantique, tout est possible et rien ne pourrait me faire davantage plaisir. Mais ce sera le sujet d'un autre livre.

 

MA BONNE ETOILE

J'ai souvent pensé en mon for intérieur que mes actes ou les circonstances me concernant n'étaient pas le fait du hasard et que le sort me guidait. En bien ou en mal d'ailleurs, mais plutôt en bien  car je considère avoir eu plutôt de la chance sur les 50 premières années de ma vie. Pas une réussite éclatante, non mais tout de même de jolis succès, une indépendance sans prix et plusieurs coups de théâtre survenus plus qu'à point.

Bien sûr, je n'y croyais pas vraiment, c'était plutôt une sorte de superstition amusante et secrète, mais plus d'une fois j'ai agi ou non en acceptant le sort. Qui prit un jour plus précis à la mort de mon père, pour mes 30 ans. J'avais comme une sorte d'intuition qu'il veillait sur moi. Cette chance presque insolente et cette confiance  en ma bonne étoile m'ont peut-être joué de mauvais tours. J'ai tendance à me complaire dans la facilité, à me reposer trop entièrement sur mon instinct et mon impulsivité.

Je n'ai jamais fait de plan de carrière et les stratégies à long terme, assorties d'objectifs précis, ne sont pas mon truc. Hors c'est ainsi que se gagnent les guerres, au moins autant qu'à la fougue impétueuse, tout juste bonne à emporter quelques batailles. De fait j'avais quelques victoires à mon actif, mais  en vrai guérillero, sans base arrière, ni terrain véritablement conquis.

Lorsque le sort s'est retourné, pour mes 50 ans, et durant les quatre années qui  suivirent, mes réserves furent vite épuisées. C'est le temps que j'ai mis à rédiger ces livres. Si l'on part du point de vue que c'était écrit, le fait que le succès soit au rendez-vous de mon vivant ou non n'est pas très important. Il fallait que ces choses soient. 

Penser ainsi, c'est aller au-delà d'une simple chance ou malchance, c'est se sentir investi d'une mission. C'est totalement mégalo, même si je ne prétends pas sauver l'humanité, tout au plus l'aider à progresser. C'est aussi répondre à la fameuse question à laquelle sont censées répondre toutes les religions: pourquoi sommes nous là. Question à laquelle, en tant qu'athée, je suis censé répondre: « pour rien! »

Comment peut-on être athée et croire à sa bonne étoile ? Ou pire, à l'intervention de personnes disparues ? Ou encore à la prédestination ? La réponse est simple: on n'y croit pas. Je n'y crois pas. Je l'envisage comme une possibilité. Mais j'envisage aussi d'autres possibilités. Notamment le fait que certaines parties non rationnelles de mon cerveau influencent ma réflexion en lui soufflant des intuitions par exemple. Voire que certaines vibrations, à un niveau quantique ou autre, puissent agir sur l'environnement végétal ou animal, ou être influencées par elles, transmettant ainsi des messages de mon être vers l'extérieur et réciproquement.  

Les religions apportent une réponse à ces questions, mais une réponse qui n'est pas satisfaisante. Elles posent une chape de plomb sur les phénomènes paranormaux, aussi épaisse que les sciences qui peu à peu s'en approchent. L'explication divine est à mes yeux à la fois trop simple et peu probante, tout en prétendant exclure, le cas échéant violemment, toutes les autres.

 

ÔÔÒMMM

Les techniques de méditation appliquées au développement personnel sont généralement passionnantes. Elles méritent de trouver une place prépondérante aussi bien dans l'enseignement général que dans la société. Ne serait-ce que par la connaissance intime qu'elles permettent d'acquérir de son propre corps et la maîtrise de celui-ci. Il y a de plus en plus de gens qui les pratiquent. Ce qu'une récente étude sur les croyances a mis en évidence: en Suisse un tiers des adultes s'intéressent à ce que l'étude présentait comme un substitut à la religion.   

Un parti politique, dit « intégral » est même en voie de création, qui entend utiliser les méthodes de méditation collective et la spiritualité pour engendrer une politique plus juste et plus éthique. En contrôlant notamment l'ego des politiciens. Qui fait il est vrai de nombreux dégâts. C'est donc une excellente chose, à priori, même si les gens étant ce qu'ils sont, il ne suffit pas de vouloir le bien pour que le bien arrive...

Cela n'empêche pas d'avoir envie d'essayer, et je m'y suis intéressé, mais très vite, j'ai buté sur les manifestations collectives, un peu naïves à mes yeux, genre chants et danses qui accompagnent ce genre d'assemblée. Faire ômm en choeur pour synchroniser les énergies est considéré comme un must par la plupart des personnes qui méditent. Voire même comme le sommet ou le but de l'opération.

Cela permet de renforcer les liens sociaux distendus par la société occidentale. Même si certains reconnaissent en privé qu'ils préfèrent une démarche de méditation plus personnelle, ils participent, pour ne pas s'isoler du groupe. Moi, ces moments de communion béate me laissent froid, ou même me déplaisent. C'est évidemment le signe de ma non intégration au groupe. Pourtant, moi aussi, je veux de l'amour, mais pas l'amour de n'importe qui. Sans doute suis-je hautain.

L'affection ou même l'admiration de personnes pour lesquelles j'éprouve un a priori condescendant me gêne plus qu'autre chose. C'est le fruit d'un mélange de timidité et de sentiment élitaire. Je n'aime pas avoir l'air ridicule, et pas davantage communier au ras des pâquerettes. Ce qui devient vite le cas lorsqu'une assemblée est ouverte à tous. Non pas la communion en tant que telle (n'y accédant pas, je ne peux avoir qu'un jugement extérieur, parcellaire) mais la qualité même des  participants.

C'est, je le sais, un concentré d'à priori stupides, mais je ne suis pas certain de pouvoir ou vouloir m'en défaire. Au même titre que je me pense incapable de rentrer en transe sur un rythme simplement répétitif, tandis que le swing d'un compas direct haïtien qui tourne en hélice autour du tempo me ravit et m'emporte.

Si l'on ne recherche que de la chaleur humaine, on peut certainement la trouver et de grande qualité, dans ces assemblée, quelles que soient les ressources intellectuelles des participants. Je conçois aisément que cette chaleur tribale soit agréable et même salutaire. Je l'ai suffisamment approchée, dans des villages de la jungle ou de la savane pour comprendre combien elle peut apporter de cohésion au groupe et de soutien à chacun. Je l'ai retrouvée dans des concerts de rock, ou dans des partis politiques, qui sont aussi en bonne partie, un phénomène de bande.

La spiritualité que véhicule habituellement la méditation, au confluent du bouddhisme et de l'hypothèse Gaïa, vaut largement toutes les autres. Elle est même à mon avis plus moderne, d'où son succès, sur le plan de la compatibilité scientifique et de l'ouverture d'esprit. Il me semble toutefois qu'elle peut devenir dangereuse, comme toute forme de pensée, si elle se laisser aller à l'absolutisme... Qui concentre en lui tous les mauvais côtés de l'ego. Le relativisme est malheureusement contraire d'une certaine manière à la spiritualité, qui reste en quête d'absolu. Pour l'heure je reste en attente d'une spiritualité relative. Plus qu'agnostique, questionnante.

 

EGO

Selon Wikipedia, l'ego est tantôt considéré comme le fondement de la personnalité (notamment en psychologie) ou comme une entrave à notre développement personnel (notamment en spiritualité)." Amusant que quelque chose qui ne soit pas matérialisé puisse avoir une influence aussi prépondérante... et contradictoire. Personnellement, j'aurais tendance à penser qu'il est les deux à la fois. Ce que certaines pratiques de développement personnel concrétisent en le dissociant. Il y aurait un ego négatif et une conscience positive.
On atteindrait la deuxième en chassant le premier. Ce n'est pas forcément faux mais cela reste trop simple. Certes la conscience du monde qui nous entoure et dons nous faisons partie est nécessaire à l'acceptation de règles morales nécessaires à la vie collective. Si l'on ne pense qu'à soi, on se coupe du monde et c'est dommage. Mais en même temps, c'est ce qui nous fait exister. Ego cogito ergo sum.

Si le but est uniquement la communion avec le Grand Tout dans la soupe quantique universelle, autant rester mousse ou lichen... L'ego nous rend humains. C'est un très puissant moteur. Capable de  nous entraîner dans les pires situations, mais aussi de nous en sortir. Dans un échange sur ce  sujet, un commentateur de mon blog m'écrivait : « Dans tous les cas, commencer par la formule socratique "connais-toi toi-même" est le meilleur remède contre toutes les illusions et les désillusions. Et aussi contre les chagrins d'amour ou autre. Trop peu de gens se connaissent eux-mêmes. A qui la faute? Si faute il y a... On vit aussi dans un monde où tout va trop vite, où le stress détruit beaucoup de choses, la santé d'abord, le bonheur ensuite tout simplement ».
En vérité, la connaissance de soi, et les techniques existant pour y aider devraient être enseignées dès l'école primaire. Pour aider les enfants à rechercher et atteindre la sérénité. Qui permet de prendre les choses avec un recul bienvenu et du détachement, d'apaiser les tensions.

Mais en même temps, il ne faut pas nier l'ego. Les sociétés basées sur la méditation, la prière et le renoncement, ou le détachement des choses de ce monde, seraient restées des sociétés figées sans l'apport occidental. Je pense au Tibet, au Monde arabe ou à l'hindouisme. Certes durables dans leur rapport à la nature, mais peu évolutives et sans grand dynamisme. Le bonheur est-il dans le pré d'à côté, ou dans le sien propre ?

Savoir ce contenter de ce que l'on a est une grande sagesse. Mais chercher à savoir ce qu'il peut y avoir ailleurs me paraît tout aussi digne et caractéristique du genre humain. Ne pas se contenter uniquement d'occuper sa niche, écologique mais chercher à en dénicher d'autres.

NICHE VIRTUELLE

Les personnes sages – et très écologiques - qui ont choisi de se contenter de ce qu'elles ont dans ce monde matériel sont en réalité dévorées par le même mal de la découverte que les autres. Simplement, au lieu d'explorer le monde matériel et d'en croquer les pommes, elles préfèrent l'exploration du monde immatériel par les voies de la spiritualité. La finalité mystique de bien des méditants réside en l'espoir d'accéder à la communion avec ce que l'on a bien du mal à nommer.
Du point de vue du développement durable, cette démarche est très certainement pertinente, puisque bien moins polluante que la course au progrès technologique. Dans quelle mesure peut-elle déboucher sur autre chose que du virtuel, c'est l'une des grandes questions. Les voies de l'esprit permettent-elles par exemple de maîtriser la maladie, au moins en partie ?

C'est l'une des grandes pistes d'exploration qui pourrait permettre au monde de l'esprit d'avoir des retombées pratiques dans notre monde réel. L'effet placebo en est l'exemple le plus grossier: il est évident que l'on peut influer sur notre état physique par notre mental.

En même temps, il ne faut pas perdre de vue que dans toutes les sociétés ne pratiquant que la médecine de l'esprit et le savoir-faire des guérisseurs, l'espérance de vie est  deux fois et demie moins élevée qu'avec la médecine occidentale.

 

MALADIES DES BLANCS

Même les médecins chinois le reconnaissent: leurs pratiques sont efficaces pour ce qu'ils appellent les viscères, ce qui inclut les organes, mais pour un certain nombre de problèmes mécaniques ou nécessitant la chirurgie, la médecine occidentale est meilleure.

Il n'en reste pas moins que la médecine occidentale est impuissante ou peu efficace dans certains cas qui seront mieux traités par la médecine alternative.

La pratique des « promoteurs de santé » de la jungle équatorienne est à cet égard exemplaire. Développé conjointement par des ethnologues et des médecins, financé par la Croix-Rouge Suisse, le projet consiste à utiliser les techniques traditionnelles ou modernes, selon le type d'affection rencontrée. Chaque promoteur ou promotrice, en charge d'une communauté amérindienne isolée dans une jungle immense est à la base soit guérisseur, soit infirmier ou sage-femme et on lui enseigne les rudiments de la technique qu'il ne connaît pas. Le but est qu'il puisse appliquer ensuite ce qui lui semblera le mieux adapté à chaque cas.

L'idée est d'ailleurs largement inspirée par la manière dont les indigènes waorani considèrent la maladie qui pour eux est avant tout un mauvais sort. Il y a les maladies de la forêt, engendrées par les esprits des plantes et des animaux, qui peuvent guérir en utilisant les remèdes de la forêt: plantes médicamenteuses, etc... Puis il y a les maladies causées par un mauvais sort, jeté par un sorcier, que seul un contre sort, lancé par un sorcier plus puissant (ou par plusieurs sorciers assemblés) peut guérir. Enfin, il y a les maladies des blancs, qui sont graves et mortelles, et que seuls les blancs peuvent guérir.

 

GUERISSEURS ET CHARLATANS

Les deux principaux inconvénients de la médecine occidentale résident dans son coût et dans les effets secondaires de ses médicaments. Qui s'accompagnent d'un troisième: la tendance à traiter les symptômes plutôt que les causes et à vouloir médicaliser des problèmes qui tiennent davantage de l'hygiène de vie. Le très juteux business des médicaments et leur évidente efficacité laisse de côté l'impact désastreux de certains effets secondaires, là où des thérapies plus douces ou préventives pourraient parfois suffire. Parfois mais pas toujours.

La première divergence survient au diagnostic. Les méthodes d'interrogatoire du corps et de l'esprit pratiquées par les médecines alternatives peuvent surprendre. Il s'agit littéralement de faire parler le corps (et/ou l'inconscient), afin qu'il avoue non seulement ses bobos mais aussi leurs causes. Le feeling de l'enquêteur est évidement essentiel, comme pour un bon toubib qui sait d'abord poser le bon diagnostic. Cela induit forcément une part d'intuition et de connaissances empiriques, qui dans certains cas peut ressembler à de la magie... Ou de l'arnaque!

 

SUFFER BACK

Andrea est un graphiste et peintre de talent. 30 ans qu'on est potes. Il s'ennuyait un peu, un jour en Sierra Leone, avant que l'ambiance n'y soit plombée par la guerre civile. Il voit passer un jeune type  en moto de cross. Un mode de locomotion dont il était passionné, malheureusement rarissime à Monrovia. Il se renseigne et le lendemain se pointe devant la résidence du consul de Suède, dont le fils était, d'après ses informations, l'heureux propriétaire de l'Enduro.

Andrea est reçu par le consul en personne, qui n'était pas enseveli sous le boulot, et il lui explique son affaire: serait-il possible de louer la moto du fiston deux ou trois jours pour aller découvrir le pays. Le consul alors va prendre un trousseau de clefs sur son bureau et les lui tend: « Je vous la donne. Mon fils est à l'hôpital depuis hier, je ne veux plus jamais entendre parler de cet engin ». Andrea refuse évidemment le cadeau, mais l'accepte en prêt, avec moult remerciements, pour trois jours.

Dès le lendemain, Andrea prend la piste,  et roule plusieurs heures, avant de s'arrêter exténué dans un petit village où il se désaltère à l'ombre de l'arbre à palabres. Là, un énorme villageois s'approche de lui le doigt tendu en clamant: « You suffer back » « I can do something for you ».

De fait, Andrea souffre d'un mal de dos persistant, depuis plusieurs années, que les médecins genevois ne parviennent pas à traiter. Songeant que l'homme l'a peut-être repéré à sa démarche, ou à sa posture, il se dit que le guérisseur doit être plutôt bon et il accepte de le suivre dans sa case aux secrets, un antre empli d'objets aussi étranges qu'inquiétants. Prudent, Andrea demande combien cela va coûter, mais l'autre refuse, visiblement paniqué : « No Money, No Money, hurle-t-il avec de grands gestes avant d'expliquer dans un anglais rudimentaire que l'argent ne doit surtout pas intervenir dans l'affaire ».

A sa demande, Andrea se met torse nu et l'autre se met à lui palper l'épaule, à lui faire une sorte de massage, au point qu'Andrea commencerait presque à s'inquiéter... Quand tout à coup, il sent une piqûre violente sous l'omoplate. Le guérisseur lui a planté dans l'épaule une épine d'acacia de plusieurs centimètres. Instantanément, Andréa  se dit « merde l'infection ». Le guérisseur fait encore quelques passes, enlève l'aiguille et laisse Andréa se rhabiller, puis partir.

Au bout d'un quart d'heure, Andréa se sent nettement mieux et le soir il n'a carrément plus mal au dos du tout. Mais il est toujours inquiet des risques d'infection... qui ne se produira jamais. En revanche, peu à peu, au fil des mois, puis des années, le mal de dos est revenu. Sauf qu'il n'est plus du tout au même endroit. De l'épaule il est descendu jusqu'au niveau des lombaires, au bas du dos. Peut-être n'a-t-il rien à voir avec le premier.

Andréa s'est quelque fois demandé s'il ne vaudrait pas la peine de retourner voir son guérisseur africain. Mais en plus du fait que le gars a bien des chances de ne plus être de ce monde, il ne se souvient même plus du nom du village...

 

REIKI

Le reiki n'est que l'une des innombrables pratiques de méditation soignante existant de par le monde, souvent d'inspiration shamanique en Asie comme en Amérique. Ce qui confirme au passage l'origine asiatique des peuples amérindiens. Japonais, codifié au début du XXème siècle, le reiki  n'échappe pas à la règle, en passant toutefois par le bouddhisme. Les disciples du maître originel ont essaimé en plusieurs chapelles, mais le principe de base reste la guérison par imposition des mains. Et ça marche. Les cas de guérison sont assez nombreux pour expliquer le succès croissant de la démarche.

Les maîtres reiki sont très attentifs à ne pas prétendre se substituer aux thérapies conventionnelles, notamment dans les cas de cancer ou de maladies graves. Ils vivent officiellement leur pratique comme un complément. Officieusement, ils pensent parfois faire davantage. Mais comme toutes ces pratiques, le reiki impose un préalable impératif, c'est d'y croire.

Si l'on considère l'action de la méditation ou des énergies naturelles comme une force quelconque qui agit en nous et par nous (le fameux effet placebo, mais aussi la faculté des étoiles de mer ou des lézards de reconstituer leurs membres amputés), il est évident que le fait d'y croire permet à l'esprit de s'investir plus fortement.

L'esprit quel qu'il soit d'ailleurs, le nôtre ou l'esprit saint, quelle que soit sa forme s'il existe. L'expérience d'un shaman iakoute recueillie par des ethnologues soviétiques est à cet égard fascinante. Choisi enfant par les vieux pour être initié, ceux-ci lui apprennent toutes les techniques et les trucs pour guérir. Par exemple de cacher dans la bouche une plume chargée de sang pour faire semblant de la sortir du corps du malade... Une pratique que l'on retrouve aux Philippines. Le problème c'est que ça marche et qu'il guérit, ce qui lui pose plein de problèmes métaphysiques...

Mon ami quant à lui s'est guéri d'un cancer du fumeur à un stade avancé, dont il porte encore les stigmates. D'autant qu'il continue de fumer comme un pompier, se battant même becs et ongles en politique contre les interdictions de fumer.

Je ne le suivrai pas sur ce terrain, mais je le crois lorsqu'il me raconte être intervenu, à Paris, à la demande d'une amie médecin, désespérée de voir son compagnon cloué sur un lit d'hôpital, livré à l'impuissance des ses confrères, qui avaient déposé les armes. Le pauvre gars souffrait d'une affection, semble-t-il virale, qui s'attaque aux gaines isolantes des neurones, déclenchant un court-circuit général dans l'organisme.

Le gars mourait à petit feu, sans plus pouvoir bouger une oreille. Il ne pouvait plus que cligner un oeil. Mon ami, sans y croire, mais tout en y croyant, l'a vu et le gars, les jours suivant, a commencé à bouger. Ils se sont revus deux autres fois en un mois... A l'issue duquel le gars se levait de son lit. Depuis, il gambade comme si de rien n'était et le virus n'est plus qu'un lointain souvenir.

Cela peut être une coïncidence, si le virus était en voie d'être vaincu. Où l'énergie convoquée par mon ami a-t-elle fait son oeuvre ? A moins que ce ne soit le simple fait d'y croire, au bord du gouffre, qui a sauvé le pauvre gars. Plutôt que de « lâcher prise », il s'agirait plutôt de parler dans un tel cas de s'accrocher fermement à la bouée de la dernière chance...

 

A L’ARTICLE DE LA MORT

Durant le « terrain » que je fis en Martinique pour mon mémoire d'ethnologie j'ai pu assister à plusieurs cérémonies du Bon dieu coolie. J'étudiais l'assimilation de la communauté d'origine tamoule et la manière dont elle s'intégrait à la culture antillaise en lui offrant certains traits culturels. Comme le Bon dieu coolie, syncrétisme religieux mêlant Jésus-Christ à l'hindouisme du sud, dont je décortiquais les rites et les mécanismes financiers.

La dernière cérémonie à laquelle j'assistais avait pour officiant M. Tangamen, le plus respecté et le plus ancien prêtre du Bon dieu coolie de l'île. La facture était réglée par un riche commerçant dont le grand fils souffrait d’un ulcère à l’estomac. La fête avait été magnifique, le banquet pantagruélique et sur le coup de 23 heures, on vint nous avertir que le malade se sentait très mal. Il avait sans doute abusé de la bonne chère, malgré son mal et n’en menait pas large.

La moitié des fêtards s’agglutinait dans la chambre du malade où la température devait avoisiner les 50° et le taux de gaz carbonique ressembler à celui d'un tunnel routier à la ventilation en panne. M. Tangamen prit les choses en main. Il fit vider les lieux, à l’exception du malade, de lui, de moi et de la quimboiseuse, la guérisseuse d’origine africaine. Celle-ci s’empressa de confectionner un remède vaudou à base de compresses d’eau de Cologne, de bois bandé et de deux ou trois autres substances mystérieuses, tandis que M. Tangamen récitait des litanies en tamoul. Le malade, lui, gémissait, fiévreux. Dans les paroles de M. Tangamen comme dans celles de la quimboiseuse, le nom du Christ revenait régulièrement.

Je trouvais cet œcuménisme fort sympathique et très enrichissant pour mon étude, mais je m’inquiétais de la santé du pauvre bougre. Mon mémoire ne valait certainement pas la mort d’un homme et je n’avais qu’une confiance très limitée dans leurs remèdes. Après avoir tourné sept fois ma langue dans ma bouche, je me hasardais à suggérer très poliment à M. Tangamen l’idée que la présence d’un médecin pourrait s’avérer souhaitable.

Le vieux prêtre sorcier me rassura immédiatement : le malade se faisait opérer le lendemain matin. En fait, il était hospitalisé depuis un moment pour des crises similaires et le chirurgien, parfaitement au courant de la cérémonie, l’avait laissé sortir. Le praticien pensait sans doute que cela ne pouvait que le mettre en bonne condition pour l’opération, puisqu’il allait se savoir protégé des dieux. Il avait peut-être juste un peu négligé les à côtés rabelaisiens de la cérémonie...

 

LE SECRET DU SECRET

Après avoir fait plusieurs films sur le secret, la pratique des coupeurs de feu du Jura et des vallées alpines, mais aussi sur les guérisseurs amérindiens, il me paraît évident qu'on retrouve toujours quelques pratiques de base. Le refus de l'argent ou du remerciement par exemple, chez les purs et chez les paranos. Certains pourtant se font payer, qui ne sont pas forcément les moins efficaces. Dans le Canton de Fribourg, l'un d'eux est une véritable star.

Un bon type bourru, paysan dans le civil que l'on vient voir de toute la Suisse, y compris des célébrités, du sport notamment. Il a parmi ses clients des équipes entières, entraîneurs compris, de joueurs de hockey et de football professionnelles, dont il soigne les bobos et les met en condition. Il reçoit plusieurs centaines de clients par jour, à un rythme insensé. 20 ou 30 personnes à la fois, tandis que d'autres patientent en salle d'attente.

Il les fait asseoir sur des chaises le long des murs, avec suffisamment d'espace pour qu'il puisse passer derrière eux. Il leur accorde quelques secondes à chacun, pose deux ou trois questions, leur impose les mains, tressaute et les fait tressaillir, puis passe au suivant ou à la suivante. Les gens disent ressentir une grande chaleur et souvent, se sentir mieux après. Le bouche à oreille étant sa principale source de publicité, en dehors de quelques articles ou émissions de télé, on peut supposer qu'il exerce un effet bénéfique, car ses salons, qui sont en fait plutôt des granges à peine aménagées, ne désemplissent pas.

Chacun donne ce qu'il veut. Le minimum que nous avons constaté durant notre tournage était de 20 Francs Suisses, parfois nettement plus. Au bout du compte, il avait empoché plusieurs milliers de Francs Suisses dans la journée. Une dizaine de journées comme celle là par mois lui rapporte dans les 20 ou 30 000 euros chaque mois.

Bravache, Il a poussé le goût de la provocation jusqu'à nous livrer « le secret » contre les brûlures, du moins le sien, car chaque « coupeur de feu » a le sien, transmis de génération en génération.

 

LE SECRET GENERIQUE

Nous avions diffusé la formule, en déroulant sur le générique fin de notre film. Il s'agissait d'une prière, aux incantations magiques, mais invoquant Jésus-Christ. Ce qui est assez piquant lorsqu'on sait que ces pratiques ont des origines druidiques largement préchrétiennes. Lors du processus de conversion, aux débuts du Moyen-âge, l'église catholique avait souvent utilisé les croyances locales en les intégrant, pour asseoir plus rapidement son pouvoir.

Elle fit de même plus tard en Afrique noire et en Amérique latine où les syncrétismes sont aussi nombreux que les sources miraculeuses, reprises des traditions locales. Les protestants sont plus rigoristes. Il est frappant de constater qu'en Suisse, les coupeurs de feu ne subsistent que dans les cantons catholiques, le protestantisme ayant eu son lot de chasses aux sorcières. C'est clairement l'aspect surnaturel de la chose qui faisait peur, car tous les coupeurs de feu que nous avons pu approcher se contentent de soigner et si magie il y a elle est clairement positive.

Il arrive fréquemment que ceux qui pratiquent le secret finissent par concentrer en eux des énergies que l'on pourrait appeler négatives. Comme s'ils absorbaient les « mauvaises vibrations » de leurs malades, ou comme si leur propre énergie vitale se consumait à petit feu à soulager les autres. En tout cas nombreux sont ceux qui, après avoir soigné toute leur vie, soudain lâchent la rampe et tombent rapidement en décrépitude. Comme s'ils avaient trop pris sur eux. A noter qu'une fois qu'un guérisseur, sentant sa fin prochaine, transmet le don, il ne peut plus l'utiliser.

En Suisse Romande, tout le monde y croit plus ou moins, et tous les services des urgences des hôpitaux affichent un ou deux numéros de téléphones de « coupeurs de feu de la région » pour les brûlés qui débarquent. Avec des arguments qui vont du « ça les calme et ça ne leur fait pas de mal » à, off the record: « J'ai vu plusieurs guérisons inexplicables ». Même les anesthésistes utilisent aujourd'hui l'hypnose, voire l'autohypnose pour aider les patients à changer leur pansement sans douleur par exemple.

 

ENTORSES VERRUES ET BRULÛRES

Normalement, le coupeur de feu ne doit pas se faire payer, ne doit même pas être remercié. Je dois dire avoir été nettement plus impressionné par certains de ces coupeurs de feu de village, travaillant discrètement et gracieusement, mais avec une efficacité que nous avons pu constater, que par notre ami le guérisseur industriel fribourgeois. Mais je dois dire que nous n'avons mené aucune enquête sérieuse, chiffrée, sur leur efficacité réelle respective.

Mon caméraman en tout cas a été soulagé d'un eczéma récurrent au mollet. Si chaque « faiseur de secrets » a ses secrets propres, il en existe traditionnellement pour quatre types d'affections: les brûlures, les verrues, les eczémas et les entorses. Dans ce dernier cas on pourrait penser qu'il s'agit d'un travail de rebouteux, mais pas forcément. Nous avons vu arriver sans prévenir un industriel jurassien, patron d'une usine de pièces pour Swatch dans le Jura et d'une autre à HongKong, dans une BMW M5 dernier cri...

Il s'était fait très mal à l'épaule durant le week-end en sautant une barrière à vaches lors d'une promenade avec ses enfants. Le coupeur de feu, très réputé et décédé depuis, ne l'a pas manipulé. Il lui a touché l'épaule l'a examiné... et le gars, entré avec le bras en écharpe et très douloureux, est ressorti une demi-heure plus tard en faisant des moulinets, l'air ébahi.

Au cours des deux films que nous avons consacrés aux coupeurs de feu, nous avons vu de nombreux cas du même ordre. Certains impliquant des animaux, notamment pour les entorses ou certaines pelades, que les coupeurs de feu de ces montagnes soignent efficacement. Des bébés en bas âge et même des guérisons à distance, sans que le patient soit prévenu. Nous ne l'avons pas constaté directement, mais c'est le patient, un jeune ingénieur qui nous l'a raconté.

Alors qu'il était aux Etats-Unis, le motel où il dormait a pris feu. Il est parvenu à s'échapper, pieds nus, par l'escalier de secours extérieur, mais non sans marcher sur fer chauffé à blanc ou des braises. Toujours est-il qu'il avait la plante des pieds brûlée au 3ème degré. Le lendemain il a appelé ses parents dans le Jura, depuis son Hôpital aux Etats-Unis. Les toubibs lui donnaient un mois avant de commencer à remarcher. Ses parents, sans le lui dire ont téléphoné au coupeur de feu du village. Trois jours, après à la stupéfaction des toubibs étasuniens, le gars sortait de l'hôpital sur ses jambes.

 

DOUBLE AVEUGLE

A la suite de mon film Ashakara qui narrait la mise au point d'un médicament par un médecin africain à partir d'un remède traditionnel, j'ai été contacté par un groupe de médecins et de pharmacologues de haut niveau. Par exemple l'ancien patron de la recherche sur le cancer de Novartis. Ils veulent étudier, scientifiquement, les remèdes proposés par la pharmacopée africaine, notamment contre le SIDA.

Ils veulent le faire non pas pour se les approprier ou les mettre à disposition des trusts européens, mais bien pour les faire produire en Afrique, par des Africains pour les Africains. Et le cas échéant, les vendre au-delà, ce qui ferait un apport  de devises bienvenu pour l'Afrique. J'ai personnellement trouvé le projet fantastique et promis mon aide, dans la faible mesure de mes moyens.

Appliquer la méthode du double aveugle, isoler précisément la molécule active, et en bref écarter toute suspicion de charlatanisme me paraissait une excellente idée. Une amie médecin naturopathe, assez remontée contre ses confrères plus classiques était cependant d'un tout autre avis. « C'est faire abstraction de toute la personnalité du soignant, de son accompagnement, de ses ondes à la limite... »

Elle a raison et elle a tort. Les données dont elles parlent sont certes essentielles dans une étude d'ethnopsychologie sur les tradipraticiens, mais leur efficacité contre les virus HIV reste relative. Sinon le taux de mortalité du au SIDA ne serait pas ce qu'il est en Afrique, où chaque village à son sorcier! Et si seuls quelques uns ont le vrai don (pour autant effectivement qu'il puisse être efficace contre le SIDA), ils ne pourraient de loin pas soigner tous les malades du continent.

Donc il faut bien en passer par les médecines classiques, et tant mieux si l'ancestrale pharmacopée africaine permet de gagner du temps et de l'argent

 

LES SORCIERES

Pourquoi les femmes sont-elles si fréquemment des sorcières ? Certes, il existe aussi des sorciers, mais dans nos sociétés occidentales, les femmes sont très largement majoritaires, parmi les devins et guérisseurs de tous poils. Ma sorcière bien-aimée, appelons-là Samantha pour simplifier, a une explication à cela.

La beauté et l'intelligence étaient source de problèmes potentiels pour une femme dans les sociétés patriarcales du moyen âge et de la Renaissance. La faculté des femmes à s'intérioriser, inculquée dès l'enfance, a fait le reste. Du « Vas-y pleure, ça soulage », aux règles périodiques qu'il s'agit d'endurer, les femmes cultivent beaucoup plus que les hommes la connaissance de soi, de leur corps vu de l'intérieur.

Une connaissance de l'intérieur, développée au travers de la méditation, qui est à la base de la spiritualité, telle que la pratique Sam. « Le but, explique-t-elle, est d'entrer en relation avec ce que nous avons en nous et ce qui nous entoure ». Cependant, si certaines de ces sorcières développent de véritables réseaux d'amitiés à l'échelle européenne, les différentes techniques utilisées dessinent autant de clans tissés de rivalités plus ou moins sourdes.

La divination, les diseuses de bonne aventure, l'astrologie sont des pratiques jugées indignes par celles qui disent communiquer avec les anges ou les êtres de lumière. Les astrologues spécialisés dans l'astrologie psychologique qui travaillent sur ordinateur et utilisent une science qui ne fit longtemps avec l'astronomie, prennent volontiers les canaliseuses d'anges pour de douces dingues...

Le fait que personne ne puisse vraiment se parer du prestige d'une science exacte et reconnue ne fait qu'ajouter à la confusion.

 

INTUITION OU CONNECTION

Mon bien le plus précieux, ce sont mes moments de clairvoyance lucide, dans le silence de mon lit, au petit matin, lorsque je me réveille et que mon esprit vagabonde ou plutôt se fixe avec un précision étonnante sur des concepts neufs ou des solutions aux problèmes de la veille. Tout a commencé dans ma baignoire, peu après la trentaine, donc peu après la mort de mon père, lorsque je devais prendre un long bain par jour dans une décoction goudronnée pour décaper mon psoriasis. C'est là, dans ces moments de décontraction forcée, que j'ai véritablement commencé à méditer à ma manière et à laisser mon intuition travailler en liberté.

Aujourd'hui, cela se passe clairement au réveil, en profitant de ces instants de calme où l'esprit reposé s'est vidé des soucis du quotidien d'hier et pas encore confronté à ceux d'aujourd'hui. J'aurais tendance à dire que ce qui parle en ces instants, c'est ce que je sens être mon moi profond. Si j'en crois Tolle, ce n'est pas l'ego, c'est même son contraire, mais à vrai dire, je n'en sais rien. Ce n'est pas moi, consciemment qui cherche à atteindre cet état, que par ailleurs j'adore, c'est lui qui s'impose à moi. Tout au plus m'arrive-t-il de m'endormir consciemment en espérant que j'aurai droit à ces moments de grâce au réveil.

En ces instants, j'ai l'esprit libre et vagabond ou plutôt déconnecté, sans but précis. Mais je suis alors centré et intuitif, tout entier présent, perceptif et clairvoyant. Tout ce qu'il y a de pensant en moi et peut-être même davantage (davantage que mon être pensant, et peut-être davantage que moi, je n'en sais rien) est alors intégralement concentré dans le concept ou la pensée qui s'élabore ou surgit en cet instant. S'élabore n'est pas le bon terme. Car il n'y a aucune recherche, aucun processus évolutif, c'est là tout d'un coup, parfois plusieurs idées s'enchaînant.

Généralement ce sont d'excellentes idées. Rien à voir avec ce genre de bêtises que je notais après avoir fumé du H, et qui une fois redescendu me paraissaient ineptes et stupides, ou incompréhensibles. Ces idées-là, j'ai pris aussi l'habitude de les noter, parce que souvent elles sont complexes et que sinon je les oublie. Les retrouver peut déclencher parfois un processus quasiment douloureux de quête en moi-même et dans ma mémoire, de plus en plus souvent vain, car avec l'âge mes facultés de concentration, ou en tout cas de mémorisation diminuent.

 

INCONSCIENT COLLECTIF

La question essentielle qui se pose, encore qu'à la limite inutile, puisque le message est, de toute manière, c'est celle de l'origine du message ? En suis-je le producteur inconscient ou vient-il d'ailleurs et alors d'où ? Lecteur athée, mon frère attend avec de fermer la page avec un mouvement d'humeur. De tous les athées avec qui j'ai parlé profondément, pas un qui ne se posait pas tout de même, des questions. Sur par exemple le moment ou des particules inertes, il y a quelques centaines de millions d'années, sont devenues vivantes.

Donc accompagne moi encore un instant. Je ne fais que m'interroger.

Si j'en suis le réceptacle, je ne suis pas le producteur conscient du message. J'en suis peut-être, vraisemblablement même, c'est ma première hypothèse, le producteur inconscient. Sorti du rêve, mais dans un état encore très proche du sommeil, cela se tient. Je préfère cette idée à celle d'une provenance extérieure, car je n'ai pas envie de passer pour fou ou de laisser penser que je me prends pour un prophète. C'est tout le contraire.

Cependant je ne sais pas ce qui est le plus mégalo, de penser que je suis seul auteur de toutes ces idées et considérations, dont quelques unes que je trouve immodestement géniales, ou d'imaginer une intervention extérieure. Non pas celle d'une quelconque puissance divine, mais celle de l'inconscient collectif. Une idée chère à ma Sorcière Bien-aimée, qui ne met pas dans ce vocable ce qu'y mettait mon père.

Pour lui, c'était en gros l'opinion publique, la somme informelle de ce que pensent les gens, en matière de morale, de moeurs ou de politique et qui contribue à les faire agir dans la vie quotidienne. Une réalité perceptible à travers les médias notamment qui s'en font volontiers les porte-parole.

Pour Samantha, l'inconscient collectif est autre chose. Une sorte d'esprit virtuel assez indistinct, auquel nous sommes tous reliés par le truchement de notre inconscient individuel. L'idée est intéressante et à mon avis mérite d'être creusée. Pas seulement parce que j'aime Samantha, mais pour les perspectives géniales qu'elle offre.

Parvenir à entrer en communion avec l'inconscient collectif – s'il existe - me parle davantage que l'intervention d'un être divin, quel qu'il soit. En plus du fait qu'elle ne parle pas d'un prophète élu, mais de la possibilité pour chacun de se connecter.  

 

LE PAPILLON DE SAM

Si l'inconscient collectif existe, il va de soi qu'il se nourrit de nos expériences individuelles et donc de nos inconscients à chacun. Si l'on admet – il est à mon avis difficile de faire autrement – l'existence de phénomènes encore inexpliqués et donc probablement de quelque chose, que l'on se contentera d'appeler « ondes » ou « énergie » à ce stade... et qui permettent la communication... Il faut aussi admettre que ces ondes ou cette énergie circulent dans les deux sens.

L'exemple du papillon de Samantha est à cet égard exemplaire. Lors d'un stage de méditation en famille, Tabatha, la fille de Sam, encore enfant, avait fait la connaissance d'une jeune femme rayonnante, avec laquelle elle s'était liée d'une profonde amitié, à laquelle s'était jointe Sam par la suite. Quelques années plus tard, Sam la considérait comme sa meilleure amie, lorsqu'elle fut victime d'une attaque cérébrale qui la laissa dans le coma, au CHUV à Lausanne, durant de longues semaines et finalement des mois.

Sam souhaitait la visiter, mais la famille avait réservé les visites... à la famille. Finalement, un jour, Sam reçut un coup de fil de la mère de la jeune femme acceptant une visite. Les  médecins étaient formels, le cerveau était trop atteint, il était temps de débrancher les machines d'assistance vitale.

Tabatha, adolescente, exigea de pouvoir venir dire adieu à son amie, sa marraine de coeur, ce que Sam, psychologue de profession accepta. La mère de la jeune femme s'y opposa en revanche fermement, jusqu'à ce qu'elle apprit le prénom de l'adolescente: « Ah c'est vous la Tabatha dont me parlait sans cesse ma fille ? Alors entrez, bien sûr » Les trois femmes, en larmes se retrouvent donc au chevet de leur fille et meilleure amie, couverte de tuyaux.

Un moment que l'on imagine chargé d'émotion durant lequel Sam, dont c'est l'une des activités occultes, pense avoir « fait ce qu'il fallait », par la prière, pour aider la jeune femme à partir. De fait, alors qu'on lui tient les mains, la jeune femme ouvre les yeux, à l'immense stupeur de sa mère, car elle ne l'avait plus fait depuis des mois... et décède.  Quelques jours plus tard, Sam et Tabatha marchent dans une prairie et parlent de leur amie, de la mort, des énergies. Tabatha s'interroge, et interroge sa mère, tandis qu'un petit papillon jaune tournicote et virevolte autour d'elles.

Sam, qui ne dit d'habitude pas du tout ce genre de choses, répond alors que si les énergies existent, le papillon va se poser... Ce qu'il fait aussitôt sur le sol du chemin, à moins d'un mètre d'elles. « Je ne sais pas si c'était l'énergie de mon amie qui habitait le papillon à cet instant, explique Sam, ou si c'est mon énergie à moi qui l'a fait se poser ». Ou peut-être était-ce juste qu'il avait envie de se poser à ce moment là, n'est-ce pas Sam ? « Oui peut-être ». Elle est comme ça, Sam, elle n'est pas dogmatique et au final, c'est comme cela que je la préfère: tendue dans sa recherche, mais laissant la place au doute.  

Accessoirement, on remarque que ce genre de choses se produisent très fréquemment en présence d'évènements graves et extrêmement chargés émotionnellement. Si notre simple fonctionnement intellectuel produit des ondes, et il en produit, notamment électromagnétiques, puisqu'il fonctionne aussi à l'électricité, il est assez logique de concevoir que l'impact de ces ondes à ces moments –là aient une influence perceptible, voire impactante sur l'environnement. Au lieu de tout rejeter en bloc et à priori, les zététiciens feraient bien d'essayer de creuser ce genre de pistes, qui pourraient demain nous permettre d'exploiter certaines de nos capacités enfouies dans le temps…

 

PÂQUERETTE

Les coïncidences qui n'en sont peut-être pas tiennent une place prépondérante dans tout ce qui touche au paranormal. Parmi toutes les nombreuses histoires de Sam, en tant que thérapeute, celle-ci survenue alors qu'elle devait revoir une jeune femme au vécu très lourd. Tellement lourd qu'elle appréhendait de la rencontrer, ce qui lui arrive rarement. Ce matin là, elle qui d'habitude s'habille en deux minutes, s'était changé trois fois, hésitant ne sachant trop, puis finalement choisissant au dernier moment des couleurs improbables qu'elle mettait rarement et jamais ensemble.

C'est à cet instant que la jeune femme a sonné. Derrière la porte, elle était habillée en haut et en bas, avec exactement les mêmes couleurs que Samantha. Qui comme par hasard, ce jour là, mit presque immédiatement le doigt sur le détail qui servit de déclic dans l'histoire de la jeune femme et lui permit de reprendre pied. Apparemment, elles étaient entrées ce jour là en symbiose.

L'empathie, c'est évidement ce qui caractérise le mieux Samantha. Pâquerette, son amie jurassienne, docteur en pharmacie, m'a raconté comment chez les guérisseurs philippins qu'elle était allée voir avec Sam, elle s'est sentie envahie, ou plutôt traversée par un intense flux d'énergie, alors que Sam était allongée sur la table et que les guérisseurs lui expliquaient à elle, Pâquerette, comment catalyser les vibrations. Le but était de  les diriger sur la patiente, rôle joué par Sam en l'occurrence, qui dit avoir ressenti en cet instant une intense chaleur.

Pâquerette est coupeuse de feu. Elle a reçu le don de « La Pâquerette » en personne, la plus célèbre coupeuse de feu du XXème siècle, un véritable monument dans tout le Jura de son vivant. Depuis, Pâquerette (la pharmacienne), se tâte. Excellente herboriste, passionnée par la manière dont l'hygiène de vie, la pollution et l'alimentation peuvent influer sur notre état de santé, elle hésite encore entre la pharmacie et les thérapies alternatives. Les méthodes de diagnostic la passionnent, mais elle craint de manquer de feeling dans l'appréciation des résultats.

Fondamentalement, Pâquerette manque de confiance en elle, intégrant ainsi le message de son père, qui l'a toujours mal considérée. Ce qu'elle a redécouvert dans un stage de développement personnel, mais quelle aurait tout aussi bien pu apprendre avec une bonne psy. Ou un… La question que l'on est en droit de se poser, c'est de savoir si les coupeurs de feu et autres sorcières en exercice ont des dons que Pâquerette n'a pas, ou juste davantage de confiance en eux…

Or la confiance en soi, dans la plénitude qu'apporte un ego comblé, ou apaisé (ou chassé au profit de la conscience, selon les interprétations), c'est sans doute la caractéristique commune à tous les mages que j'ai rencontré. Même s'il y en a pour tous les goûts, de ces egos, certains inspirant davantage confiance que d'autres.

 

CANALISER LES ANGES

Outre son épanouissement certain, les sensations physiques ressenties par Annie, la sorcière infirmière belge qui « canalise les anges » sont apparemment spectaculaires. Elle non plus n'y croyait pas au départ, se disant rationaliste, tout en assistant tout de même à des stages de naturo-thérapie. « Dans ma pratique quotidienne d'infirmière sociale, je ressentais le besoin d'utiliser toutes les techniques possibles ». C'est là qu'elle reçut des messages, qui peu à peu l'amenèrent à prendre conscience de ses capacités.

Lorsqu'elle siège, dit Annie « je suis surtout centrée, détendue, à la fois concentrée et vide. J'appelle les anges chargés de la personne en face de moi, et je les sens venir se lover en moi, là dans mon ventre, où je leur ai fait de la place. Il y en a plusieurs, chacun ayant sa vibration spécifique, l'un plus grave, l'autre plus féminin, un troisième plus rond. Selon la personne que j'ai en face de moi, ce ne sont pas les mêmes qui viennent ».

Annie ne dit pas l'avenir, ne fait aucune prédiction, se contente de répondre aux questions des gens sur leurs problèmes du moment, leurs comportements, les choix ou les efforts qu'ils ont à faire. Ce n'est pas elle qui parle, elle en est persuadée. En tout cas, ce n'est pas son esprit conscient. Est-ce l'inconscient, ou l'inconscient collectif ? Quelque part, elle est en transe. Par bien des points en dehors de l'aspect peu spectaculaire de sa transe, ses descriptions ressemblent à celles que j'ai pu recueillir auprès de houngans pratiquant le vaudou. Jusque dans la diversité des loas ou des « anges ». 

Il est rarissime que les anges ne s'expriment pas. Il est arrivé une fois ou deux qu'ils ne  répondent qu'à deux ou trois questions puis s'en aillent. En même temps c'est un business. Sans gagner des fortunes, Annie en vit correctement.  Elle consacre près de heures par personne et ne prend jamais plus de quatre personnes par jour. « Sinon cela m'épuise et je ressens comme une forme d'allergie aux anges », explique-t-elle.

 

 

LIBRE PENSEE

 

SPARTACUS, LA LOGE

Spartacus, c’est le nom de la loge franc-maçonne dévolue aux médias et à l’audio-visuel, dont je ne fais pas partie. Je devrais sans doute, à supposer qu’on m’y agrée… Ce serait préférable pour mon business puisqu’il paraît que la plupart des grands patrons de chaînes susceptibles de m’acheter - ou non - mes films en sont membres. De même, comme par hasard, que les patrons des plus grosses boîtes de prod. Quelques bons amis, parmi eux, m’ont révélé leur appartenance, mais toujours sur le tard. Personnellement, même si parfois je doute, je préfère rester libre.

L’existence même des différentes obédiences m’incline à penser que chez les francs-maçons, le concept de société secrète a pris le pas sur la motivation idéologique originelle. La combine et les échanges de bons procédés entre « frères » paraissent parfois la véritable raison d’être de sociétés qui défendent des principes assez contradictoires d’une loge à l’autre. Par ailleurs je ne pense pas que je serais jamais parvenu à garder mon sérieux devant les simulacres pathétiques des rites initiatiques maçons. Qu’ils aient pu avoir du sens pour les compagnons construisant les cathédrales, se repassant des secrets et des proportions issues parfois de l’antiquité, je n’en doute pas. Mais au XXIème siècle ?

Certains des mes ami(e)s maçons nient l'existence de ces rites, d'autres m'expliquent qu'ils sont là pour fonder le serment permettant à chacun de s'exprimer à coeur ouvert. En sachant que ce qui se dira ne sortira pas de la loge. Et de me citer quelques exemples de décisions politiques transpartisanes importantes nées dans le secret des loges. Par exemple, en Suisse, les 2 milliards de Francs offerts par l'Etats à Swissair pour lui permettre de licencier en douceur son personnel, au lieu de mettre tout le monde à la rue du jour au lendemain. Ces mêmes amis font valoir le but altruiste des  loges vouées au progrès, le copinage étant selon eux une déviation qu'ils combattent. 

Les connaissant je veux bien le croire. Et comme le dit mon caméraman, après tout, si le secret et le rassemblement discret d'intelligences permet de faire avancer les choses un peu plus efficacement, dans ce monde imparfait, pourquoi pas ? Sauf que ce sont les mêmes qui prêchent habituellement la démocratie...

L'opacité d'une société secrète peut aisément dissimuler aussi des traditions passéistes. Ainsi les socialistes ayant refusé la constitution européenne étaient souvent francs maçons. Plusieurs d’entre eux sont également d’anciens dirigeants de la Ligue Communiste, qui se retrouvent sur la ligne politique de leur parti d’origine, 25 après avoir adhéré au PS à l’avènement de François Mitterrand. On pourrait y voir de l’entrisme…

Ces mêmes francs maçons ont pu également donner l'impression qu'ils avaient raté l’épisode de la libération de la femme, si l’on considère le tollé qui a salué la candidature de Ségolène Royal, chez quelques « frères » politiciens très en vue ! En fait, ils craignaient surtout son incompétence oratoire et ses gaffes. Dont la plus grosse reste d'avoir fait adopter des mesures brutales, alors qu'elle était secrétaire d'Etat à l'enseignement, qui conduisirent une centaine de profs  en prison pour pédophilie... Alors qu'il s'avéra par la suite que les ¾ d'entre eux étaient parfaitement innocents, ce qu'une procédure normale aurait pris le temps de déterminer.

 

FRANC-MACONNERIE

Dans le monde moderne, même s’ils sont en perte de vitesse, les francs-maçons demeurent très influents, notamment à l’ONU et dans les organisations internationales, où les loges anglo-saxonnes et françaises ont longtemps rivalisé. Si leur activité se déroulait à visage découvert, ils perdraient peut-être en efficacité. Il leur serait aussi plus difficile d’accepter ou de refuser qui ils souhaitent. Mais ils gagneraient en crédibilité s'ils acceptaient de rompre avec cette image sectaire de société secrète.

La pratique des blogs n’est pas sans rappeler la franc-maçonnerie avec ces obsessions croisées du débat et de l’anonymat, qui permet la dissimulation des objectifs et des intérêts réels. C’est dangereux, lorsque l’on s’implique dans le jeu politique et  foncièrement anti-démocratique. Le secret pouvait se justifier au XVIIIème siècle, lorsque les maçons risquaient d’être poursuivis, jetés en prison ou même exécutés pour leurs croyances, mais nos sociétés contemporaines n’en sont plus là depuis pas mal de décennies… Alors qu’attendent-ils ?

Il n'y a pas que les maçons en tant que tels. Plusieurs sociétés d'influence, bâties parfois sur le modèle maçonnique, se disputent un rôle d'influence au plus haut niveau du monde occidental, notamment aux Etats-Unis: CFR, Table Ronde, Skull & Bones, Bohemian Grove... Sans sombrer dans la théorie du complot, il faut relever que certaines de ces sociétés secrètes, recrutant dans les meilleures universités, sont etxrêmement performantes. Skull & Bones, par exemple, issue de Yale, a souvent eu l'un de ses membres parmi les deux finalistes des élections présidentielles étasuniennes et parfois les deux... Et lorsque l'élu n'est pas membre, on peut être certains que plusieurs de ses plus proches conseillers le sont...

Au point que « New African », édité à Londres,  y voyait récemment un gage d'efficacité et se demandait s'il ne serait pas temps, pour l'Afrique, de développer ce genre de société d'excellence, pour coopter les meilleurs éléments sur des critères réellement qualitatifs plutôt qu'ethniques ou d'intérêts particuliers. Lorsqu'on sait que G.W. Bush est membre de Skull & Bones, l'argument laisse rêveur. Mais il est vrai que dans les organisations équivalentes ouvetrtes aux européens, comme le groupe de Bilderberg, le recrutement est d'une grande qualité. Les réseaux qui se créent ainsi peuvent être très efficaces. Toute la question est de savoir dans quel sens et c'est là qu'un peu de transparence serait bienvenue. 

 

RESEAUTER

Les religions fonctionnent  aussi comme des côteries, à cette différence que le rattachement à une église, s’il est d’ordre privé, n’a pas vocation à rester secret. Les rencontres que l’on fait à l’église, au temple, à la synagogue ou à la mosquée sont évidemment utiles dans la vie professionnelle. Si certaines sont plus efficaces que d’autres pour s’introduire dans tel ou tel milieu, l’appartenance à une église s’apparente à l’expression d’une nationalité. L’affirmer haut et fort constitue également une forme de revendication, voire d’ostracisme à l’égard de l’autre.

Interdire ces pratiques parait impossible. Tout est prétexte à « réseauter » comme on dit. Les anciens de l’école, l’utilisation d’un agenda électronique, la pratique du golf ou la nationalité d’origine de votre épouse. Qu’on le veuille ou non, le copinage fait partie des mœurs. Il présente même des avantages pour la société, en ce qu’il permet des liens horizontaux, des courts circuits hiérarchiques salutaires, des confrontations d’idées qui sans lui seraient impossibles. Le copinage devient cependant problématique lorsqu’il s’organise pour noyauter la société ou lorsqu’il fait engager ou protéger le copain incompétent au détriment d’un candidat de plus grande valeur.

Réseau par excellence, la franc maçonnerie se rapproche des sectes telles que les scientologues ou l’opus dei, parce qu’elle obéit à des lois qui lui sont propres et se pique d’atteindre la perfection. Elle s’en différencie toutefois dans sa structure interne, qui vise à favoriser le débat, alors que l’immense majorité des sectes sont strictement hiérarchisées.

 

LES SECTES

Depuis la nuit des temps, les rapports interreligieux ont toujours été conflictuels. La plupart des divinités animistes passent leur temps à se chamailler, par mortels interposés. L’avènement des grandes religions a juste changé le problème d’échelle, en l’aggravant au passage : on ne se bat plus entre divinités de clans ou de tribus rivales mais entre nations ou civilisations. Là où le polythéisme impliquait une forme de tolérance, en reconnaissant l’existence de l’autre, fût il ennemi, la vocation universaliste du monothéisme exclut au contraire l’existence de dieux rivaux. Des guerres rituelles, affrontements codifiés souvent mesurés, visant à affirmer la suprématie de son dieu, on est passé aux guerres d’anéantissement de l’infidèle étranger.

Les divinités inférieures ou minoritaires, généralement bien tolérées dans les systèmes animistes ou polythéistes sont devenues persona non grata dans les religions du livre. Dès lors que celles-ci s’installent au pouvoir, elles pourchassent toute déviation du dogme, ou au mieux leur accordent un statut inférieur. Pour les illuminés de toute espèce, l’alternative est alors très simple : trouver à s’exprimer au sein de l’église officielle ou périr sur le bûcher. Il faut attendre les temps modernes et la séparation de l’église et de l’état pour que la laïcité rétablisse la liberté de croyance. Toutes les religions, même minoritaires en bénéficient, sauf parfois les sectes.

Qu’est-ce qui différencie une religion d’une secte ? Objectivement, pas grand chose. D’ailleurs il peut arriver qu’une religion dominante ici devienne secte minoritaire là, et vice versa. On pourrait dire qu’une secte, c’est une religion qui n’a pas (encore ?) pignon sur rue. En échange du droit de cité et de la protection des autorités publiques, une religion s’engage d’une certaine manière à adopter une attitude responsable : pas de prosélytisme outrancier, pas d’asservissement notamment financier des fidèles, adhésion aux valeurs communes et aux lois de la nation, etc.…

Les sectes, c’est autre chose : plus petites, plus marginales, elles sont plus libres de leur mouvement. Presque toujours, une secte a un gourou, qui cherche à régir le plus étroitement possible la vie de ses fidèles. Pour mieux les exploiter financièrement et/ou sexuellement. Il arrive même que le gourou les mène au suicide collectif. La survie de la secte après sa mort est l’un des signes qu’une possible pérennisation en religion est en cours.

Souvent extrémistes voire provocantes dans leurs attitudes et dans leurs mœurs, les sectes doivent polir leurs aspérités et limer leurs différences si elles veulent réussir leur intégration. Elles sont obligées de se démarquer au départ, pour se faire remarquer et séduire les esprits déstabilisés, mais pour devenir religion de masse, il leur faut mettre de l’eau dans leur vin. C’est ainsi que plusieurs sectes du XIXème ont acquis aujourd’hui droit de cité, comme les Bahaïs en Iran ou les Adventistes, nés aux Etats-Unis. Il n’est plus guère que le pouvoir communiste et les intellectuels monothéistes pour qualifier encore de secte les Falung Gong, d’influence bouddhiste, qui sont déjà plus de 100 millions en Chine.

 

POUVOIR FINANCIER

Quelques unes des sectes les plus importantes ont pour objectif la constitution d’un véritable pouvoir économique parallèle. C’est le cas des scientologues (puissant lobby à Hollywood), des moonistes (très influents en Corée du Sud) ou des Bay Fall mourides actuellement au pouvoir au Sénégal, où ils sont d’ailleurs quasiment devenu la religion d’Etat. Ce qui pose